Nantes–Bordeaux (0-1) : La Scapulaire Académie fait son cirque

« C’est au bout de la vieille corde qu’on tisse la nouvelle » Faudra juste penser à décrocher le pauvre Toulalan…

Le Jour le Plus Long

Le visionnaire Christophe Josse, journaliste sportif chez Bein, a beau nous avoir prévenu après la lamentable défaite contre Caen : « S’il y a défaite, pas sûr que ça ne laisse pas des traces », nous n’étions pas préparés à tant de clairvoyance. Si on oublie la formulation pour le moins alambiquée, il faut rendre grâce à cet éminent spécialiste. On se demandait de quoi il pouvait bien parler ce con. Faut dire que nous ne sommes pas aussi bien renseigné qu’un journaliste. On ne se doutait pas nous, après une élimination dans les deux coupes, un jeu aussi limité qu’une performance d’acteur de Kev Adams et une défense moins solide qu’une maison Mikit, que Jocelyn Gourvennec puisse être en danger.

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Sud Ouest nous apprend que des témoins auraient aperçu Gourvennec faire du stop sur les bords de l’A62

Après l’annonce officielle du licenciement de Gourvennec, Toulalan, en bon capitaine de pédalo qui se respecte, décide de jeter l’éponge, d’abandonner cette embarcation de fortune au beau milieu de la Garonne avec les gosses à l’arrière. Nous nous amusions régulièrement dans cette chronique à présenter Toulalan comme un animateur de colo, comme le sage qui devait encadrer les petits jeunes un peu chiants et insouciants. Finalement, Toulalan a préféré partir sans lutter, sans soutenir son club et ses petits camarades car il était « fatigué du comportement des jeunes joueurs ». Sérieusement ? C’est quoi ce capitaine de pacotille ? Vous imaginez le capitaine d’une armée en campagne abandonner la bataille en raison du comportement enfantin de ses hommes ou ce marin d’un navire en dérive qui préfère piquer un canot de sauvetage pour sauver sa peau, laissant à un chavirage certain ses petits compagnons ? Pour autant, il est hors de question de dédouaner le comportement des Cafu, Malcom ou Otavio hilares après une défaite honteuse à domicile condamnant automatiquement au licenciement leur coach ou l’investissement minimal d’un Vada plus intéressé par « les likes » sur ses photos instagram que par le jeu de son équipe.

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La tronche d’un Bordelais apprenant le départ de Toulalan pour « dépression »

Enfin, malgré nos inquiétudes massives, nous allions enfin connaître le nouveau coach. On aurait du se méfier, la RTBF, Le Soir et même Stephane Pauwels étaient unanimes. Faut avouer que ça commençait mal cette histoire avec Preud’homme. Ses adjoints potentiels se déclaraient tenté par le challenge bordelais et Paganelli cherchait déjà ses prochaines blagues sur les Belges et cet accent si rigolo. Mais la vie de château réserve parfois des surprises. D’un délicat revers de main, Tavernost écarte la candidature du belge. RMC annonce des négociations avec Baup. On se dit que c’est impossible de faire appel à un type qui a pété les coffres du club en partant, et qui vit une paisible retraite sur Bein Sport sortant des banalités sans nom, à chaque fois qu’on lui demande une précision technique. Chaque site sort alors sa petite rumeur improbable, Girard, Antonetti, Slavo Muslin ou Gernot Rohr. Finalement, Eric Bedouet s’occupera de l’équipe jusqu’au lundi matin.


Le Match

La préfecture de Loire Atlantique n’a pas peur du ridicule. On ressort l’argument de l’ordre public, du terrorisme pour empêcher et interdire le déplacement de quelques centaines d’ultras à Nantes. Comment ne pas voir dans cette décision éminemment politique une volonté de tuer dans l’œuf toutes initiatives de supporteurs ? Le football 2.0 peut accepter la vidéo, une « goal line technology » vibrant à la tunique jaune fluo du gardien comme un vulgaire amateur du tour de France, des talk-shows lénifiants surfant sur chaque polémique, l’outrance des avis aussi tranchés que démagogiques de Christophe Dugarry mais…. un déplacement de supporteurs adverses est perçu comme un danger à l’ordre public.

Nous nous déplaçons à Nantes dans ce contexte, sans supporteur, sans entraîneur, et avec la trouille au bide à l’idée de rencontrer Cholet ou Châteauroux la saison prochaine. On nous promettait l’enfer et la Beaujoire remplie et enthousiaste, probablement plus par le classement de l’équipe que par son jeu. Eric Bedouet décide de laisser la même tactique et de changer quelques hommes et une charnière centrale inédite, suite à la suspension de Paul Baysse. L’habituel préparateur physique se permet un seul vrai choix en lançant dans le onze le petit Youssouf (lui aussi était présenté dans l’académie spéciale CFA 2 de l’an dernier, on ne veut pas se lancer des fleurs mais quand même). Au bout de l’ennui, les Girondins remportent le match assez logiquement se créant les meilleurs contres, les plus belles situations et quelques frissons dans les dernières secondes. C’est une timide éclaircie au milieu d’un hiver bien trop rude, bien trop sombre et bien trop sinistre pour nous faire esquisser, ne serait-ce, qu’un petit sourire.

