Cholet – Nancy (0-2) : La Chardon à Cran Académie s’offre un retour en fanfare

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Comme la poisse, il revient quand on ne l’attend plus.

« …et tout à coup, le magicien arrive et ouvre un vortex spatio-temporel qui permet aux héros survivants de retourner à une époque où le méchant ne les a pas encore éliminés ; ils rencontrent encore quelques embûches mais parviennent tout de même à recruter la grosse masse de leurs camarades et grâce à un regain de puissance sorti de l’ultime réserve de mana moisi au fond d’une jarre sacrée connue du seul maître des esprits, le même magicien, qui est décidément très puissant, ouvre un nouveau portail qui expédie TOUS les héros sur le gros champ de bataille où il se mettent sur la gueule et finissent par triompher, non sans l’intervention héroïque de notre ubermâle self made qui aurait très bien pu trouer le cul de tous les méchants seul une heure plus tôt dans le film mais qui n’avait pas vu le petit levier dans le vaisseau-mère des aliens belliqueux qui permettait d’éteindre toute la méchanceté d’un coup. »
Le silence se fait dans la salle. Des cigarettes s’allument nerveusement. L’absence de réaction générale s’ébroue, bien calée dans un gros fauteuil confortable, croise les doigts et se dit qu’il ne fait pas mal vivre ici. Un long moment s’écoule encore puis quelqu’un se décide à rompre le silence. Huit paires d’yeux se posent sur le scénariste en chef, avides.
« Tout ça ne nous amène que péniblement à notre problème.
Aussitôt le soulagement explose en petite phrases brouahantes. Oui c’est confus. Les péripéties manquent de craquant. On n’y comprends que pouic. Les Chinois vont détester.
Le premier orateur reprend :
-Il me semble que ce travail, fruit d’un effort collectif de plusieurs semaines, remplit parfaitement les cases exigibles du cahier des charges posé par nos employeurs. Si des détails sont évidemment à peaufiner, l’essentiel est là, tel qu’il vient de vous être narré.
-Il ne s’agit pas seulement d’un cahier des charges, sans quoi on aurait déjà amené cette guerre picrocholine et ce salmigondis spatio-temporel de mes deux à leur forme finale de bouillasse numérique pour attardés estivaux. Il s’agit de nous respecter nous-mêmes. On nous demande une bagarre épique, on leur donne. On exige un crêpage de chignons céleste avec option inclusion des minorités prémâchée, on leur sert sur un plateau couleur arc en ciel. On nous pose les conditions d’un triomphe terminal avec une pseudo-remise en question morale de nos valeurs profondes de trous du cul libéraux, on leur sort les violons nationalistes et la déclaration des droits de l’homme même pas froissée au sortir du fondement du président, où il a l’habitude de la ranger. BON. Maintenant, est-ce que quelqu’un ici présent pourrait bien s’il vous plaît me suggérer une hypothèse VRAISEMBLABLE sinon CRÉDIBLE qui nous permettrait de ressusciter un gugusse qui a tour à tour été, et je cite le script du précédent opus, concassé dans un sanibroyeur, fusillé six fois par trois pelotons d’exécution différents, terrassé par quatre dépressions nerveuses dont deux SIMULTANÉES, jeté du haut d’un pont, tabassé par des adolescents gavés de sucre à qui on a refusé l’achat d’un jouet à la caisse du Prisunic, vendu à des trafiquants d’organes, racheté par une morgue, expédié dans une zone tampon entre le réel et la tristesse par un chaman cosmique, rapatrié une première fois par une brigade d’intervention composée en partie d’un matelas usagé pensant et les pattes arrières d’un rugbyman à la retraite surmontées d’une mitrailleuse laser, rétrogradé en mite poucraque car laissé trop longtemps dans un convertisseur stellaire poussiéreux, réformé puis réactivé au prix d’un pacte avec une divinité égyptienne fictive incarnée à l’écran par une blanche et last but not least, privé de toute joie par son appartenance à un club interdit dont je ne mentionnerai pas le nom ici par respect pour la dignité de mes contemporains ?
-…
-…
-(vraisemblable ?)
-(crédible ?)
-…
Une autre voix s’élève.
-Ledit cahier des charges ne stipule pas vraiment que tout cela doive se parer des nécessité de la cohérence ?
-Eh bien, encore heureux, jeunes gens. Car je pense que dans le cas contraire, nous devrions tous nous recycler en distributeurs de papier cul dans un chiotte public du Bassin de la Villette.
-la situation est-elle grave au point que de telles atteintes à la dignité soient prononcées haut et fort ? Notre syndicat pourrait ne pas appréci…
-NOTRE TRAVAIL EST UNE PURE ET SIMPLE ATTEINTE À LA DIGNITÉ BORDEL DE DIEU. On ne fait que raconter des salades à des tocards avides sous couvert de fiction, on se prive du moindre second degré pour ne pas les perdre et quand on amorce la plus légère esquisse de fausse piste, il faut tout leur illustrer, on mâtine tout ça de clins d’œil appuyés pour leur faire croire que leur film les aime bien et une fois qu’ils ont tous versé la tête dans l’abreuvoir, on réfléchit à un moyen de remplir le prochain seau d’avoine. VOILÀ CE QU’ON FAIT.
