Notre Footballologue analyse Barcelone – Inter Milan

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Notre Footballologue tente une comparaison pas foireuse. C’est réussi.

Que la Renaissance, socle de la civilisation occidentale, ait puisé source et richesses dans la sagesse gréco-romaine et la passion pour le lointain des navigateurs ibériques n’y fait rien…le nouvel ordre économique attribue de « mauvaises notes » et tue ses pères, basculant définitivement dans l’ère de la posthumanité de marché. Heureusement, ce Barça-Inter, la finale du 22 mai et la Coupe du Monde dans la foulée sont autant d’occasions d’oublier… en attendant d’être concerné.

La « tactique » du Barça dépasse les « triangles » et autres « faux pieds » régulièrement évoqués tant la maîtrise collective, la vitesse et les « éclairs » individuels multiplient les combinaisons à l’envie. Seulement « poser » – très modestement – quelques principes à partir du 433 de départ :

–       Keita et Busquets semblent être les seuls joueurs « fixés », le premier rodant à proximité de la surface adverse, entre Pedro et Xavi, le second évoluant dans un poste défensif, en soutien de Xavi et en couverture des défenseurs centraux.

–       Le couloir gauche se compose d’un latéral offensif (Milito décevant offensivement puis Maxwell, tout aussi décevant) supposé combiner avec un ailier (Pedro) pour des dédoublements et des centres (grosse faillite du soir, surtout côté gauche.)

–       Le couloir droit appartient à Daniel Alves. Messi occupe une bande horizontale partant de droite à gauche devant la surface, joue parfois second attaquant, mais déborde rarement.

–       Xavi balaie une aire de 40m² entre la ligne médiane et la surface adverse.

–       Les défenseurs centraux tracent des verticales jusqu’aux 35 mètres adverses. Busquets compense leur montée. Ainsi, a-t-on vu Piqué et surtout Yaya Touré évoluer en véritables milieux. Côté droit, la montée de Touré permet de libérer Daniel Alves. Touré, appui sur Messi qui remise sur Xavi pour une passe « éclair » dans le dos de la défense à destination d’un Alves jaillissant de la ligne de touche en direction de la surface adverse, un « classique » qui n’a pu être réalisé face aux italiens.

–       Ibrahimovic ? Mourinho a remercié Guardiola.

En effet, Mourinho peut remercier Guardiola de l’avoir débarrassé d’un « poids mort » tactique mais, et SURTOUT, de lui avoir refilé Samuel Eto’o. « En Europe, il y a 10 entraîneurs qui savent comment battre le Barça. Mais ils n’ont pas l’équipe pour » (Eric Di Méco), et avec tous ses spartiates défensifs plus Eto’o, Mourinho surplombe ses dix collègues. Le constat est simple : le Barça maîtrise tant et si bien qu’il asphyxie l’adversaire dans ses 25 mètres durant des temps forts d’une telle intensité qu’il doit compenser par de brefs temps faibles durant lesquels il est très vulnérable. Arsenal à l’Emirates n’avait su résister (la maladresse catalane les avait préservés) mais surtout concrétiser les occasions offertes durant ces temps faibles (5 à 8 minutes, pas plus, autour de la 20ème.) Aussi, Mourinho a-t-il accepté du Barça ce qu’il impose habituellement à son adversaire : un match de hand. Son 4141 a occupé un 40m² durant 90 minutes en plein Camp Nou, tissant une toile dont les triangles équilatéraux n’excédaient pas 10 mètres de côté. Chaque sommet harcèle le porteur du ballon dans sa zone, d’abord pour l’en éloigner et, si possible, mais sans risquer la faute tactique ou technique, lui confisquer le cuir. Un rappel des grands principes du handball éclaire la prestation :

– L’aire de jeu est un rectangle de 40 mètres de long sur 20 mètres de large.

– Au handball, l’équipier qui joue le ballon doit être constamment en mouvement.

– Une fois qu’il a le ballon en main, il ne peut le garder plus de trois secondes. Il doit se déplacer d’un maximum de trois pas s’il garde le ballon en main ou de plus, mais en dribblant.

– Les déplacements « ballon en main » sont limités à trois pas, sauf en cas de dribble.

– Il est interdit à un de ses équipiers de passer la balle au gardien lorsqu’il est dans sa zone, sous peine de jet franc pour l’adversaire.

A priori, mouvement  constant, transmission rapide sous peine de dribble, pas de quoi effrayer les catalans si ce n’est lorsque l’adversaire impose de jouer constamment comme cela dans un sport pratiqué à 11 contre 11, dans lequel les changements sont limités, le tout sur un terrain six fois plus grand permettant de dégager en cas d’urgence, et durant 90 minutes. Ajoutez l’impact physique tant apprécié par « les veuves du calcio » et les sprint-conservation de balle de Milito, Sneijder, Maicon et surtout Samuel « Jackson Richardson » Eto’o et vous obtenez la défense des « Experts » avec l’attaque des Barjots.

Mi temps : « (L’Inter est) une équipe de reptiles. » Christophe Josse

Adolescent, le petit Christophe possédait un magnifique serpent qu’il chérissait. Son NAC ne semblant pas dans son assiette, le jeune homme le porta à plusieurs spécialistes, dont un finit par trouver la solution : il n’est pas malade, il jeûne… pour vous manger.

