Châteauroux-Nancy (1-0) : La Chardon à Cran Académie a besoin de se soulager.

Bure, An 18 après PC.

Progressant difficilement dans une campagne déserte en roulant sur elles-mêmes, deux formes grossières, mi-sphériques mi-pachydermiques, tentent de se fondre le plus discrètement possible dans la nuit. Se maintenant de justesse côte-à-côte, elles buttent continuellement sur divers obstacles, gravats, éclats de métal irradiant une lueur bleutée menaçante, cadavres de bouteilles plus ou moins récentes, signes évidents qu’une civilisation a vécu puis est morte ici. De grommellements en jurons étouffés, les deux volumes aux contours inidentifiables se glissent avec peine vers la lisière d’un bois d’où provient une sarabande de tous les diables. Au son de fifres et de tambours rudimentaires, on devine qu’une autre civilisation -si tant est que l’on puisse la dénommer ainsi- est occupée à célébrer sa propre naissance, en commençant par ce qu’elles font toutes pour se rappeler d’où elles viennent : la bringue.

L’une des formes approche laborieusement jusqu’à toucher sa semblable. Soudain figées, les deux masses informes grouillent un instant comme pour s’asseoir et finissent par s’immobiliser dans une posture que l’on imagine être un arrêt.

« Ce sont eux, monsieur, fait la voix étouffée de Faisan depuis l’intérieur d’une des deux masses.
-Vous êtes sûr ?
-Qui peut l’être ? Je ne suis jamais entré dans cette zone.
-Jamais aussi loin, vous voulez dire.
-Oui, ça doit être ce que j’ai voulu dire. »

Le souffle court, baignant dans sa sueur, Vincent Hognon réfléchit intensément à la tournure qu’il va devoir donner aux prochains événements. De toute évidence, ces combinaisons anti-radiation les placeront sous peu, lui et Faisan, dans une position impossible à tenir. Car s’ils veulent espionner en toute discrétion les mutants, ces énormes amas de tissu amianté, d’entrelacs de fils de cuivre, fer et letton ne seront pas de la meilleure utilité. Déjà qu’il se demande sérieusement si ces combinaisons fournissent réellement la moindre protection… Alors qu’il renonce pour la troisième fois à l’idée d’une approche discrète, l’apparition soudaine de la tête nue de Faisan à son hublot lui provoque un sursaut de frayeur. D’un air presque tranquille, le lieutenant glisse à son chef, sur le souffle :

« Chef, sortez de ce drap à la con et venez marcher avec moi. »

Un instant interloqué, Hognon n’ose pas bouger. À quoi joue Faisan ? Les radiations peuvent faire de lui un blob de troisième catégorie en un quart d’heure, dans cette région…voire pire. Néanmoins il ne tenterait pas une telle folie sans une pleine connaissance des risques…ou de leur absence ? C’en est trop pour Vincent, qui arrache sa couverture d’un geste rageur et fait face à son subalterne, tremblant de colère.

« Qu’est-ce que vous foutez ? Vous voulez notre perte à tous les deux ? fait-il en tentant de contenir le volume de sa voix.
-Il n’y a aucun risque, rétorque Faisan en ajoutant un geste sec intimant l’ordre à son supérieur de se taire. Si vous écoutez ce que je vous dis et agissez très précisément comme je vous le commande, vous dormirez dans un lit avec vos quatre membres ce soir et vous pourrez même vous tirer sur l’élastique si le cœur vous en dit. Maintenant suivez-moi. »

Approchant de plus en plus près du cœur de la sarabande, grelottants dans leurs slips, les deux compères n’osent plus échanger une parole. Le camp des mutants finit par s’ouvrir à eux au moment où ils atteignent le sommet d’un bosquet surmontant une large clairière. Au fond de cette clairière se dresse un village circulaire tout de guingois, constitué de huttes défoncées, de tipis anorexiques et de quelques abris de tôle plus pitoyables encore. Au milieu de ce pitoyable hameau de récupération se dresse un barnum au toit de calicot crevé en plusieurs endroits, sous lequel s’affairent des formes humanoïdes entièrement nues, à la peau grise.

« Ce sont…
-Les mutants, tout à fait, monsieur.
-Que font-ils ?
-Sans doute préparent-ils un de leurs rituels barbares. »

Soudain, un échalas immense jette une boule semblant faite de peau en l’air au centre de la place, provoquant une terrible clameur. De tous les coins obscurs sortent les mutants difformes, monstres asymétriques dotés d’un nombre de membres extravagant, chimères bi- ou tricéphales, blobs géants, cyclopes à multiples culs, tous animés d’une vigueur sauvage. La partie commence entre deux équipes que rien ne permet de distinguer, si ce n’est l’acharnement que tous mettent à déposséder leurs adversaires de ce qui leur sert de ballon. Très vite, quelques membres superflus constellent le terrain dans des mares de sang et de sécrétions non humaines diverses. Le jeu se poursuit toutefois sans l’intervention d’un quelconque arbitre, rapide, viscéral, parfois majestueux.