-C’est exact. Tout ce que l’on propose à le représentation des uns est très éloigné de la vérité des autres. C’est pour cela que nous cherchons avant tout à jouer avec la crédulité du spectateur.
-CE FOUTU HÉROS NE DOIT-IL REVENIR QUE PAR L’OPÉRATION DU SAINT-ESPRIT ?
-Ah, nous y voilà, glisse un audacieux.
-Oui, ce héros. Cet anti-héros, appelez-le comme vous voulez. Au moins dans mon film il ne dansera pas, ça je peux vous le garantir. Il doit revenir. Nous en avons convenu. Tout le monde en a convenu. Eh bien n’imaginez pas que la prochaine pirouette qui l’extirpera des entrailles puantes de Satan sera de nouveau accueillie par le scepticisme habituel des parents qui accompagnent leurs chers bambins à la séance et encore moins les moqueries grossières de la presse spécialisée.
-Les héros reviennent toujours, quels qu’en soient les moyens.
-Pourquoi pas laisser tomber cette suite et lui offrir un prequel ?
-Mais bien sûr. Et pourquoi pas écrire une suite à Seven, aussi.
-Seven 2, ce serait cocasse, tiens…
-On ne veut pas s’aliéner le public des supporters de Liverpool.
Les ricanements détendent vaguement l’atmosphère mais le scenar-chef bouillonne toujours.
-Écoutez. Je tiens seulement à ce que nous sortions tous de cette épreuve la tête haute. Après tout, les gens de Birmingham ont droit à du cinéma de qualité tout autant que les autres. Pour une fois j’aimerais seulement donner au spectateur le minimum de respect qui lui revient. Ne serait-ce que pour avoir subi les épisodes précédents.
-Il me vient une idée, si vous le permettez.
L’attention de la petite assemblée se tourne vers un nouveau locuteur. Il reprend :
-Parmi les artifices qui sont à notre disposition, il est évident que les plus éculés sont ceux qui satisfont le public. Intervention pseudo-divine, guérison miraculeuse, force de volonté surhumaine, retour de l’être aimé par l’opération des sentiments inextinguibles, réapparition sous une autre forme…bref, on n’en peut plus. Mais tout cela n’a guère d’importance, au fond, car aucun de ces retours ne marque une réelle transformation du héros. Il revient fait du même bois, rigueur morale, droiture intellectuelle, seul le monde a tourné sans lui mais pas grave, il intervient pour le réparer comme il faisait auparavant.
-Poursuivez.
-Eh bien…s’il s’agissait au contraire de faire de ce héros l’élément qui va non pas sauver le monde, mais se faire détruire une bonne fois pour toute par lui au point de vouloir s’en défaire ?
-…
-On ne va pas refaire Snake Plissken, mais visez un peu : cet ex-amoureux transi qui voit son monde le décevoir finit par accueillir avec soulagement l’apocalypse. L’éternel optimiste est rongé par la culpabilité de n’avoir rien su faire pour protéger la matrice qui l’a nourri toute sa vie durant, au point que la disparition définitive de ce monde trop ingrat finit par être accueillie comme l’ultime rédemption. Mais soudain…
-…
-Soudain… ?
-Soudain ce monde pourri réapparaît. Il renaît de ses cendres comme avant et s’étale dans toute son horreur devant les yeux jusqu’alors apaisés du héros. Ce dernier ne peut plus en percevoir que les travers les plus atroces. Tout a changé en mal sauf lui. Le choc émotionnel est si puissant que la seule réponse possible de sa psyché est une haine furieuse. Le combat qu’il menait alors pour une cause qui lui semblait juste devient la drôle de guerre indigne d’être menée.
-Cela nous oblige à changer tout le scénario.
-C’est l’histoire que vous voulez écrire. La seule qui vous paraisse à la fois vraisemblable et qui restaure l’honneur du spectateur. »
Cette fois le mutisme qui suit vibre d’une intensité nouvelle. Les regards gravitent autour d’un intérêt sincère et se posent sur le chef-scenar avec une curiosité teintée d’enthousiasme.
« Cela nous invite effectivement à des modifications profondes, mais tout cela n’est pas inintéressant. Un délai fort lucratif, quoique raisonnable, me semble négociable avec la production.
-…
-Pardon ?
-Eh bien jeunes gens, la qualité se paye. Et la vérité est la fille du temps. Ces nécessaires modifications prononcées par notre cher collègue vont devoir se monnayer, cela va sans dire.
-Le syndicat défendra difficilement ça.
-Que cela reste entre nous. Le prix de l’honneur est trop élevé pour y mêler des boutiquiers.
-Et comment allons nous rendre concrètes ces vagues élucubrations autour d’un monde devenu si méchant qu’il rende notre héros aigri ? Comment allons nous faire passer tout cette bile pour du consommable décliné en produits dérivés? Je vous le demande.
-J’ai bien une idée, mais elle devrait être difficile à imposer au public américain.
-Dites toujours…
-Eh bien… imaginons que le monde soit un club de foot et ledit héros son plus fidèle supporter. »


