OM-Monaco (3-4 a.p.), La Canebière académie fête son jour de libération

On fait quoi, maintenant ?

Aïoli les sapiens,

D’aussi loin qu’il me souvienne, j’ai toujours été fasciné par le « jour de libération fiscale », cette date symbolique marquant le moment de l’année où l’honnête contribuable peut enfin jouir des fruits de son travail, après de longs mois à avoir engraissé l’Etat au profit des parasites, assistés et autres assimilés de type fonctionnaire. Quand ledit jour approchait, une revue en faisait sa Une bariolée, avec ce graphisme dont le graphisme à l’efficacité vulgaire nourrissait en moi des fantasmes qui le disputaient presque aux magazines de cul situés bien plus haut sur les rayonnages, quoique pas plus nocifs pour la jeunesse. Quels étaient ces gens ? Comment déterminaient-ils ce jour béni ? Fallait-il que des sages assistassent à une nuit du doute sur le toit du Ministère des finances à Bercy, d’où ils tâchaient d’apercevoir l’érection de Jean-Michel Aulas poindre à dans le ciel 500 km plus au sud ? Cette date marquait-elle le début d’une bacchanale débridée dans la France qui winne ? En cohérence avec leurs positions, ces gens-là cessaient-ils le même jour d’envoyer leurs enfants à l’école, de se faire soigner, d’utiliser les infrastructures de transport, de remplir des formulaires Cerfa en trois exemplaires, de s’emmerder devant des films français, de regarder les camps de migrants se faire raser, en bref toutes ces grandes et belles choses permises par le contribuable et sans lesquelles la France ne serait pas la France ?

Tout cela pour dire que ce jour de libération fiscale jouit d’une force d’évocation si puissante que je propose d’en créer incontinent l’équivalent olympien, que nous nommerions par exemple le « Jour de Libération Anale ». Après des mois passés à espérer, enrager, encourager, serrer des sphincters, le Jour de Libération Anale marquera ce jour de la saison à partir duquel les supporters olympiens n’ont officiellement plus rien à attendre en matière d’émotions. Si l’année dernière avait repoussé ce jour à l’extrême limite, avec cette finale de Coupe de France, ce que nous appellerons familièrement notre JLA2017 est donc survenu hier 1er mars, sauf à considérer que les escarmouches restant à venir contre Saint-Etienne, Nice ou Bordeaux en vue de l’acquisition d’une cinquième place seront plus palpitantes qu’une après-midi d’hôpital avec la télé bloquée sur Michel Drucker.

L’équipe

Echaudé, Rudi Garcia concocte un plan anti-branlées basé sur une défense à cinq. Gomis er Evra sont toujours blessés, de même que Sanson dont l’absence parut criante hier. L’évolution du score rétablit ensuite une défense à quatre aussi classique que le nombre de buts finalement encaissés.

 

Le match

Le début de rencontre est plutôt équilibré, et il faut attendre une inhabituelle 18e minute pour assister enfin à l’une de ces combinaisons anales qui lancent si bien nos rencontres. Inquiet de voir le quart d’heure franchi sans que nous ne nous soyons encore sabordés, l’arbitre nous donne un coup de pouce en sifflant un coup-franc sévère, voire injuste, contre William Vainqueur. Si le mur olympien avait été établi en travers du Rio Grande, il y a fort à parier que l’on aurait entendu jouer La Cucaracha sous les fenêtres du Bureau ovale en moins de deux jours. En effet, Thauvin et Rolando s’écartent en sautant n’importe comment, le tir qui partait hors du cadre rebondit sur la jambe du premier nommé pour aller heurter le poteau, et la prise de balle de l’Ânebatros fait le reste : une performance, que dis-je, une Oeuvre collective de premier ordre (0-1, 18e).

Si les bénéfices de la défense à 5 ne sautent pas aux yeux, tant se faire prendre des ballons de la tête par Valère Germain révèle autre chose qu’un souci de schéma tactique, c’est une prudence aussi évidente qu’excessive qui se manifeste dès que nous tenons la balle. Aucune solution de relance, peu de mouvement, une absence de projection des milieux et, in fine des tartines balancées à un Njie dépourvu d’équipier à moins de 10 mètres constituent l’ordinaire de notre première période. Notre style confine au caricatural quand Pelé doit par exemple retirer un renvoi aux 6 mètres, qu’il avait adressé à un partenaire replié jusque dans notre surface. Monaco maîtrise son sujet sans forcer… et se fait punir à la surprise générale quand, sur un ballon bien gratté par Vainqueur et Lopez, Thauvin est lancé côté gauche. Son centre trouve Dimitri Payet pour une reprise sans contrôle (1-1, 43e).

