OM-Monaco (2-2) : La Canebière Académie manque le but vide
Viti-culteurs en crise.

Aïoli les sapiens,
Avant toute chose, nous tenons à rendre justice à une corporation des arbitres injustement décriée jusque dans ces lignes. Quand les choses se passent bien, il faut aussi parler, c’est pourquoi nous ne saurions ouvrir cette académie sans souligner l’arbitrage de ce Marseille-Monaco, qui s’est montré d’une bienveillance comme l’on n’en a guère rencontré depuis le début des années 1990, et encore à l’époque c’est parce qu’on leur payait des putes. S’il faut y voir l’un des bénéfices collatéraux de la mobilisation pour le retour du blason historique, alors nous soutenons celle-ci très volontiers.
Est-ce à dire que nous avons gagné ? Ah ah, naïfs enfants, ce serait oublier que nous sommes nuls, que notre banc de touche a la profondeur d’un tweet de que vous êtes, Renaud Muselier, et aussi que nous sommes nuls. Non, il y a des limites à l’extraordinaire tout de même, et l’OM a su profiter de ce que tous les curseurs de type « facteurs externes » étaient actionnés en sa faveur (à une cruelle exception près, nous y reviendrons) pour ne pas recevoir la branlée intersidérale qui lui paraissait promise dès la 10e minute. On a coutume ici de citer Raymonde Bidochon quand elle dit « faut pas rêver sa vie, ou alors faut la rêver avec des choses faisables ».
Les Longorious Basterds
Lopez
Clauss (Soglo, 35e puis Correa, 78e) – Meïté – Balerdi – Garcia
Kondogbia – Onana (Sidi Ali, 86e) – Veretout
Aubameyang – Vitinha – Luis Henrique
Gigot suspendu non pas à l’étal du boucher mais par la commission de discipline, Gattuso revient sur son schéma à trois défenseurs pour la simple raison que nous n’avons pas trois défenseurs centraux à aligner (sauf à compter le Stéphane Sparagna, étoile filante des moments Bielsa revenu aider la réserve, et que la disette amène à prendre place sur le banc). Veretout se débrouille pour bricoler un tantinet de polyvalence dans notre milieu à trois, qui plus est après la grave blessure de Bilal Nadir contre Rennes. Devant, le seul semblant de renfort du soir consiste en le retour de Correa. A noter que dans le même temps le Cameroun se fait éliminer de la CAN, ce qui nous amènera à enregistrer sous huitaine l’arrivée de notre nouvelle recrue Faris Moumbagna.
Toujours sur le plan du mercato, Longoria et Benatia nous ramènent de Nantes Quentin Merlin qui, outre des qualités de latéral reconnues par les observateurs, dispose d’un patronyme propice à la magie, ce qui reste encore le procédé le plus rationnel pour nous sortir de l’ornière où nous nous sommes enragués. Dans le même ordre d’idées, on imagine bien notre direction avoir sondé Graham Potter ou envisagé le retour de la fée Morgan Sanson. Quant à imaginer un sorcier diriger lui-même le club, je crois que nous sommes déjà bien pourvu sur ce point, à plus forte raison après avoir assisté au nouveau chef d’œuvre de Vitinha : pour que notre président reste en poste après avoir recruté ce truc pour 32 millions d’euros, il faut vraiment qu’il s’appelle Mandrake.

Le match
L’OM souffre d’entrée face au pressing monégasque, dont il ne se défait que le temps de se procurer trois corners d’affilée. Nos joueurs paraissent d’autant plus chaussés de cartons à pizza que le milieu monégasque est technique : trois passes leur suffisent à disperser notre milieu placé à contre-temps, la dernière étant adressée par Golovine dans le dos de Meïté. Ainsi lancé en profondeur, Ben Yedder ajuste Lopez une main dans le slip (0-1, 7e).