Le match

Comme chaque saison, de nouvelles têtes apparaissent au point de renouveler un onze de fond en comble tout en assurant à la plèbe que toute idée de football est bien calfeutrée au fond de nulle part sous une épaisse couche d’inconnu, enfermée à triple tour dans le coffre-fort de l’oubli. C’est pas qu’on ne les aime pas d’avance, c’est plutôt que vu le nombre de fois qu’on nous a fait le coup, on commence légèrement à se méfier.

La seule vague promesse de survoler tout ce merdier repose sur un ensemble de petits pics capillaires adolescents formés au gel, ensemble salvateur et grotesque surmontant celui en qui la nécessité nous pousse à croire coûte que coûte : Ben Ped le survivant. Si lui est encore là, c’est peut-être que tout n’est pas si pourri. Ou alors c’est pire.

Nous jouons donc ce match à Cholet, qui joue en rouge (sortez les mouchoirs… et balancez un Vendéen à la mer, ça fait du bien). C’est une saloperie de club de National, sûr de son infériorité, bravement décidé à rivaliser dans son stade municipal à une seule tribune et autant de caméras. Le match vivote comme un apéro du vendredi soir chez la partie de la famille qu’on n’aime pas et se dessine déjà comme guère reposant avec ce coup-franc expédié sur notre barre transversale qui laisse notre portier puceau raide comme sa gloire du matin mais tout à coup, un dénommé Gomel arrive lancé pleine bourre aux vingt-cinq mètres et applique le principe le plus élémentaire de la baston de rue : pas de garde en face, je mule. Le ballon rebondit sur un défenseur du genre à tenter de regarder du National via un streaming russe et voilà que c’est le gardien d’en face qui reste les pieds figés dans le gazon : 0-1.

