Bordeaux-Lille (2-1) : La Scapulaire Académie explore Lille au Trésor

«Une pirogue n’est jamais trop grande pour chavirer.» Demandez aux Lillois pour voir…

La semaine ordinaire d’un Girondin en détresse…

Lundi

On ne se relève pas facilement d’une défaite honteuse dans les Côtes d’Armor. Le café est amer, les tartines trop grillées et le souvenir encore frais du sourire éclatant d’Antoine Kombouaré nous donnent envie de nous replonger sous la couette et de renoncer à nos douces contraintes de merde. Allons ne faisons pas les autistes et avançons enfin courageusement. En cette journée de l’Autisme, l’occasion est trop belle pour enfin éclairer vos lanternes et jeter aux oubliettes cette expression stupide.

Ne vous offusquez pas, ne voyez ici aucune intention de se moquer des neurotypiques ordinaires que vous êtes. Les personnes porteuses d’autisme sont très sensibles au détail. Pour vous donner une image assez simple, vous, simple neurotypique, quand vous allez au restaurant, vous ne faites pas spécialement attention à l’environnement, où sont assis les autres clients. Vous trouvez une place, vous jetez un œil sur le menu, vous vous gaussez du prix indécent du petit côte du Rhône pour finalement jeter votre dévolu sur le menu du jour dont vous ne connaissez pas encore le contenu précisément. Tiens, voilà un collègue, il vous salue de loin. Vous n’auriez pas dû lui sourire. Il s’installe à coté de vous. Votre pause repas prend alors une forme inattendue mais vous vous conformez à cette présence pénible. Vous parlez politique en vous gardant bien d’indiquer tout le mépris que vous ressentez pour Macron et tous ces jeunes cadres dynamiques. Le repas enfin achevé, vous vous étonnez du montant de la note, pas sûr que vous refoutiez les pieds dans ce boui-boui à la con.

La personne porteuse d’autisme rentre dans le même restaurant. Une fois le seuil passé, elle observe chaque détail. Qui est assis, qui se tient la main, qui parle fort. Elle regarde les tableaux, la façon dont les tables sont disposées. Elle peut être gênée par une odeur ou une lumière que vous n’auriez même pas remarqué. De cette somme de détails, la personne porteuse d’autisme va construire sa propre vision du restaurant. Vous seriez surpris de constater à quel point, son regard est sensible, précis et nuancé. Au loin, elle repère une place au milieu de la salle. Elle s’y installe et décrypte la carte. Elle choisira un menu avec des produits connus, sans surprise. Tiens voilà un collègue. Il vous salue franchement, vous détournez le regard. Il vous glisse quelques banalités auxquels vous répondez comme d’habitude en parlant de la météo et des informations passionnantes que vous avez vu ce matin à télévision. Vous quittez le restaurant en ayant préalablement payé une fadette dont vous connaissiez le montant à la virgule prés. Si un jour, vous retournez au restaurant, vous choisirez la même table, le même menu et vous serez attentif à toute rencontre inopinée.

Ils font le même genre de conneries pour le CFC et les journalistes sportifs ? C’est pour un ami hein…

Alors quand on vous assène un « Ne fais pas l’autiste » à la volée, prenez le comme un compliment. Dîtes vous que vous êtes sensible au détail, à la précision des faits, à la précision du verbe. Ce matin, nous espérons tous que Gustavo Poyet soit un poil autiste. De cet œil précis et implacable, il percevra les failles béantes de notre équipe, l’amateurisme d’un milieu de terrain dépassé, de cette attaque arrêtée, sans vie et sans espoir. De ce tableau sinistre, il esquissera peut-être des changements. De son œil d’autiste, il ne fera pas attention aux petites moqueries du quotidien. De son œil d’autiste, il tentera de nouvelles tactiques, consignées dans son cahier à tactiques. Vous vous moquerez probablement de ces petits rituels, de ces petites manies et de ce besoin de toujours préparer l’imprévisible. Pensez à vous, charmants neurotypiques, les angoissés de la nicotine, du journal au café, de vos discussions stéréotypées, de vos listes de courses, de vos guides de voyage. Nous avons nos rituels, notre rythme et notre vision toute autant aseptisé. La seule différence ? Nous nous croyons toujours supérieurs. Allez, ne fais pas ton neurotypique, arrête de te regarder le nombril. Nous ne sommes pas encore sauvés, hop au travail !!!


