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Macédoine-Serbie (1-0), la Balkans académie donne ses impressions

Jeudi 18 octobre 2012

  Sevrés de football international, vivant au Kosovo, on s’aventure en Macédoine pour ce rencontre entre cousins yougoslaves face à la Serbie. Des Serbes du Kosovo nous avaient annoncés que tout se passerait bien, qu’il y avait une bonne entente avec les Macédoniens. Et pourtant…

Le ton est donné dès la frontière Kosovo-Macédoine. Le garde-frontière macédonien nous annonce qu’il vaut mieux retourner d’où l’on vient parce qu’une « horde d’hooligans serbes est à Skopje » et que tout ce qu’on va gagner en allant voir ce match, ce sont des jours d’ITT. Cependant, et bien qu’on nous demande de laisser notre carrosse à la frontière (une histoire d’assurance à payer – 50€ pour 15 jours), on décide de s’aventurer jusqu’à Skopje après avoir trouvé aisément un sympathique Macédonien nous emmenant en stop.

L’arrivée à Skopje est magique avec, au loin, la vision des lumières de ce stade futuriste qu’est le Filip II Arena. Dans le centre-ville, les chants serbes montent depuis la place où trône la gigantesque statue d’Alexandre le Grand. En s’y aventurant, on découvre une centaine de supporters serbes en train de se chauffer à la Skopsko et à la Jelen, sous les regards de policiers macédoniens en tenue de combat. Juste au moment où on arrive à leur hauteur, la délégation serbe se met en marche vers le stade et on se retrouve avec une horde à nos trousses, cependant bien encadrée par les forces policières macédoniennes. Les supporters macédoniens chambrent guère et certains, accompagnés de leurs enfants, pressent même le pas en jetant des regards en arrière.

Aux abords du stade, on remarque un nombre important de vendeurs de billets au noir mais aussi plein de stands pour s’attacher tout l’attirail (maillot, drapeaux, écharpes) aux couleurs sang et or de la Macédoine. Un stand fait la part belle à la Serbie, sans que cela semble choquer quiconque. Avec l’odeur des saucisses-frites et les couleurs Sang&Or qui sautent réellement aux yeux, un air de Bollaert vient à l’esprit des Français que nous sommes.

Arrivés à quelques mètres du stade où sont garés une vingtaine de véhicules de police et de l’armée, on essaye de distinguer une quelconque billetterie. Rien de cela à l’horizon. On demande à un policier qui nous indique très gentiment qu’il faut tout simplement acheter son billet au black. Pour 400 denars – valeur faciale du billet (environ 5€), on trouve notre bonheur et on se retrouve dans l’enceinte du stade.

 

 

L’échauffement a déjà débuté et on essaye de reconnaître quelques joueurs. Côté serbe, Kolarov, Bisevac, Ivanovic entre autres et côté macédonien, seul Pandev suscite un souvenir. On essaye de comprendre la répartition des supporters dans le stade. Nouvelle analogie avec Bollaert, le kop macédonien ne se situe pas derrière un des buts mais juste en face de la ligne médiane. Au final, il semblerait que les Macédoniens qui viennent au stade soient tous supporters, habillés d’un maillot, d’un drapeau ou d’une écharpe. Quelques femmes ça et là et également quelques familles.

L’entrée dans le stade des supporters serbes à la dernière minute est saluée par des insultes et des sifflets. Les « Shqiperia (Albanie) » et « Kosova » résonnent quelques secondes puis vient l’entrée des joueurs. Les Serbes répondent en chantant. Un impressionnant dispositif policier est mis en place dans la tribune réservée aux Serbes et alors que nous sommes à leur diagonale dans le stade, on distingue tout en haut de leurs tribunes les réverbérations des boucliers en plastique des dizaines de policiers.

Les joueurs entrent finalement dans le stade. L’hymne serbe est salué par une bronca très impressionnante qui dure pendant tout le Bože Pravde. Bien entendu, l’hymne macédonien est repris par tout le stade, hormis les quelques centaines de Serbes. L’image est saisissante : toutes les tribunes sont en Sang & Or.

Le match débute calmement. Le capitaine des Serbes Kolarov décide que l’avant-match a été trop cool et fait donc exprès de ne pas sortir le ballon suite à la blessure d’un des Macédoniens : le ton est donné (ainsi qu’une bordée d’insultes envers le joueur de City). La première mi-temps est relativement ennuyante et on comprend mieux comment la Belgique en a collé trois aux Serbes. Dušan Tadi? essaye de prendre le jeu à son compte mais sa belle technique ne parvient pas à combler le manque de mouvement proposé par ses coéquipiers. Kolarov tente sa chance dès qu’il se trouve à 30 mètres du but et passe le reste de son temps à pourrir son jeune coéquipier Markovic. Les Macédoniens prennent le dessus au milieu et parviennent à se créer quelques bonnes positions notamment grâce à leurs deux Albanais Feran Hasani et Agim Ibraimi. Les supporters macédoniens (dont l’équipe est bonne dernière du groupe) ont besoin de peu pour s’enflammer et débutent une ola à la 20è minute. Le spectacle se situe plutôt dans les tribunes lors de ces 45 premières minutes où les chants sont lancés tour à tour par toutes les tribunes. On est loin du Stade de France.