La seconde période donne plus de fil à retordre à l’académicien en mal de contenu à exposer aux yeux avides de ses lecteurs qu’aux joueurs eux-mêmes, pas décidés à ressortir du vestiaire en footballeurs. Une phase est à noter toutefois puisque celle-ci mène au but du break en la faveur de Nancy : un milieu nommé Bouriaud a l’idée du siècle en tentant d’adresser un centre aux 3 mètres 12 de son avant-centre, lequel n’a même pas à sauter pour placer une déviation de la poitrine (on soupçonne toutefois qu’il tente de contrôler le ballon, mais baste). À la retombée du ballon, vif comme l’ego d’Elon Musk, Lamine Cissé croise parfaitement sa frappe pour faire filoche. 0-2.

On remballe, prochain match en septembre contre Niort. Ah putain, c’est la semaine prochaine.


Les notes

Giagnorio 4/5
Le jeune homme est bien coiffé, porte des gants et laisse la feuille de match toute propre après avoir rangé sa chambre : on peut dire qu’il est bien élevé mais non, ce n’est pas Gabriel Attal et nous l’en remercions.

Delos 3/5
La starlette de ce début de saison, avec déjà deux buts au compteur, est restée muette côté chocolat mais a su imprimer une autre marque sur le match en refusant les centres et autres incursions de son côté.

Carlier 3/5
On ne vous connaît pas mais on vous découvre avec le cul propre et pas beaucoup d’occasions concédées. Vous êtes engagé.

Pellegrini 4/5
Lui on le connaît, et quand bien même sa tronche n’imprime toujours pas vraiment dans le trombi de nos dieux du stade, on aurait bien reconnu son style de motoculteur entre mille. Aussi c’est paré de petits morceaux de peau et trempé du sang de ses ennemis qu’on l’accueille dans cette académie pour une nouvelle saison. C’est une dent que vous avec de coincée sous le crampon ?

Bussmann 1/5
Oh il joue comme un vénérable ancien, son pacemaker l’a encore épargné le temps d’un match, son étoile a brillé une fois de plus dans le ciel de Nancy mais aussi sûr qu’il vient de Metz, il incarnera encore un peu le bouc émissaire que l’on barbouille gratuitement de caca même en cas de victoire probante.

Bouriaud 4/5
N’allez pas croire qu’il ait joué un rôle prépondérant dans un match de National. Le plus communément, le défi physique d’un double pivot à ce niveau de jeu consiste surtout en ne pas choper un torticolis en suivant les ballons des yeux. Le rapport de match ne semble pas indiquer de blessure, c’est donc une très belle performance de sa part.

Diaby 3/5
On en arrive au stade où l’on ne sait même plus à quel poste joue le quidam que l’on est censé évaluer. Dans ce cas, deux options : soit on colle une note au hasard, soit on s’efforce de produire un commentaire amusant pour le joueur suivant.

Gomel 4/5
Buteur. Bravo.

Tayot 3/5
On le voit régulièrement adresser des centres et déborder sur son côté, ce qui devrait achever de nous convaincre qu’il a achevé sa mue en footballeur. Pourquoi cependant aperçoit-on toujours Gaëtan l’Homme-garde-boue sur le terrain ?

Cissé 4/5
Il continue à planter et se destine à devenir sous peu l’homme fort de l’équipe à seulement 20 ans. Dans un vrai club ça signifierait sûrement qu’il nous assure un avenir radieux et devrait revêtir le brassard bientôt mais à Nancy, ça augure de sa signature dans un obscur club de seconde division ouzbèke dès cet hiver pour un écot proche du premier salaire de ta cousine prof d’école stagiaire.

Farade 3/5
Quand une ombre passe sur le terrain, c’est simplement qu’il est en reprise d’appui : vu le gabarit du bonhomme, m’étonnerait pas qu’on joue aérien cette saison. Preuve que ça a marché au moins cette fois : il est passeur sur le deuxième but.

Marcel Picon

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