Costa Rica – Haïti (1-2) : La Ticos Académie se complique la tâche

Coucou mes amours, c’est votre Kimberly caliente qui vient faire monter l’ambiance de quelques degrés encore.

Non, alors en fait, non. Pour tout dire, on a pris l’autre jour ce que vos jeunes appellent : une clim. En tête du groupe après deux victoires contre le Nicaragua et les Bermudes, il nous suffisait d’un match nul contre Haïti pour nous assurer un quart de finale contre le Canada et éviter ainsi le Mexique.

Eh bien mes trésors, c’est raté, et pas qu’un peu : cette défaite nous vaudra de nous coltiner les Aztèques dès le prochain tour, tandis que nos rivaux antillais s’offriront un « Dany Laferrière-ico » en quart. Et pourtant, est-ce mon indécrottable optimisme, tout n’est pas si noir :

1°) Le tableau est constitué de telle façon que si nous avions évité le Mexique en quart, nous les aurions retrouvés pas plus tard que le tour suivant, donc l’un dans l’autre, ça ne change pas grand chose pour ce qui est de ramener la Copa Oro au pays des boules.

2°) La Sele a certes montré de gros défauts (en premier lieu desquels, celui de devoir faire avec un vivier de joueurs limité(s), on n’a que 5 millions d’habitants je vous rappelle). MAIS : on a vu aussi que Gustavo Matosas tente des choses ; cette équipe moyenne a toutes les chances de se rater dans la présente compétition, mais on peut quand même garder quelques perspectives à moyen terme.

3°) Pour l’instant, mes Ticos chéris ont montré leurs difficultés à être efficaces face à des adversaires supposément inférieurs, avec une possession excessivement stérile. Contre le Mexique, nous serons dans la position du petit que le gros cherchera à fesser, une situation inédite (sauf pour moi, hihi) depuis l’arrivée du nouveau sélectionneur : donc n’anticipons pas, puisque l’on ne sait absolument pas ce que l’équipe peut donner dans ce contexte. J’espère juste ne pas payer trop cher pour l’apprendre.

Boule au bord du chemin


L’équipe

Après avoir reconduit le même onze du premier au second match, notre sélectionneur apporte quelques bouleversements qui sentent certes le repos des titulaires, mais aussi la mise à l’essai de certains joueurs.

Leonel Moreira (Pachuca) reste dans les buts

La ligne arrière est totalement changée : Fuller (Herediano) – Gonzalez (LA Galaxy) – Calvo (Chicago Fire) – Matarrita (NY City)

Au milieu, la paire Borges (Göztepe) – Alan Cruz ( FC Cincinnati) semble représenter un socle inamovible, et tant pis pour mon Tejedounet.

Campbell (Leon) et Leal (Saprissa) sont chargés d’animer le jeu sur les côtés, alors qu’El Capitan Bryan Ruiz (Santos) retrouve une place de titulaire derrière l’attaquant.

Devant, Alvaro Saborio (San Carlos), doyen de la Copa Oro du haut de ses 37 ans, égale le record de sélections pour un joueur costaricien.


Le match

Alors mes choupinous, au pays tout le monde est tombé à bras raccourcis sur cette Sele infoutue de battre les paysans vaudous. Entendons-nous bien : perdre contre Haïti, c’est nul, même si cet adversaire a fait d’énormes progrès récemment et risque d’enquiquiner quelques équipes dans les années à venir. De mon côté, je serais un peu plus nuancée, c’est tout moi la nuance, vous me connaissez. En gros, alors qu’avant (à la dernière coupe du monde par exemple) on ne tentait rien et on n’arrivait à rien, ici on tente des trucs. Bon, on n’arrive toujours pas à grand chose, mais on sent que la volonté est là.

Et pour tout dire, notre première mi-temps, même plombée par notre fichue incapacité à nous procurer des occasions, elle est pas dégoûtante du tout. La possession est largement assurée et les Haïtiens ne parviennent que rarement à s’approcher de notre surface. Sans être génial, mon beau Bryan arrive à maintenir une conservation de balle haute, qui nous permet d’aller titiller la défense adverse. Alan Cruz se projette depuis le milieu, insuffisamment à mon goût. Les milieux excentrés, Campbell et Leal, repiquent dans l’axe pour percuter, laissant aux arrières latéraux le soin d’animer les côtés. Keysher Fuller fait même plus que cela, puisqu’il délaisse régulièrement son côté droit pour se porter en position de milieu axial voire…d’avant-centre. Ce qui pourrait passer pour un égarement tactique est non seulement voulu (il est parfaitement couvert par ses coéquipiers), et en plus efficace : c’est lui qui, à la réception d’un centre de Matarrita, se trouve en pleine surface pour remettre de la tête à Saborio. La tête décroisée de notre vétéran et contrée par Djimy-Bend Alexis, qui prend son gardien à contre-pied. Ce qui ressemble fort à un but contre son camp est officiellement attribué à notre attaquant, qui bat dès lors un autre record, celui du joueur le plus âgé à marquer pour les Ticos.

