Superacad, ép. 10 : Les doutes. Les tensions. Le sexe.

Résumé des épisodes précédents : Toute à son enquête pour retrouver Superacad, Sophie Taillandier tente de s’infiltrer dans l’équipe de HorsjeuMédia. Avec l’Editeur, un jeu trouble se prépare et occasionne déjà sa première victime : Pieryvandré le chien, sodomisé à mort par notre héros dans un moment de rage.

– Disparu ?

– Ben ouais, me répond Louis Cifert. Le lendemain, on est redescendus à la cave pour le récupérer, et aussi ramasser les morceaux du chien, mais il n’était plus là. Son téléphone ne sonne plus, les e-mails nous sont renvoyés avec un message d’erreur, il n’est plus chez lui. Disparu, quoi.

– Bordel, tout ça parce qu’il a perdu son chien ?

– Tu sais, Pieryvandré, pour le Prof, c’était plus qu’un chien. Il l’avait récupéré tout petit, il l’avait élevé, mais il avait aussi fait pas mal d’expériences avec. Il m’avait expliqué, j’avais pas tout compris mais c’était à base de passerelles neurobiologiques, un truc dans le genre. En gros, son cerveau était connecté à celui du chien, tu vois, l’un voyait ce que l’autre voyait, sentait ce que l’autre reniflait ils pouvaient communiquer par télépathie, tout ça. Il m’avait dit « on fait partie d’un même être », je me souviens. J’imagine que quand tu l’as enculé à mort, Roazh a été bien chamboulé.

– Alors quand le chien était venu me chercher, il était comme piloté par le prof ?

– Voilà.

– Ben merde. J’espère qu’il sait que je n’ai pas fait exprès, hein ?

– Oh, il s’en doute, je pense.

Pour moi, la disparition du Professeur Roazh se double de deux complications toutes personnelles : d’une part, c’est lui qui me fournissait toute la bière dont mon métabolisme de super-héros était avide. D’autre part, je reste persuadé que c’est lui qui détenait les clés de mon histoire ; sans lui, cela va être plus difficile de découvrir d’où je viens et ce que je suis venu faire ici.

– Et en ouvrant son labo, on n’a pas trouvé des indices sur là où il pourrait être ?, demandé-je innocemment.

On peut pas ouvrir son labo. On y est allés, l’Editeur a même essayé d’ouvrir la porte à la hache : rien à faire. Puis de toute façon, à la réflexion, on sait pas trop quoi faire : si ça se trouve il y a des dispositifs de protection qui foutraient le feu, si on force l’entrée.

– Donc toutes les recherches du Prof depuis le début, on s’assied dessus ?

– Tant qu’on n’a pas trouvé un moyen, oui.

– SALUT LES BRANLEURS ! Alors, encore en train de vous toucher au lieu de publier le comité ?

Désormais habitué à ces entrées en scène fracassantes de l’Editeur, je m’étonne tout de même de son air guilleret.

Ah ah, oui, j’ai un deuxième entretien avec la recrue, là, Sophie, me confirme-t-il. Tiens, ben justement la voici.

– Elle ? Mais…

– Cht, ta gueule. T’inquiète. Je gère. Ah, bonjour Sophie ! Je crois que vous connaissez déjà notre rédac’chef Louis Cifert et notre stagiaire, Guy Môquet.

– Oui oui, nous nous sommes déjà vus. Mais vous vous appelez toujours vraiment Guy Môquet ou c’est pour vous foutre de moi ?

Même si je me doutais bien que quelqu’un finirait par tiquer sur la couverture grossière que m’avait prévue le patron, de la part d’une inconnue j’ai déjà connu entrée en matière plus aimable. Autant marquer le territoire tout de suite.

C’est en effet mon nom Madame, et alors ? Vous voulez-voir mes papiers, peut-être ?

– Heu, non, pardon, excusez-moi. C’est juste que ce nom… dans ce lieu, c’était une… une drôle de coïncidence. Mais pardon, j’ai été très grossière, excusez-moi, répéta-t-elle.

Sa gêne ne suffit pas à me la rendre sympathique. J’ai immédiatement reconnu l’autrice des propos qui m’ont poussé à bout l’autre jour, alors que j’étais dans la cave avec le chien. Même si je ne la voyais pas, si je ne l’entendais pas directement, ses paroles footballistiquement hérétiques arrivaient droit à mes super-capteurs. Pourtant, présentement, elle me paraît être une jeune femme plutôt avenante.