Mardi

Le mardi c’est permis. Gustavo va venir en conférence de presse et s’écrier que, zut de zut, on ne l’aura pas une nouvelle fois, qu’on va voir ce qu’on va voir, que ça va drôlement rouspéter et que si c’est pas sur, c’est quand même peut être.

Pour l’occasion, une petite chanson :

« D’abord, d’abord, y’a Lerager, lui qui a un gros nez, lui qui ne sait pas vraiment jouer, tellement qu’il boit ou tellement qu’il a bu, qui fait rien de ses deux pieds, lui qui est complètement cuit et qui se prend pour le roi, faut vous dire Monsieur, que chez ces gens là, on ne joue pas Monsieur, on dort » (vous n’êtes pas sans ignorer notre obligation contractuelle de citer Brel).


Mercredi

Après vingt minutes de jeu de ce Liverpool-City, le supporteur bordelais ressent des effets secondaires assez inquiétants. Ne prenez pas ces risques à la légère, laissez sur le canapé, à proximité de main, un vieux Onze Mondial avec Jérôme Gnako en couverture. Si une raideur dans la nuque se fait sentir, zappez sur n’importe quelle chaîne, même sur les ch’tis à Miami (petite publicité très corporate pour le groupe M6).

Un petit Onze Mondial avec Pedros à l’Oème et hop, c’est reparti pour un tour !!!


Jeudi

On y est. Nicolas de Tavernost va rencontrer les salariés, les joueurs, le staff. Sur les places financières, la cause semble acquise. Il ne fait nul doute que le patron vient annoncer, à demi mot, la vente du club, son processus long mais inexorable. A 17h, un communiqué laconique tombe comme une feuille morte dans le but de Costil. Monsieur de Tavernost a tenu à faire part aux joueurs de ses inquiétudes et leur rappeler qu’ils doivent gagner des matchs.

Ça vous paraît con ? Naïf que vous êtes. Si les joueurs perdaient tous les matchs, si les gars s’endormaient pendant les matchs, c’était justement à cause de ça. Ils ne savaient pas qu’ils devaient IMPÉRATIVEMENT (les majuscules augmentent l’efficacité) gagner. On aurait gagné du temps et des points à organiser une petite rencontre avec le patron en début de saison.

« Les gars, on tient à se qualifier contre Videoton, on ne va pas se faire éliminer par une équipe hongroise à la con. »


Vendredi

Histoire de garder le moral, on relit tranquillement l’interview de Sabaly sur le site du club : « Sur ce genre de rencontre, on ne peut pas se permettre de ne pas jouer à 100%. Nous devons rester concentrés sur 90 minutes et ne pas attendre la 70e, pour s’y mettre. » En effet, Youssouf…. Le plus étonnant reste quand même de devoir vous le rappeler. Ça ne va pas spécialement nous rassurer pour le match de demain.

Pis, ce soir, c’est la Ligue 2. J’ai les mains qui picotent, la bouche sèche, les pieds qui puent, je commence sérieusement à m’angoisser. Je ne veux pas descendre…


Samedi

Ahhh petits veinards, nous y voilà enfin, le match des champions des champions toutes catégories peut enfin commencer. Matez un peu le pedigree des challengers. Sur votre gauche, Les terribles Lillois qui n’ont plus gagné un match depuis deux mois, vilipendés, menacés et même frappés par leur public, le club sombre doucement mais sûrement. Le président Lopez, après avoir ruiné l’écurie de F1 « Lotus », peut doubler la mise en coulant le LOSC. Sur votre droite, les Giiirrrronnndinnnns, six matchs sans victoire, près de trois cents minutes sans avoir marqué le moindre but à domicile, une équipe sans âme, un coach plus à même à gérer la circulation sur les quais que d’envisager des changements tactiques…

Le match confirme nos doutes et nos inquiétudes. Benzia passe son temps à protester, Poundjé tue d’une frappe, aussi puissante qu’hasardeuse, un groupe de touristes venu au stade accidentellement (aucune radicalisation d’après les premiers éléments de l’enquête) et enfin Meité offre d’un contrôle à l’américaine le ballon aux Lillois qui en profitent pour ouvrir le score.

Sans le coaching fabuleux de Galtier, nos Girondins ne seraient probablement jamais revenu dans le match. Un centre loupé, une intervention magique de Koffi et Kamano égalise, une perte de balle lamentable, un marquage ridicule et Braithwaite offre à François la balle du 2-1. Lille ne reviendra jamais.