Dès la 27ème minute, l’Inter se trouve à 10 suite à l’expulsion de Thiago Motta. Pas de grand changement, le trio Motta-Cambiasso-Chivu placé devant la défense devient un duo, Milito à droite et Eto’o à gauche bloquent les couloirs en soutien de leur latéral tandis que Sneijder, sommet de la pyramide, effectue un incessant pressing sur le porteur (le plus souvent Xavi.) L’expulsion ne change rien au problème, le Barça s’enlise dans la densité. A la 58ème minute, lueur d’espoir : Milito, usé, délaisse Keita. Le centre de Daniel Alves trouve le malien mais Maicon intervient, obtenant même le 6 mètres. La moindre faille se trouve immédiatement exploitée, avertissement sans frais. 62ème, Guardiola décide d’un « changement de style » (Denoueix) en entrant Bojan et Jeffren pour Ibrahimovic et Busquets. Josse s’enthousiasme pour ces « petits gabarits qui vont à 2000 à l’heure » et Mourinho casse le rythme en provoquant l’arbitre. Le Barça évolue avec 4 attaquants, Jeffren-Bojan-Messi-Pedro (de gauche à droite) et l’Inter réplique par l’entrée de Muntari pour Sneijder épuisé. Le Ghanéen prend la place de Milito côté droit et laisse l’Argentin endosser le rôle de « harceleur » déserté par Sneijder. Le système reste en place, la « faille » Milito a été traitée, et, en guise de furie catalane, Muntari et Maicon temporisent sur l’aile droite et obtiennent un corner tiré par Milito pour personne (71ème.)

Par goût du suspens, Mourinho remplace Milito par Cordoba (80ème.) Trois hypothèses :

– Cordoba doit prendre la place de Muntari (milieu droit), le ghanéen celle de Eto’o (milieu gauche) devenu « harceleur. »

– Cordoba devient stoppeur droit dans une défense à 5, Muntari reste à droite, Eto’o à gauche et il n’y a plus de « harceleur. »

– Muntari bloque Alves côté gauche, Cordoba joue stoppeur droit et Eto’o doit passer milieu droit.

Peu importe, le colombien se place en défense, Muntari à gauche et le temps que Eto’o s’en aperçoive, Xavi profite du « trou » à droite et sert Piqué « plus que bien monté » : 1-0, 83ème. L’expulsion de Tiago, l’essoufflement de Milito (58ème), le premier puis le second changement…il y avait une faille dans la maille de l’Inter et le Barça parvient à l’exploiter. Aussi, Léonidas sort son spartiate camerounais pour un authentique marathonien kenyan, Mariga, qui se place en…milieu droit pour un 3-6 sans vergogne : Muntari (en renfort à gauche pour bloquer Daniel Alves)-Zanetti–Samuel-Lucio-Cordoba-Maicon + Chivu-Cambiasso-Mariga. Double vitrage devant Julio César attentif sur la frappe de Xavi (86ème), densité fatale à Bojan privé d’exploit pour une faute de main de Touré (91ème, but invalidé.) L’Inter et ses 15 penaltys non sifflés face à Chelsea ou au Barça dispute la finale face au Bayern, les indices UEFA français, italiens et allemands connaissent un sérieux coup de booster et les « méchants » anglais hostiles au monopole de l’UEFA ont – heureuse coïncidence – disparu. Les « reptiles » ont laissé leur peau sur le terrain pour se muer en vainqueurs et, ivre de joie, Mourinho traverse la pelouse en direction des tifosi… Le jardinier du Barça allume l’arrosage automatique : « Ça c’est football !!! »

9 thoughts on “Notre Footballologue analyse Barcelone – Inter Milan

  1. Une petite pensée pour Busquets pris en flagrant délit de simulation par une caméra isolée sur l’expulsion de Motta.
    Et une grosse pour la maîtrise tactique de Murinhio

  2. Bravo cher Footbo-gogol
    La construction d’une digue anti-Barça, bien qu’entreprise de destruction, n’en reste pas moins une construction, et les portugais savent faire.
    Vous n’insistez pas assez à mon goût sur l’aspect total du « coup » de Mourinho, utilisant tous les moyens pour casser le rythme du match. Il inculque le vice, prépare ses 11 joueurs (qui n’étaient hier que 11 athlètes) à un combat à la mort, 90 minutes à défendre, et à voir la transe des intéristes hier soir autant qu’à l’aller, je pense qu’il faudrait sérieusement se pencher sur le génie rhétorique du Mou’, complément indispensable du génie tactique, preuve en fut faite hier.

  3. Le match d’hier soir était très proche des rencontres face à Chelsea l’année passée, avec l’efficacité Mourinho en plus. Mais on se souvient que lors du match retour, les Blues avaient failli sortir le Barca en mettant en place leur défense de fer.

    Malgré tout je pense que bétonner derrière n’est qu’une des solutions face aux Catalans. On l’a vu au match aller, en coupant les relations entre Xavi et Messi, et en eeffectuant un gros pressing sur ces deux-là, les Intéristes ont réussi à leur en planter trois, en gardant une certaine possession de balle.

  4. Je partage l’avis de I.P.
    Une bonne partie de la réussite milanaise tient à la double prestation de Mourinho, en tant qu’entraîneur et MC. J’aurais aimé voir un peu plus ce qu’il se passait sur le banc. Il paraît que cela valait largement le détour.

  5. Non mais là y en a marre. C’est plus possible maintenant footballomachin.

    Le niveau de l’analyse est tellement élevé qu’il est impossible de contredire les conclusions de façon argumentée. Je m’en vais lire Riolo et Ménès, au moins je me sentirai intelligent.

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