Bon appétit Pelé : couscous reloaded

(Episode 15/32) Après avoir excité nos papilles tout au long de la Coupe du Monde 2014, Parie-Maule revient munie d’un défi de taille : vous proposer une recette par jour, une pour chaque pays qualifié. Aujourd’hui, Parie-Maule vous reparle couscous, quatre ans après.

Hébonjour,

Alors, en voyant ce qu’on avait au programme des matchs du jour, je me suis rendu compte que c’était le moment où jamais de parler de la Tunisie. Bon, niveau football on va vite passer sur le sujet, hein, c’est plus pudique. Niveau cunilaire, en revanche, c’est pas le choix qui manque. Hébé regrettez-le ou pas, mais je vais faire dans l’ultra-classique : on va préparer un couscous.

Hébé oui, le couscous c’est un peu notre madeleine de proustballe ici, hé, souvenez-vous, en 2014 j’avais reçu Blaah pour qu’il nous livre sa recette. Bon, sur le moment ça m’avait paru un peu décousu, hé, et puis c’était une recette pour trente alors, hé, même si on aime bien les banquets à Lalbenque, c’est plus trop le sujet pour notre rubrique, ici, hé.

Bon, ce qui est ennuyeux c’est que lundi j’ai appelé Blaah, hébé il est en vacances, figurez-vous. Il n’y a ni Payet, ni Thauvin, ni Sarr ni Ocampos à la Coupe du monde alors il boude, hé. Donc là j’ai été bien ennuyée pour trouver la recette du couscous. Il y a bien Martine, du comité des fêtes, qui fait le couscous chaque année, m’enfin Martine elle est alsacienne d’origine, en plus elle est adhérente au FN 46, je sais pas si elle est la plus qualifiée pour ce qui relève du couscous, hé. Ils m’intriguent, ces gens du FN 46, pas autant que les Néerlandais mais presque. Hé ça me dépasse qu’ils se disent défenseurs de l’identité lotoise : si c’était le cas, ils feraient pas du FN et du couscous, ils feraient radical-socialisme et canard gras, comme tout le monde ici, bouducon.

Bon, avec tout ça j’étais pas plus avancée, moi, c’est alors que Gustave hier il m’a rappelé qu’il y avait le touareg de Nuzéjouls, celui qui vient chaque janvier avec son dromadaire à la galette du CCAS pour faire le roi mage. Bouduuuu, je lui ai dit, c’est maintenant à 9h du soir que tu me le dis ; c’est à quarante bornes, Nuzéjouls. Gustave il s’est pas démonté, il m’a emmenée sur son tracteur et on est allé à Nuzéjouls voir le touareg pour qu’il nous donne la recette du couscous. Bouducon, avec un tracteur de 1982, ça va pas vite d’aller à Nuzéjouls, même s’ils ont construit la rocade à Cahors. A dix heures et demie, qu’on est arrivés là-bas et là, ben vous me croirez pas : il était pas là. D’habitude il a un restaurant où il fait manger ses spécialités du désert, hébé là manque de pot c’était fermé.

En plus ya un détail qui m’a fait tilt, sur le moment, c’est qu’à l’entrée de chez lui y avait un drapeau, et c’est rigolo, ça me faisait pas penser à la Tunisie. Justement, le drapeau de la Tunisie je le connais bien, ya Martine qui se croit obligée de mettre des tracts du FN46 dans ma boîte, dessus ya tous les drapeaux des pays du Maghreb qui vont nous envahir et nous voiler de force, il paraît. Hébé le drapeau qu’il y avait chez le touareg, c’était pas ça. Gustave, heureusement que c’est un guique, il a tout de suite regardé sur son smarphone et il a vu que c’était le drapeau du Niger. Du coup, hé, j’étais ennuyée, moi, j’avais promis une recette de la Tunisie et voilà qu’on était chez un touareg du Niger qui était pas chez lui en plus.

