L’Ardwen Académie poutre le Celtic

« _Césarine, ma sœur Césarine, ne vois-tu rien venir ? _ Je ne vois rien que les Français qui confinoient et le gouvernement qui merdoie… »

Donc, comme on se fait un peu chier, une petite académie qui n’a d’autre ambition que de vous permettre de passer dix minutes, j’espère, pas trop désagréables.

Saison arrêtée sans savoir quand ça reprendra pile au moment ou Bastia passait devant un CSSA en plein doute. Marc Dubois, notre Jean Michel Aulas à nous, milite pour un arrêt du classement à la trêve (ben tiens, on était premier!). Aucune visibilité sur l’avenir donc on va causer du passé. Et c’est pas plus mal parce qu’il est bien plus réjouissant que le présent.

En l’an de grâce 1960, à la fin du mois d’avril, lors d’un CA de la FFF où tous se sont vraisemblablement beaucoup trop suzés, une idée coincée au fond d’un verre fait surface. « Dites les gars, fais gaffe Jean Louis tu vomis sur les statuts là… Dites les gars, et si qu’on inventait une coupe avec que des clubs français et des clubs britanniques, huit contre huit, les clubs les mieux classés ne jouant pas les coupes d’Europe. Mais pas un truc éliminatoire simple, non, huit rencontres aller-retour, l’équipe victorieuse rapporte deux points à sa nation et à la fin on fait les comptes. Pas mal non ? on vote à main levées ? Allez, qui est pour ? »

Au même moment un responsable de ligue régional passe une tête : « Bon, manger c’est tricher mais c’est vivre… qui veut une pizza ? Levez la main les piches ! »

Et c’est ainsi que cet improbable trophée vit le jour. Un machin semi-amical organisé sur deux journées, l’aller en août et le retour en octobre 1960. Il n’y aura que deux éditions, les blagues les plus courtes sont les meilleures.

Comme ce n’est pas encore assez simple, les instances écossaises, refusent que ses clubs ne jouent sous bannière britannique. Il y aura donc deux compétition distinctes, un duel franco-anglais d’une part et un franco-écossais d’autre part, à quatre contre quatre. Sedan fait partie de ce dernier avec Toulouse, Lens et Valenciennes contre le Celtic, Motherwell, Clyde et Dundee FC.

Sedan, alors sous le nom de l’UAST (Union Athlétique Sedan-Torcy) tire le Celtic qui n’avait rien à foutre là puisqu’il remplaçait les Hibs d’Edimbourg, qui avaient plusieurs joueurs engagés sur un match entre une sélection de la ville et Chelsea, et qui eux même remplaçaient Ayr United, prétendant légitime à la place mais qui a dû décliner parce que les matchs se jouaient le soir et qu’ils n’avaient pas les lumières nécessaires.

Et comme ils étaient vraiment très très bourrés ils appelèrent cette compétition franco-britannique la Coupe de l’Amitié.

Le 6 août, les Glaswégiens débarquent donc à Emile Albeau. C’est le premier match de la saison sedanaise. Malgré d’incessantes recherches, impossible de dégoter les compos de ce match aller. Le groupe ardennais de l’époque est coaché par l’éternel M’sieur Louis (Dugauguez), sur le terrain on retrouve les légendes Max Fulgenzi, Claude Brény, Maryan Synakowski, Zacharie Noah (père de, grand-père de)… à leurs côtés le dordogno-guadeloupéen Guy Hatchi, l’Algérien Mohamed Salem, le Normand Jean Lion… un effectif solide pour affronter la saison à venir.

Malgré des recherches approfondies sur le world wide web, impossible de trouver les compos. Veuillez nous en excuser.

Coté Bhoys, à cette période, l’équipe est dans l’ombre des Rangers. Un doublé coupe-championnat en 1954, deux coupes de la ligue (57, 58) épicétou. Sur le pré on trouve malgré tout de futurs grands comme, Billy McNeill qui deviendra le capitaine des Lisbon Lions, le Celtic vainqueur de la Coupe des Clubs Champions en 1967, Stevie Chalmers, buteur lors de la finale de 67, Pat -Paddy- Crerand membre du Scottish Hall of Fame, bientôt légende de Manchester United ou encore Bertie Auld.

