France – Uruguay (2-0) : L’Académie française montre les crocs

Vendredi 6 juillet 2018. Premier quart de finale de Coupe du Monde. Montmartre. Une pinte d’ambrée à la main, des Stéphanois partout. Tous unis. Tous prêts à niquer de l’Uruguayen. Ca va être bien.

Avant ce match, la France a encore 3 rencontres à gagner pour être CHAMPIONS MON FRERE. Et face à nous se présente l’Uruguay. Très clairement, les Uruguayens ne sont pas des perdreaux de l’année. Ils savent faire, ils connaissent les rencontres à enjeu, ils ont la culture du haut niveau, ils ont l’habitude de se faire éliminer avant la finale donc c’est le moment. Le niveau global des copains de Suarez est meilleur que celui des copains de Messi. A noter que Cavani est absent, soit un avantage non négligeable pour nous. Aux Bleus de répondre présents.


La compo :


Sans surprise, DD reconduit son 4-2-3-1 et les mêmes hommes, à l’exception de Tolisso qui remplace à gauche Matuidi, suspendu. Et oui, je sais, en vrai on joue en 4-3-3 car JAMAIS Tolissso (ou Matuidi) ne jouent vraiment ailier gauche.

Le derrière :

Lucas Hernandez ne lâche plus ce côté gauche qui lui va si bien. Pavard, toujours son nuage depuis son but orgasmique face à l’Argentine, tient le couloir droit. Votre duo préféré, Umtatane, verrouille le tout.

Le milieu :

Paulo et Ngolo sont dans un bateau. Et on espère que personne ne va tomber à l’eau. Plus de Messi à surveiller, seulement une bande de Sud-Américains morts de faims.

Le devant :

On prend les mêmes que face à l’Argentine et on recommence. Y’a pas de raisons. Giroud va devoir se farcir la (double) paire (de couilles) Godin-Gimenez pour ouvrir des espaces à Mbappé, notamment. Griezmann certainement un peu plus bas comme au match précédent pour créer. Tolisso prend l’aile gauche, Matuidi-style, mais avec la technique en plus.


Le match :


Le début de la rencontre est fermé. Un frisson parcourt toutefois le bar dès la 4e minute alors que l’Uruguay passe par la gauche. Pavard est pris, le reste de la défense bleue est incroyablement passive et fébrile : le centre passe devant tout le monde sans que personne ne le dégage. Sans conséquence, heureusement, mais il va falloir être plus rigoureux que ça et pas claquer des fesses à chaque ballon. Griezmann redescend assez bas pour chercher des ballons. Il veut prendre les clés du jeu, mais dans ces 20 premières minutes, beaucoup de passes ratées et de ballons perdus. On trouve enfin Mbappé dont les deux-trois premières accélérations rassurent quant à sa capacité à faire chanter Allô maman bobo aux défenseurs adverses.

Alors que les Bleus posent le pied sur le ballon, les Uruguayens, eux, posent leurs pieds sur nos pieds, leurs crampons sur nos chevilles, leurs coudes dans nos tronches. Lucas Hernandez se fait ainsi détruire par Stuani sur un tacle d’attaquant (comprendre : avec 30 secondes de retard, les pieds décollés, par derrière). Au sol, Lucas se ramasse ensuite Nandez sur le coin du pif, l’Uruguayen se laissant volontairement tomber sur le Français histoire de l’achever. Bilan comptable : zéro carton.

Après une très belle intervention tous poings devant de Lloris sur une tête suite à un corner, les Bleus se montrent : à la réception d’un bon centre, Giroud remise superbement de la tête vers Mbappé. Seul, Kylian choisit de faire un drop avec son crâne. C’était l’option la moins logique, comme regarder Minuit à Paris plutôt qu’Annie Hall si on vous propose du Woody Allen.