Gustave il était énervé d’être allé à Nuzéjouls pour rien, alors il a fait demi-tour et il a démarré en trombe. Bon, en trombe avec son tracteur de 1982 mais quand même, ça dépote quand ça veut, ça fait bien du 50 à l’heure, hé. D’ailleurs, on était encore sur le chemin du touareg quand il y a un dromadaire qui nous a coupé la route, je sais pas, il a dû croire que c’était son son maître qui revenait, il est venu voir. Bouducon, Gustave il a rien pu faire, il se l’est emplâtré et il l’a tué net. On s’est trouvés un peu couillons, hé, alors Gustave il s’est pas démonté et il m’a dit : « écoute, Parie-Maule, des dromadaires, il y en a aussi en Tunisie, pas vrai ? Vrai. Bon, ben on l’emporte, comme ça t’auras pas tout perdu et nous, ça nous évitera des emmerdes. » Boudu, on en a chié, heureusement Gustave il avait des cordes, mais quand même, ça va qu’on est vigoureux, à la campagne, hé. Bref, on l’a ficelé sur le capot du tracteur (le dromadaire, pas Gustave) et on est repartis. Par les petites routes, hein, on n’allait pas se faire remarquer sur la rocade de Cahors avec un dromadaire sur le capot, hé. Bouducon, il était trois heures du matin quand on est rentrés, et en plus j’avais pas de place dans le congélo pour un dromadaire entier, alors j’ai voulu le découper ; bouducon, c’est plus fastidieux que de découper des canards gras, hé. Donc j’ai coupé juste le morceau qui m’intéressait, le reste, hébé je vous en dis pas plus, c’est une surprise.

Bon, du coup, là vous comprenez que j’ai fait nuit blanche, alors j’avoue que pour la recette du jour, j’ai rusé un peu. J’ai finalement pris la recette alsacienne que Martine elle m’avait écrite au dos d’un tract « dehors les Arabes » (c’était un brouillon), et j’ai réécrit en mettant du dromadaire pour faire tunisien. Même si ce dromadaire-là il était nigérien et pas tunisien, mais après tout, j’élève bien des canards de Barbarie lotois, je vois pas pourquoi il n’y aurait pas de dromadaire nigérien tunisien. Pas vrai ? Vous avez pas l’air d’avoir suivi, ho les jeunes, c’est pourtant moi qui ai fait la nuit blanche, hé.

Allez, zou, on y va.

Le couscous alsaço-nigéro-tunisien

500g graine de couscous moyenne

600 à 800g dromadaire coupé en morceaux (Martine elle met du jarret de porc et deux saucisses de Francfort ; mais moi, donc, je mets du dromadaire tunisien (hé, clin d’œil). Si vous n’avez rien de tout ça vous pouvez mettre du collier d’agneau, ça ira aussi bien, hé.

2 gros oignons, 2 courgettes, 4 navets, 4 carottes, quelques épinards éventuellement

1/4 chou blanc ou vert, 1 morceau de potiron (300g environ)

100g pois chiches trempés de la veille, éventuellement fèves sèches

Environ 1,5 l eau

Huile d’olive, beurre, sel, poivre

Epices :

Ras-el-hanout. Alors là je suis pas plus avancée. Blaah, il m’avait menacée de mort si je dévoilais la composition exacte de son ras-el-hanout. Martine, elle prend du Ducros. Et le touareg de Nuzéjouls hébé j’ai pas pu lui demander, puisqu’il était pas là. Gustave il pense qu’il met surtout du sable dedans, vu qu’ils ont que ça au Niger, mais je sais pas, j’ai un doute. Au pif, je vous dirais un truc dans ce genre là, pour les proportions : 1 cc cumin, 1 carvi, 1/2 gingembre, 1/2 cannelle, 1/2 piment, 1 fenugrec, 1/2 badiane ; et 1 cc de sable, pour faire plaisir à Gustave.

1 pincée de filaments de safran

1 botte persil, 1 botte coriandre (ficelées), 1 branche céleri

Alors vous commencez par verser le couscous dans un grand plat, vous l’humectez en l’égrainant avec les mains. Dans le bas du couscoussier, vous faites brièvement dorer dans l’huile d’olive l’oignon et les morceaux de viande sur toutes leurs faces. Vous recouvrez d’eau, vous ajoutez les pois chiches, les épices, les bottes de persil et de coriandre, le sel et le poivre, et vous portez à ébullition.