« Mais…que font-ils, bon sang ?
-Ils jouent, monsieur. Comme des animaux. »

**

« C’était incroyable, Faisan.
-Oui monsieur.
-Mais cela ne ressemble en rien à ce que nous appelons du football !
-Sans doute est-ce trop rapide, ou trop spontané pour que nous puissions l’identifier à notre jeu, monsieur.
-Je ne croyais pas ces brutes capables d’évoluer à ce niveau.
-Ils sont sur-évolués, monsieur.
-Incroyable. Que pouvons nous faire pour les intégrer ? Ou en intégrer un peu du talent ?
-Nous ne pouvons pas, monsieur.
-A-t-on déjà pensé à leur prélever de l’ADN ? Ou à les cloner ?
-C’est formellement interdit, monsieur.
-Ah cessez donc avec vos monsieur, Faisan. On tient la solution à tous nos problèmes et vous vous faites obséquieux.
-Il n’y a rien que nous puissions faire, monsieur. Les détecteurs de radiations de la Ligue sont bien trop puissants pour que la moindre mutation puisse leur échapper. Et de toute façon, l’écart est tel avec nos joueurs que n’importe quel péquenot des coteaux du Toulois s’apercevrait à l’œil nu qu’il y a tromperie sur la marchandise. À ce propos monsieur, si je puis me permettre. Il faut vous débarrasser du risque de contamination.
-Bon sang vous avez raison, Faisan. Que dois-je faire ?
-Eh bien…
-Allons, dites moi, le temps presse.
-Il va vous falloir manger votre merde, laisse tomber Faisan. Et seulement une fois que vous aurez tout bien ingéré, vous pourrez prendre une capsule d’iode dissoute dans votre pisse. »


LES GROSSIERS PERSONNAGES.

Comprenne qui pourra.


LE MATCH en différé pour ceux qui aiment les lire en live et inversement.

1 Et ce sont les Castelroussins qui engagent ce 88e Bol d’Or de l’Espérance Amicale des Anciens de l’Andouillette. Que le meilleur gagne !

2 Voilà au moins une chose qui n’a pas pris beaucoup de temps : Yahia est dépassé en vitesse, il encaisse son premier jaune et concède un premier coup-franc dangereux à trente mètres de notre but.

4 Oh oui Geoffrey il la sort ! La balle retombait bien vers le but mais la barre s’est interposée avec autorité.

10 Hors-jeu de Nordin sur un coup-franc tiré par Abergel. Abergel. ABERGEL ?

11 Yahia allonge pour Muratori qui gagne son duel puis un coup-franc. On mène aux points.

12 Mais qu’est-ce que c’est que cette combinaison initiée par Abergel. Bon, Muratori parvient à frapper quand même, mais je réitère : pourquoi Abergel tire-t-il les coups de pieds arrêtés ?

16 Tir de peu à côté pour Châteauroux.

17 Tir dedans pour Châteauroux. 1-0.

20 Après une perte de balle de Muratori, tir de peu à côté pour Châteauroux.

24 Châteauroux combine et tire, c’est de peu à côté mais c’est contré ce qui donne donc un corner, sur lequel Châteauroux tire sur Jourdren qui donne un nouveau corner. On récupère enfin le ballon au prix d’une faute, mais l’arbitre a pris pitié et ferme les yeux.

25 Ça s’est vu qu’on avait eu un léger temps faible ?

26 Abergel tire quinze mètres au-dessus. Au moins il a visé le bon but.

29 Bonne récupération d’Abergel, Nordin en profite pour courir vers le but adverse, il obtient un coup-franc à défaut du ballon.

30 Badila tire au-dessus.

32 Cuffaut parvient à centrer, Dalé rate sa tête.

35 AH IL A PAS LA MÊME GUEULE NOTRE TEMPS FORT À NOUS, HEIN.

40 Et le voici d’ailleurs clos par ce gros tir castelroussin sur lequel Jourdren s’emploie correctement.

42 Mais Dalé réplique, lui qui a été incommensurablemt nul malheureux depuis le début. Sa frappe ne passe que vingt mètres à côté, ça se rapproche !

46 Au nom de l’humour et en son nom propre, Arnaud Nordin adresse un tir en touche.

Mi-temps. Ouf.

46 Nancy engage plein de haine et d’une détermination toute neuve à écraser ces insolents.

54 En fait on pousse vraiment depuis la reprise, mais on ne plante point.

55 Jourdren a une nouvelle bonne idée en nous sauvant la baraque dans un face-à-face. Ça fait beaucoup pour un seul match. Beaucoup d’idées, je précise.

60 Pendant ce temps, les Castelroussins collectionnent les cartons jaunes tout en sachant qu’un rouge ne nous aiderait même pas, de toute façon…

66 Corner pour nous, qui nous procure deux occasions que l’on rate et rate encore.

69 Nordin tente une tête de l’extrême sommet de ce que toute sa détente permet à son mètre vingt-deux. Eh ben dis donc, ça rate quand même.

