Bordeaux – Amiens (3-2) : La Scapulaire Académie adopte le casque à pointe

« Une petite colline te fait arriver à une grande » Comme un apéritif avant dimanche…

Je ne sais pas si, au cours de nos modestes chroniques, nous avions déjà évoqué, d’une façon ou d’une autre, la Drôle de Guerre. Ne vous méprenez pas, il n’est pas ici question d’une sempiternelle guérilla entre les comiques du moment, surfant avec brio sur les blagues communautaristes, ou de la terrible annonce d’un conflit interne entre les tristement célèbres chevaliers du fiel. La Drôle de Guerre ne fut ni vraiment une guerre, ni vraiment une bonne blague.


La Drôle de Guerre, le drôle de match

Le 3 Septembre, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne nazie. Dès les premiers jours, malgré un léger frémissement patriotique, le peuple redoute les premières mobilisations, le retour de la lutte armée, le bruit des bottes et les boites de corned-beef périmées. Les rescapés de 14/18 représentaient de véritables épouvantails vivants aux quelques va-t’en guerre imprudents. Plus personne ne croyait la version officielle ou pensait gagner une guerre en quelques heures, en quelques jours. La manipulation vulgaire ne suffisait plus à galvaniser un peuple qui ne voulait et qui ne pouvait plus se battre. Alors, Français et Britanniques gagnaient du temps, tentaient des manœuvres diplomatiques désespérées avec comme simple ambition d’éviter le pire, laissant les pauvres Polonais se faire envahir sans lever le petit doigt. De guerre, il n’y en eu point. Les Allemands avaient déjà gagné le premier assaut sans n’avoir effectué aucune manœuvre militaire sur le front de l’ouest. Le général Gourvennec était bien trop occupé à bétonner sa défense (en oubliant son côté gauche plus communément appelé les Ardennes) pour imaginer une stratégie militaire.

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C’est vrai qu’elle était marrante celle là


Aussi surprenant soit-il, le match contre Amiens est une superbe occasion de faire un parallèle historique audacieux. De football, il n’y en eu guère. Quelques actions, cinq buts, une pauvreté technique et pis c’est tout. Amiens venait pourtant avec des intentions de bien faire après une défaite, à domicile, douloureuse contre Saint-Étienne. 2017 fut pourtant l’année des Amiènois. Macron devient président de Jupiter, les Whirpools occupent la scène médiatique comme la campagne électorale et le club de foot accroche une improbable montée au bout du temps intentionnel plongeant, par la même occasion, Bollaert dans une terrible torpeur. Mais 2017 est déjà loin et la Licorne a désormais besoin de consulter, au plus vite, un véto. Sa maison tombe en décrépitude et la dépression pointe le bout de sa corne. En cruel manque de confiance, Christophe Pelissier opte ce samedi pour une tactique défensive en 5-3-2 ne laissant que peu de doutes quant à ses réelles intentions. En position d’attente, l’entraîneur picard rêve de contrer son adversaire et porter ainsi une estocade fatale. De son coté, Gus Poyet a plutôt réussi son entrée sur scène en enchaînant deux victoires et des interventions médiatiques convaincantes. Fort de ses succès, les supporteurs bordelais sont résolument optimistes oubliant un peu trop vite la fébrilité de ces dernières semaines. Nantes, Lyon ou Strasbourg, à chaque fois, l’équipe s’est appuyé sur une défense regroupée et sa capacité retrouvée à remonter rapidement la balle. Contre Amiens, il faudra être audacieux, déstabiliser par le jeu une équipe défensive qui nous laissera volontiers le ballon.

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Le sens des priorités


La bataille de la Sarre ou le Loupé de Fofana

Nos craintes sont vérifiées dès les premières minutes de jeu. Les deux équipes s’observent, chacune essayant d’affûter un peu plus sa défense remettant à demain l’ultime offensive. A la trentième minute de jeu, le Général « Prételat » Pelissier ordonne une offensive picarde. Tout était parfaitement planifié. Mendoza, après un petit numéro, parvient à tirer, Kakuta contre le ballon involontairement. Costil est pris à contre-pied. Le bidasse 1er classe, Gessouma Fofana, s’emmêle joyeusement les pinceaux, il rate la cible dans les grandes largeurs. Vous l’ignoriez sans doute, mais en septembre 1939, l’armée française décide d’attaquer la Sarre lors de la fameuse « bataille de la Sarre ». Au passage, on notera le manque d’originalité flagrant dans le choix des dénominations historiques des événements. Un peu d’audace messieurs les historiens, les programmes scolaires auraient quand même plus de charme en s’autorisant un peu de romance. Revenons à nos pauvres moutons qui doivent drôlement s’inquiéter de nos divagations historiques douteuses. En Septembre 1939, le Général « Prételat » et son armée (je précise car nous avons encore que trop rarement vu un général se lancer dans la bataille tout seul) se ruent sur la Sarre (à ne pas confondre avec la bataille de Bouna Sarr qui aura lieu dimanche prochain).

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« Putain, les boules, on est obligé de rester en Lorraine en plus ? « 


Les Allemands, qui avaient autre chose à foutre que de construire une ligne Maginot en carton, n’opposent aucune résistance. Après avoir subi des pertes sur les mines, des épidémies violentes, le commandement décide de se replier. « Ahh ahhh le message est bien passé, on n’est pas prêt de les revoir ces connards de boches ». Pourtant la Ruhr, véritable poumon industriel du IIIe Reich, n’était qu’à un pas. L’Allemagne et son triste Führer, aussi puissant soient-ils, redoutaient la suite des opérations. Les généraux français ont manqué une occasion presque immanquable. C’est souvent ainsi quand la stratégie est guidée par le hasard et la peur. Les Amiènois (On ne vous fait pas l’offense de vous expliquer le parallèle entre les actions militaires et ce match de foot) paieront l’addition. Kounde puis Lerager catapultent de leurs casques à pointe le ballon dans les filets adverses. 2-0 Bordeaux.

