La Gunners Academy vous présente la cuvée Emery

Camarades,

Il y a des instants qui vous prennent aux tripes. Le départ d’Arsène Wenger, malgré des moments plus difficiles ces dernières années, en fait évidemment partie. L’émotion du dernier match, le souvenir de toutes ces saisons à le voir gesticuler sur le banc, à réussir et échouer, à façonner le club et à nous rendre fou devant la presse, à nous faire aimer ce club tout simplement. Une fois tout cela passé, il est grand temps d’avancer. L’heure est venue de lancer le futur cycle.

Une nouvelle page se tourne et le nouveau chapitre s’appelle Unai Emery. Et quelle bizarrerie que de voir l’ancien coach du PSG diriger son premier entraînement au début du mois de juillet. Même le plus agacé des supporters ne peut nier qu’il ressent quelque chose d’inhabituel à ce moment très précis. C’est d’ailleurs toujours le cas, quelques rencontres amicales plus tard. Contre Boreham Wood, sa première sortie avec l’équipe, il était debout, donnant consigne sur consigne, utilisant énormément ses mains pour se faire comprendre. A tout cela, il va falloir s’habituer.

 

PROFESSEUR EMERYTE

C’est une transition rapide et efficace qu’a orchestrée Ivan Gazidis, le directeur général du club. Il s’est entouré de Sven Mislintat en charge du recrutement et de Raul Sanllehi, le « directeur du football », un titre qui veut tout et rien dire à la fois. A différencier du poste de directeur sportif. De nombreux membres du staff ont quitté leurs fonctions pour les céder à d’autres. A cela, il faut ajouter le départ de joueurs « historiques » du club. D’abord, Per Mertesacker qui, peu importe ses qualités sportives, était un élément important dans l’effectif. Il prend la tête de l’Academy. Santi Cazorla, blessé depuis octobre 2016, a quitté le club pour revenir à Villarreal, où il avait commencé sa carrière professionnelle. Enfin, Jack Wilshere, le symbole des « Baby Gunners » et de Wenger, n’a pas prolongé, faute de garanties de temps de jeu par Emery. Il a rejoint West Ham. Le cycle de vie classique d’un club, des joueurs partent, d’autres arrivent. C’est ainsi. Mais les supporters d’Arsenal n’y sont pas habitués. C’est pour ça que nous sommes surpris, tant la stabilité était devenue le maître mot.

Mais ne nous voilons pas la face : on a hâte. On trépigne même d’impatience. On a envie de voir ce que ça peut donner, la méthode Emery. Le club l’a bien compris et communique beaucoup sur les réseaux sociaux. On le montre à l’entraînement, en pleine séance vidéo, avec des joueurs, tout sourire. On filme les joueurs qui dansent, on affiche la bonne ambiance. « Le groupe vit bien », oui, c’est important. Tout doit coller pour bien démarrer ce nouveau cycle. Le « work-holic » qu’il est, aurait débarqué pour son entretien d’embauche avec un dossier de 100 pages, des connaissances sur tous les joueurs du club et un plan extrêmement précis sur ses intentions pour Arsenal. Ça donne forcément envie.

Il faut désormais accepter certaines choses en tant que supporter. Il n’y a plus d’intouchables. Emery tranchera, s’il le faut, et il y aura des dommages collatéraux. Tant mieux. D’autres joueurs vont vouloir se relancer, ils en auront l’occasion. Les patrons voudront s’affirmer, les jeunes se montrer, certains planqués peuvent paniquer. Et c’est positif : il fallait certainement donner un bon coup de pied dans le tas. Il y avait ce côté molasse qui n’a pas fait que du bien. Le club ne règne pas sur l’Europe, ni sur l’Angleterre d’ailleurs et pour revenir sur le devant de la scène, tout le monde va devoir bosser, apprendre et s’adapter. Etre patient, surtout.

Emery a prévenu : Arsenal doit retrouver son standing, gagner des titres majeurs. Mais ne grillons pas les étapes. Chaque chose en son temps. Une certaine cohérence s’impose. Après 22 ans de wengerisme, on appréciera la prudence. On aurait tiqué s’il avait annoncé vouloir remporter la Premier League dès cette saison. L’entraîneur vient avec ses idées et quelques membres de son staff dont par exemple un certain Juan Carlos Cardero. L’adjoint fait l’entraînement avec les joueurs, il crée une relation amicale avec eux. Emery s’appuie beaucoup sur le mental de ses joueurs pour les faire progresser. Les « double-sessions » d’entraînement sont fréquentes. Il faut tenir et de l’aveu de certains, ce n’est pas toujours facile, physiquement.

