OM de Marseille / Paris SGEL (0-2) – La Porte de Saint-Cloud Académie, nez au vent

Sentez, sentez bien, mes amis ! C’est le parfum de la victoire, du gagne-petit !

 

Nous parlons d’un lieu où régnait une puanteur à peine imaginable pour les civilisés que nous sommes. Dans ce stade, loin de sentir les odeurs de fleur d’oranger et de caoutchouc roussi des pneus de cycles qu’évoque son nom, les couloirs puaient le triste et froid béton élibaupien, les vestiaires puaient le suintement métallique du crampon dépressif, les bancs puaient la transpiration de postérieurs angoissés, la pelouse puait l’étron dégoulinant du joueur apeuré, les cages puaient le foutre fini à la pisse des occasions ratées, les loges puaient la putréfaction des grandes ambitions déçues, les tribunes puaient la morve coulante et sanglotante d’une virilité blessée, humiliée, mi-molle.

Les gens puaient la peur et les sous-vêtements souillés, la défaite et les dents gâtées. Le ramasseur de balles puait comme l’entraîneur, l’ultra comme le directeur sportif, le jardinier comme le gardien de but. En ce stade, en ce club, en cette cité, en ce beau XXIe siècle, la médiocrité ne rencontrait encore aucune limite, aussi n’y avait-il aucune activité footballistique, qu’elle se veuille constructive ou destructive, aucune manifestation du jeu en germe ou bien en déclin, qui ne fût accompagnée de puanteur.

Et c’est là, dans cet antre de la puanteur, que le nez le plus fin du fouteballe circusse entendait faire naître le parfum le plus pur, le plus délicat, celui qui commande aux hommes par l’admiration, l’envie, la passion, bref, par l’amour. Ce parfum, c’est celui de la victoire, simple, nette, précise et, irons-nous jusqu’à dire (oui, nous irons jusque-là), c’est le parfum du beau jeu, doux, rond, sucré comme une jeune gorge dorée offerte à un chaud soleil printanier.

 


LA DISTILLATION A FROID


 

Pour former ce parfum footballistique parfait, notre héros (appelons-le Thomas) choisit minutieusement ses ingrédients : un peu des effluves laiteuses et maternelles de l’Aréole, une base légèrement exotique de défense à trois alliant l’épice de la jeunesse et du Currywurst à l’amertume de la saudade et de l’expérience, deux essences plus tranchantes de houblon belge et de paëlla espagnole pour enrober les côtés ; un brin de thym italien pour lier le tout, épaulé par une pincée de gomina du Rio de la Plata et un soupçon de pain d’épices rhénan ; enfin, un zeste de fauve camerounais, sans oublier une large dose de l’odeur de l’argent (pas n’importe laquelle : la délicieuse odeur de l’argent caché au fisc).

 

L’Empire des sens

 

Malgré la profondeur et la subtilité de l’organe olfactif de Thomas, c’est bien l’odeur de merde émanant de l’antre marseillais qui prédomine dans cette première mi-temps, au point que l’on doit se boucher le nez à plusieurs reprises pour ne pas s’évanouir devant les dribbles intérieurs puant l’eau-de-vie de Thauvinasse, les petits ponts à l’odeur de chien mouillé d’Eauquampeausse et les relents de souffre suintant des tribunes crasses craquées au fumi. Nos délicates papilles parisiano-saint-germanoises ont du mal à faire ressortir leur délicieux parfum habituel dans ce bourbier olfactif permanent.

Un petit pont puant l’égout sur Némarre, suivi d’un chat-bite au goût de sperme chaud pratiqué sur le bulldog argentin d’en face suffisent à remplir cette première période dominée par la bouillie tactique d’un entrejeu aussi puant qu’un entrejambes de fille de joie du faubourg Poissonnière après une journée de trottoir. La première occasion de respirer enfin n’intervient que quelques secondes avant la pause par l’intermédiaire de l’Ange de Marie, faisant parler l’odeur de la poudre avant que ne s’installe l’odeur des citrons, sur un score nul et vierge.

