Atlético Madrid – Malaga (2-1). L’apprenti footballologue livre son analyse
Le 4-2-3-1, mal du football moderne ? Cela pourrait être un sujet de philosophie. Il y aurait certes beaucoup à dire sur ce schéma de jeu devenu norme, notamment au niveau des sélections nationales, mais on tournerait aussi rapidement en rond. Car, si le système définit une manière d’évoluer sur le terrain et reflète généralement un état d’esprit, c’est avant tout la capacité à le sublimer et le rôle que jouent les éléments au sein de celui-ci qui lui permettent d’être pertinent ou non.
Ce duel au sommet entre deux des meilleures équipes européennes de ce début de saison n’est donc pas tant une bataille tactique à proprement parler, les dispositifs étant les mêmes, mais plutôt un duel entre des manières d’appréhender ce système. Le 4-2-3-1 : ses deux récupérateurs, ses ailiers, son meneur de jeu qui n’en a que le positionnement, et sa pointe unique. Mêmes placements, différentes volontés. La victoire est pour l’Atlético, mais ce sont les approches qui méritent d’être mises en lumières.

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Numéro 10 de soutien contre numéro 10 décisionnel :
D’un côté, Falcao. De l’autre, Santa Cruz. L’origine géographique n’est pas si éloignée, mais le niveau actuel des deux hommes n’a rien à voir. Si le Paraguayen peut concrétiser des occasions, preuve en est son but qui aurait pu permettre d’arracher un point, il ne pèse pas vraiment sur le jeu. Même sa taille, atout d’une carrière, n’est plus aussi utile face à une charnière aussi solide que Godin-Miranda. En face, Falcao compense une taille moyenne (1,77m) par une détente et un timing exceptionnel. Welington et Demichelis, dominés toute la soirée dans les duels aériens, peuvent en témoigner.
Cette différence de poids dans le jeu aérien, complétée par la capacité du Colombien à garder la balle grâce à sa technique et son jeu de corps, a pour conséquence de délester le milieu offensif de sa tâche de soutien. Emre, qui remplaçait pour l’occasion Raul Garcia, pouvait ainsi laisser un petit espace avec son attaquant, se concentrant plutôt sur la direction du jeu. Côté Malaga, impossible de laisser Santa Cruz trop seul devant, sous peine de voir la balle ne jamais revenir dans les pieds d’un autre joueur de l’équipe. Seule solution : placer Isco le plus près possible pour essayer de ratisser les deuxièmes ballons. Une tactique presque obligatoire, et qui permet à l’Atlético de récupérer la possession en verrouillant cette partie du terrain avec les récupérateurs Gabi et Mario Suarez. L’entrée d’un Saviola prompt au dézonage à la mi-temps offrira plus de mouvement, mais sans concrétisation.
Ailiers de débordement contre attaquants complets :
S’ils étaient mauvais, on pourrait les appeler des « tout droit ». Comme ils sont bons, très bons même, on se contentera de les appeler des purs ailiers de débordement. Joaquin à droite, Eliseu à gauche, Malaga est bien fourni en joueurs parfaitement adaptés à ce rôle. Courses verticales, bonnes capacités à centrer et habitude de la relation avec un latéral, surtout pour Eliseu qui peut également évoluer à ce poste, la panoplie complète de l’ailier qui mange la craie sur son côté. Pour qu’ils soient efficaces, il y a deux possibilités. Soit ils opèrent en contre-attaque, profitant de leur vitesse pour faire la différence, soit ils créent l’étincelle face à une défense regroupée. Bien muselés par leurs vis-à-vis Filipe Luis et Juanfran, et sans réelles opportunités de contre, l’Atlético sortant rarement en nombre et se repliant en 4-5-1 dès le ballon perdu.
Une équipe madrilène qui possède à l’inverse des joueurs beaucoup plus attirés par l’axe en phase de construction pour Turan, et de finition pour Adrian. Tandis que Falcao occupe la charnière centrale, Adrian tentera à plusieurs reprises de partir dans le dos de Nacho Monreal, retrouvant là ses réflexes d’attaquants. Plus habitué à évoluer dans un couloir, Arda Turan n’en oublie pas pour autant quelques habitudes de meneur de jeu déporté sur le côté. Il renoue aussi pour l’occasion avec Emre, qu’il connaît depuis longtemps en équipe nationale.
Latéraux offensifs contre latéraux conservateurs :
Derrière des joueurs de couloir, d’autres joueurs de couloir. La logique est aussi simple que réelle dans ce cas précis. Joaquin et Eliseu sont dans la verticalité plutôt que la latéralité, et, derrière eux, Jesus Gamez et Nacho Monreal en font de même. Des montées nombreuses, tranchantes, qui permettront à Santa Cruz de marquer sur un centre de Monreal. Eliseu sera d’ailleurs amené à inverser sa position avec l’international espagnol, posant des problèmes à une défense obligée sans cesse de se réadapter.
L’Atlético est beaucoup plus prudent. Filipe Luis et Juanfran sortent peu, forcément pas très rassurés par la présence d’un gros potentiel offensif de leur adversaire sur les côtés, obligeant ainsi les deux récupérateurs à bien faire le lien avec les joueurs offensifs. Le talent individuel de Falcao, qui entraîne donc un positionnement assez bas d’Emre, est ainsi important par rebond. Placé proche de Mario Suarez et Gabi, le Turc renforce le milieu. Le 4-2-3-1 devient ainsi 4-3-3, permettant un style de jeu plus posé et propice à la possession de balle. Une adaptation tactique parfaite face à une équipe de Malaga rapide, instictive et difficile à contenir.
L’apprenti footballologue.
Propre, bien décortiqué, sur des rencontres éclipsées par les clasicos célestes…l’apprenti, tu es mon petit nuage tactique de bonheur.
Premier commentaire de la saison sur un de mes articles ! Je me demandais justement si quelqu’un les lisait.
Salut l’apprenti! Tout comme le photographe pervers, je suis conquis. Et d’ailleurs, sans vouloir injurier le sage footballologue, je suis plus sensible à tes analyses qu’aux siennes. En tout cas, bravo pour cet article!
Les siennes sont vachement bien quand on les comprend. Enfin je crois.
J’en doute pas. Et d’ailleurs je respecte le taff, car ça doit en demander pas mal. Comme je te dis c’est une question de sensibilité quoi…