Bref, il y a la maîtrise, il y a l’avantage au score, il y a une relative sérénité défensive (bon, on sent qu’il ne faut pas trop nous malmener non plus) : le seul point noir, c’est donc cette difficulté à traduire notre domination en réelles occasions. A mon avis, on touche ici au point qu’il nous sera le plus difficile d’améliorer : tout simplement le niveau individuel de nos joueurs.

Cette incapacité à accroître notre avantage nous met à la merci d’aléas divers. Or, en matière d’aléa, l’arbitre nous en offre un plutôt douloureux par où ça passe, si vous me permettez l’expression. Servi par Cruz, Randall Leal est victime d’un gros mais inaperçu tirage de maillot en pleine surface ; une minute plus tard, Calvo commet une faute à l’extérieur de la surface selon tout le monde, sauf pour l’arbitre qui la voit sur la ligne et donc à l’intérieur. D’un pénalty en notre faveur, nous passons donc à un pénalty pour l’adversaire, qui offre l’égalisation à Nazon. Entendons-nous bien : je partage totalement la ligne éditoriale consistant à dire que l’arbitrage vidéo, c’est de la matière fécale ; les seules caméras que je tolère sont celles qui me permettent de garder un souvenir de mes ébats avec les stagiaires du laboratoire. Il n’empêche,sur ce point précis, qu’un petit coup de VAR à cette 55e minute aurait changé du tout au tout le déroulement de la rencontre.

Ce qui est plus contrariant encore, c’est que le Costa Rica ne parvient pas à relancer la machine. À court de forme, Bryan Ruiz se montre moins, et c’est tout le système qui en pâtit. Nous conservons la possession mais bien plus loin de la surface adverse, avec une double conséquence :
– nos occasions sont encore plus rares, pour ne pas dire inexistantes ;
– notre défense est plus exposée, et ici encore les faiblesses individuelles apparaissent au grand jour.

À l’heure de jeu, Moreira réalise ainsi un arrêt keylorgasmique pour dévier sur son poteau un tir de Nazon, qui avait proprement baladé Gonzalez. Intervient ensuite, à 20 minutes de la fin, ce qui me paraît la principale erreur tactique de Matosas : Ruiz sort et Duarte entre, dans un système qui passe à 3 défenseurs centraux.

Mon Bryan d’amour était cuit, et il fallait bien faire quelque chose, c’est vrai. Mais là où l’on pouvait espérer un 3-3-3-1 à la Bielsa, au moins pour rire, c’est un schéma très défensif et inadapté qui s’est mis en place. En phase défensive, un 5-4-1 s’installe avec le défaut d’être très bas, et surtout très attentiste (peu de pressing au milieu : on attend les centres et on subit). Offensivement, l’ensemble se transforme en 3-4-3 : la ligne de 4 milieux Leal-Cruz-Borges-Campbell ne change pas, et ce sont les latéraux Matarrita et Fuller qui montent en position d’ailiers. Leur capacité physique leur autorise de tels aller-retours mais – coïncidence ? – ces deux joueurs perdent leur lucidité à un moment fatal.

Ainsi, à dix minutes de la fin, Keysher l’inusable oublie pour la première fois du match de suivre un Haïtien qui se porte de son côté vers l’intérieur de la surface. Celui-ci délivre un centre sur lequel Matarrita se troue complètement, et permet à Alexis de fusiller notre gardien.

L’ogre mexicain se profile alors et, pour éviter ça dans les 10 minutes qui nous restent, mes Ticos de procurent en tout et pour tout une seule occasion, joliment gâchée par Mayron George.


On se consolera en disant que le déroulement du match peut donner à Matosas une leçon que son prédécesseur n’avait pas retenue : ON NE SE RECROQUEVILLE PAS POUR PRÉSERVER UN SCORE QUAND LES DÉFENSEURS N’ONT PAS LE NIVEAU POUR, NOM DE NOM. Pour le reste, je suis partagée entre optimisme et pessimisme :
– nos joueurs ne sont pas très bons, on ne fera pas de miracle sur ce point ;
– mais on sent que le sélectionneur en a conscience et imagine des solutions pour en tirer le meilleur parti ; je l’approuve, mais à ce propos je me demande s’il est vraiment pertinent de se reposer autant sur Bryan Ruiz alors que (mon cœur saigne), mon capitan d’amour ne sera pas éternel…

Boules repliées


Les boules

Leonel Moreira (3 boules) : une première mi-temps à me procurer des sueurs froides, en cafouillant chacun des rares ballons qui lui parvenaient. Quand soudain, oh ! un arrêt qui ressemblait tellement à un geste de mon Keylorgasme que j’en ai furtivement joui. Faut pas me faire des surprises comme ça, mon petit canaillou, hihi (si si, il le faut, continue).

Keysher Fuller (3 boules) : Malgré son erreur d’inattention, c’est le seul des quatre défenseurs à avoir marqué des points ce soir par rapport au titulaire habituel (ledit titulaire étant Cristian Gamboa, qui ne devrait pas être trop difficile à supplanter). L’incarnation du dépassement de fonction, deuxième attaquant assumé sans pour autant négliger ses devoirs défensifs. J’aime.

