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La Coupe du Monde parallèle de Barnabé la plume

Barnabé nous explique comment la France a gagné son premier match.

Un certain Barnabé la plume nous a envoyé cette superbe prose…

Il est 19h05 ce jeudi 10 juin. Sur une terrasse tout en verdure donnant sur l’océan indien de l’Hôtel Pezula de Knysna, Raymond Domenech fixe l’horizon d’un air pensif. Alain Boghossian fixe Raymond Domenech d’un air pensif. Pierre Mankowski fixe ses pieds d’un air complètement quelconque.

Interrompant un silence pourtant apaisant, Alain Boghossian se lance en premier :

« Raymond, tu es sûr que c’était la bonne stratégie ? »

Sans quitter l’horizon des yeux, Raymond articule lentement:

« C’était la seule. »

Mais Alain ne peut cacher son inquiétude :

« Oui mais…c’était pas si mal contre le Costa Rica, pourquoi rater à ce point les deux matchs suivants… »

Raymond le coupe :

« Alain ! T’as bien vu comment ils se sont tous emballés après le Costa Rica ? On aurait dit qu’on était favoris soudain…Non, il nous fallait ramener tout le monde à la raison, pour que les critiques repartent de plus belle. Je sais ce que je dis. Tout pareil qu’en 2006, Alain. On est en dessous de tout, personne n’y croit, tout le monde est contre nous : tout est réuni, on avance masqué et on va tout péter. J’aurais juste aimé que Gallas soit blessé un peu plus longtemps, pas comme Vieira mais, tu vois, un truc à mi-chemin entre forfait et guérison rapide.»

Pierre Mankowski intervient en rappelant que l’équipe a perdu confiance. Agacé, Domenech répond :

« Pierre, je t’ai déjà dit d’arrêter de m’emmerder avec des détails. J’ai tout prévu, t’inquiète. »

Une sonnerie de portable aux airs de « La non-demande en mariage » de Brassens retentit. Raymond regarde son téléphone :

« Merde, c’est encore Vincent Duluc… »

Au bout du 12e appel, il se résigne à décrocher :

« Oui Vincent ? »

« Bonjour Raymond…dis, juste une petite question…il paraît que le vestiaire aime pas Gourcuff, c’est vrai ça ? »

« Non. »

« Sûr ? »

« Mais oui je suis sûr, je te dis qu’il n’y a aucun problème et Gourcuff est très à l’aise »

Le lendemain matin, l’Equipe titre « Gourcuff, le malaise ? ».  France Football titre en une « Le malaise Gourcuff, la faute à Domenech ? ».

A 14h, Jean-Michel Larqué commence à déclarer sur RMC :

« Rendez-vous compte…rendez-vous compte…non mais rendez-vous compte que… ».

A 14h30 il poursuit: « non mais rendez vous compte, je disais, rendez-vous compte que nous ne sommes, nous ne sommes…alors j’entends bien…parce que si vous voulez mais bon il n’aura échappé à personne que nous ne sommes qu’à quelques heures du premier match de l’Equipe de France dans…dans…  et bé dans cette Coupe du Monde….et…et…et notre sélectionneur national n’a toujours pas résolu le malaise Gourcuff ! »

Rolland Courbis enchaîne : « Alors on va peut-être encore dire que je suis un emmerdeur, mais bon, je veux pas passer pour l’empêcheur de tourner en rond de service, mais moi je dis, et je prétends pas avoir la science infuse, mais j’ai quand même une petite expérience d’entraîneur de haut niveau, modestement, et moi je dis et bé ces trucs-là, fallait y penser avant ! Fallait y penser avant ! Et puis c’est tout ! »

Pendant ce temps, Raymond est en pleine causerie d’avant match.

« Bien. On sait tous pourquoi on est là…pardon, deux minutes, je vais me laver les mains. »

Deux minutes plus tard, il reprend :

« Au-delà de la tactique que nous avons discutée et travaillée en long et en marge – pardon, en large – , ce que je veux voir sur le terrain ce soir, c’est de l’amour. Je veux des joueurs qui donnent tout les uns pour les autres, qui tentent des choses, qui s’aiment. Demandez-vous en mariage les uns les autres ! ».

Devant l’air inquiet de Ribéry, Toulalan lui glisse :

« T’inquiète, c’est juste une image ». L’air de Ribéry passe d’inquiet à perplexe.

