Gazelec – AC Ajaccio (0-1) : encore un déplacement réussi pour I Sanguinari et la 106

Si Canet-en-Roussillon avait été mon déplacement le plus froid, celui à Mezzavia fut le plus mouillé. Mais qui dit déplacement pluvieux, dit déplacement heureux.

Habituée des stades du continent, la 106 n’avait encore jamais mis les roues dans l’enceinte d’Ange-Casanova d’Ajaccio. Il fallait vite y remédier avant qu’elle ne nous quitte (la voiture, pas l’enceinte) (quoi que, on ne sait pas qui des deux va périr en premier). Le plein est fait, les niveaux sont faits, la place dans le ferry est prise. Direction Toulon dans un premier temps, avant d’embarquer en direction d’Ajaccio. On en profite pour y rester quelques jours en amoureux, avec madame.

On fait un saut dans le temps. Nous sommes le jour du match, vendredi. En fin de matinée, nous prenons la route de Timizzolu, afin de récupérer les places que l’ACA nous a réservé (et offert). C’est au moment de repartir que le président Léon Luciani débarque dans son vieux Mitsubishi Pajero. Il m’interpelle.

« – Loïc, tu fais quoi là ?

– Bah on va aller manger en ville…

– Oublie ça. Si tu veux vivre une expérience hors du commun et faire un bond dans le temps, prends ta voiture et suis-moi. »

Le mystère reste complet, je n’en sais pas plus. Mais j’ai l’amour du risque. Je décide de le suivre. Une halte à la station-service, une autre à la boulangerie et une petite dizaine de kilomètres dans les lacets au-dessus d’Ajaccio plus tard, nous voici arrêtés devant un vieux portail en ferraille, tenu par une corde défraîchie. Une autre voiture nous a accompagné. Les personnes à l’intérieur doivent rester secrètes. Je ne peux malheureusement pas tout vous raconter sur ces gens et sur ce qu’ils sont venus faire ici aujourd’hui. Mais promis, je raconterais tout dans mes Mémoires de déplacements, qui sortiront avant ma mort.

Léon embarque quatre de ses invités dans son 4X4, nous laissant ainsi, madame, Invité numéro 1 et moi-même nous démerder seuls : « Commencez à marcher, je dépose ceux-là, et je reviens vous chercher ».

DU SAUCISSON VIVANT

DU SAUCISSON

La marche à pieds sera longue (au moins deux kilomètres) et abrupte. Nous évitons les trous et les entorses aux chevilles en contemplant un Milan royal (l’oiseau, pas le club italien) et en pressant le pas face aux cochons. Soudain, le vrombissement du moteur du Mitsubishi se fait entendre. Léon ne nous a pas oublié. La route pour le paradis est juste longue. Le paradis, c’est la bergerie de Léon Luciani. Une bâtisse perchée au milieu du maquis, invisible depuis la route et presque inaccessible. Cette demeure n’est pas commune. Elle a été construite par l’oncle du cardinal Fesch, et celui-ci y a sans doute mis les pieds. Nous y arrivons serrés dans le Mitsubishi Pajero du président, qui a lui-aussi une histoire. Cette voiture a été la propriété d’un ami proche de François Mitterand, et celui-ci y a sans nul doute déjà posé son cul.

Cette bergerie n’a pas l’eau courante, encore moins l’électricité, mais elle est entourée par des chiens et par un troupeau de 200 chèvres. A l’intérieur de la bâtisse, trônent des dizaines et des dizaines de saucissons, du lonzu, de la panzetta, suspendus au plafond. Autant de charcuteries faites sur place qui embaument la pièce et bien plus encore. Léon Luciani m’a donc invité, moi, pauvre petit supporter, dans sa bergerie, où très peu de personnes ont mis les pieds ces dernières décennies. Pourquoi cette invitation ? « Parce que je te dois bien ça », m’expliquera le président.