A la mi-temps, alors qu’on s’attend à entendre les Corons, un crooner macédonien débarque sur le terrain et chante quelques mélodies qui semblent très populaires au pays.  L’entracte est agréable mais ne vaut pas un challenge Wanadoo. La seconde mi-temps débute par une légère domination des Serbes qui semblent être revenus avec d’autres ambitions. Mais l’embellie sera de courte durée. Très vite, le trio Gligorov – Demiri – Tasevski reprend le dessus sur le milieu serbe où seul Fejsa surnage. Les Macédoniens, sous l’impulsion de leur excellent côté droit Georgievski (un clone de Deflandre) – Ibraimi, mettent à mal une défense serbe qui tient principalement grâce à sa charnière Bisevac-Nastasic et aux imprécisions locales dans les derniers gestes.

 

Agim Ibraimi, le joueur de Maribor

Finalement sur une superbe transversale d’Ibraimi de son pied gauche (dommage qu’il soit un peu lent celui-là !), Hasani s’offre un contrôle orienté de la poitrine dans le dos de Tomovic. Ce dernier pris de vitesse accroche l’ailier gauche dans la surface. Le dandy arbitre néerlandais M.Nijhuis siffle penalty et exclut le défenseur serbe. Ibraimi ne tremble pas : 1-0. Les Macédoniens se créent deux autres occasions dans les cinq minutes qui suivent jusqu’à ce que Mihajlovic décide de faire rentrer Ivanovic (oui, le latéral de Chelsea est remplaçant) pour éviter de prendre plus de pions. Les Serbes essayent vainement de refaire surface sans réellement sembler y croire. Les Macédoniens tentent de gérer la fin de match mais on voit bien que ce n’est pas dans leur habitude et c’est un festival de passes en touche, notamment de la part du gardien.

Les dernières minutes sont interminables pour les joueurs et les supporters Sang&Or qui poussent les joueurs à coups d’insultes, le fameux « Picku Mate ». Le gélifié arbitre siffle finalement la fin du match. Tout le stade explose alors que sur la pelouse Bisevac et son pote Kolarov esquivent la plupart des poignées de main macédoniennes. Les joueurs serbes se regroupent en cercle au milieu du terrain quelques minutes, avant de filer vers les vestiaires sans s’aventurer devant leurs supporters ; au contraire des joueurs macédoniens qui profitent de ce moment d’allégresse largement mérité. La sortie du stade est un long moment de liesse collective dans lequel nous sommes pris. Un type se hasarde à monter sur un des pilonnes à l’entrée du stade et lance un chant. Les 500 personnes aux alentours reprennent en cœur. Le tout met réellement la chair de poule.

 Il est alors temps de retrouver la route pour sortir de Skopje à pied. Au loin, on entend les supporters serbes, qu’on avait oubliés pendant le match. On a la chance de se faire prendre en stop par des jeunes Albanais de Macédoine. Les gars nous apprennent que la France a fait match nul en Espagne alors qu’ils semblent guère intéressés par le match que nous voyons de voir. On comprend vite la raison quand ils nous expliquent que les Albanais de Macédoine sont réellement peu considérés dans le pays, notamment à cause de la classe politique. Le conducteur, alors qu’on regagne la frontière, conclut cette soirée : « Mais ce soir, c’est un des nôtres qui a marqué pour la Macédoine et le plus important c’est que la Serbie ait perdue ».

La politique et le football sont toujours liés dans cette explosive région que forment les Balkans.

 
Vos commentaires (vous pouvez créer votre gravatar en cliquant ici)
  • Willy Pagnol dit :

    A Skopje ,il y a 2 ans je crois, y’a eut une bagarre rangée entre macédoniens et albanais qui étaient venus en masse tabasser les ouvriers qui commençaient un chantier autour du château. Apparemment les albanais estiment que le site est historiquement à eux. Il y a même eut des blessés. Petit parenthèse culturelle pour éviter de blâmer uniquement les macédoniens ;)

    Très bien comme académie en tout cas

  • Bart Van den Van Krrr dit :

    Ouais, un vrai bordel c’te région. En tout cas, très bonne acad’. Moi aussi, j’étais satisfait du résultat, mais pas pour les mêmes raisons que votre chauffeur

  • Blaah dit :

    C’est le genre d’académie qui me rend heureux d’avoir cliqué sur http://horsjeu.net/abonnement/

  • Tristan Trasca dit :

    Merci messieurs.

    La région est un beau bordel mais ô combien intéressant à vivre et à voir évoluer ! Si je suis amené à écrire d’autres Balkans Acad, j’essayerai de montrer les ombres et lumières de chaque pays et peuple. Si ce papier est un peu dur pour les Macédoniens (et encore), ce n’est que le récit d’une soirée.

    Bart, on ira voir Macédoine – Belgique au printemps. Si t’es dans le coin… Les Diables ne devraient pas trop souffrir.

  • torpedo dit :

    superbe académie, bravo

  • Abdeljason dit :

    Avec un de retard, merci.

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