C’est l’heure. Le match est sur le point de commencer. Christian Jeanpierre donne la composition d’équipe, identique à celle des matchs de préparation. Il demande à Arsène Wenger :

« Alors, Arsène, un avis sur cette composition sans surprise ? »

« Oui, il faut voir. »

Silence gêné d’environ 6 secondes. Christian Jeanpierre reprend la main :

« Merci Arsène et…euh…et bonjour à notre ami David Astorga, au bord de la pelouse… »

« Ouais bonjour, la pelouse sud-africaine est comme un billard, on peut le dire.»

La Marseillaise est entonnée. Christian Jeanpierre se demande si elle sera sifflée, sans que l’on sache exactement pourquoi quelqu’un sifflerait la Marseillaise en Afrique du Sud dans un match contre l’Uruguay.

Le coup d’envoi est donné. L’Equipe de France domine franchement les débats dans le premier quart d’heure, malgré un Gourcuff très moyen. Toulalan place trois frappes : une sur le poteau gauche, une sur le poteau droit et une sur la transversale. Arsène Wenger estime voir une bonne équipe de France. Il est aussitôt repris par Larqué :

« Oui, Arsène,  mais à force de manquer des occasions…espérons qu’on n’aura pas à le regretter plus tard ».

C’est la mi-temps : 0-0 dans un match engagé et finalement équilibré.

Sur RMC, Daniel Riolo lâche : « Quand je vois ce que produit l’Equipe de France en termes de jeu, je suis dégoûté du football. Et ouais, j’ai pas peur de le dire, tu vois je m’en fous qu’on gagne ou qu’on perde, ce que je veux c’est du panache et du beau football. Je suis un esthète et j’ai pas peur de le dire, tu vois, même si ça plaît pas à tout le monde. Alors tant pis si c’est pas politiquement correct et tant pis si l’establishment me tombe dessus, tu vois. »

Dans le vestiaire, Domenech entame son discours :

« Ecoutez, les gars, c’est pas mal, il faut continuer…attendez, deux minutes, je vais me laver les mains. »

Deux minutes plus tard :

« Pardon, oui, donc je disais, oui c’est bien, on continue tout pareil. On défend comme des chiens et on met un but de raccro vers la fin. »

La deuxième période est sur le point de commencer. Christian Jeanpierre demande à Wenger ce qu’il pense de la deuxième période à venir. Arsène répond :

« Oui, il faut voir. »

Première surprise, Domenech sort Gourcuff au profit de Diaby. Aussitôt, Larqué s’exaspère :

« Oui mais il fallait peut-être y penser avant au lieu de tout chambouler à la mi-temps, à la mi-temps, à la mi-temps, je veux dire à la mi-temps d’un match pareil…bien entendu. Parce que là, il ne nous reste pas beaucoup de cartouches, et quand je dis pas beaucoup de cartouches, je veux vraiment dire pas beaucoup de cartouches. N’est-ce pas Arsène? ». Ne voyant sans doute pas à quelles cartouches il fait référence, Christian Jeanpierre et Arsène Wenger gardent un silence prudent.

A la 89e minute d’un match où la France s’est progressivement éteint, Malouda récupère un ballon aux abords de la surface des bleus, entame un raid solitaire. Larqué commence crescendo un hurlement :

« A gauche, Malouda. A gauche, Malouda. MALOUDA, A GAUCHE…A GAUCHE ….mais lâche ta balle à gauche !!!!». Malouda renverse à droite pour Govou qui centre pour Anelka qui marque d’une reprise du gauche chanceuse. Larqué insiste :

« C’est bien, mais il y avait mieux à faire à gauche, tout de même… ».

Après le match, David Astorga tend son micro à Domenech et Boghossian :

« Alors Messieurs, contents de cette victoire ? »

Domenech fixe Astorga d’un air incrédule puis lance :

« Pardon, je dois aller me laver les mains. A plus. »

Sur RMC, Roland Courbis analyse froidement le match :

« Moi, faudra qu’on m’explique. Parce que là soit c’est moi qui suis complètement gaga, soit je ne comprends rien.»

Larqué renchérit :

« Je suis bien d’accord avec ton analyse, Coach, parce que ce que j’ai vu ce soir, ce que j’ai vu ce soir…et ben ce que j’ai vu ce soir ne me rassure pas du tout ce soir. »

D’un ton blasé, Daniel Riolo argumente en s’enflammant progressivement :

« On va droit dans le mur. Le football français va droit dans le mur. Alors je sais que mes propos vont choquer parce que la France a soi-disant gagné ce soir, mais j’ai pas peur de le dire, tu vois, même si ça plaît pas à certains. Alors peut-être que je vais m’en prendre plein la gueule, mais je m’en fous, tu vois. Je le dis haut et fort : l’Equipe de France va droit dans le mur, le foot français va droit dans le mur et le sport français va droit dans le mur. T’as qu’à voir le résultat des joueurs français à Roland Garros cette année…cette année, et encore je suis gentil, je devrais dire depuis la victoire de Noah en 1972…ou en 1973, on s’en fout c’est pas la question. Quand tu vois ça, tu peux que te poser des questions. Et moi j’ai pas peur de les poser, les questions. »