Benoit Costil s’offusque au micro de Canal. Le changement d’entraîneur n’est pour rien dans cette victoire. On comprend facilement cette volonté d’être loyal et fidèle à Gourvennec et à son staff. Pourtant, les faits sont là, implacable. L’équipe a joué ensemble, les joueurs n’ont pas lâché une seconde et même si le jeu dans son ensemble était encore bien fadasse, comment ne pas percevoir la différence avec les dernières semaines ? Comment peut-on oublier le déboulé de Terrier au milieu d’une défense apathique, comment oublier une équipe arrêtée contre des amateurs certes motivés ? Jocelyn Gourvennec n’est, sans aucun doute, pas le seul responsable de cette Bérézina mais le changement devenait vital.


Gustavo Poyet, la radio uruguayenne

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Ca va changer de Gourvennec

 

Quelques secondes après les trois coups de sifflet de l’arbitre, l’information tombe enfin. Gustavo Poyet est le nouvel entraîneur des Girondins de Bordeaux. Tavernost a choisi un sanguin qui doit amener à la fois de la rigueur et du sourire aux joueurs. Vu le profil annoncé, on était à deux doigts de se taper Jean-Marie Bigard. Plus sérieusement,  on imagine la gueule et la déception des rédactions, des journalistes qui avaient déjà préparé la venue de Preud’homme, le retour de Baup ou le rêve accompli de Girard de revenir en Gironde. Mais qui est donc ce Gustavo Poyet ? On connaît le joueur emblématique de Chelsea et de Saragosse, sa technique, son QI Football. L’Uruguayen a l’honneur de remporter la seule coupe européenne plus importante que la coupe des villes de foire mais pas assez pour survivre à la réforme de la Ligue des Champions. Du reste, il reste le seul et premier Uruguayen à avoir remporté cette Coupe deux fois. L’homme est perçu par ses coéquipiers comme un modèle, passionné, investi et toujours inscrit dans le collectif.

Au pays, on le surnomme même très rapidement « Radio » tellement il est intarissable quand il parle football. Avec une telle présentation, Gustavo Poyet se destinait naturellement à une carrière sur le banc. Il commence sa carrière à Brighton. Dans un club de League One (D3) aux finances exsangues, il réalise des miracles réussissant le tour de force de monter en Championship, s’y maintenir et même s’offrir un match de barrage. Si le technicien uruguayen est un passionné, il est aussi doté d’un tempérament fougueux. Après une nouvelle altercation avec le board du club, il claque la porte et se retrouve à Sunderland. Il sauve alors le club d’une relégation promise avant de se faire, une nouvelle fois, renvoyer après des déclarations tendancieuses contre les supporteurs. Sa gestion de l’effectif est sans concession, rigoureuse et implacable. Les Cafu ou Vada vont devoir sérieusement changer d’attitude s’ils ne veulent pas goûter au plaisir de la réserve et du fouet.

Les histoires d’amour finissent mal, mais encore faudrait-il qu’elles puisse commencer. Tel va être l’enjeu de la prise en fonction de Poyet. Avant de redouter ses coups de colères, ses pulsions, il doit redonner confiance à un collectif traumatisé par le départ de Gourvennec et de ses adjoints, abandonné par un pleutre capitaine, et à quelques points d’une effrayante relégation.


Les Dépêches Notes

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Aux dernières nouvelles, Toulalan aurait rejoint le groupe de synthpop (ça ne s’invente pas)

Dépêche Mode revient sur scène pour l’inauguration de la Bordeaux Arena. C’est un vibrant hommage aux Girondins. Après avoir cartonné dans les années 80, le groupe vit des heures sombres la décennie suivante, avec comme paroxysme la tentative de suicide de son emblématique chanteur Dave Gahan en 1996. Entre addiction et dépression, le groupe survit malgré les difficultés avant de connaître un second souffle salvateur dans les années 2000. La Scapulaire Académie en profite pour livrer des notes en forme de « new wawe ».

Costil 3/5
Avec sa barbe d’hipster genré, on pouvait craindre une certaine décompression après l’annonce du gouvernement de renoncer à l’aéroport de Notre Dame des Landes. Ce fut tout le contraire. Attentif, il sauve la victoire à la dernière seconde après un arrêt réflexe (suite à une sortie un peu ratée, il est vrai). Comme tout bon zadiste potentiel, on imagine bien le Ben chanter au coin du feu, de sa voix suave, « World in my Eyes »

Sabaly 2/5
Le Sénégalais a du mal à confirmer sa belle saison de l’an dernier. Devant une attaque nantaise soporifique et inoffensive, Sabaly n’a, malgré tout, pas à rougir de son match. Mais à vaincre sans péril…Pour la peine, pas de chanson !