Une perte slipométrique de Kondogbia dès l’engagement promet une soirée éprouvante. Le seul espoir réside dans la défense à trois monégasques, qui doit faire face à nos trois attaquants. Devant l’ultra-domination adverse au milieu, l’ambition de jeu est basique : on envoie des grosses tartines devant et on voit si ça court plus vite qu’en face. Chance pour nous : c’est le cas. Aubameyang lance ainsi Vitinha, que Maripan accroche comme un bon gros benêt. Si le règlement est clair sur le fait qu’annihiler une occasion de but mérite un carton rouge, les experts se divisent sur la pertinence de qualifier d’occasion une situation qui voit Vitinha et ses fers à repasser lui servant de pieds lancés vers le piquet de corner. Sans doute sympathisant de l’association portugaise pour la dignité des déficients psychomoteurs, Willy Delajod considère pourtant que Vitor allait se procurer une chance de marquer, et expulse donc le défenseur monégasque.
En jouant à 11 contre 10 dès la 12e minute, l’OM voit s’éloigner le spectre d’un 0-4 en bonne et due forme et peut se projeter à une défaite plus digne voire, pour les plus rêveurs d’entre nous, vers l’obtention d’un match nul. Du reste, Monaco nous sait assez débiles pour pouvoir saborder le match à tout moment et se garde bien de densifier son bloc défensif : la domination olympienne devient automatique, avec pour inévitable corollaire de s’accompagner d’une flopée d’erreurs techniques à s’arracher les yeux.
Les occasions approchent après la 20e minute, le plus souvent amenées par des débordements sur les ailes, tandis que Monaco continue de nous menacer sur des contre-attaques dans la profondeur. A la 35e minute survient un coup dur potentiellement très inquiétant, avec la blessure de Clauss. Soglo est ainsi appelé à jouer les utilités comme il le peut sur le côté droit, et nous ne pouvons que ronger notre frein dans l’attente du verdict médical.
Cela dit, être ouvertement considéré comme une rustine n’empêche pas de mener du bon travail, à l’image de Luis Henrique qui commence à proprement martyriser son vis-à-vis. Le débordement et le centre en retrait du Brésilien sont des perles que Vitinha se charge de transformer illico en lisier d’une frappe écrasée pitoyable. Celle-ci roule néanmoins jusqu’au poteau, avant qu’Aubameyang ne reprenne pour la forme, persuadé d’être hors-jeu. L’arbitrage vidéo révèle pourtant que Jean-Bite est largement couvert, et valide donc cette égalisation bancale (1-1, 36e).
La perspective d’une marche en avant de l’équipe pourrait commencer à frémir, pour peu que l’on oublie l’espace d’un instant les tares congénitales de l’équipe. C’est que, outre le fait de paraître porter des dents de sagesse çà la place des orteils, nos joueurs sont également passés maîtres dans l’art de la gestion de match de demeurés. Alors que l’OM presse et attaque en surnombre, Jean-Bite ne trouve rien de mieux à faire que de conserver la balle en tentant de percuter au milieu de quatre défenseurs, alors que tous ses coéquipiers sont partis à l’abordage. La perte de balle ginolesque offre une contre-attaque inespérée à l’ASM, qui remonte le terrain au petit trot, avant de se dire que cela faisait trop longtemps que Balerdi n’avait pas été ridiculisé par des attaquants de Ligue 1 et qu’il serait temps d’y remédier. Les yeux dans les yeux, Ben Yedder fait à l’Argentin un petit coup de « je fixe ? je passe ? je fixe ? », si bien que la passe décale Akliouche pile au moment où Leo cherche le ballon à l‘opposé. Savoir si la frappe croisée du monégasque était ou non imparable est un autre débat, en tout cas elle n’est pas parée (1-2, 45e+4).
La mi-temps survient ainsi sur le constat que l’OM, s’il se révèle pauvre en football, n’est en revanche jamais avare sur le plan du divertissement. Nous abordons la reprise avec l’émerveillement du public conquis, installé dans son canapé avec son seau de pop-corn et sa bière arôme Javel et qui se frotte les mains en se demandant ce que ces couillons vont encore inventer pour le faire rire. Or sur le coup, les scénaristes font preuve d’une imagination qui dépasse l‘entendement : servi au milieu de terrain, Balerdi s’avance l’air de pas y toucher jusqu’aux 25 mètres et, avant que les Monégasques ne se soient rendus compte du danger, expédie une monumentale sacoche de l’espace dans le petit filer de Kohn, vous savez, le genre de lourde à ras-de-terre qui fait un bruit sourd genre « pron. » (2-2, 50e).