Ce match aller commence sur de bonnes bases, les deux équipes ont des ambitions et jouent l’attaque mais les défenses sont solides. Tranquillement l’UAST prend le ballon et la mesure des Ecossais. Tout va se jouer en 7 minutes, à la 23e, Jean Lion, repique au centre depuis son aile gauche et trouve l’ouverture (1-0). Quatre minutes plus tard, Lion, encore lui, fait sauter son vis-à-vis, Duncan MacKay, comme une capsule de Cuvée d’Arthur et frappe, Frank Haffey, le gardien écossais repousse comme il peut mais sur la tête de Yannick Lebert (2-0). Break fait mais pas de répit pour les Hoops, deux minutes à peine après la remise en jeu, le grand Max Fulgenzi frappe, le ballon est détourné par MacKay et finit au fond (3-0).

Le Celtic tente de reprendre le cours du match mais la défense de Sedan est « Fast and good » selon le correspondant Ecossais présent à Albeau. La deuxième mi-temps est plus anecdotique, Sedan gère le score et le jeu se fait plus physique. Ça devient nerveux, le ref est mis a contribution mais parvient à garder le match sous contrôle. Fun fact : les sources écossaises rapportent que l’affluence était moindre ce soir là, environ 3000 spectateurs, mais qu’ils ont bien chambré les Celts, tradition oblige.

L’était beau mon Emile !

Le retour en Ecosse, le mardi 18 octobre, a plus de succès, 27000 spectateurs au Celtic Park, vraisemblablement curieux de découvrir l’équipe inconnue qui avait éclaté leur Celtic deux mois plus tôt. Et là on a les compos :

Celtic :
Haffey, MacKay, Kennedy, Crerand, McNeill, Peacock, Chalmers, Fernie, Carroll, Divers, Auld.
Coach : Jimmy McGrory

Sedan :
Bernard, Robert, Lemasson, Maryan (Synakowski), Polak, Hatchi, Breny, Mouchel, Fulgenzi, Perrin, Lion.
Coach : M’sieur Louis

L’article écossais retrouvé pour écrire cette acad’ pose les bases dès le titre et l’intro : « Quelqu’un, dans un moment d’optimisme et d’aberration mentale, a baptisé la coupe anglo-franco-écossaise Coupe de l’Amitié. »

Un bien bel hommage à la Auld Alliance.
(Probablement tiré du Glasgow Herald où écrivait Cyril Horne)

Alors je n’ai que l’article écossais pour juger mais visiblement, la consigne de M’sieur Louis dans les vestiaires devait ressembler à ça :
« Bon les gars, on a trois buts d’avance, l’objectif aujourd’hui c’est de les conserver. Merci de passer vos crampons à la meuleuse avant de rentrer sur le terrain et dans leurs gueules. »

Fulgenzi (rebaptisé Fulguezi par le journaliste local) ouvre le score à la 2e d’une belle frappe, John Divers égalise dans la minute pour les locaux. Fulgenzi claque un doublé sur coup-franc à la 29e et Haffey se troue sur une frappe lointaine de Lion à la 38e (3-1). Sedan sortait déjà les lames avant de mener au score, autant vous dire que le football sera clairement le cadet de leur souci après. Le journaliste parle « d’une orgie de fautes » en seconde mi-temps. Néanmoins Chalmers réduira le score et égalisera en toute fin de match.

6-3 sur les deux matchs, l’UAST sauve l’honneur de la nation en étant la seule des huit équipes françaises à remporter son duel. L’année suivante, Sedan ne joue pas la seconde édition, les hommes de M’sieur Louis ont en effet eu la bonne idée de remporter leur deuxième Coupe de France face au Nîmes de Kader Firoud (bise à la Crocro Académie) et jouent donc la Coupe des coupes, un tour et puis s’en va face à l’Atletico Madrid, futur vainqueur de la compèt’.

Debout : Louis DUGAUGUEZ (entr.) , LEMASSON, HATCHI, NOAH, BERNARD, ROBERT, MARYAN, LEBERT.
Accroupis : FULGENZI, BRENY, PERRIN, SALEM, MOUCHEL, LION.
Premier plan : BALLON.

Merci aux sites allezsedan.com (une mine d’or) et The Celtic Wiki pour les sources.

Bises et la santé à tous !

Mustafi Dahleb

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