Je ne comprends pas cette molle réaction à son contact, alors que mes superpouvoirs devraient déjà m’avoir conduit à empoigner le ficus en pot posé au pied de la fenêtre pour faire subir à la demoiselle des actes que le féminisme réprouve. Je ne comprends pas, et ça m’énerve d’autant plus. Je marmonne quelque chose laissant entendre que l’incident et clos, et laisse l’Editeur l’accompagner à son bureau.

Allez, on vous laisse, lance celui-ci. On va mettre au point les détails pour cette nouvelle rubrique, ça sera un truc au second degré. Totalement au second degré, répète-t-il en me lançant un regard entendu.

***

– Bon alors, Sophie, toujours partante pour une rubrique chez nous ? On dit : un article par semaine, style « la semaine de Sophie », avec style girly bien forcé et ironique à mort ?

– Allez !

Dans un franc sourire, Sophie tendit sa main à l’Editeur, qui topa allègrement. La rareté des femmes dans sa rédaction avait toujours attristé le chef, qui en venait parfois à demander aux académiciens de se travestir pour combler le manque. A l’issue de cet entretien d’embauche à bâtons rompus, qui avait largement excédé la demi-heure prévue, il se surprit à n’avoir quasiment pas fantasmé sur le T-Shirt moulant « Brasil 1970 » de son interlocutrice, signe qu’une véritable complicité intellectuelle s’installait. S’il avait souhaité la revoir pour d’évidentes raisons sexuelles, et aussi pour découvrir ce qu’elle avait derrière la tête en s’imposant chez lui, il était désormais convaincu d’avoir trouvé une recrue de choix.

Taillandier sentit bien que le rictus du grand chef s’était fait moins carnassier, et sut à cela qu’elle avait pénétré ses défenses.

***

Un mois plus tard, à l’heure de présenter son compte rendu régulier auprès de son supérieur, l’infiltrée regretta un instant d’avoir soigné davantage ses chroniques horjeuïennes que ses rapports écrits.

Taillandier, vous êtes toujours avec nous au moins ?

– Plus que jamais, Monsieur le commissaire.

– Bien, et donc, l’enquête, vous en êtes…

– Au point mort, répliqua le lieutenant avec une assurance qui fit froncer les narines à son patron. Elle s’empressa de nuancer son manque de résultats : D’un autre côté, vous noterez que le violeur foot n’a pas fait des siennes depuis que j’ai infiltré Horsjeu Média : j’aime à penser que j’y suis un tout petit peu pour quelque chose.

Mouais… vous avez l’air de vous sentir si bien dans cette équipe, on jurerait que vous y restez pour l’amour de la pige. Ce n’est pas avec ce qu’ils doivent vous payer pourtant. Enfin, j’espère que vous tâchez un tout petit peu de lui tirer les vers du nez, à ce Monsieur Teurbelhomme, hmm ? Entre deux petits restos romantiques et deux visites à sa garçonnière ?

– …

– Ben oui, Taillandier, figurez-vous que j’enquête, moi aussi. J’ai mes petits informateurs. Et laissez-moi vous dire que depuis Mata-Hari, on a inventé un petit truc qui s’appelle la déontologie, figurez-vous. Et coucher avec les suspects, je ne vous apprendrai rien en vous disant que c’est pas très casher sur les bords.

– Au moins je le contrôle, Monsieur le Divisionnaire. Je l’ai à l’œil.

– Vous l’avez à l’œil… quand même, ne vous laissez pas trop mettre ses couilles sur votre nez, ça pourrait vous bloquer la vue.

– Elégant.

– Bon, Taillandier, on va arrêter les conneries. Il y a deux raisons pour lesquelles je vous laisse poursuivre : la première, c’est que toute façon vous êtes placardisée ici, et que tant qu’à être payée à rien foutre je préfère autant que ça soit loin de vos collègues. La seconde, en effet, c’est qu’aucun porteur de crampons ne s’est fait sodomiser depuis plusieurs semaines, et comme vous, je préfère imaginer que vous n’y êtes pas étrangère. Le préfet de police est retourné s’occuper de ses chasses aux Roms au lieu de me coller la pression sur cette affaire, donc je suppose qu’il est content. Mais putain, j’aime pas laisser ça en suspens, et je suis sûr que vous non plus, je vous connais. Va quand même falloir à un moment qu’on comprenne quelque chose à ce qui s’est passé, non ?

– Disons que j’ai des présomptions, mais j’ai du mal à franchir le dernier pas. J’ai un suspect : ce stagiaire nommé Guy Môquet…

– Môquet…, interrompit le divisionnaire en feuilletant un dossier. Non, Fiori n’a rien relevé sur ce nom, après la perquisition.