L’OM pousse son avantage mais se voit plombé par Vitinha, qui se fend d’un double raté assez cocasse à la reprise d’un tir lui-même plutôt comique de Garcia. Mauvais esprit mis à part, on notera toutefois que ce match a vu l’OM cadrer un nombre inhabituellement élevé de lourdes lointaines, ce qui paraît représenter une nouvelle habitude à encourager même lorsque Rongier sera revenu.
Dominé, Monaco ne semble pas pour autant perdre en sérénité, nantis de la certitude qu’une nouvelle débilité intersidérale de notre part aura toutes les chances de se produire et de leur faire rafler la mise en fin de match.
Dans l’immédiat, M. Delajod s’efforce de poursuivre son opération sympathie, se contentant d’un « voici un carton jaune et n’y revenez plus, garnement » à l’adresse de Soglo qui venait de décortiquer le genou d’un adversaire. Soit la même sanction que Zakaria, averti pour contestation sur le moment, et qui se trouve couillon de l’histoire lorsque l’arbitre lui offre le second carton en fin de match, pour une charge sur Garcia.
Abordant les deux dernières minutes à onze contre neuf, l’OM procède de la manière la plus olympienne qui soit, c’est-à-dire en se livrant à une panique d’autant plus pure qu’elle n’est provoquée par rien. A part les cacochymes du Figaro qui souillent leurs Tena de trouille dès qu’ils aperçoivent un point médian, on a rarement vu des naufrages intellectuels aussi spontanés. Saluons ainsi le chef d’œuvre de Kondogbia qui, alors que l’OM pousse pour arracher la décision, suicide l’équipe d’une perte de balle offrant un trois contre deux à nos adversaires. Par chance, les monégasques aussi ont perdu en lucidité et salopent l’occasion de punir notre imbécillité.
L’assaut de la dernière chance est finalement livré par Veretout, qui se saisit de la balle et réussit un débordement à droite de la surface. L’action est tranchante, le geste est parfait, et Vitinha en ratant la balle de match à deux mètres du but vide à la 94e minute confirme que ce garçon, malgré toute la sympathie que sa personne peut inspirer, est une pine dont le recrutement mériterait à Longoria une traduction immédiate devant le Parquet national financier et la Cour pénale internationale réunis.
Les joueurs
Lopez (3-/5) : Après un match haut en couleur contre Rennes, Pau a pris soin d’éviter tout geste qui aurait pu une nouvelle fois le faire remarquer, une parade décisive par exemple.
Clauss (2/5) : Un match mal né et d’ailleurs rapidement avorté. Il paraît que la blessure n’est pas si grave, ce qui éloigne malheureusement le spectre d’un retour positivement légendaire de l’immense Kassim Abdallah.
Soglo (35e, 2-/5) : C’était lui ou le gardien du parking de toute façon. Ou Kassim Abdallah, si jamais l’on essayait de se livrer à un discret lobbying.
Correa (78e) : A pris sur lui de dégueulasser un excellent centre en retrait de Vitinha, pour que notre attaquant sache au moins une fois ce que cela fait.
Meïté (2+/5) : N’a pas su gérer le cas Ben Yedder, ce qui arrive à bien d’autres. Aux juges, par exemple.
Balerdi (4-/5) : Exécutant victorieux de la fameuse frappe « Mon vier Maria », ce tir improbable que l’on tente lorsque l’on est bien excédé, en grommelant un « eh mon vier maintenant, ahhhhh » au moment de la frappe. D’ailleurs, à la rigueur dans ce sens-là je veux bien : la balerdise d’abord, et la régalade ensuite, ça ça peut convenir.