Il est plus de minuit et Raymond est rentré à l’hôtel avec son staff. Discussion avec Mankowski et Boghossian. Raymond rassure ces deux éternels inquiets :

« C’est parfait, non seulement…attendez deux minutes je vais me laver les mains. »

Il reprend deux minutes plus tard :

« Pardon, je disais donc, c’est parfait, on a pris nos trois points, on a encore une marge de progression et les critiques ne vont même pas s’amoindrir… ».

Soudain, l’air de « La non-demande en mariage » de Brassens retentit sur le portable de Domenech.

« Il est minuit passé, il a aucun respect ce Duluc…je ferais mieux de décrocher sinon il va nous emmerder toute la nuit celui-là… Oui Vincent, quoi encore ? »

« Raymond, t’as sorti Gourcuff à la mi-temps…c’est bien qu’il y a une raison, non ? »

« Oui, il y a une raison, Vincent, il a ressenti une douleur à la cuisse gauche et on ne voulait pas prendre de risque. »

« Allez Raymond, tu peux bien me le dire à moi, tu sais bien…ça ressemble bien à une blessure diplomatique, ça… ? »

« Mais non, je te dis qu’il s’est fait mal ! »

« T’es vraiment sûr ? »

« Vincent, tu m’énerves là, je te dis la stricte vérité et elle est bien simple : il s’est fait mal, on ne voulait pas qu’il se blesse pour de bon. »

« Et comment t’expliques sa mauvaise première mi-temps alors ? »

« Il s’est fait mal dès le début, c’est tout con. »

« Donc son remplacement n’est pas une sanction ? »

« Non. »

« Même pas un peu ? »

« Non et là je vais raccrocher… »

« Ok, ok, ok, attends juste une dernière question : il n’y aurait aucun problème Gourcuff ? »

« Vincent, et c’est vraiment la dernière fois, il y a zéro problème avec Gourcuff, le gars est quand même balèze. »

Le lendemain matin, l’Equipe titre : « Gourcuff: le malaise se confirme »

Le silence se fait sur la terrasse tout en verdure donnant sur l’océan indien de l’Hôtel Pezula de Knysna. Boghossian fixe Domenech d’un air tendu. Domemench fixe Boghossian d’un air de dire « qu’est-ce qu’il va encore me sortir ? ». Pierre Mankowski fixe sa montre en baillant. N’ y tenant plus, Boghossian pose la question qui lui brûle les lèvres toutes la journée :

« Raymond, j’ai pas pu m’empêcher de remarquer que tu te laves les mains sans arrêt. Pourquoi ? »

« Ah ça, c’est rien, c’est juste que j’ai dû lire l’Equipe en plusieurs fois aujourd’hui. »

Barnabé la plume

22 thoughts on “La Coupe du Monde parallèle de Barnabé la plume

  1. C’est trop réaliste pour être inventé. Qui es tu Barnabé ? Tu bosses pour qui, pour quoi? Raconte à Papa Moké…

    Rendez vous compte, nan mais rendez vous compte…que les passages radio sont excellents.

  2. Pareil que Moké, on croirait entendre les vrais sur RMC. Très chouette en tout cas, bravo M. la plume !

  3. « T’inquiète, c’est juste une image ». L’air de Ribéry passe d’inquiet à perplexe.

    HAHA ! C’est génial.

  4. Et d’ailleurs je trouve qu’il a très bien su dépeindre la réaction de Ribéry, on dirait qu’il l’a connu depuis sa plus tendre enfance.

  5. Pour une première c’est une sacrée première.
    On s’y croirait presque.
    J’ai hâte de lire les futur billet

  6. Chapeau l’artiste, je suis au taf et j’en ai pleuré de rire avec la prise d’antenne de Jeanpierre

  7. Excellent, vivement la suite!
    Les passages radio sont tous extraordinairement bien réussis, c’en est presque flippant (le premier de Courbis, j’avais sa voix qui résonnait dans ma tête).

    Et de même, Ribéry passant d’inquiet à perplexe, c’est sublime.

  8. Chère Eva, figurez-vous que ce pseudo fut l’objet d’un intense débat. Heureux que vous l’appréciez finalement.

  9. Grandiose !!!
    200% d’accord avec le comité qui réclame le recrutement (moi j’ajouterais immédiat) de ce partenaire particulier.

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