Rien de bien nouveau en seconde période, avec un Monaco gestionnaire et un OM à peine plus entreprenant, dont les corners offensifs ne servent à rien d’autre qu’à souiller nos slips en occasionnant surtout des contre-attaques adverses. C’est pourtant sur une attaque placée que Monaco reprend l’avantage, quand Thauvin et Sakai, mal coordonnés, sont surpris par l’appel de Mendy dans leur dos. Plus vif que Rolando – si si, je vous assure – Mbappé dévie habilement le centre (1-2, 66e).

« On a salé les Lyonnais avec Doria, on peut bien zombifier les Monégasques avec Zambo-Anguissa », se dit Rudi Garcia. Entre donc André-Frank, tandis que Grégory Sertic monte d’un cran et que la défense passe à quatre unités. Quelques viols supplémentaire de Rolando par Mbappé plus tard, Monaco peut de nouveau se mordre les couilles de n’avoir pas su concrétiser sa domination. Thauvin lance ainsi Njie à la limite du hors-jeu. Après un beau contrôle, il attend le dédoublement de Sakai pour servir le Japonais, qui adresse un caviar à Cabella (2-2, 84e).

Dans le temps additionnel, Bernardo Silva martyrise Sakai, qui gagne cependant le dernier mot au courage : le slipomètre peut se détendre, et nous pouvons même nous autoriser quelqu’espoir quand point la prolongation.

Le miracle est tout près de se produire à la 104e minute, quand Fanni adresse un centre pour la reprise en ciseau acrobatique de Njie. Quand Clinton s’élance, nous en sommes déjà à nous amuser des facéties de ce destin qui nous donne décidément à voir les événements les plus improbables au cours de cette compétition. Au tour précédent, un Doria mué en avant-centre au talent insolent nous offrit la qualification, et c’est maintenant Njie qui s’apprête à faire tomber rien moins que le leader du championnat, d’un geste dont même sa mère sous opiacés ne l’aurait jamais jugé capable, et le tout sur une passe de Fanni s’il vous plaît. Le corps à l’horizontale, Clinton fait naître cette ferveur qui s’apprête à tous nous emporter à l’approche du printemps : oui, si la conjonction des astres aboutit à ce que cette bande de ratamares puisse se sublimer au-delà de toute espérance pour arracher ses qualifications, c’est peut-être le signe que quelque chose est possible. Mais hélas, le Destin est une pute, et Njie frappe à côté du ballon. Comme pour mieux nous punir de nous être laissés aller à prendre foi en l’impossible, nous joueurs s’empressent dans la foulée d’endosser leur panoplie la plus anale. A la retombée du centre, Payet perd ainsi la balle, avant que Sertic et Cabella ne se ridiculisent en tentant de disputer un duel avec Bakayoko. La contre-attaque est lancée : confiant dans ses qualités de vitesse, Rolando couvre le hors-jeu et tente ensuite de rattraper Mbappé dans l’hilarité générale. Croyant sans doute que Rudi Garcia l’a fait entrer pour participer à un décrassage, Fanni se replie quant à lui en trottinant, conservant ainsi toute sa lucidité pour bien ambiance le vestiaire à l’issue de la rencontre. Pendant ce temps, Mendy parcourt notre moitié de terrain avec l’étonnement d’un go-fast à qui la Garde républicaine ouvrirait le passage (2-3, 104e).

Peu de résumés montrent l’action du 3e but entière, ce qui est bien dommage. Voici donc la version director’s cut de ce véritable chef d’œuvre collectif.

 

L’affaire tourne à la farce quand Monaco, qui croyait avoir pris un avantage définitif, se fait cueillir une troisième fois. Sertic est monté dans les 30 mètres azuréens et dévie de la tête un long ballon de Zambo Anguissa, dans la course de Cabella. L’appel de Rémy est parfait, sa frappe l’est tout autant, et l’OM s’accroche comme un morpion au pubis de la princesse Grace (3-3, 111e).

Survient alors ce qui pouvait nous arriver de pire : l’AS Monaco se souvient d’être une équipe de football et décide brusquement d’arrêter de déconner. Suite à une perte de balle de Cabella, nos adversaires lancent une attaque toute en combinaisons et dédoublements, qui se conclut par un tir en lucarne de Lemar pendant que nos défenseurs sont occupés à convulser. Ayant déjà pris l’option de ne proposer aucune solution à Cabella au départ de l’action, nos milieux de terrain s’attachent à ne pas davantage se replier, bien décidés à ne rater aucune miette du spectacle (3-4, 113e).

