La Tuica vous présente Marin Condescu : un président qui change de club en 24h

Marin Condescu est sans doute un des hommes les plus en vue du football roumain actuellement mais hors des frontières du pays, nul ne le connait. Le week-end dernier, il a quitté le Pandurii où il était président délégué puis a signé comme manager général au FC U Craiova. Tout le monde a été grandement surpris en Roumanie, surtout en se penchant sur les détails de l’affaire.

Condescu et le Pandurii : une success story des années 2000

S’il faut vous présenter Marin Condescu, il faut tout d’abord débuter par son incroyable ascension sociale de la fin de l’ère communiste à aujourd’hui. En 1989, après avoir bossé notamment comme chauffeur, il devient leader syndicaliste dans le complexe minier de Rovinari (dans la région d’Olténie où se situent également Targu Jiu et Craiova) puis devient très vite président du syndicat. A côté de cette activité, Condescu se lance dans la restauration et d’autres affaires (téléphonie notamment). Puis en 2003, il devient président délégué du Pandurii, jusqu’alors un club anonyme qui végète entre Liga I et Liga II.

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La décennie qui suit est la plus belle de l’histoire du club. Condescu se révèle être un très bon président et excellent gestionnaire ; sur les 38M€ dont a disposé le club durant cette période, 17M€ ont été amené par ses soins. De plus, le club se développe sportivement chaque année jusqu’à devenir aujourd’hui un des 3-4 meilleurs clubs du pays avec notamment une place de second la saison dernière. Condescu met aussi en exergue ses qualités d’homme d’affaire à travers les nombreuses plus-values qu’il réalise avec des joueurs comme Chiriches, Pintilii, Maxim ou dernièrement Eric de Oliveira (+ 600K€ en 6 mois…).

FOTBAL:PANDURII TARGU JIU-STEAUA BUCURESTI 0-0,LIGA 1 (18.11.2006) Avec Gigi, deux des patrons du football roumain

Malgré tout, l’homme se fait aussi remarquer pour quelques soucis avec la justice. En novembre dernier, il est mis quelques jours en garde à vue pour falsifications de documents, usage de faux et blanchiment d’argent en sa qualité de président du Pandurii. Bon, pas non plus de quoi ternir son image dans un pays où les ministres tombent régulièrement pour corruption1.

Du Pandurii à Craiova en quelques heures

Et donc voilà que samedi, la nouvelle tombe : Condescu quitte le Pandurii ! Puis quelques heures après, on apprend qu’il file à Craiova, à quelques dizaines de kilomètres de là pour devenir manager général du mythique Universitatea. Au début, cela surprend. Puis les médias commencent à s’intéresser aux détails des évènements et ce double revirement prend une toute autre tournure.

Tout d’abord, l’homme n’a pas démissionné mais a été viré du Pandurii ! Pourquoi ? Condescu a voulu réaliser un vrai coup bas sur le thème « après moi le néant ». Pour la faire simple, l’actionnariat du Pandurii est basé sur l’association de quatre partenaires dont la mairie de Targu Jiu et trois compagnies dont deux liées au secteur minier (en l’occurrence le syndicat minier dont Condescu était président) et de l’énergie. Dans les statuts du club, il est inscrit que le club ne peut plus exister si deux de ces quatre partenaires se retirent. Et Condescu a tenté ce coup ! Il avait convaincu deux de ces partenaires de se retirer du club mais la manœuvre diabolique n’a pas réussi car le conseil général de Gorj s’est finalement placé comme 3è actionnaire. Dans les faits, Condescu a donc été viré par le conseil d’administration du club après que cette manœuvre peu loyale ait été rendue publique.

condescu2 L’écharpe, élément indispensable pour tout bon supporter

Car Condescu est peut-être fourbe mais il n’est pas idiot et il savait déjà où il allait rebondir d’où sa volonté d’amener avec lui ses partenaires fidèles. Cette nouvelle aventure va donc se dérouler au FC U Craiova, actuel 4è de Liga II. Pour que vous compreniez, ce serait un peu comme si un mec quittait le club de Sedan dans le top 3-4 de Ligue 1 pour aller prendre les rênes du Stade de Reims, perdu en Ligue 2 ; même si la rivalité entre le Pandurii et le FCU est moindre que celle entre les deux champardennais.

