La vidéo vous survivar et il faut vous y faire

Vous ne nous échapperez pas, vos esprits sont condamnés.

La VAR est en danger. De mauvaises utilisations en décisions stupides, la VAR traîne son fardeau d’innovation bancale mise en service en dépit du bon sens. Si son bénéfice mercatique n’est pas encore avéré, le format des écrans publicitaires pendant le visionnage n’ayant pas encore été développé, les institutions manquent de matière pour justifier son maintien. Il est évident qu’après de longs mois d’essais, la VAR est un échec sur le plan sportif. Les injustices restent, la radicalité de certaines décisions rend invivable le moindre doute et la bêtise prévaut dans son application. Comme dans sa critique.

Ayons tous l’honnêteté intellectuelle, voire morale pour ceux qui ne suivraient déjà plus, de reconnaître que le débat est faussé. La guerre de tranchés est une guerre de soldats déjà enterrés, à peine plus vivants que leurs arguments. Prenons donc quelques minutes pour les achever dans la dignité.

Instaurer une technologie nouvelle, n’importe laquelle, crée en effet un décalage entre le niveau professionnel et le niveau amateur et peut laisser entrevoir le développement d’un sport à deux vitesses. Inutile de dire que dans un sport où déjà le niveau professionnel vit des galaxies d’écart entre un ligue 2 et le PSG, ou entre le PSG et n’importe quel vrai grand club européen, l’argument n’a aucune consistance et sert encore une fois une fausse bonne conscience à un sport qui n’a rien d’égalitaire et d’équitable. Vouloir maintenir un statu quo avec ce genre d’argument relève au mieux d’une malhonnêteté intellectuelle que personne ne regrettera après extinction de ses défenseurs. Donc la VAR peut exister.

Admettons ensuite qu’il s’agisse d’une innovation technologique, je l’admets temporairement, je montrerai le contraire plus tard. Quand une technologie est lancée, combien de temps met-elle à être efficiente ? Combien de dizaines d’années il a fallu pour qu’un avion fasse Paris-Tokyo sans escale ? Combien d’années il a fallu pour que le fil du téléphone disparaisse ? Combien d’années encore il a fallu pour modifier la règle de la passe en retrait ? Rendez-vous compte qu’après plusieurs centaines d’années, personne n’a encore trouvé d’utilité à cette formidable innovation qu’est le Sénat ? La marge de progression est énorme. Et les mécontents au bout de deux ans ne sont que des enfants capricieux qui n’ont pas les bonnes piles pour leur nouveau jouet à Noël. Sans idolâtrer tout ce qui est moderne, il est aisé d’affirmer que les pseudos-nostalgiques ne sont que de sombres réactionnaires, aigris de voir un football suranné disparaître au profit d’une version heureusement dépoussiérée. Un sport qui sait se réinventer, voire se mettre en danger est surtout un sport vivant. Le latin peut toujours attirer les gens mais plus personne ne le parle.  

Mais sérieusement. La VAR en elle-même, qu’est-ce que c’est ? Une caméra plus ou moins bien placée qui donne un second visionnage pour actions litigieuses. Y a-t-il réellement une personne qui pense que techniquement, il s’agisse d’une innovation ? Regardons même les choses froidement : on fournit aux arbitres le même outil que les millions de blaireaux dans leur canapé ont depuis 30 ans et leur permet d’éructer leur supériorité par rapport aux arbitres. On a juste remplacé le ralenti sans fin des chaînes télé qui ne sont jamais lassé de disséquer pendant de très longues minutes les actions passées, le tout en empiétant largement et honteusement sur le match qui se déroulait et que les téléspectateurs ne voyaient pas. Il y a donc même un bénéfice immédiat : plus personne ne rate le match pendant les super loupes débiles et inutiles puisque la décision étant prise, les revoir n’apportait rien au match.

Suivant. La VAR n’est donc qu’un signe supplémentaire d’un paradis perdu où l’erreur potentielle rendait l’intensité et l’incertitude comme des faits à part entière du match. Alors d’une, bon, la VAR a permis dans une certaine mesure de conserver grâce à ses nombreuses erreurs une part d’inattendu que personne n’avait anticipé. Mais surtout, considérer aujourd’hui que le football professionnel a une part de romantisme alors même qu’on se pose tous les ans la question sur le trucage du tirage au sort de la coupe d’Europe, permettez-moi d’hurler de rire devant tant de contradiction, de naïveté et de foutage de gueule. Arrêtez-vous une minute. Il n’y a pas une compétition avec ou sans VAR qui n’a pas fait l’objet de doute. Qui a annoncé que la VAR allait résoudre dès son premier jour un siècle de mauvaises habitudes ? Seulement les détracteurs et personne d’autre. La situation est donc : la VAR est lancée et elle est critiquée par des gens qui pour donner de l’épaisseur à leurs critiques essaient de persuader leur audience que la VAR devait être infaillible. On marche sur la tête.