70 Au moins il ne rate pas son retour sur le banc. Dembélé le remplace.

73 Extrême violence sur le but de Jourdren avec un tir de barrage de type américain, mais toutes les frappes sont finalement contrées. Bien.

76 Hadji et Bassi entrent à la place d’Abergel et Dalé. Insérer blague chicha/Maroc/babouches.

78 Pour bien les accueillir, Châteauroux s’offre une énorme occasion pas conclue à cause d’une finition plus faiblarde que le mental de nos joueurs.

82 Enfin une vraie occase ! Hadji est parfaitement servi par Bassi, sa frappe est belle mais le gardien sort l’arrêt du match.

85 Vexé, Hadji bourrine à côté.

89 On envoie des ballons paniqués dans la surface, puis en 6 mètres.

91 Pendant le peu de temps qui reste, Châteauroux nous nargue avec des ratés de l’espace qui feraient mourir de honte n’importe quel finisseur un peu maladroit.

Hop encore une défaite.


LES NOTES.

Jourdren 3/5
Oui, je l’affirme, il a été très correct sur ce match et a empêché une fois ou deux que la défaite ne devienne une débandade, la débandade une raclée, la raclée une tinette. Même si au point où on en est, 1-0 ou 6-0, on s’en cogne pas mal.

Lang 1/5
Passer du centre à la gauche, c’est autant couronné de succès que dans le monde des médias, en ce qui le concerne.

Yahia 1/5
Aussi appelé le « croquemitaine » dans le jargon. Ou encore le « spectre qui ne hantera jamais l’Europe », « le Caterpillar des 5,50 », « l’olibrius du point de penalty », « l’ogre trisomique de la relance », etc.

Badila 1/5
Son avenir chez nous est sombre, comme ses desseins sur un terrain de football.

Cuffaut 1/5
Gnéééééééééééééé

Muratori 2/5
Il a bien essayé quelques trucs. Et quelle prestance avec ce brassard au bras. On ferait mieux de le faire entrer au musée de l’ASNL sans attendre, ça lui évitera une fin tragique comme celle des autres.

Abergel 2/5
Oh ça oui il donne tout. Mais d’une manière aussi désordonnée, avec un sens du placement et une vista aussi pourris, on commence à dire qu’il dessert les besoins de l’équipe tant cela nous paraît contre-productif.

Clement 1/5
Tour de contrôle des courants d’air.

Ba 2/5
Aucune idée de pourquoi deux et pas un, ça doit être de la discrimination positive, juste pour faire chier les pour et les contre.

Nordin 2/5
Eh mais c’était pas si nul pour un cul-de-jatte nain débile unijambiste sans couilles.

Dalé 1/5
Voilà, une fois qu’on a fait le tour de ses déviations de la tête pour personne (il n’en réussit qu’environ une sur cinq, en plus, ne soyons pas dupes), nous revient rapidement dans la gueule le peu de talent dont il dispose balle au pied. Bien naïf le seul connard nommé Picon qui a cru que son retour serait une bonne chose.

REMPLAÇANTS.

Dembélé NN
Trop jeune.

Hadji NN
Trop vieux.

Bassi NN
Trop tard.


NOTE ARTISTIQUE DE L’ÉQUIPE : 1/5.

Auparavant régulière dans la contre-performance, l’équipe au chardon se complaît désormais dans la médiocrité. À une composition de départ plus floue qu’un eskimo laissé sous le soleil du sud, s’ajoute des choix d’hommes particulièrement nauséabonds, l’idée saugrenue de laisser un veau échappé du salon de l’agriculture (mais encore sous tranquillisants) et une brebis du désert manquant singulièrement de calories animer l’attaque en tête.

Cette équipe ne produit plus rien, ne défend pas bien, ressort les ballons en roulant sur son ventre comme un curé de campagne, n’accepte pas le défi pourtant pas bien sauvage que lui oppose le football, rechigne à accepter le combat, se planque derrière sa confiance perdue et accepte avec déférence de ne plus avoir ni mental ni repères, un peu comme nous tous face à la vie dans cet hiver interminable.

En Lorraine qui souffre plus que celle qui souffre mais c’est bien fait pour elle, on n’est pas loin d’être habitué à ne jamais sortir de l’hiver. On ne vous cassera donc pas les couilles avec des locutions détestables comme « voir la lumière au bout du tunnel », « se sortir les doigts du cul pour y faire enter la lumière », « la vie est une tartine de merde et à la fin tu manges la lumière », non. Après si vous tenez à ce qu’on vous le dise quand même, on ne cracherait pas sur un ou deux degrés de plus au thermostat, oui.

Marcel Picon.

Marcel Picon

Ras le cul de toutes ces conneries.

6 Comments

    • C’est moins malsain, en tout cas. Je te laisse tester la lecture si tu es d’humeur, mais ne regarde surtout pas un match de Nancy.

  1. Voilà c’était une super aventure les gars. Bravo. Revenez maintenant, venez, on va supporter Barcelone, on va se faire des vidéos Youtube de Manchester City, on va regarder qui le PSG va acheter cet été

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