Garcia (3/5) : N’a pas provoqué d’exclamation du genre « mais qu’est-ce qu’il fait ce con ? », ce qui le place au-dessus de bon nombre de ses camarades, on suppose.
Onana (2/5) :Le carton rouge de Maripan a sorti notre milieu de terrain du bouillon dans lequel il promettait de mijoter pendant 90 minutes. On a su profiter de ce coup du sort pour éviter le ridicule, c’est déjà cela.
Sidi Ali (86e) : Communsymbole d’équipe qui tourne sur la réserve.
Kondogbia (2-/5) : Alors tu dis merci déjà à M. Delajod pour le rouge alors qu’on était négués à 11 contre 11, et ensuite tu roules une pelle à Aleksandr Golovin pour avoir foiré la dernière contre-attaque, et enfin tu apportes un paramerde à Vitinha en te disant bien que les seaux qu’il prend depuis hier soir, avec une autre tournure de match ils auraient pu être pour toi.
Veretout (3+/5) : Inventons le concept de héros-fantôme du match. Il y avait le héros malheureux, celui qui voit son exploit gâché par un acte manqué, il y a le « aurait pu être un héros si seulement il avait réussi son geste », Jordan, lui, est le héros-fantôme du match. Il fait tout bien, son geste et réussi, décisif même puisque dans un monde normal il arrache la victoire sans discussion possible, sauf qu’au même moment une réalité parallèle s’installe pour faire en sorte que l’acte héroïque, aussi parfait soit-il, ne serve absolument à rien. Vitinha a ectoplasmé l’acte héroïque de Veretout : dans un Marvel son équivalent serait le président des Etats-Unis qui, après la victoire des Avengers, hurle « Well done guys ! » en appuyant de rage sur le bouton de commande des missiles nucléaires qu’il avait oublié de désactiver.
Aubameyang (3/5) : Des débordements intéressants, un nouveau but dans les stats et une perte de balle IGP « crime contre l’équipe », au final tout cela semble s’équilibrer.
Luis Henrique (3+/5) : Rendons-nous compte, le mec est revenu depuis trois semaines à peine, Longoria lui a dit « c’est pas la peine de défaire tes valises, tu dégages », et non seulement il a la conscience professionnelle de tenir sa place, mais en plus Luis est l’un des meilleurs Olympiens du soir. Luis pourrait être professeur dans l’Education nationale, montrer une telle constance quand la hiérarchie te considère à ce point comme une merde, c’est humainement très beau même si ça n’honore pas la lutte sociale.
Vitinha (1/5) : Certains paient très cher des types qui ont appris le football, nous on paie très cher un mec qui a appris la notion de consentement. On se console comme on peut.
L’invité zoologique : Aleksandr Grobovin
Tenant d’un microcosme mafieux faisant régner la loi de son pognon tout en se posant comme l’humble défenseur des traditions, le bœuf FNSEA est l’invité approprié pour évoquer notre adversaire principautaire. Voici ses observations.
- Les autres : Habile tripoteurs de ballon, handicapés cependant par les déplacements masseyfergusonesques de leurs défenseurs, Maripan entête.
- Le classement : Sur un gros, gros malentendu, l’Europe reste accessible, la Ligue des Champions elle-même étant à 5 points de notre pénible 7e place.
- Coming next : Rendez-vous dimanche à Lyon pour un Dégueulico qui s’annonce aussi dantesque qu’incertain. Suivront Metz, Donetsk et Brest.
- Le jeu : un·e gagnant·e sera tiré au sort parmi les participants au concours zoologique et les commentateurs de la présente académie, et remportera un exemplaire du roman « Franck, autoportrait imaginaire », autobiographie fictive de Franck Ribéry par Gilles Juan. Les perdants fonceront à leur librairie préférée se consoler en achetant ce très bel ouvrage.
- Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Twitter, ainsi que sur BlueSky. Homerc remporte le concours zoologique.
Bises massilianales,
Blaah
baller diiiii
viéthina
enVers et contre Tout
Super académie
De la qualiteyyy