Un coup-franc idéalement placé mais envoyé dans le mur par Payet nous dispense des tirs aux buts après un match riche en émotions, sinon en qualité. Le 1er mars 2017 marque notre Jour de Libération Anale, et avec neuf buts encaissés en deux matchs nous pouvons dire que nos joueurs ont mis les formes pour célébrer l’événement.

Les joueurs

Pelé (1/5) : But contre-son-camp ou quasi, impuissance permanente, relances imbitables, le tout sans aucun ou presque de ces arrêts qui parviennent d’ordinaire à faire illusion. Un match plein.

Doria (2-/5) : Ma Môman avait un très bon calembour avec « Doria in excelsis deo ». Un tour de coupe trop tard, malheureusement.

Sertic (3/5) : Correct quels que soient ses changements de position, participe à la déconfiture sans trop s’y tacher, communsymbole d’élu centriste.

Rolando (1/5) : L’Hercule cap-verdien, conçu des amours de Césaria Evora et d’un vier marin, né au terme de dix-huit mois de gestation, et détenteur d’une lenteur mythologique.

Bedimo (2/5) : Sa participation au plan « pas de branlée » s’est déroulée sans accroc. D’accord, il n’a servi à rien, mais il n’a pas été ridicule. Super. Un accomplissement, serait-on tenté de dire.

Sakai (3+/5) : Exemple de ces joueurs limités mais dont le sérieux et le courage compensent une bonne partie des défauts. On se demande d’autant plus ce qu’il est venu faire dans notre ville de branleurs.

Fanni (1-/5) : Exemple de ces joueurs carbonisés, dont l’absence d’implication assure ceux qui en doutaient encore qu’il n’en a plus rien à branler. On comprend d’autant mieux qu’il soit venu passer sa retraite au soleil.

Vainqueur (3-/5) : Passable, même s’il a autant contribué à la verticalité de notre jeu que Ben Laden à celle de l’urbanisme new-yorkais.

Zambo Anguissa (71e, 3-/5) : Il me rappelle 15 ans auparavant, quand je poussais ma Peugeot 104 à 120 km/h à fond de 4 dans la descente de l’A7 vers Saint-Charles. C’était grisant d’arriver à en tirer cette performance, mais on sentait bien qu’on arrivait au bout de ses capacités.

Lopez (1/5) : En perte de vitesse et de repères. Vivement que le disciple de Bielsa Franck Passi l’emmène avec lui au Barça pour lui faire franchir une nouvelle dimension. [NdA : si des Catalans nous lisent, sachez que je plaisante, prenez Passi mais laissez-nous Lopez]

Cabella (75e, 4-/5) : Avec deux égalisations en un match contre Monaco, on ferait la fine bouche à le noter moins.

Payet (2-/5) : Commence son match à la 43e minute, même si en bon Marseillais il avait sans doute pris soin de confier son badge à un collègue pour pointer à sa place au coup d’envoi.

Thauvin (2-/5) : Décisif sur de nombreux buts marseillais aussi bien que monégasques. Notez, ce n’est pas dans le jeu qu’il allait se mettre en évidence.

Njie (3/5) : Eh bien oui, la moyenne. Bien que ses copains aient passé leur temps à lui envoyer des parpaings pour voir s’il était capable de jongler avec, Clinton ne s’est jamais découragé malgré sa très probable envie de leur coller des baffes.

 

L’invité zoologique : Thomas Lemorse.

Pas de raison spéciale à cet invité zoologique, si ce n’est que lui est au moins doté de défenses, ce qui n’est pas le cas de toutes les équipes citées dans cette académie.

– Les autres : Un match géré une main dans le slip, jusqu’à ce qu’ils passent près de la mauvaise surprise et se décident à (un peu) accélérer pour l’emporter.

– Les images : C’était encore plus énervant en direct.

– Le rappel : L’académie au Pays des Merveilles d’OM-PSG est ici, fonces-y si tu ne l’as pas encore lue.

– La page abonnement : Pour que vive l’Alterfoot cananal historique.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook et sur Twitter. Padls remporte le concours zoologique.

 

Bises massilianales,

Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

5 commentaires

  1. BEN VOYONS.
    Padls arrive à la bourre lors du concours zoologique du match contre Paris, et du coup on annule concours.
    Là Mr est dans les starting blocks et COMME PAR HASARD il gagne le concours ?
    Blaah démission

    (et putain, la note de Rolando, elle est juste magique !)

  2. Les « ratamares » : keskecé ?

    Mr Blaah, une correction peut-être : « quels que soit ses changements ».

    Merci pour l’analyse urbanistico-qaïdienne de NYC, un régal.

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