Les minutes passent et le match ne change pas trop de physionomie : les Bleus ont globalement le ballon mais manquent de justesse dans la deuxième moitié de terrain. Stuani, lui, applique à la lettre le manuel du parfait connard : sur chaque ballon touché par Hernandez, une nouvelle technique de tacle assassin. Toujours à deux doigts de lui rompre chaque ligament et de lui briser chaque os, Stuani est un virtuose, évitant le carton à chaque coup. Suarez n’est pas en reste et met un gros taquet sur Pavard en s’en foutant complètement du ballon. Benji a du mal à s’en remettre. C’est aussi ça le haut niveau international : des coups de pute, face auxquels il faut toujours se relever et rester calmes.

Der Übermensch

La pression des Bleus se fait toujours plus insistante, alors que la mienne descend gorgée par gorgée. Hernandez se prend le premier jaune de la partie en déchirant le maillot d’un Uruguayen parti en contre-attaque. C’est mérité, mais c’est rigolo quand même. Au milieu du terrain, Giroud remise vers Pogba qui lance Mbappé côté droit. La vitesse de Kylian équivalant à la somme des carrés du côté de l’angle droit de l’hypoténuse (j’ai fait L, mais je maîtrise le théorème de Talaisse), le Parisien a tout le temps d’envoyer un super centre tendu. Problème : tous les maillots bleus dans la surface sont uruguayens. Aucun Français à la réception. J’ai à côté de moi des anti-Giroud primaires, dans les 18-19 ans. « Giroud NTM ! » par-ci, « Putain c’est encore la faute de Giroud ça ! » par-là : alors, Oliv’ était à la ligne médiane pour remettre à Pogba et, jusqu’à preuve du contraire, il n’a pas le don d’ubiquité. Par contre, Griezmann et Tolisso qui vont en trottinant vers la surface adverse, là on peut insulter. On sait que Mbappé va très, très vite. S’agirait d’anticiper les gars.

Réflexion faite, p’tet que ces anti-Giroud n’avaient pas le physique de jeunes hommes de 18 ans, mais seulement le cerveau.

Bientôt 40 minutes de jeu et un score toujours vierge. En entendant ce mot, (Ingrid) Bentancur tient à prouver au monde que lui aussi est un vrai bonhomme, un viril, un dur, un Rochedy (zem) : son tacle de boucher sud-américain découpe Tolisso. Jaune, coup-franc. Grizou s’en charge aux 25 mètres, excentré sur le flanc droit de l’attaque. Au premier poteau, Varane arrive lancé, coupe la trajectoire de la tête et propulse le cuir au fond des filets (1-0, 40e).

Comme à notre habitude, dans la foulée d’un but, on panique. C’est assez paradoxal. On sait systématiquement qu’il ne faut ni se relâcher, ni stresser, ni reculer, mais le fait d’y penser, de le savoir, fait que ça se produit toujours, irrémédiablement (retrouvez toutes mes analyses psychologiques dans le prochain épisode d’Esprits Criminels, ou en podcast sur le site d’Elizabeth Tessier). Sur un coup-franc, Caceres reprend le ballon de la tête. C’est parfait, c’est tendu, c’est cadré, c’est petit filet : c’est HugO Captain my Captain ! Lloris. Quelle détente, quelle horizontale, quel arrêt ! Une main ferme à faire raidir toutes les demi-molles.

Fin de la première période. Plus de démonstrations de virilité que d’occasions, mais la France est devant. Au retour des vestiaires, Muslera, le gardien uruguayen, est pressé par Grizou. Son renvoi est contré mais le ballon passe à côté. L’histoire d’amour de Muslera avec les Bleus ne fait pourtant que commencer. Boosté par son but en huitièmes, Pavard s’essaye de nouveau à la frappe de 30 mètres, sans succès. Umtiti s’essaye lui de nouveau à la boulette. Dans notre surface, Big Sam se croit au Barça, préfère tricoter, dribbler, et ne pas dégager. L’Uruguay n’en profite pas. Essaye encore Samuel, et j’te force à regarder Jeux d’Enfants. Je te jure, personne ne veut vivre ça.