Kounde et Pablo 4/5 (HDM)
Le premier n’avait connu que la réserve, le second était destiné à servir comme monnaie d’échange durant ce mercato d’hiver, ensemble ils ont composé une défense qui n’a jamais été mise en danger ou en difficulté. C’est le duo le plus improbable depuis les Chevaliers du fiel. On les voit bien écouter « StrangeLove » comme un hommage à leur destin.

Poundjé 3/5
Comme Dépêche Mode, Maxime revient également à la mode, il n’est pas encore disque d’or mais il a une furieuse envie de reprendre « Where’s the revolution ».

Lerager 2+/5
Le Danois a trouvé ses marques dans ce milieu, plus stable et plus athlétique. Il n’est pas le plus rapide, il n’est pas le plus physique, il n’a pas une frappe de balle impressionnante, ni un sens du dribble ébouriffant, mais quand il lève la tête, quand il est impliqué au pressing, il devient un joueur précieux capable de traverser les lignes. Il fait ce qu’on attend de lui. On aurait pu interpréter pour lui « Should be Higher » mais les derniers morceaux du groupe anglais n’ont pas nos faveurs. Un heureux présage ?

Meité 2+/5
Souahilo réalise son meilleur match depuis son arrivée en Gironde, au point de reléguer sur le banc Sankharé qui pourrait fredonner pour l’occasion « Walking in my shoes ».

Youssouf 3/5
« Question of Time » pour le gamin qui était déjà apparu dans le groupe sans jamais vraiment convaincre. Contre Nantes, il a convaincu même les plus sceptiques. Il manque parfois de lucidité mais il le compense largement par son intensité. A revoir et à confirmer…

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Alors Gustavo, ce Youssouf ?

 

Malcom 3/5
On parle de lui en Angleterre, il rêve d’y aller, nous de le garder, il veut s’en aller et nous, on veut tellement le retenir, il en a assez et nous … « Just can’t get enough »

Préville 3/5
Nicolas est profondément marqué par le départ de Gourvennec et de ses adjoints. Il sait qu’il porte une responsabilité réelle dans le naufrage en règle du Breton. Mais le regard médiatique est désormais davantage tourné sur la désertion de Toulalan et les atermoiements de la direction. Il profite de cette accalmie pour faire un match de qualité. Il était donc logique de choisir « Enjoy the Silence » pour Préville qui devait être notre tube estival et qui rêve de revenir dans les charts au printemps.

Laborde 2+/5
Dans son registre, il est précieux. Il sait jouer dos au but, remiser et il n’est pas avare d’efforts. Certes, Gaëtan ne ferait pas la pluie et le beau temps dans une équipe ambitieuse, mais dans notre situation, il rend de sacrés services. « Precious » comme son match.


Ailleurs dans le Monde

Leeds a décidé de changer de logo pour que tout le monde puisse se foutre de leur gueule sur les réseaux sociaux, voilà qui ne devrait malheureusement pas changer grand chose pour Hadi Sacko qui est resté une nouvelle fois sur le Banc.

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Le ridicule peut il tuer ? Nous le saurons bientôt…

On avait un peu oublié Sessi D’almeida, la Scapulaire Académie vous donne de ses nouvelles. L’ancien espoir du centre de formation a rebondi en League One à Blackpool où il a conquis les fans. Le début d’une nouvelle carrière.

Nous savons également que vous vous languissez de connaître le sort promis à Lamine Sané. Le Sénégalais retrouve le banc, le goût de la défaite et les rumeurs de transferts. On a aussi besoin de nos fondamentaux.

Nous nous retrouvons bientôt pour une académie moins émotive, vous retrouverez Nausée pour la prochaine sur les quenelles. En attendant, vous pouvez toujours lire mes navrantes saillies sur Twitter et vous perdre sur horsjeu.net, y’a toujours un truc de chouette à lire.

Kiki Musampala

Élevé en fûts de chêne et mis en bouteille au château.Exilé à Charlestown. Voisin de Rimbaud et de Francis Maroto.

2 Comments

  1. J’ai beaucoup aimé votre petit Youssouf, il s’est habilement placé dans le dos de Lima dès qu’il en avait l’occasion, donc 90 minutes. Par contre le match Malcom c’était presque aussi ridicule que Sean Connery dans Highlander 2.

  2. Je l’ai trouvé intéressant dans le jeu. Il était plus dans l’axe du jeu, moins collé à sa ligne. Après, c’est vrai qu’il peut être très agaçant quand il se croit sur un terrain de Beach.

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