Le peuple gronde, le peuple s’impatiente. Où est cet Euro si proche ? Celui que tu n’as plus en poche, celui que personne ne voit plus.

Le 2 mars dernier, les monstres sacrés du journalisme d’investigation ont donc annoncé que nous étions à 100 jours de l’Euro 2016. L’Euro de football 2016, en France donc. Formidable. Quelle grande fête. Quel bonheur de pouvoir accueillir l’Europe pour communier autour du sport le plus universel. Se retrouver, partager, échanger, gueuler, vibrer, sourire et pleurer. Je précise « pleurer de joie ». C’est aussi à quelques heures près, les 100 jours du bac.

100 jours, ah 100 jours. c’est court et c’est long… c’est lent et c’est rapide… la même ritournelle partout pour tout. On peut même considérer que l’Euro est déjà terminé, 100 jours, c’est demain, sa fin c’est après-demain. Et entre-temps, oui entre-temps, on va s’aimer tu crois ? Et qui s’aimer, moi-même ? Pourquoi pas m’aimer moi-même ? Est-il important d’aimer qui que ce soit d’autre… l’amour propre est avant tout le contraire de celui qui est sale. Et l’Euro donc, en quoi ça va consister pour le pays ? On va le vivre comment ? Où ? Avec qui ? Dans quelles conditions ? On ne sait rien, il y avait davantage de communication et de contentement chez nos élus et institutionnels il y a 2 ans pour cet événement que maintenant. Alors oui les attentats de novembre 2015 sont passés par là, et par ici. Mais il est toujours maintenu cet Euro, non ? Oui mais il ne faut pas le dire trop fort.

D’autant que pour le moment, la vie du football en France n’existe plus vraiment. Celle de la ferveur, de la rencontre, de l’échange, de l’émotion. Les supporters en France ne peuvent plus se déplacer et même chez eux ne peuvent plus rien dire. Les banderoles de Saint-Etienne (lors du match contre le PSG), plutôt bien senties, ont été jugées coupables de crime de lèse-majesté contre l’omnipotent président du PSG. Accuser des banderoles, interdire les déplacements de supporters, interdire les associations de supporters, est-ce vraiment l’image d’un pays bienveillant à 100 jours d’une si grande compétition ?

Bien sûr, la sécurité est en jeu, évidemment le Stade de France a été visé. Mais une question se pose tout de même. Comment seront gérés les déplacements des supporters des équipes étrangères, supporters qui seront dans une ambiance festive, sans doute alcoolisée et peut-être même violente ? La désorganisation, ou l’absence d’organisation, créée par les arrêtés préfectoraux peut avoir des conséquences néfastes sur la gestion des supporters pendant le tournoi. Le culte du tout sécuritaire, c’es-à-dire actuellement limité au maximum les incidents de supporters, est un simple déni de football et ne peut servir d’exemple pour une organisation d’un tournoi, tout le monde sera donc dans l’inconnu.

Si personne ne se déplace, on pourrait toujours au moins voir des matchs à la télévision. Finalement, c’est quand même un événement grand public, si dans tous les cas on ne peut pas le définir comme un événement public. Car la nuance est importante dans le cas de l’Euro. Qui va payer l’Euro ? Qui a déjà bien payé l’Euro ? Les villes, les intercommunalités, les départements, les régions et d’autres institutions. D’où vient l’argent ? Des recettes de l’UEFA ? Non. Sans jouer le pingre, les impôts ont servi de base pour les investissements consentis depuis des années, sans l’être forcément directement. Si quelqu’un est persuadé du contraire, qu’on m’apporte le circuit financier noir sur blanc. Donc d’un événement organisé sur les deniers publics, on en privatise la diffusion en faisant payer les téléspectateurs. De là à dire que l’on paye deux fois pour la même chose, il n’y a qu’un pas que je franchirai aisément. Oui je revendique le populisme de cette remarque, je le revendique d’autant plus que j’accuse ce système de se foutre un peu de la gueule du monde. Mais on paiera quand même avant, pendant et après.

D’autant que le coût de l’Euro est à réévaluer fortement à la hausse. Le dispositif de sécurité aux abords des stades, qui n’est pas supporté par l’UEFA, va être énorme, ce que ne prévoyait pas le budget initial. Les retombées financières notamment par le tourisme quant à elles vont se faire attendre un peu plus longtemps : qui veut venir dans un pays menacé par le terrorisme ? Ou dans un pays où la sécurité est importante ? Le package « miroir aux alouettes » de l’UEFA est donc un leurre et la hausse des dépenses et la baisse des recettes du pays hôte seront portées uniquement par le pays, mais pour le moment, il ne faut pas le dire trop fort.

De toute façon, il n’y a personne à l’UEFA pour prendre des décisions. Pas de président, et pour le secrétaire général, on a un intérimaire depuis vendredi dernier. Au moins une chose que les présidents de toute sorte ont en commun.

10 thoughts on “Le coût du sombre Euro

  1. C’est finement mouché.
    -1 pour le titre assez nul quand même (mais qui devrait plaire à Stéphane).

  2. Mr VAN DUSTGROSKI vous ne comprenez pas… Il en va de la vie de la nation. Il en va de notre triple A et de notre PIB. L’Euro va amener en France des touristes, va faire tourner les hôtels et les restos, les pubs, les troquets de merde. Des recettes pas possibles qu’on vous dit.

    Bon après, j’ai dans l’idée que toutes ces merdes marchent sans Euro puisque nous sommes probablement la destination numéro en terme de tourisme.
    On se fait niquer ? Oui, mais c’est loin d’être un scoop.
    Ca va couter un max aux citoyens français, ben oui, mais ça relance l’économie qu’on vous dit, putain faut arrêter d’être négatif ! On va payer pendant 15 ans un truc qui ne nous apporte rien. Surtout pour prendre une branlée en quart de finale contre l’Espagne

  3. Tiens hasard du calendrier, des députés ont présenté un projet pour étudier les chaînes à péage et le sport payant. Un débat public/privé qui devra prendre un peu de hauteur pour éviter le « des bons commentateurs et des bonnes émissions, ça se paye plus cher » s’opposant au « ah bah oui mais c’est la liberté d’accès à l’information ».

    Perso, je ne regarde pas les émissions et je coupe le son des commentaires des matchs. Et si les émissions du public sont nulles, bah arrêtons-les.

  4. 640 millions d’euros pour l’OL Land pour acceuillir Albanie-Roumanie, moi je trouve ça beau l’humanitaire

  5. « Donc d’un événement organisé sur les deniers publics, on en privatise la diffusion en faisant payer les téléspectateurs. De là à dire que l’on paye deux fois pour la même chose, il n’y a qu’un pas que je franchirai aisément. »

    Tellement bien résumé. Les pseudo-retombées économiques n’iront pas à ceux qui ont payé (le contribuable), mais aux sponsors de l’évènement et à l’UEFA.

  6. Ouais mais on a des joli stade couvert pour l’hiver vu que le championnat se dispute d’aout à mai! donc d’octobre à 6 mois d’automne/hivers

  7. Vous n’avez toujours pas compris que le but de l’Euro c’est que ces con(ne)s de touristes supporters étranger(e)s soient assez bourré(e)s pour nous payer des pintes (et occasionnellement leur cul)

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