Le passage de Deschamps à la télévision a fait plus d’audience que celui du Premier Ministre Valls, nouvellement nommé, dans une année où les élections municipales sont accompagnées des élections européennes : deux scrutins de liste dont le premier décide de l’avenir local et le second de plus de 80% de la législation nationale. L’importance du choix du sélectionneur de l’équipe de France de football est donc le Saint Graal de l’avenir du pays, le peuple en a décidé ainsi par un vote implicite en choisissant de suivre le Basque plutôt que le Catalan à la grand messe du 20h. Nous sommes une nation pleine d’avenir, celui du court terme et des jeux qui berceront nos longues soirées arrosées des mois de juin et juillet lorsque les derniers rayons de la journée apporteront des reflets regrettables sur vos écrans de télévision. Les noms sont tombés et ceux qui n’ont pas été prononcés par Deschamps sont le seul enseignement pour le moment ressassé jusqu’au dégout.

Si tout s’arrêtait là, si on ne parlait que de l’équipe retenue, car l’enjeu au final, c’est bien d’avoir des joueurs pour une compétition de prestige. Mais non. Le vice et le vide sont poussés à nous asséner à longueur de journées des commentaires et analyses sur les absents plutôt que les présents. Personne ne s’occupe d’Imbula, mais on fait grand cas d’Abibal. Certes, nous avons de nombreux spécialistes partout, tout le temps. Grâce aux 4 vidéos vues par an, en moyenne, sur les youtube des chaînes russes, cela permet de se forger un avis objectif et de synthétiser des vérités universelles devant des auditoires irrités.

Combien de discussions sur les compositions probables, sur les adaptations tactiques à faire selon nos trois premiers adversaires, que beaucoup ont déjà oublié en se persuadant qu’il vaut comparer notre sélection à celle du Brésil afin d’être prêt pour la finale. Parler des sélections du Honduras, de l’Equateur et de la Suisse, c’est moins vendeur ? Pas du tout, sauf que cela demanderait un peu de travail, ce qui n’est pas compatible avec les fonctions rentières de nos amis journalistes. Il faudrait du travail de savoir et du travail de faire-savoir évidemment, ce qui demande du savoir-faire justement.

A la suite des Jeux Olympiques de Sotchi catastrophiques dans le suivi de France Télévision, je crains celui de la Coupe du Monde. D’autant plus qu’aucun support n’a pour le moment réussi à traiter de manière intelligente l’événement avec la mutation de la société brésilienne. Dans dune volonté de ressusciter la Coupe du monde 1950, on voudrait Lula, Garrincha, carioca et copacabana quand on a pour le moment cette année favela, guerilla, inemploi et Patrice Evra.

Il faudra toute la science des médias pour vendre au monde une fête sans arrière pensée. Les récents exemples de Pékin 2008, Afrique du Sud 2010 et Sotchi 2014 tardent de réellement agacer l’ensemble des spectateurs d’une mauvaise pièce où l’on n’arrive plus à rire des dépenses fastueuses pour des projets non viables au détriment du développement local. Ce ne sont pas les propos de Blatter de ce matin sur la coupe du monde au Qatar qui vont réchauffer l’ambiance. Je ne crache pas dans la soupe, je vais suivre comme un passionné cette compétition, je veux plus d’écrans, plein de publicités, je suis prêt à me gaver de tout cela pour voir ces matchs. Mais je sens qu’on me balade un peu et pas seulement par empathie.

J’ai hâte de voir du jeu, beau ou pas. J’ai hâte de voir de la passion, au Brésil comme ailleurs. J’ai hâte de supporter l’équipe de France, non par franchouillardise, parce que c’est encore elle qui m’a donné et me donne le plus d’émotions. J’ai hâte d’en discuter avec des personnes que j’apprécie. Je redoute juste le paquet cadeau Disney qu’on risque de servir avec les sourires niais et les analyses plates qu’on a l’habitude de voir et qui s’intensifient. Plus que cela, je redoute qu’on l’on repousse brutalement les Brésiliens de leur coupe du monde sous prétexte que c’est beau un monde qui joue. Pas seulement.

Frantz-Christophe Van Dustgroski

4 thoughts on “Ne pas souffler sur le Brésil

  1. Très bien résumé. Et non, on ne va certainement pas échapper à tout ça. La coupe du monde Coca-Cola est en marche, et sans whisky.

  2. hé oui le seul support qui essai de traiter correctement l’affaire est celui qui reprend les journaux étrangers…

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