3 Minutes pour ne rien rater. Et encore, on vous a mis du rab.


Mission Vélodrome

La seconde période fut d’un ennui prodigieux. Malgré leurs efforts, les Picards ne parviennent pas à se montrer vraiment dangereux. Impitoyablement, Kamano sur un corner dévié par Pablo crucifie Gurtner. Le match est plié, le carottes sont cuites, emballé c’est pesé, bref, on va gagner. C’était sans compter sur notre bon vieux Danois qui d’une jolie passe décisive envoie Mendoza battre Costil en face à face. Kakuta réduit à nouveau la marque au milieu d’une défense moins attentive qu’un amphi un jour de rentrée.

Cinq Buts, quelques occasions et pis c’est tout. Ce match est un trompe l’œil un peu fade, comme ses films de producteur qui collectionnent les têtes d’affiche au détriment de tout le reste. Un match qui n’en fut pas vraiment un, un drôle de match. Mais vous connaissez l’issue de cette guerre de position ? Dimanche prochain, nous irons défier Marseille, résister pour garder notre bâton de bourbotte et notre fierté et porter haut le scapulaire.


Les notes

Costil 3/5
Le Benoit Costil est capable d’arrêter aussi facilement un ballon qu’un Pablo en pleine course. Avec son bandeau taché de sang, sa barbe de trois mois, son regard déterminé, notre gardien semble sortir du dernier remake de Rambo. Pour le suspens, il encaisse en fin de match deux buts. Magistral scénario.

Poundje 2+/5
Maxime peut courir jusqu’à trois marathons par jour, traverser l’atlantique à la nage, franchir l’Everest sans lunette et sans corde. Mais il paie ses efforts physiques en perdant un peu sa lucidité, ratant des gestes simples.

Pablo 3/5
Le problème avec les Brésiliens c’est qu’ils nous réservent toujours des surprises. Alors, on attend fébrilement le moment où Pablo se blessera, glissera comme une truffe, prendra un carton rouge ridicule. On imagine qu’un certain Paul, dont nous tairons volontairement le nom, est bien plus impatient que nous…

Kounde 4/5
Impérial, il rayonne dans l’axe. Il joue comme un vieux, court comme un jeune. La veille du match, Jules plaisantait sur ses qualités supposées d’attaquant. Résultat ? Il ouvre le score et si Kamano avait mieux joué le coup… On met une pièce sur l’édification d’une statue à son effigie en juin 2019 place des Quinconces.

Sabaly 3/5
Nous avons retrouvé Youssouf. Son entente avec Malcom semble renaitre. Notre latéral sénégalais offre même un caviar à Lerager. Alors, certes, il paie parfois ses efforts offensifs, son placement est parfois incertain, mais que ça fait plaisir de le voir retrouver son niveau. A confirmer.

Otavio 2/5
Pas de frappe ridicule, pas de rouge, on perd nos repères. Notre milieu défensif s’est trop peu autorisé des incartades dans le camp picard, peut-être par crainte. Il ne faut pas abuser des rediffusions tardives de « Confessions Intimes ».

Lerager 2/5
Depuis quelques semaines, on retrouve le Danois du début de saison. Bien plus impliqué au pressing et dans la construction du jeu, Lukas a même inscrit le second but du match. Mais il solde son match par une vilaine passe décisive qui relance Amiens comme pour nous rappeler que le mieux est encore fragile.

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Lukas dans ses oeuvres

Meité 2/5
Un peu moins précis, un peu plus brouillon, Meité livre une copie honnête mais sans éclats. Il en garde sous la semelle pour dimanche prochain. Bien vu l’artiste.

Malcom 3/5
Visiblement, Malcom a digéré son transfert avorté. Passeur sur le corner, le Brésilien est très actif dans le jeu. On l’imagine même assez bien dans ce milieu à trois. Ce jeudi, Malcom passera en commission de discipline. On espère qu’il sera autant suspendu et pénalisé que Mariano Diaz.

Braithwaite 2/5
Martin découvre son nouveau stade, Martin s’est coupé les cheveux, Martin manque de rythme, Martin n’est pas manchot avec ses pieds (en série limitée). Choisissez votre livre, François Kamano vous en fera la lecture.

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Sage décision Monsieur Braithwaite

Laborde 2/5
Depuis son retour, Gaëtan apporte le point de fixation qu’il manquait aux offensives bordelaises. Précieux dans ses courses, dans ses déviations et dans son replacement défensif, nous voyons un tout autre Laborde qu’au mois d’août. Il est vivement recommandé à Monsieur Hutteau de le laisser tranquille. Il est sur la bonne voie, mais en aucun cas, il n’est arrivé au bout du chemin.


Ailleurs dans le monde

Lamine Sané écarté, Rolan au bout du banc, Jussie nostalgique, nous retrouvons enfin nos fondamentaux. Et ça fait du bien. Mauro Arambarri continue de prouver qu’il était un vrai joueur de foot. Il sort encore une grosse prestation contre le Barça. Quel dommage de ne pas lui avoir laissé sa chance…

On se retrouve la semaine prochaine pour une académie à quatre mains pour le match au Vélodrome. En attendant, je ne peux que vous conseiller de vous perdre sur le site d’horsjeu.net ou de suivre mes navrantes saillies sur Twuuuuitter.


Kiki Musampala

Élevé en fûts de chêne et mis en bouteille au château .Exilé à Charlestown. Voisin de Rimbaud et de Francis Maroto.

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