Les scènes surréalistes ne s’arrêteront pas ici. Loin de là. À peine arrivé, Léon me sollicite : « Loïc, va ramasser des planches pour qu’on allume le feu ». Puis, une autre requête arrive : « Viens avec moi, on va ramasser des morceaux de poirier ». Encore une autre : « Viens m’aider à allumer le feu, tiens-moi ça ». Ce n’est pas fini : « Loïc, j’ai une mission pour toi maintenant, tu vas nous couper le saucisson et tout ». En fait, il m’a fait venir pour être son commis. En parallèle, je vois le président de mon club allumer un feu, faire la vaisselle, mettre la table… Connaissez-vous un seul autre président d’un club de foot capable d’emmener ses invités dans sa bergerie sans électricité pour y manger de la charcuterie et boire du vin ?

Le repas, avec les autres invités mystères, vaut tous les sandwichs de toutes les buvettes de tous les stades de foot de la planète.

Les + :

  • La convivialité. Le repas est partagé entre les invités, le président, son frère et même son père de 98 ans.
  • C’est à la bonne franquette : pas de couverts, on mange avec les mains, on pioche dans les assiettes, on coupe le pain à la main…
  • La diversité de l’offre : saucissons, figatellu, lonzu, fromage… Tout est fabriqué sur place.
  • Le lieu est champêtre et charmant, bien mieux qu’un gradin en béton
  • Le vin : du Sant Armettu du meilleur effet

Les – (on va chipoter) :

  • On boit le vin dans des gobelets en plastique (c’est plus pratique sachant qu’il n’y a pas l’eau courante)
  • On aurait pu espérer un meilleur pain en accompagnement d’un tel festin.

La note ? 5/5. Les produits sont locaux, de qualité. Il est impossible de tricher sur leur provenance. La cuisson est faite sur place, dans le feu de cheminée. L’ambiance est familiale, propice aux anecdotes et aux confessions.  Et en plus, on est tous reparti avec deux saucissons offerts. Et puis manger dans la bergerie du président de son club, c’est assez fantastique. Vous ne trouvez pas ?

Après un tel repas, il est temps de rebrousser chemin. Cette fois-ci, on monte tous dans le Mitsubishi présidentiel pour un voyage retour pas très confortable et tumultueux. Mais l’important était ailleurs. Et mine de rien, on l’avait un peu oublié, l’heure du derby avance à grands pas. Un autre saut dans le temps nous amène devant le stade de Mezzavia, aux environs de 18h30. Les supporters acéistes se sont tous donnés rendez-vous au bar Le Relai de Mezzavia, sous l’impulsion de l’Orsi Ribelli, moteur du club et même de la ville. Avant de se rendre dans le parcage sous une nuée de fumigènes, un dernier appel à la bonne conduite a été lancé. La saison dernière, le derby ajaccien s’était soldé par des débordements qui avaient conduit à l’expulsion de l’Orsi Ribelli. Il était hors de question, cette saison, de reproduire les mêmes erreurs. La mission fut réussie, tout se déroulant sans anicroches, mais avec quelques provocations quand même.

Avant que je puisse rejoindre le parcage visiteurs de Mezzavia, j’ai dû répondre à une dizaine de personnes différentes qui m’ont gentiment félicité pour mes déplacements et qui m’ont tous posé les mêmes questions : « Alors, tu es venu en 106 ? Elle va comment ? ». C’est un fait, les Acéistes sont plus intéressés par ma voiture que par ma meuf, qui m’accompagne.

La parade à la pluie : le sac poubelle

Il est 20 heures. Nous sommes en place dans le parcage visiteurs. Environ 350 autres supporters de l’ACA y sont entassés. Mais ce n’est pas tout puisqu’une grande partie de la tribune côté route du stade a également été envahie par les supporters acéistes, malgré le prix prohibitif de 35 euros la place. Sans exagérer, les supporters actifs de l’ACA étaient plus nombreux que ceux du Gazelec. Un match à l’extérieur à domicile, dans d’autres termes.


Mais surtout un match qui se déroulera dans des conditions dantesques. Dès notre mise en place dans le parcage (pas couvert), des trombes d’eau s’écraseront sur nous. Une pluie qui ne cessera jamais vraiment jusqu’à la fin de la soirée. Cela n’empêchera pas l’Orsi Ribelli d’animer la tribune pendant 90 minutes notamment grâce à Yves et Anto, capos enflammés et surtout torses nus. La ferveur est telle qu’on prendra même Jean-Do, le CM de l’ACA, en flagrant-délit de chant et de danse, en plein travail. Le seul qui n’appréciait pas trop le spectacle en parcage, c’est le président Léon Luciani, qui, perché au-dessus de nous, fera signe aux supporters de vite éteindre les fumigènes embrasés, par peur des amendes.

