OM-Konyaspor (avant-première), La Canebière académie n’a pas tout écrit

Mettons de côté Monsieur Lapin, et soufflons de l’optimisme. Tout n’est pas écrit.

Aïoli les sapiens,

Aïoli à tous, et surtout à vous, les joueurs. Vous êtes à la veille d’aborder les choses sérieuses en coupe d’Europe, et je ne sais pas pour vous, mais chez nous, les supporters, ça ne va pas fort. J’imagine que l’ambiance n’est pas à l’euphorie de votre côté non plus ; le stade sera en grande partie vide, et vous entendrez sans doute des mots qui vous feront de la peine. Et puis cet adversaire, Konyaspor, que peut-on en attendre ? Au mieux, une victoire morne en forme de sursis, au pire un palier supplémentaire dans la dépression. Même s’il vous arrivait de triompher de cette équipe dont la plupart d’entre nous ne savent rien, il s’en trouverait beaucoup pour qualifier une large victoire de trompe l’œil.

Et l’on vous voudrait motivés avec ça ? Avec ce rendez-vous aussi enthousiasmant qu’une réunion budgétaire du lundi matin pour le cadre moyen ? Il est difficile à trouver, l’optimisme. D’ailleurs, si vous en vouliez, vous êtes mal tombés : Marseille n’est pas une ville optimiste. Prompte à s’enflammer, oui, mais dieu que les étincelles sont longues à venir dans le quotidien résigné. Ici, soit l’on explose, soit l’on endure. Dans sa clémence perverse, la Méditerranée nous a concédé la douceur de vivre ; le couchant, une mauresque et des amis, et qu’il est bon alors de se laisser aller en se contentant de médire des incapables.

Vous la sentez, elle est là, elle approche, la maladie incurable qui s’apprête à nous contaminer une fois de plus. Celle qui anéantit l’espoir, celle qui enkyste l’idée qu’il ne reste définitivement plus rien à attendre de votre nullité. Cette maladie qui met le présent entre parenthèses, qui nous fait sombrer dans la jubilation malsaine de trouver les meilleures insultes, pour patienter avant d’autre lendemains qui chantent. Ici-même, elles sont déjà écrites, les académies à venir. Ici on va vous enculer. On va vous humilier. On va niquer vos mères bassement, pour faire rire, et aussi un peu parce que vous le méritez. C’est prévisible, parce que vous aussi sentez que la partie est déjà perdue. Vous vous attendez déjà à vous complaire dans le marasme en attendant, vous aussi, je ne sais quel futur.

Et pourtant, j’ai envie de vous aimer, tas de cons. Et on va s’aimer, même s’il faudra du temps pour que ça se voie. On va s’aimer parce qu’on va se rappeler la seule chose qui nous rassemble : nous aimons le football. Pas le football qui nous monte la sègue sur les montants de transferts et les amortissements comptables, pas le football des schémas et des palettes, non, le football qui s’amuse. Celui des petits plaisirs, les vôtres comme les nôtres : exécuter une passe propre, placer une bonne patate au ras du poteau, comprendre l’appel du collègue, anéantir une action d’un bon tacle ou d’un coup d’épaule viril mais correct… du five des Milles au centre Robert Louis-Dreyfus, du stabilisé de la Marine Bleue au Camp Nou, cette satisfaction, à la fin d’un match, de se sentir vidé en pouvant se dire : « putain, on s’est bien donnés, quand même ».

Retrouvez déjà ce plaisir-là, le reste viendra de lui-même. Vous n’êtes pas des Mbappé ? On s’en fout, personne ne vous le demande. Vous avez du talent, vous le savez, nous le savons. Ne laissez pas la peur vous le ronger. Nous sommes de gros tarés, c’est un fait. C’est une contrainte, mais pas plus gênante qu’un entraîneur dépassé ou des blessures à répétition. Mais ce plaisir, bordel, ce plaisir du minot qui réussissait des belles choses, qui était félicité par ses parents, par les éducateurs, qui a rêvé, qui a travaillé pour arriver où vous êtes, il existe toujours et c’est un trésor qui n’appartient qu’à vous.

On en a vu des plus mauvais que vous l’exprimer, ce plaisir, et il n’en a pas fallu davantage pour faire rugir le Vélodrome. La compétition que vous débutez demain, il y a treize ans on l’entamait sous la pluie dans un stade sans toit, contre Dniepopetrovsk, en gagnant 1-0 sur un pénalty marqué sans faire exprès. Au fond du seau, cette équipe allait dans les semaines qui suivaient me rapporter parmi mes plus belles émotions de supporter. J’ai déjà embrassé un inconnu après un but de Wilson Oruma, bougres d’ânes, vous le voyez bien, que tout est possible !

On vous fait peur ? C’est normal, mais on ne changera pas. Mais, même si tout le monde pense le contraire, nous savons bien au fond de nous tous que ce n’est pas définitif. Vous allez me le retourner, ce stade. Je ne sais pas si vous saurez bien jouer au football, pour ça vous demanderez à l’entraîneur. Mais ce que je sais, c’est que vous leur rentrerez dedans, à ces Turcs, vous allez courir, sauter, tacler comme vous ne l’avez jamais fait. Vous aurez en vous de la hargne, de l’abnégation, de la volonté, pas pour faire plaisir aux supporters, pas pour faire plaisir au président, pas pour prendre une revanche sur quoi que ce soit, mais tout simplement parce que, putain de merde, ça vous aura fait plaisir de vous lâcher enfin.

Vous allez gagner, mais le peu de public n’en aura rien à faire, il applaudira poliment tout en se souvenant de Monaco et Rennes. Mais vous vous en foutrez, vous recommencerez. Toujours à fond, toujours sans frein, toujours en mettant les watts, aussi et surtout quand les matchs tournent mal. Et le stade se remplira, le stade se colorera, le stade chantera. Vous reverrez les plus beaux tifos, ceux que vous ont racontés Steve, Dimitri et Florian, et en saluant les supporters à la fin des matchs, votre plus belle victoire sera de vous dire de nouveau : « Putain, qu’est-ce que j’aime ce sport ; et qu’est-ce que j’aime Marseille. »

Aïoli les gars, on se retrouve vendredi matin pour la suite de l’académie.

Bises massilianales,

Blaah.

Màj du 15 septembre : la suite post-match de l’académie est ici : http://horsjeu.net/france/lelite/la-canebiere-academie/om-konyaspor-1-0-canebiere-academie-pense-positif/

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

11 Comments

  1. I have a dream.
    Et puis la réalité te rattrape dés le réveil.
    Si tu commences à trembler lorsque tu reçois Konyaspor, qu’en sera-t-il lorsque nous rencontrerons le PSG ?
    C’est quand même bien mieux que le communiqué des Winners. Mais l’effet sera le même.

    • Voilà. Puisqu’on n’a rien à attendre des résultats, avant d’insulter par habitude autant s’autoriser à rêver un peu.

  2. Cher Blaah, je lis sans commenter (ou presque) depuis si longtemps. Merci pour cette acad’ – ça fait du bien dans ce catastrophisme ambiant franchement pénible.

  3. J’ai déjà embrassé un inconnu après un but de Wilson Oruma, bougres d’ânes, vous le voyez bien, que tout est possible !

    Pas mieux.

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