Southampton – Manchester United (0-1) : La Raide et Vile Académie mourinhise.

Chateau de Luke Seafer, salon, intérieur nuit.

Les épais rideaux de velours sont tirés, laissant la pièce dans la pénombre. Seule les vives flammes crépitant au coeur de la cheminée laissent entrevoir l’imposant fauteuil fait de bois massif et agrémenté de petits coussinets en velours rouge pour le confort. Luke Seafer se tient débout, l’épaule négligemment appuyée contre le dos de l’imposant dossier. Il est au téléphone. Rapprochons-nous donc pour savoir de quoi il en retourne… 

« Non mais ça va se voir… Je te dis qu’ils goberont pas. Non. Mais non. Ils sont pas stupides. Ben on parle de mes lecteurs et lectrices là (clin d’oeil caméra). Non mais en plus si ça se trouve ils ont regardé eux aussi. Ecoute José je… Bon… Ecoute je veux bien, mais c’est moi qui vais passer pour un idiot. Comment ça comme d’habitude ? Eh oh, je veux bien être sympa mais faut pas non plus pousser ça va te… Combien ? Oui. Tu as le numéro IBAN ? Oui. Très bien. Bon. Oui, je vais me débrouiller. Oui la bise. »

Disons-le comme je le pense, ce match est une démonstration tactico-footaballistique comme seul José Mourinho, le Happy One peut en proposer actuellement dans le monde du football professionnel. Avec un déplacement qui s’annonce harassant en milieu de semaine en Russie, il fallait faire face à un casse-tête inhérent au football moderne et son calendrier acharné : prendre les trois points en dépensant le moins d’énergie possible en vue de la Ligue des champions.

A cette question plus que compliquée, le meilleur coach de l’histoire du Portugal a répondu avec brio. Une petite action aura suffi à Lukaku pour ouvrir la marque à la 20e minute, en deux temps, tête repoussée puis frappe imparable suite à un centre laser d’Ashley Young, encore. Et rideau. Rideau défensif puisque dans un modèle d’obeissance tactique Manchester a tenu bon face à des Saints qui pensaient dominer le match de manière volontaire. Erreur. S’ils passaient le milieu de terrain régulièrement, c’est simplement parce que les Red Devils et leur cerveau suprême les laissaient faire, prenant un malin plaisir à voir les joueurs de Southampton venir échouer à l’approche des 16 mètes voire à louper leurs frappes dans les moments fatidiques. Le spectateur avisé, lui, savait. Et à aucun moment il n’a tremblé.

Les minutes défilaient et le mur des Red Devils paraissait de plus en plus infranchissable, Herrera venant remplacer Mata et Smalling Mkhitaryan pour proposer une tactique en 3-5-2 à faire passer la muraille de Chine pour un chateau de sable face à l’océan déchaîné un soir de novembre pluvieux (purée je suis mais vraiment nul en comparaisons ça va pas du tout).

Evidemment. Evidemment le génie, le vrai, le grand dérange. Des Klopp ou des Conte peuvent brailler après les arbitres, Guardiola peut jouer avec 12 attaquants pour mettre des volées à tout le monde, sans que personne ne s’en émeuve. José Mourinho lui, par erreur, par amour du football, s’approche un peu trop du terrain, laisse glisser d’un pas nonchalant son délicat soulier italien au delà de la ligne de touche et la sanction est immédiate. Le voila explulsé.
Ce qui ne l’empêchera pas avec la classe qui le caractérise de serrer les mains du banc adverse avant de quitter la plouse, le sentiment du chef d’oeuvre tactique accompli. Encore un.

 

Les Suppôts de Satan :

De Gea (4/5) : Quand ses petits camarades ont volontairement laissé passer les frappes adverses, il a répondu présent. Comme toujours.

Young (3/5) : On le pensait disparu à tout jamais. Erreur… Mourinho l’a planqué pour mieux le ressortir quand personne ne l’attendait. Il n’en finit plus de passer décisivement.

Bailly (4/5) : Sorte de Ferdinand bis.

Jones (5/5) : Ecoutez, quand on connaît le football, on n’est pas surpris de le voir à ce niveau là. C’est tout. Et ça fait des années que j’en parle.

Valencia (2/5) : Est-ce que quelqu’un l’a vu s’entraîner aux centres sur les trois dernières années ? On pose la question. Sans doute est-ce volontaire de la part de Mourinho, car tout joueur doit garder un secteur dans lequel il peut s’améliorer.

Matic (2/5) : Gestion saine de son corps. Il connaît les rudes climat de l’est et sait que son organisme sera mis à rude épreuve à Moscou. Alors il n’a pas forcé inutilement.

Fellaini (3/5) : Il est pour Mourinho ce que l’on appelle le « gars sûr ». Celui qui quand l’équipe plie (exprès), sort la tête pour dégager un ballon (ou le coude pour dégager un nez, c’est selon).

Rashford (2/5) : A fait parler sa vitesse naturelle pour gagner du terrain et ainsi, une fois la balle perdue, forcer Southampton à repartir de plus loin. Haha les idiots ils sont tombés dans le piège.

Mkhitaryan (1/5) : Parti en avance à Moscou tellement il avait de l’énergie à revendre.

Mata (1/5) : A fait parler son expérience de la gestion de match en sollicitant un remplacement à l’heure de jeu pour permettre l’entrée d’un nouveau joueur incisif défensivement. Génie.

Lukaku (4/5) : Déménageur belge. Il paraît que Hoedt roule encore le long de la pelouse du Saint Mary’s Stadium après avoir essayé de bouger Romelu pour l’empêcher de marquer.

Les suppôts de Satan :

Herrera pour Mata, 64e (NN) : Entré pour renter. Dans le tas.

Smalling pour Mkhitaryan, 74e (NN) : A totalement compris que pour s’imposer dans le 11 il fallait abattre Jones. Belle tentative de coup de boule donc sur son coéquipier, officiellement pour dégager un ballon sur corner.

Blind pour Rashford, 90+3′ (NN) : Parce qu’on ne défend jamais assez dans le football.

 

Sur ce, prochain rendez-vous mercredi avec donc un déplacement à Moscou. M’étonnerait pas que Mourinho décide intelligemment de ménager les organismes en prévision de la journée de championnat qui va suivre. Toujours un coup d’avance, c’est à ça que l’on reconnaît les grands.

Luke Seafer

Fils de Satan, fils du metal, fils de la haine, fils de Cobra.

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