Vous posez une tête de cochon au pied de la mosq… ah non merde, c’est plus la recette, là, c’est le texte du tract de Martine. Attendez, je retrouve le fil. Ah, voilà : à ébullition, vous placez le haut du couscoussier contenant la graine de couscous sur le bas, en ajoutant éventuellement un torchon mouillé à la jointure pour que la vapeur ne s’échappe pas. Vous baissez le feu pour laisser frémir, mettez le couvercle et attendez que la vapeur traverse la semoule.

Quand la vapeur traverse la semoule, vous ôtez le haut du couscoussier, vous remettez la semoule dans le plat et vous égrainez pour que les grains ne collent pas. Là, vous ajoutez les légumes coupés en morceaux dans le bouillon et vous remettez le haut du couscoussier. Sans avoir oublié de remettre la semoule dedans (oui, Martine elle le précise dans son tract, faut dire que d’ordinaire elle s’adresse aux militants du FN46, elle est habituée à devoir leur expliquer les choses longtemps). Vous rectifiez éventuellement les épices. Quand la vapeur traverse de nouveau la semoule, vous la remettez dans le plat et égrainez de nouveau. Vous replacez sur le couscoussier et répétez l’opération une troisième fois.

A la fin, vous mettez la semoule dans le grand plat, vous laissez fondre un morceau de beurre et vous égrainez à la fourchette. Vous ôtez les bottes de persil et coriandre, vous placez les légumes sur le pourtour du plat de semoule et la viande au-dessus, et enfin vous disposez les Francfort en croix en les piquant avec un petit drapeau français. Ah non, merde, ça c’est la variante alsacienne, j’avais oublié de biffer. Vous servez avec bouillon, piments verts et/ou harissa.

Pour la harissa vous pouvez d’ailleurs la faire vous-mêmes mais là je suis un peu trop fatiguée pour vous détailler le truc, hé. Je vous renvoie à la recette de 2014, avec le lien en haut de l’article, sinon vous prenez votre tube de Cap Bon. C’est industriel, mais au moins c’est tunisien pour de vrai, ça.

Allez, moi je vais me faire une petite sieste, je vous dis bon appétit bien dur.

Parie-Maule.

[NDLR : La rédaction d’horsjeu.net vous propose une OFFRE PROMOTIONNELLE SPECIALE EXCLUSIVE pour nos lecteurs : nous offrons aux dix premiers à commenter cet article un morceau de dromadaire à choisir dans le colis de 450 kg que nous avons eu la surprise de recevoir à l’instant par coursier express. Prière de venir chercher et découper votre récompense sur place, à la rédaction. Offre limitée dans le temps. Faites vite. Par pitié.]

Parie-Maule Pelé

Experte cunilaire à tendance footballistique, secrétaire perpétuelle de la confrérie de la truffe et du canard gras de Lalbenque (Lot).

7 commentaires

  1. Manque plus de la crème fraîche et le massacre est total ! Quelle honte !

    Je plaisante, on le fait comme on veut le couscous. J’essaie de passer ce soir pour récupérer un bout de dromadaire.

  2. Si on passe on peut choisir le morceau du dromadaire qu’on veut ? Il parait que toute sa force est concentrée dans sa trompe du coup ça m’intéresse.

  3. Bonjour,

    Nous sommes intéressés par votre viande de dromadaire. Nos crocodiles du Nil pourront s’en délecter au goûter.

    Bien cordialement,

  4. Le FN46 s’indigne des insultes proférées à l’encontre de notre compatriote Parie-Maule par une certaine population refusant de s’intégrer.

    Si nous déplorons le regrettable accident dont Gustave a été victime, nous regrettons surtout la divagation de dromadaires sur la voie publique, due à leur natalité incontrôlée visant au grand remplacement de notre faune locale de sangliers.

    Nous invitons Parie-Maule à se dessaisir de cette viande sans doute impropre à la consommation et à revenir sans plus tarder à notre recette de couscous patriote, la seule que notre jeunesse mérite. Si les touaregs veulent faire leur couscous, ils n’ont qu’à le faire en Touaréguie.

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