Que de changements. Les transferts aussi, autant pour les individus que dans la manière de faire. Ce n’est pas vraiment le fait que cinq joueurs ont rejoint le club cet été. C’est surtout qu’ils ont tous rejoint le club moins d’un mois après le début du mercato. On s’était habitué à attendre les derniers jours (voire les dernières heures) pour voir des joueurs signer. Le choix, dans un premier temps, a été d’apporter de l’expérience à l’effectif : Lichsteiner libre en provenance de la Juve, Sokratis de Dortmund. Viennent ensuite le jeune Guendouzi, le gardien allemand Leno et le très talentueux Lucas Torreira de la Sampdoria. Le lobby Bundesliga de Sven Mislintat, le directeur du recrutement, fonctionne toujours aussi bien. A voir si les résultats eux-aussi vont suivre. Un mercato plus qu’honnête. Des objectifs ont été posés et je crois qu’ils ont été remplis en majorité.

Pas de prise de risque sur le montant des ventes tant les avis divergent (de même pour les arrivées où j’ai souhaité faire une synthèse)

 

FLOU TACTIQUE

En termes de préparation, Arsenal a effectué cinq matchs – peut-être plus en comptant les huis-clos. Une première « balade » contre le très modeste Boreham Wood, idéal pour la reprise. Puis une défaite aux tirs-aux-buts contre l’Atletico en International Champions Cup. L’occasion de voir de très belles choses et les premières idées d’Emery appliquées au terrain. Il y a eu ensuite une victoire facile contre une très jeune équipe du PSG. Là-encore, on a aperçu les prémices du jeu prôné par l’entraîneur espagnol. Enfin, une victoire aux tirs aux buts contre Chelsea et une autre contre la Lazio.

4-2-3-1 ou 4-3-3?

Mais finalement, à quoi pourrait ressembler cette équipe sous la houlette d’Unai Emery ? Et bien il convient en premier lieu de s’accorder sur l’attrait tout particulier qu’a le 4-2-3-1 pour lui. Sur les quatre rencontres « internationales » (Atletico Madrid, PSG, Chelsea et Lazio), Emery a tenté trois schémas de jeu : 4-2-3-1, 4-3-3 et 4-4-2. Lors de sa première conférence de presse, il a beaucoup insisté sur le pressing. Il développe régulièrement cette idée au fil des interviews. Pour lui, Arsenal doit être « acteur » du jeu, ne pas subir. Il a d’ailleurs évoqué avec minutie le placement de chacun des joueurs et les progrès qu’il reste à faire dans ce domaine.

Le 4-2-3-1 a l’avantage d’être un système assez flexible. Il peut muter en 4-3-3 ou en 4-4-2, notamment lors des phases où Arsenal n’a pas le ballon. En phase de possession, dans le premier cas, un joueur du double-pivot va redescendre. Il va se glisser entre les deux défenseurs centraux afin d’assurer une première relance de qualité vers l’avant. Emery l’a expliqué, pour lui, tout débute à l’arrière. L’autre milieu central ainsi que le dit numéro 10 vont se glisser entre les lignes adverses de manière à soit attirer l’adversaire pour permettre à d’autres de recevoir le ballon, soit le recevoir eux-mêmes. C’est le passage en 4-3-3. L’autre mutation de ce système, en 4-4-2, se fait avec le ballon quand Aubameyang prend le côté gauche et Lacazette la pointe. Un milieu central ou le numéro 10 dézone sur le côté. Sans le ballon, dans le pressing, se met en place régulièrement un 4-4-2 avec Özil en soutien de l’attaquant de pointe. Arsenal semble qualitativement très fourni au milieu de terrain et devant. En émanent des « problèmes de riches ». Qui va jouer ? Dans quelle organisation ? Qui seront les gagnants et les perdants des choix d’Emery ?

Il existe de nombreuses interrogations. En cas de système en 4-2-3-1, qui écarte-t-on au milieu : Ramsey, Xhaka ou Torreira ? Quelle association peut offrir une protection suffisante à la défense et des transitions efficaces et tranchantes sur les phases offensives ? Peut-on alors imaginer un 4-3-3 pour les inclure tous les trois ? Cela signifierait « sacrifier » Lacazette et cantonner Özil à un côté ? L’Allemand, qui certes court beaucoup, n’est pas toujours d’une grande efficacité sur le pressing et le repli défensif. Excentré, ça peut être dangereux, dans l’axe, cela se ressent peut-être moins.