Vous déprimiez à supporter (littéralement) les Girondins ? Imaginez les pauvres Lillois.


Les Notes

Costil 2/5
Il ne peut rien faire sur le but. Il ne peut jamais rien faire sur les buts. C’est justement ce qui nous agace. Il a passé sa deuxième période à réfléchir à sa future destination pour les prochaines vacances. Pas sûr qu’il soit tenté par la place rouge…

Poundje 2/5
Il n’est pas si mauvais quand il ne frappe pas, quand il ne centre pas, quand il ne défend pas, quand il ne dribble pas, quand il ne se déplace pas. Ouaip, le reste du temps, il est même vachement bon.

Superbe débordement « tout en maitrise » de Poundjé

 

Pablo et Kounde 3/5
En cette journée Internationale de la santé, Pablo a pu penser à la sienne et la célébrer sous l’œil complice de l’équipe médicale. Kounde continue de jouer au patron en défense. Il aurait même pu marquer un but, et oui…

Sabaly 2+/5
Il fait une connerie, il le sait. Pourquoi a t’il dirigé cette touche vers les pieds innocents de Meité ? En dehors de ce manque flagrant de lucidité, Youssouf réalise un match complet même si, à l’évidence, il ne parvient pas à retrouver ses automatismes avec Malcom. Mais Sabaly reste le seul latéral crédible de l’effectif…

Plasil 3/5
On se fout de lui, de son grand age, de son déambulateur, de son arthrose. Il donne la fâcheuse impression d’être cramé avant même le début du match. Et pourtant, il était, samedi, le seul milieu de terrain à remonter le ballon proprement, à tenter la profondeur avec la ferme intention de jouer. Alors, oui, on souligne son match et son investissement. Mais c’est assez révélateur de la qualité de  notre effectif.

Meité 1/5 et Lerager 2/5
Finalement Meité remplit plutôt bien sa mission. Il sort quarante-cinq minutes tellement affreuses qu’il sauve presque, en comparaison, le premier acte du danois. Et si on les renvoyait à Zulte ?

On sait enfin pourquoi Poyet n’arrête pas de siffler

Malcom 2/5
Malcom a tout sauf une attitude irréprochable. C’est une évidence. Il se vend au premier venu comme une vulgaire star de télé-réalité, il tente toujours le même dribble comme un joueur de FIFA 2018, il grimace, chougne sans cesse, étale sa vie sur les réseaux sociaux. Ceci étant dit, il est le seul joueur de l’effectif capable de faire la différence, le seul capable d’enchaîner deux dribbles sans perdre le ballon. Alors, on ne comprend pas trop les sifflets en fin de match, mais un joueur ne sera jamais au dessus de l’institution. Jamais. C’est bien de le rappeler quand même.

Kamano 3/5
François a fait son match. On ne va pas non plus s’extasier outre mesure devant sa performance tellement les Lillois nous ont fait de la peine. N’empêche, Kamano a marqué les trois derniers buts à Gallice. C’est assez cocasse.

Braithwaite 2/5
Martine veut rester, Martine veut tirer, Martine veut marquer, Martine veut aller à la Coupe du monde, Martine commence à nous les briser même quand il fait un match correct. Reconnaissez que c’est plutôt mal engagé…


Ailleurs dans le monde…

22 ans après son but contre le Milan AC (on sait bien qu’il n’y a aucune corrélation entre les deux événements, mais ça fait du bien de se rappeler qu’on jouait au football à une certaine époque), Didier Tholot est devenu le quatrième entraîneur de la saison a tenter sa chance à Nancy. Il réussit plutôt bien ses débuts en glanant un point à Bollaert contre le RC Lens de Clément Fantôme.

Hadi Sako a quitté une nouvelle fois la rotation de Leeds United pour rejoindre les gradins. Ses quelques minutes ont pourtant suffit à Magassouba pour le retenir en équipe nationale du Mali. On se félicite pour Hadi mais ça pose aussi quelques questions sur le niveau de la sélection nationale. Sissi D’Almeida reste péniblement sur le banc de Blackpool, la fin de la belle histoire ?

Vous retrouverez la semaine prochaine le délicieux Nausée Savajicl, en attendant, perdez vous sur horsjeu.net et prenez le temps de tailler le bout de gras avec votre serviteur sur twitter.


 

Kiki Musampala

Élevé en fûts de chêne et mis en bouteille au château.Exilé à Charlestown. Voisin de Rimbaud et de Francis Maroto.

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