– Ah bon ? Si on y réfléchit, c’est suspect, non ?

– Comment ça ?

– Un gros bourrin comme Fiori, en flic consciencieux, il a bien dû farfouiller les casiers et les fiches de chaque employé. Quand il a envie de traquer quelqu’un, c’est un morpion. Sachant les énergumènes qui bossent chez HorsJeu, qu’il en existe un à propos duquel il n’a même pas trouvé une contravention pour stationnement illicite, ça m’interpelle.

– Et ce Guy Môquet, vous l’avez un peu travaillé ?

– A peine. Pourtant il a l’air sympa, mais il ne me parle pas ; à chaque fois que je passe dans les locaux, il m’évite. Faut dire que je ne suis pas chez eux à plein temps, non plus : je passe chaque semaine poser ma rubrique, je bois un coup de temps en temps avec eux – Môquet ne vient jamais, d’ailleurs… Pas évident.

– Et l’Editeur, vous n’en tirez rien ? A part des orgasmes, je veux dire.

– Multiples, si vous voulez tout savoir, Monsieur le Divisionnaire. Après, nous ne sommes pas en mode « on ne se lâche plus, on se dit tout ». On collabore professionnellement, on fait l’amour occasionnellement… il n’est pas du genre à lâcher des confidences sur l’oreiller juste parce que je l’ai laissé me prendre en levrette en portant un maillot de Theo Walcott.

– …

– C’est moi qui porte le maillot de Theo Walcott. Je le précise parce que vous avez l’air de bien aimer m’imaginer occupée à la chose. Vous souhaitez qu’on reparle de l’enquête sinon, ou bien je sors vous chercher un rouleau de Sopalin ?

– Hrm… brm… heu… n’oubliez pas que vous parlez à un supérieur, Taillandier.

– On fait quoi, alors ?

– Vous continuez votre infiltration, mais il faut absolument que vous parveniez à être plus présente chez HorsJeu. Entrez en contact ce Môquet, vos intuitions sont souvent bonnes, il faut creuser.

– Eh ben voilà. Prochain point dans deux semaines, comme d’habitude ?

– C’est ça. Bonne chance Taillandier.

Une fois le lieutenant parti, le divisionnaire s’affala dans son fauteuil et dans un grand soupir. Heureusement pour lui, sa lieutenante n’était pas des plus procédurières en cette période de féminisme triomphant. Il allait tout de même lui falloir faire attention avec ses allusions grivoises, songea-t-il ; à encore dix ans de la retraite, ce n’était pas le moment de ruiner sa carrière par un mot de travers. Signe des temps, il pensa à ouvrir une fenêtre de navigation privée pour consulter les favoris qui égayaient habituellement ses micro-pauses.

***

Le ciel de cette fin d’hiver avait fini de feindre la clémence : une pluie fine tout ce qu’il y a de plus parisienne trempait le perron du Cork & Cavan où les fumeurs transis se hâtaient de tirer leur dernière latte. Louis Cifert maudit cette fin d’adolescence qui l’avait vu se mettre à fumer dans le seul but, vain, de rendre un peu plus rauque une voix qui ne se résignait pas à muer. Le petit homme écrasa sa clope et se faufila à l’intérieur. A leur table habituelle, les académiciens en voie d’alcoolisation massive considéraient, hébétés, un anonyme WBA-Manchester United. Sans un regard pour la rencontre dispensable qui meublait cette fin d’après-midi, l’Editeur semblait perdu dans ses pensées.

Louis s’assit aux côtés de son chef, avec un air renfrogné qui ne devait rien à la faible prestation des Diables rouges. Il entreprit de lui régurgiter les ruminations consécutives à sa pause-clope :

On va pas tenir comme ça, Eddy.

– Boh ça va, 0-0 contre WBA, il ne reste plus que 15 minutes à jouer, vous avez des chances de garder le nul quand même. Sois pas si sombre.

– Pas de ça que je parle. C’est la fille, là, on va avoir des problèmes.

– Sophie ? Parce que je couche avec ? Non mais ça va, si on devait menacer de couler le site à chaque fois que je me tape quelqu’un … dis donc, d’ailleurs, je sais pas si tu te souviens, mais toi-même, cette soirée tous les deux où l’on avait tant bu…

– C’est bon, c’est bon, ça je m’en souviens pas et j’ai pas envie de me souvenir. Non, c’est pas ça, mais je la sens pas, Sophie. Elle va nous poser des problèmes.

