La Soviet Akadémie note Russie-République Tchèque (4-1)
Il n’était pas du tout prévu qu’il vienne.
Mes salutations distinguées. Il n’était en aucun cas prévu, du moins jusque récemment, que j’apparaisse dans cet opuscule numérique. Cependant, une indigestion carabinée de mauvais thé aurait rendu impossible tout compte-rendu objectif de la part du citoyen Dim Dimsk, actuellement interrogé puisque coupable de pensées anti-fédéralistes propices à la désunion de notre groupe, comme un symbole de Néerlandais -oui, nous avons aussi la Pravda et l’avons d’ailleurs créée.
Je me permets de me présenter à vous, Sergueï Sergueïevitch Praline, superviseur administratif fédéral du FSB (Footballski Soyouz Buro) et je suis ravi de vous narrer les quelques performances athlétiques des champions de notre grande et belle nation. Vous me permettrez d’attaquer directement sur le match, je suis certain que le citoyen Dim Dimsk saura vous présenter notre superbe effectif avec talent une fois sa rééducation achevée…
La République Tchèque, ancienne banlieue de notre regretté empire, ne nous a posé, il faut bien le dire, aucune résistance concrète. Pas la moindre trace de révolte hormis une poussée épidermique qui prit un de nos défenseurs en pitié lequel décida de s’engager sur la voie des non-alignés. Rassurez-vous, il sera bientôt reçu dans nos locaux afin d’exprimer le plus limpidement du monde le fond de sa pensée que l’on imagine précieuse. Il faudra juste me faire penser à graisser les cosses de ma batterie.
Allez, j’attaque la chose, on n’est pas Allemands ou Alain Perrin, on ne va pas passer l’hiver. Notre grandiloquente organisation permet bien des choses : sorte de 541 défensif et de 352 offensif, les Tchèques n’ont pas vu le jour grâce à leur formidable défense notamment, nous permettant de dédoubler même sans passer par les côtés, ce qui est un net avantage. Dressons un mausolée à Petr Cech pour l’excellent travail d’agent double, responsable sur deux buts par son attentisme et son placement. Félicitations, héros de la nation.
Bilan presque les doigts dans le nez, les couilles dans le caviar. Après notre victoire aisée sur les parieurs du dimanche en amical, quel démarrage dans ce groupe de l’amitié de la fraternité entre les peuples. Tout de suite, les fiches :
Si vous n’avez pas la boîte à cathode :
15′ : Dupont et Dupond se percutent en défendant, rappelant les plus belles années de Pierre Issa et de Jacques Abardonado. Laissant ainsi toute latitude pour que le ballon aille sur la droite de la surface vers Zhyranov, notre performeur centre au second poteau jusque Kerzakhov lequel trouve de la tête le poteau opposé -comme un symbole de Kerzakhov. Le ballon revient dans les pieds de Dzagoev qui exécute la sentence. Un spassiba bolchoï à la défense entière, sans leur collaboration ce but n’aurait jamais été.
24′ : Nouveau contre à quatre contre trois pour la Russie éternelle. Les Tchèques défendent en reculant permettant à Arshavin depuis la gauche de la surface de trouver Shirokov à l’extrême droite dans les six mètres, au lieu de Kerzakhov placé dans l’axe. Petr Cech choisit d’attendre que l’action se déroule pleinement, pichenette, coup de tête, balayette, 2-0.
52′ : Suite à un placement plus que douteux de Berezutsky, ce qui est très suspect, Plasil -ersatz de Girondin durant cette partie- parvient à trouver Vaclav Pilar plein axe, lequel crochète Malafeev pour marquer dans le but devenu vide comme un Goum un matin de 1992. A noter que Malafeev se permet de sortir mal, certes mais évite soigneusement de faucher les jambes de l’adversaire, on n’est pas la Pologne, nous, monsieur.
79′ : Instant débile de la défense tchèque, phase améliorée. Honnêtement, ils ont dû passé plusieurs mois à bosser cette combinaison permettant à Shirokov (me semble-t-il) de rater une passe facile qui revient vers Pavlyuchenko dans l’axe, lequel était seul. Pavluychenko récupère une carte chance : « donnez une balle décisive à Dzagoev dans l’espace béant ». L’éminent membre du Komsomol ne se prive pas et marque d’une puissante frappe du droit qui laisse autant de chance à Cech qu’un agent à une journaliste en bas de chez elle, 3-1.
81′ : Pavlyuchenko se fait maréchal de l’Union en passant la défense Tchèque en revue. Aux seize mètres, arrivé depuis la gauche de la surface jusqu’au premier poteau, il arme une frappe décroisée puissante qui vient arracher les derniers zests de doigts que possédait encore Petr Cech. Le ballon se loge sous la barre des romantiques alcooliques, 4-1, fêtons ça avec une note de frais.