Stuani étant sorti, Nandez se rappelle aux bons souvenirs des consignes nationales : respectez le maillot, et respectez l’adversaire en le dérouillant. Son vilain coup de coude sur Tolisso ne déclenche, là non plus, pas de carton jaune. Le match est plus saccadé, le rythme baisse, mais la tension est toujours là. Un but d’avance, c’est être qualifié. Deux buts d’avance, c’est être qualifié et boire plus tranquillement sa pinte. Heureusement, Muslera est là. Pogba récupère un ballon au milieu de terrain. Griezmann hérite du cuir à gauche aux 20 mètres. Sa frappe, quoique tendue, n’est pas imparable. Mais Muslera en décide autrement : ses gants en mousse laissent filer le ballon dans le but (2-0, 60e). L’histoire d’amour avec Muslera se termine bien.

30 minutes à jouer, deux buts d’avance. Je vois mal une équipe dirigée par Deschamps s’écrouler dans cette situation, surtout que l’Uruguay est assez inoffensif. Seuls quelques neuneus pourraient faire basculer un match maîtrisé en match WTF. « Présent ! » répondent Mbappé et Pogba. Le premier s’écroule sur un très léger contact avec un Uruguayen. Godin n’apprécie pas tellement. Ca se chauffe, ça gronde, C’EST LA BAGARRE. Le second, Pogba donc, essaye tant bien que mal de faire chauffer ses neurones, mais aucune connexion ne se fait au niveau des synapses. DD est obligé de venir le calmer, Varane aussi, Grizou pareil. L’arbitre, complètement à la rue dans la maîtrise du match, donne finalement un jaune à Mbappé et Rodriguez.

 On dirait pas comme ça, mais ici, Varane est le plus serein des deux. 

Etonnamment, bien que menés de deux buts, les Uruguayens ne mettent pas une intensité folle. L’est où la grinta avec laquelle on nous rabâche les oreilles ? Encore 20 minutes à jouer, et on est sereins. On enchaîne quelques belles phases de possession, on les fait courir. La victoire approche. Pogba obtient un coup-franc que se charge de frapper Griezmann. L’image la plus belle du tournoi arrive alors :

 Joie (n.f.) : illustration ci-dessus. Syn. : bonheur, jouissance, rire. Voir aussi ici.

L’Uruguay pleure, la France chante. « ON EST EN DEMI ».

Le débrief :

Assez incroyable. On a gagné de manière si… sereine. C’était froid, c’était propre. Un peu de stupeur face à tant de maîtrise et si peu de tremblements. On pouvait dire de l’Argentine que ce n’était pas une grande Argentine ; on peut dire de l’Uruguay que ce n’était pas un grand Uruguay, en l’absence de Cavani ; mais on ne peut plus dire que ce n’est pas une belle et forte équipe de France. Et je suis pourtant pas le dernier à être sévère.

Evitons toutefois deux écueils pour la demi-finale : voir les Belges comme un adversaire plus facile que le Brésil, et voir les Belges comme un adversaire monstrueux. Le premier cas n’arrivera pas avec Deschamps. Le second reviendrait à diminuer le niveau des Bleus : oui, les Belges sont peut-être arrivés à maturité ; oui, ils semblent enfin jouer ensemble et bien, les Hazard, les De Bruyne ; oui, ils ont un grand gardien. Mais bordel, on n’est pas des pipes. On va marcher sur ces revendeurs de cigarettes à bas prix, ces enfanteurs de Lara Fabian, rouler sur leurs joueurs de la génération black-blanc-roux, et aller en finale de Coupe du Monde.


Les notes :


Lloris (5/5) :

Une parade exceptionnelle qui permet aux Bleus de rentrer à la mi-temps avec ce but d’avance si précieux. Une Coupe du Monde quasi-parfaite jusque-là. Même pas de malus pour son jeu au pied : il a étonnamment envoyé un nombre de ballons parfaits directement dans les pieds de coéquipiers en seconde période.

Hernandez (3/5) :

S’il a souffert en première période, se prenant des taquets en permanence et ratant quelques gestes faciles, il n’a jamais cessé le combat. Une activité constante, il ne baisse jamais le pied, sauf pour inscrire ses crampons sur l’adversaire en douce. L’Amour croît.