Alors oui mais bon les grands moments du foot ont été des injustices aussi. Non, non et non, mais absolument pas, c’est une enculerie intellectuelle, c’est exactement l’inverse : c’est parce que l’acte de tricherie non puni était avéré dans un match à enjeu qu’il est devenu moment historique et plus tard éventuellement grand moment. La main de Maradona en district, tout le monde s’en tape et pourtant cela arrive 25 fois par match, ce n’est pas cela qui fait le football, c’est tout le match autour soit 99%. La main de Maradona, quelle importance, vous pensez vraiment que Maradona n’aurait pas pu marquer le second but en 86 ? En quoi la main de Dieu constitue une fierté pour le football ?? Où vit-on pour confondre nostalgie et tricherie « ah le bon vieux temps des colonies » ? Et la main de Vata, c’est cool ? Et le coup de Blanc sur Bilic, c’est sympa ? Et Dixon qui sort Lens, on est bien ? Et la bicyclette de Laslandes contre Dortmund, c’est toujours confort ? L’expulsion de Totti contre la Corée du Sud aussi ? Ne pas combattre les injustices flagrantes, c’est légitimer la partialité, les abus, la loi du plus fort et tout ce qui constitue la gouvernance au doigt mouillé.

Creusons encore un peu. A la limite, considérons donc que l’injustice qui change le cours de l’histoire devienne légitime car elle n’a pas de contradiction (que la VAR pourrait, je dis bien pourrait, être). Quel est l’esprit tordu qui en toute connaissance de cette erreur peut considérer que le sport, l’esprit sportif, sortent grandis de cela ? Les victoires en trichant font sourire ceux qui en bénéficient, et sont un peu de sel sur une plaie pour ceux qui en pâtissent. Mais quelle est l’élévation de l’esprit ? Rien, rien qu’une mesquinerie gratuite ne puisse satisfaire, sauf des esprits rompus à considérer que l’ordure gagne sans conséquence. C’est possible, je ne m’y oppose pas, mais cela relève d’une construction mentale que je vomis : la main d’Henry, les incertitudes ravanellinesques, nilmaresques et surtout l’anachronisme materazzien. Le jeu du « pas vu pas pris » en football n’est qu’une déclinaison supplémentaire de la déliquescence mondiale qui fait d’un Carlos Ghosn une personne qui a le droit aux médias, une justification de délinquant de bas étage. La VAR en est une barrière potentielle, je dis bien potentielle, à ce genre d’abus. Et même si cela me fait mal, le carton rouge de Zidane est légitime mais sifllé après un revisionnage vidéo par l’arbitre… alors que la vidéo n’était pas autorisée, je laisse vos consciences mouliner.

Alors oui l’arbitre est l’autorité morale d’un match, le garant de règles universelles et séculaires qui valent sur les tous terrains de football à un instant T, et non depuis la création moderne de ce sport parce que de fait, les règles aussi ont évolué. Oui oui oui les règles ont évolué énormément et continuent d’évoluer, pour le pire, pour le meilleur, on s’en fout, pour ne pas qu’il meure d’une sclérose du bulbe avant tout, pour ne pas qu’une habitude de la triche sur certaines règles deviennent elles-mêmes prééminente devant les lois qui sanctionnent. L’arbitre reste l’autorité suprême. Qui en doute ? C’est lui qui a le pouvoir de trancher de quel côté il interprète ce qu’il voit à la vidéo, il ne se déjuge pas, il corrige ce qu’il n’a pas pu voir à vitesse réelle. Comme tous les blaireaux sur leur canapé qui ont craché leurs curlys avant de se faire avaler les miettes avec une gorgée de bière pour ne pas s’étouffer. Comme l’arbitre. En quoi ce changement de décision est un déjugement ? C’est une prise de distance en direct pour juger ce qui paraît le plus juste, cela ne protège pas d’autres erreurs, mais cela permet de palier l’impossibilité de juger à vitesse réelle toutes les fautes et les tricheries d’un football qui va beaucoup vite que celui des 70’s. N’en déplaise aux esprits coincés sous Giscard.