Décorés de l’ordre de Poutine :
Malafeev : 4/5 : Sobre (tiens, tiens) et efficace dans son travail, il n’a failli que sur cette percée plein axe et a choisi de ne pas laisser Akinfeev revenir trop facilement dans la course au bois. Pour le reste impeccable dans son boulot, même en deux temps.
Zhirkov : 5/5 : Embrasse-moi sur la bouche. Le milieu latéral a encore fait merveille rejetant aux oubliettes de l’histoire footballistique les vaines tentatives de débordement du coureur de fond d’en face. Non, pas Zatopek mais presque. Une sorte de Zanetti en plus sale. Ya tibia lioubliou.
Ignachevich 3/5 : Les lutins d’en face ont fait semblant d’attaquer les dix premières et les dix dernières minutes, autant vous dire qu’il s’en est battu les blinis avec un samovar.
Berezutsky 1/5 : Coupable de haute trahison envers sa patrie. Possibles connexion avec les séparatistes sibériens pour avoir jeté un froid pareil sur notre moral. S’aperçoit malheureusement trop tard de l’incursion ennemie ; comme un symbole d’accident nucléaire minime. Son patronyme et ses actes contre-révolutionnaires ne jouent pas en sa faveur. A surveiller de près.
Anyukov : 3/5 : Le bloc de l’est c’est lui, ne cherchez pas ailleurs. Pas sexy pour un poil de nanouk, son côté n’a strictement jamais été sous le coup d’une révolte quelconque des paysans d’en face. N’est manifestement pas là pour animer son couloir, je l’ai trouvé trop modeste offensivement.
Denisov : 3/5 : S’il veut réellement boire la tasse par moment, qu’il vienne directement jusqu’à nos locaux, nous défrayons le transport sans problème. Son rôle bâtard entre défense et devant la défense laissera perplexe et n’est pas sans rappeler les errements de notre équipe à la période Onopko très bas. Un peu de concentration ou un peu d’uranium, c’est selon.
Zyrianov : 3/5 : Chargé de tenir bas pour remonter haut, il s’est parfaitement acquitté de sa tâche tout au long du match. Si les Tchèques ont été pris à la gorge dans l’axe durant toute la rencontre, ce n’est pas un hasard. Du tout.
Shirokov : 4/5 : Belle activité, plus que son compère de la tenaille, qui n’est pas sans rappeler un haut fait historique connu de tous, pas besoin de vous interroger là-dessus évidemment. Percutant et toujours en mouvement, il a grandement contribué à la victoire finale, parachevant son oeuvre par un but de renard tout en sang-froid. Que demander de plus avec un camarade pareil ?
Arshavin : 4/5 : La promenade, encore merci à toute la défense adverse pour avoir fait croire qu’Andrei a retrouvé ses capacités perdues à Londres. Rentrer au pays lui a fait le plus grand bien, repiquer dans l’axe dès que possible aussi. Les Tchèques n’ont rien su faire face à lui.
Kerzakhov : 3/5 : Ne le blâmons pas, il a contribué à deux choses durant ce match : le mouvement incessant de l’équipe vient tout de même de lui et l’Ukraine a découvert un nouveau clown populaire depuis Kouklachtchev et Brandao, et cette nation amie mérite de rire. Note pour plus tard : raboter les pieds de toute urgence.
Dzagoev : 5/5 : Le meilleur pour la fin : le gamin (21 ans) du CSKA, club cher à l’armée, y va de son doublé pour nous installer confortablement en tête du groupe. Une belle activité et du punch pour des placements savoureux entre les lignes. Continue, le comité central t’attend.
Les colonels :
Pavlyuchenko (entré à la 73ème pour Karbo Kerzakhov) médaille du mérite agricole : A labouré une belle tranchée avant de fusiller les deniers espoirs d’envol du peuple tchèque dans le groupe. Emouvant.
Kokorin : (entré à la 85ème pour Dzagoev) : Matriochka avec des burnes.
La note blanche pas perdue pour autant :
Les Polonais pensent que notre grandissime entraineur se nomme Dirk Advocaat. Peuple décadent.
La note rouge du jour :
Je méprise au plus haut point les hooligans sévissant actuellement durant cet Euro. Dans un premier temps, il aurait été d’une rigueur tout brejnevienne d’attendre le match contre la Pologne pour commencer les festivités, on n’est pas des Tchétchènes ; et d’autre part, il est inadmissible d’entendre ces pseudos-supporters entonner des cris racistes, ne fut-ce qu’en mémoire de Patrice Lumumba.
En espérant que vous n’aurez pas à croiser ma route trop souvent,
Sergueï Sergueïevitch Praline.