Umtiti (3/5) :

Le physique de Mister T et la fébrilité d’Assurancetourix en public. Quelques bons taquets, une belle présence dans les airs, mais je ne le trouve pas impérial. Essaye encore de faire une roulade dans notre surface et je t’envoie des piranhas te ronger les orteils.

Varane (5/5) :

Hormis sa passe moisie dans les premières secondes, il a été le Patron de la défense. Il a muselé Suarez tout le match, ce qui est un exploit compte tenu de la dentition de ce dernier. Un but pour l’Histoire ?

Pavard (4/5) :

Il a géré les quelques situations dangereuses comme un vieux briscard, à l’épaule/en protection de balle/en taclant parfaitement. Une rigueur et une discipline en défense implacables, des prises de risques offensives à bon escient. Quel gamin !

Kanté (5/5) :

Il surgit de nulle part quand on croit qu’il n’est pas là, et il est aussi là où on l’attend. Il était partout. Il récupérait tout. Il donnait tout. On se demande comment on ferait sans lui, et comment font les autres équipes sans lui.

Pogba (4/5) :

Un impact physique incroyable au milieu, où il a rayonné en récupérant souvent le cuir, en conservant la balle sous la pression, en libérant le ballon au bon moment, et en cassant les lignes. Une dernière demi-heure que j’ai trouvée parfaite dans la conservation du ballon pour faire courir l’Uruguay. Un point en moins pour la non-maîtrise de nerfs. Faut arrêter ça Paulo.

Tolisso (4/5) :

Positionné à gauche, Corentin n’était pas dans son rôle habituel. Pourtant, très bon dans ce que Deschamps a dû lui demander : réguler son côté, compenser les montées de Pogba, proposer entre les lignes si besoin offensif. Si les Bleus ont été si équilibrés, c’est parce que Coco a été particulièrement intelligent. C’était le ToliShow. Remplacé par Nzonzi (non noté), entré pour ranger une maison déjà bien en ordre.

Mbappé (3/5) :

Passé du boulevard Tagliafico à l’avenue Laxalt pour finir dans l’impasse Godin. Kyky a pu placer quelques accélérations mais a été davantage gêné par la défense uruguayenne. Comme pour Giroud face à l’Argentine, une physionomie de match qui n’a pas avantagé ses qualités. Apprends aussi à gérer tes nerfs. Tu as 19 ans donc commence dès maintenant. Remplacé par Dembélé (non noté), dont la cote à l’Argus ne cesse de baisser.

Griezmann (4/5) :

Je ne sais pas comment le noter. Un but, une passe décisive. Une première période avec beaucoup (trop) de déchets techniques, de passes ratées. Une seconde période en patron du jeu. Antoine a joué comme un numéro 10. Il a distribué, rassuré, calmé. De nombreux retours défensifs très utiles, faits naturellement. Mais qu’est-ce qu’il joue bas. On a besoin de sa technique et de son sens du but plus haut. Une seule stat’ : 81 ballons, 20 perdus, 1 seul touché dans la surface adverse. Remplacé par Fekir (non noté) dans le temps additionnel.

Giroud (3/5) :

Guerrier, gladiateur, formateur BDSM : tous les synonymes qui vont bien. Se manger du Godin-Gimenez pendant 90 minutes, ce n’est pas donné à tout le monde. Pour Oliv’ ce n’est pas un problème. Il a gagné un nombre fou de duels aériens face aux deux molosses, n’a pas lésiné sur le repli défensif. Sa déviation de la tête vers Mbappé aurait mérité un meilleur sort. Manque plus qu’un but Oliv’, plus que ça.

 

Le Mont Térubio est mort, vive Didier Décampe.

VOUS ETES BEAUX

 

 

 

Didier Décampe

7 Comments

  1. Il y a un mois, on avait pas de latéraux et c’était le point faible de l’équipe.

    • Non, je le préfère à droite, déjà. Et en vrai relayeur. Il sait défendre et être une garce, il sait relancer et orienter. Mais sa discipline et son intelligence de jeu sur ce match m’ont bien plu.

  2. J’ai pas vu le match.

    ALLEZ LES BLEUS !

    Fékir (non noté) dans le temps additionnel.

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