Je passe sur l’argument récemment vu que le salut du football passerait par le fait que la VAR par le ralentissement du jeu et du match fasse perde des arguments marketing aux diffuseurs et donc qu’ils agissent de tout leur poids pour privilégier le direct et l’annulation de la VAR (putain que c’est tordu). C’est beau cette naïveté. Mais d’une part, un ralentissement du match équivaut à un allongement du temps d’antenne et donc à une exposition plus longue des sponsors autour du terrain et en incruste. Ensuite lorsque tout cela sera mieux organisé, les passages des images des VAR seront encadrés par des sponsors courts, voire en bandeau ou autre ou sur les écrans de l’arbitre. Bref, la VAR est un argument marketing en devenir et aucun diffuseur ne le remettra en cause, c’est d’une telle bêtise que je ne conçois pas que cet argument ait été avancé sans se payer la tête des lecteurs.

Au niveau du jeu, il est certain que cela apporte davantage de moments arrêtés pendant le match. Le spectateur pressé se plaint, le sportif sur le terrain beaucoup moins.

Mais il est temps de conclure, il est temps de vous laisser tranquille à votre médiocrité, celle qui prétend défendre la veuve et l’orphelin tout en les vendant tous les deux à n’importe quel négrier. Sachez enfin qu’une mauvaise loi, une mauvaise règle est avant tout une règle qui n’évolue pas, une sclérose. La VAR comme toute nouveauté a le droit de l’évolution et du temps. S’y opposer n’a que peu de sens et d’esprit, « mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres, vous n’en eûtes jamais un atome et de lettres. Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot ! »

Enfin. Prenons de la hauteur, sortons du simple sujet du football, respirons, aérons-nous la tête et considérons d’autres lieux, d’autres moments où la communion publique est  une évidence, une communion qui n’empêche pas des gens de se retrouver au même endroit au même moment en soutenant des causes différentes mais en se respectant. Comme dans une manifestation, tiens, oui prenons comme exemple une manifestation dans la rue, une manifestation encadrée et tout se passe bien pendant 30 ans. Et les agissements dans un camp ont dérapé. Des abus, des violences ont été rapportés. Impossible de juger sur place, impossible de pouvoir sanctionner lors de l’action, impossible de trouver le responsable, mais du fait des règles et des lois en vigueur, il faut en rester là et faire confiance ? Car oui, laisser faire et dire qu’une telle manifestation comportait en sa propre essence la possibilité de débordements et que cela faisait partie du jeu ? Il faut attendre quelle extrémité avant de se rendre compte que revoir permet de mieux voir. Je vous vois vous étouffer devant cet argument, mais finalement est-il si différent des autres? Intrinsèquement, toute manifestation publique, malgré l’encadrement de règles et de lois peut déborder, se priver d’un visionnage et d’un avis, même a posteriori, est ridicule.

Alors que faire de la VAR ? Réfléchir à une évolution de la VAR, évidemment. Les tenants d’une doxa sont autant les juges d’un ordre établi que d’une police de la pensée statique. Refuser une évolution sous des prétextes subjectifs, c’est le privilège comme la limite des vieux, quand leur monde change, c’est leur passé et leur histoire qui disparaît. C’est une telle intransigeance à l’évolution que j’en viens à douter du progressisme des esprits éclairés qui se veulent penseurs objectifs de ce jeu. Sans vouloir accompagner cette réflexion, c’est ce monde qui se met à l’écart et qui sera le seul perdant. En quoi cela serait une mauvaise chose au final ?

Frantz-Christophe Van Dustgroski

Je travaille pour un employeur fantôme et ce n'est pas un emploi fictif. Je parle comme je veux de ce que je veux quand je veux. Tu n'es pas obligé d'aimer. Tu n'es pas obligé de lire. Tu es obligé de savoir que je suis là

9 commentaires

  1. Faut juste que ça aille plus vite. Et qu’on ne siffle pas de fautes contre l’olympique de Marseille.

  2. Le Sénat permet un contrôle de contre pouvoir qui a part exemple pu retoquer des lois liberticide (déchéance de nationalité) ou de protection de personne comme Benala

    Le Latin comme le grec est toujours parlé, c’est le grec moderne et l’Italien (Latin moderne)

    La VAR comme argument sont vraiment de la merde.

    Avant de faire Paris Tokyo, on a pas mis directement 500 personnes dans l’avion des frères Wright????

    Vous me dégoutez…..

  3. « Au niveau du jeu, il est certain que cela apporte davantage de moments arrêtés pendant le match. Le spectateur pressé se plaint, le sportif sur le terrain beaucoup moins. » Elle est bien bonne, surtout quand on se permet de parler d’honnêteté intellectuelle ^^

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