Bien entendu, Condescu a réalisé une superbe danse du ventre pour les supporters du FC U dans les médias durant toute la semaine, déclarant notamment : « Je viens dans le club qui a le plus grand nombre de fans en Roumanie derrière le Steaua. (…) Je suis supporter du club depuis que je suis enfant. Je n’ai jamais oublié l’emblème du FC U Craiova. » Il a aussi précisé qu’il espérait amener des joueurs du Pandurii avec lui…

Les conséquences sur les clubs et l’homme

Du côté du FC U, la nouvelle est plutôt bonne. Le club commençait à avoir des soucis financiers cette saison et le management de Mittitelu, le président du club, laissait sceptique. Condescu a prouvé au Pandurii qu’il était capable de mener un beau projet, en ralliant investisseurs et connaisseurs du football à ses côtés. Cela permettra peut-être au FC U de retrouver son cachet d’antan, et au moins sa place dans l’élite du football roumain. Malgré tout, avec deux hommes à très forte personnalité comme Mittitelu et Condescu à la tête du navire, on se demande déjà comment l’entreprise va pouvoir arriver à bon port sans conflits entre les hommes et victimes collatérales. Il se dit cependant que la venue de Condescu est d’abord actée par une volonté de fusionner les deux clubs actuels de Craiova (avec le CS U Craiova – voir « L’absurde derby de Craiova 2»), avec l’approbation de la mairie. Mais pour réaliser cette fusion et connaissant la rivalité féroce entre la maire Olguta Vasilescu et le président du FC U Mittitelu, il fallait un homme qui puisse créer le consensus.

Pour le Pandurii, il faudra un peu de temps pour analyser les conséquences du départ de Condescu sur le club. Malgré tout, on peut douter que le départ d’un seul homme puisse mettre en péril un club qui s’est magistralement construit sur les dix dernières années mais il faudra sans doute réussir à attirer de nouveaux investisseurs, dans une région où ils ne sont pas pléthore. La qualité du staff en place et des recruteurs (parmi les meilleurs en Roumanie) restent de gros avantages pour ce club.

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Oh Oltenia, région où j’ai vécu tant de belles heures  

Conséquence inattendue, cette histoire pourrait surtout créer une rivalité qui n’existe pas vraiment aujourd’hui. Même si le Pandurii et le FC U Craiova sont issus de la même région, ils n’ont jamais joué dans les mêmes divisions sur un laps de temps important et le prestige du demi-finaliste de Coupe UEFA 1983 est bien plus important que celui de son jeune voisin, qui n’a connu que sa première campagne européenne cette saison. Malgré tout, cette affaire et la possibilité de se retrouver en Liga I la saison prochaine à jouer les premiers rôles pourraient donner naissance à une rivalité locale qui pourrait se développer dans les années à venir.

Finalement, pour Condescu, les conséquences sont diverses. A court terme, il s’est clairement cramé et son image médiatique a beaucoup souffert, surtout après que sa volonté de faire couler le Pandurii ait été révélée publiquement. Malgré tout, il dispose maintenant d’un beau défi à Craiova avec pour objectif de faire renaître un des clubs mythiques  du football roumain. S’il réussit, comme il l’a fait au Pandurii, nul doute que cet épisode de janvier 2014 sera vite oublié.

Tristan Trasca

1 http://www.levif.be/info/belga-generique/roumanie-une-ex-ministre-condamnee-a-cinq-ans-de-prison-pour-corruption/article-4000510362178.htm

2 http://horsjeu.net/academies/tuicacademie-narre-labsurde-derby-craiova-peu-liga-i/

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