Les réajustements du maître parfumeur Thomas dans son atelier d’enfleurage permettent de retrouver enfin avec une vigueur amplifiée les essences de l’équipe : le cuir du ballon roule plus vite sur la pelouse mouillée, les passes s’allongent, le bloc marseillois s’écarte comme les fesses grossièrement torchées du citoyen français devant le braquemard fièrement dressé du collecteur d’impôts, substrat de l’Etat imposteur. Malgré un air plus respirable, les odeurs nauséabondes persistent, tant et si bien que les spectateurs provençaux, qui n’ont plus connu de ramassage d’ordures depuis la Libération, confondent Némarre avec une poubelle de recyclage lorsque celui-ci se présente aux poteaux de corner.

La libération de nos narines agressées arrive bientôt du banc parisiano-saint-germanois, le maître Thomas sortant de son étui à parfums son distillat le plus pur et le plus brut à la fois, sorti tout droit des cages d’immeubles macérées de Bondy la fleurie. Sertie par les parfums de son équipe, cette odeur brute, ce joyau olfactif ne tarde pas à s’illustrer : accélération à l’odeur de lavande, effluve d’amande amère dans le nez du défenseur, frappe de la pureté du jasmin, sous les fesses encore merdeuses du gardien de but. 1-0, dans les tribunes, les membres se tendent devant tant de perfection à l’état pur, d’amour réclamé, ordonné, octroyé sans broncher.

S’en suit un long quart d’heure de possession tranquille, sans volonté de gâcher ce délicieux parfum qui embaume désormais le stade, avant qu’un énorme étron arbitranal ne soit déposé sur le terrain à quelques minutes de la fin du processus de distillation. Tout est à refaire après cet imbroglio puant l’huile de coude et le vieux fromage hollandais à pâte mollasse. Heureusement, sur un contre électrique de PSGEL, nos deux parfums maîtres s’allient pour remonter le terrain et délivrer un centre aux petits oignons (ça sent meilleur que le caviar, les petits oignons) à notre gentil parfumeur teuton, qui place son pied sentant bon la gomme fraîchement passée au cirage et marque, offrant à nouveau au public marseillais l’occasion d’éveiller enfin leurs nez à autre chose qu’à la médiocrité du gagne-petit. 2-0, dans les travées les fluides se lient dans l’allégresse, Marseille s’emplit d’un onctueux parfum de semence giclée enfin à foison, sans retenue, sans honte, dans un acte d’amour simple et pur.

Le maître parfumeur d’outre-Rhin a accompli sa mission divine. Il se retire désormais dans son for intérieur, tapissé des parfums de ses conquêtes achevées, et de ses délicieuses compositions à venir… Dans son coeur, apaisé par la suave odeur de la victoire, ne règne que l’envie de pénétrer dans celui des hommes de toute la Provence, de toute la France, de toute l’Europe, et de leur insuffler enfin l’envie de vivre, loin du football qui, même aspergé de l’eau de Cologne bon marché que peuvent apporter des investisseurs américains, ne peut dissimuler bien longtemps sa redoutable odeur de merde.

Et leurs nez n’ont qu’à bien se tenir.

Mes remerciements à Jean-Baptiste Grenouille,

Georges Trottais

 

 

Georges Trottais

L’homme le plus (lutte des) classe(s) du monde.

9 Comments

    • C’est qu’on prend vite goût au luxe lorsqu’on ne connait plus les affres de la défaite. Vous devez le savoir mieux que moi, mon bon Robert.

        • C’est vrai quoi, c’est quoi ce pays qui a peur de la réussite, bordel ! Y a pas de honte à gagner de l’argent dans des quantités astronomiques et à l’étaler à la face de ceux qui ne sont rien, merde à la fin !

  1. Oh purée, j’étais pas revenu ici depuis un moment. C’est encore plus pourri qu’à l’époque de la grosse tougne.

    Ça se rapproche du petit pédé d’avant, je ne me rappelle plus de son nom.

    • Cette tradition de la notation méritocratique et concurrentielle blesse depuis trop longtemps la doctrine socialiste que je tiens chevillée au corps. Et puis c’était trop long de réunir à chaque fois le comité général de notation libre et démocratique (CGNLD), je réponds aux besoins du football instantané, qui a besoin d’articles faciles, rapides, torchés. Faut pas perdre le lecteur. Bises.

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