PANINI

C’est dans cette ambiance survoltée (ça change des déplacements où je me retrouve seul comme un con à chanter), sous une pluie battante (il y avait plus d’eau sur la pelouse que dans tout le Niger) et avec un tableau d’affichage favorable (0-1 grâce à un but de Vialla), que l’arbitre siffle la mi-temps. Et qui dit mi-temps, dit CASSE-CROUTE !

Les + :

  • On a le choix entre panini jambon-fromage et pizza. Et c’est le seul stade extérieur qui propose de tels repas.
  • Manger un truc chaud par un tel temps, c’est fort appréciable
  • La buvette sert du Liptonic
  • La gentillesse. Je n’avais pas assez de monnaie et la serveuse m’a fait cadeau d’un euro

Les – :

  • La bière sans alcool
  • Le prix : 5€50 le panini, c’est quand même pas donné
  • La buvette n’est pas abritée, impossible de se mettre à l’abri.

Note sur le guide Michelin/Perfettu des buvettes de Ligue 2 : 3/5. Si les produits ne sont pas exceptionnels (vous pouvez trouver ce genre de panini banal dans toutes les boîtes de nuit ou le long de toutes les plages), le choix est agréable, tout comme le fait de manger chaud. Si le prix est prohibitif (13€50 les deux panini + une boisson), les serveuses n’hésitent pas à faire cadeau d’un euro pour les plus malheureux qui n’avaient pas assez de monnaie comme moi. Bref, la buvette de Mezzavia en trois mots : industrielle mais appréciable.

Après cet intermède sympathique, les chants sont de retour. La macagna est bien évidemment de mise. Depuis les tribunes acéistes, sont lancés des « À Mezzavia, y’a que Géant », des « GFCA, le National te tend les bras » ou encore des « Dans la boue, il y a des rats, dans les égouts les rats, ils sont partout les rats, c’est le GFCA ». Une bonne ambiance en tribunes pendant que, sur le terrain, les joueurs se mettent des taquets comme jamais sur une pelouse gorgée d’eau, à la limite du praticable. Un spectacle digne d’un match de water-polo, diront certains.

La pluie ? Peu importe, je me réchauffe personnellement en écoutant madame, aussi experte en foot que Francesca Antoniotti, me parler du match. Florilège de ses interventions :

  • « Est-ce que l’ACA ils jouent mieux quand il pleut ? »
  • En parlant de la tenue bleue de Steeve Elana : « Il est moche son maillot, le bleu clair ça va pas aux noirs »
  • « C’est qui le 13, là ? Il a l’air mignon », en parlant de Boé-Kane
  • En essayant de comprendre le chant « À Mezzavia, y a que Géant » : « Ils disent quoi là ? ‘A mes amis, y a 2 CA ?' »

C’est aussi pour ça que je l’aime.

Les minutes passent, la pluie tombe, les corps se mouillent, le suspense bat son plein. Au final, c’est la délivrance : l’ACA l’emporte 1-0 sur le terrain. En tribunes également, l’ACA l’a emporté. Heureux, les joueurs viennent nous saluer et faire un clapping devant le parcage, Joris Sainati s’autorisant même un ventriglisse. Plus le déplacement est long et périlleux, plus la victoire est belle. Ça y est, il est l’heure de rentrer se réchauffer, dans la 106. L’ACA a encore gagné, la 106 a encore tenu le coup : que demander de plus ?

Quelques jours plus tard, il est venu le moment de partir. Et la fouille avant de rentrer dans le ferry est aussi poussée qu’avant de rentrer dans le parcage d’Ange-Casanova. Au foot, le stadier m’avait dit « Je te fouille pas, tu es venu avec ta copine donc c’est bon tu dois pas avoir de fumigènes ». Sur le port, le douanier me dira, après avoir ouvert mon coffre « Pas de bouteilles de gaz ? Ce bidon d’huile, c’est de l’essence ? ». Ce à quoi je répondrais : « Bah non, c’est de l’huile ».

Perfettu

Perfettu Erignacci De l'Aiacciu

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