Le cas de Ramsey est tout aussi problématique. Dans un double-pivot, il est difficile d’envisager un fonctionnement optimal à terme. C’est un joueur qui a besoin de liberté, d’espace et de pouvoir faire des courses vers l’avant, de se projeter. Or, dans un système avec deux milieux, encore plus si Özil est titulaire devant lui, le risque est élevé. Plusieurs fois, le milieu de terrain a été surexposé et le bloc déséquilibré. L’année dernière, on a vu Xhaka complètement débordé. Toutefois, les lacunes du Suisse ne peuvent expliquer à elles seules la faillite défensive du groupe. Faut-il alors contraindre le Gallois ? En d’autres termes, doit-on et peut-on le brider ? Le forcer à jouer contre-nature et provoquer du déchet? Cette question est d’autant plus épineuse qu’il ne lui reste qu’un an de contrat et que cette situation n’est toujours pas réglée. Une nouvelle fois, Arsenal fait face à une « crise de la prolongation contractuelle ».

Un joueur qui remplit à la fois la case « jeune » et « recrue » s’appelle Matteo Guendouzi. Arrivé en provenance de Lorient pour 8M€, il montre déjà des choses très intéressantes. Souvent positionné comme un meneur de jeu reculé, comme première rampe de lancement, il a pour but d’offrir une solution aux défenseurs centraux. Il se glisse parfois entre eux, ceux-ci s’écartant pour ouvrir le jeu et le Français de venir chercher le ballon. A l’aise balle au pied, costaud dans les duels, il pourrait avoir un rôle important cette saison dans le dispositif du coach espagnol. C’est par ailleurs le joueur le plus utilisé par Unai Emery sur les matchs aux quatre coins du globe dans le cadre de « l’International Champions Cup ».

Tableau: temps de jeu de chaque joueur utilisé lors des quatre rencontres internationales

Au poste de gardien, Leno sera en concurrence avec Cech. Un encadrement intéressant pour l’Allemand qui peut prétendre à s’installer durablement comme numéro 1 à Arsenal. Cech a toutefois exprimé son choix de rester au club et de continuer à se battre pour garder sa place. De la saine concurrence, c’est parfait. Ospina risque de mettre les voiles, le plus très jeune Martinez aussi.

 

ARRIÈRE CRADE

Mais le chantier qui apparaît comme aussi dangereux que complexe, c’est (encore) la défense. Il y a du monde,mais personne ne donne réellement des garanties sérieuses de fiabilité. Avec Koscielny absent pour plusieurs mois et probablement jusqu’à la fin de l’année civile, Emery doit composer. On le sait, Mustafi est un spécialiste des trous d’air. Ce qu’on sait aussi, c’est que les défenseurs d’Arsenal brillent tous plus ou moins quand ils sont bien encadrés, dans de bonnes dispositions. Cela implique par exemple la présence de Koscielny pour « guider » et protéger Mustafi. Sokratis arrive avec son expérience et probablement comme un titulaire dans la tête de l’entraîneur. Il part certainement avec une longueur d’avance aux côtés du défenseur allemand. Le choix a été fait de prêter Chambers à Fulham, mais de garder Holding et Mavropanos. Pourtant, l’ancien de Southampton a fait bonne impression lors des matchs de pré-saison mais il n’en demeure pas moins un jeune défenseur encore friable. Tout au long des rencontres estivales, on a vu des failles réelles et inquiétantes. L’Anglais Rob Holding serait bien avisé de s’affirmer cette saison, il y a une fenêtre pour lui. Il semblerait qu’Arsenal manque d’un grand défenseur central, expérimenté, solide et de renommée internationale, surtout en l’absence de Koscielny. Le Français ne retrouvera peut-être jamais son niveau d’avant blessure. Les incertitudes à l’arrière sont nombreuses, surtout depuis la blessure du très décevant Kolasinac contre Chelsea. Le Mur sera absent pour 8 à 10 semaines. Tout en sachant que Monreal n’a toujours pas repris l’entraînement collectif, le poste d’arrière gauche fait tout de suite plus dégarni. Et Maitland-Niles a été obligé de dépanner contre la Lazio, comme il a pu le faire l’année passée sous Wenger.

Il y a donc un certain nombre de points sur lesquels les joueurs et le staff vont devoir rassurer les supporters. On en saura un petit peu plus sur les choix d’Emery lors des premières rencontres, contre Manchester City et Chelsea. Deux gros tests d’entrée. Le mercato terminé, on va pouvoir lancer la saison. Notons que si le club ne peut plus acheter de joueurs, il peut toujours en vendre jusqu’à ce que les périodes des transferts se terminent dans les autres championnats. Bref, nous y sommes. Arsenal aime se rendre détestable par moment mais ces tocards nous ont manqués, il faut le reconnaître. A vous Unai, à vous de les faire gagner. Tout le monde compte sur vous. Patience et tolérance.

Que le football reprenne ses droits.

Ray Parloir.

 

Ray Parloir

Franco-australien au cerveau complètement azimuté par tant d'années de dépression

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