Giancarlo Gonzalez (2 boules: Lui, par contre, n’est pas près de supplanter Kendall Waston dans mon cœur. Ce n’est pas que mon colosse soit meilleur techniquement, mais lui peut au moins faire valoir son quintal dans les duels.

Francisco Calvo (3 boules) : De bonne tenue à l’exception de cette faute fatale, pour laquelle je lui accorde deux circonstances atténuantes : 1°) elle a eu lieu hors de la surface et n’aurait donc pas dû coûter un pénalty et 2°) à force de devoir rattraper les âneries de Matarrita, il fallait bien que cela craque à un moment ou à un autre.

Ronald Matarrita (1 boule) : Un jour, il faudra créer une catégorie de joueurs uniquement consacrée aux défenseurs latéraux gauches à haut potentiel comique. Atout de Matarrita : il dispose en plus d’un prénom de clown.

Celso Borges (2 boules) : On ne va certes pas lui reprocher de ne pas s’être davantage projeté à l’avant, ce rôle étant dévolu à son comparse Alan Cruz. C’est surtout dans nos temps faibles que son manque de pressing accentue nos difficultés. Eh, c’est qu’il n’a plus 20 ans non plus, mon beau Celso.

Alan Cruz (2 boules) : Lui montre en revanche une belle énergie, qu’il prouve par quelques incursions autoritaires mais hélas trop rares. ; toutefois, j’aimerais qu’il l’utilise aussi à me prodiguer d’énergiques massages des muscles fessiers davantage harceler les milieux adverses sur nos phases défensives.

Joel Campbell (1 boule) : Le ballon pour Joel, c’est comme un musulman pour vos chaînes d’info en continu : dès qu’il y en a un qui passe dans son champ de vision, il ne voit plus que lui et plus rien n’existe autour.

Elias Aguilar (80e) : Une solution audacieuse mais qui ferait sans doute jaser au pays serait de le titulariser aux côtés de Leal : on y perdrait l’activité de Joel Campbell mais nous y gagnerions peut-être en usage du ballon (ne serait-ce que sur ses très bons coups de pied arrêtés).

Bryan Ruiz (2 boules) : Tout passe par mon beau Bryan, exceptée moi hélas. Le souci, c’est que notre capitaine est en net manque de rythme : d’une part il provoque finalement peu d’occasions et surtout, quand il faiblit, l’équipe n’a pour l’instant pas de plan B pour tenir le ballon dans le camp adverse. C’est un peu angoissant pour l’avenir.

Boule élevée sur un piédestal

Oscar Duarte (70e) : Son entrée fait plonger un peu plus l’équipe, mais on ne peut vraiment pas dire que ce soit de sa faute.

Randall Leal (3 boules) :Alors d’accord, si l’on parle rendements comptables, ce n’est pas brillant. Mais le jeu de Randall peut incarner ce que Matosas pourrait produire de pas trop mal à partir de joueurs moyens.

Alvaro Saborio (2 boules) : Il met des buts chanceux, mais au moins il met des buts,tous nos attaquants ne peuvent pas en dire autant. Faut-il privilégier au poste d’avant-centre notre vieillard expérimenté qui ne pèse pas mais peut marquer des buts de renard, ou bien nos déménageurs maladroits ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que Gustavo Matosas n’a pas de problèmes de riches.

Mayron George (63e, 1 boule) : Incapable de conserver le ballon, peu efficace au pressing, gâche la seule occasion dont il dispose en une demi-heure. À plutôt continuer d’employer comme bélier pour pilonner les défenses regroupées comme on utilise un battoir pour attendrir les poulpes.


Nous y voici mes amours, c’est maintenant une autre compétition qui commence dans la nuit de samedi à dimanche contre le Mexique, le premier grand test de l’ère Matosas, avec à la clé une fête à tout casser si jamais le résultat s’avérait favorable. Réservez votre nuit, elle sera chaude !

« Ah shit, here we go again », comme on dit.

Ailleurs, le Salvador nous offre un modèle de ratage avec sa défaite 4-0 contre le Honduras déjà éliminé, Curaçao en profitant pour leur chiper la qualification à la dernière minute. Assisterait-on à une supériorité naissante des Îles atlantiques sur l’Amérique centrale ? Dans notre groupe, Haïti finit en tête et le Nicaragua est nettement battu par les Bermudes dans le match pour l’honneur ; dans le groupe C Jamaïque et Curaçao supplantent donc Salvador et Honduras. Martinique et Cuba prennent rouste sur rouste, mais dans un groupe dépourvu de représentant méso-américain : finalement, seul Trinidad, bon dernier d’un groupe où figure le Panama, fait exception à cette tendance.

Kimberly GutiérrezYigüirro

Kimberly Gutiérrez Yigüirro

Un commentaire

  1. Une équipe qui domine de manière stérile,qui perd ses gonades dès qu’il s’agit de préserver un avantage, qui n’y arrive pas à cause d’âneries défensives, un attaquant de pointe qui salope des occasions… votre équipe me fait penser à un truc mais je n’arrive pas à me souvenir de quoi.

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