– Attends, ça va, t’as vu les rubriques qu’elle nous fait ? C’est sympa, non ? Et puis avec tous ces connards qui nous insultent parce qu’ils prennent ça pour du Trombino au 1er degré, on n’a jamais eu autant d’activité sur le site.

– Et ça t’étonne pas qu’elle débarque pour fouiner chez nous juste quelques jours après l’arrivée de Superacad ?

– Fouiner ?

– T’as pas remarqué ? Mais elle te mène par la bite, ma parole. Toujours là à dire « gnagnagna, il est où le stagiaire ? », « il habite vraiment là Guy Môquet ?»… Elle lui tourne autour, pour l’instant j’arrive toujours à les surveiller, mais je serai pas toujours là pour les empêcher de se parler.

– Et alors ? Tu crois quoi, qu’elle est des services secrets ? Faut te détendre, c’est aussi à Superacad de bosser sa couverture, on va pas lui talquer les fesses jusqu’à ses 50 ans.

– Mais putain, t’es inconscient, là, tu nous mets en danger ! Déjà haut perchée de nature, la voix fluette de Louis Cifert virait au suraigu avec l’énervement. Avec n’importe quel autre académicien, l’Editeur aurait mis un terme à la discussion d’une bifle sans appel. Vis-à-vis de son homme de confiance cependant, c’était différent. Bien que l’anxiété congénitale de son rédac’chef commençât à lui courir sérieusement sur le haricot, le patron s’efforça d’adopter une mine un tant soit peu concernée.

Parlons-en, de Superacad, poursuivit Cifert. Qu’est-ce qu’il a fait depuis qu’on l’a mis au Cérébranle ? Rien. Ah, si, il nous a fait perdre le prof après avoir enculé à mort Pieryvandré. A cause de Sophie, soit dit en passant. Joli bilan, vraiment. C’est comme ça que tu vas faire gagner ta connerie d’Alterfoot ? C’est comme ça que tu vas niquer Menesis ?

– On se calme. D’abord, Menesis il est aussi mal en point que nous, donc on va tous commencer par se refaire une santé. On se remettra sur la gueule au moment opportun.

– Quand ?

– Pas maintenant. Parce que justement, Superacad il doit apprendre à se contrôler. Si on veut qu’il soit efficace, il doit être capable de vivre en société sans enculer le premier qui dit un mot de travers. Je me demandais d’ailleurs si on devrait pas commencer à l’emmener au pub avec nous. Peut-être même aux Horsjeuïades.

– Superacad ? A Noirmoutier ? T’es pas sérieux, là. Tu joues avec le feu. Ebranlé, Louis oublia même de s’agacer quand, sur l’écran, West Brom ouvrit le score à la 88e.

– C’est bon, ho, insulte plutôt ton entraîneur et lâche-moi la grap… ho, Sophie, qu’est-ce que tu fais ici ?

Radieux quoique sincèrement surpris, l’Editeur se leva pour accueillir sa collaboratrice. Taillandier portait une tenue de joggeuse standard, legging moule-boule noir et textiles divers empilés pour faire face aux frimas. Un bonnet rehaussait l’ensemble, qu’elle enleva pour libérer son imposante masse de cheveux.

« Oh putain, manquait plus qu’elle », soupira par devers-lui Cifert, voyant les deux s’échanger un furtif bisou de collégien.

Alors les garçons, ça roule ?, lança Sophie en s’installant puis, considérant l’écran : Oh là là, défaite de Manchester ? Déprime pas Louis, ça va finir par démarrer !

– Gneugneugneu, répliqua Louis dont la repartie n’était pas toujours le meilleur atout. Et vous, Mâdâme, que nous vaut le plaisir ?

– Oh ben je faisais mon footing le long du canal et il s’est mis à pleuvoir, connement j’avais rien vu venir. Je me suis dit, autant aller m’abriter au Cork, avec un peu de chance j’y trouverai les copains. Et nous voici.

– Bon ben c’est pas le tout, dit Louis, mais nous on allait justement y aller, le match vient de finir.

A ces mots, les trois académiciens qui comataient en silence à la table voisine s’éveillèrent brusquement. Jimmy Grolyonnet fit résonner son accent du Forez pour se faire le porte-parole de ses camarades.

Beueuearhnon, merde, encore une pinte, non ? Allez les gars, on a le séminaire détox dans deux semaines, de toute façon, autant préparer ça comme il fauhahhahahorps.

L’académicien stéphanois stoppa de justesse un vomi intempestif et s’affala sur la table. S’étant détournée du spectacle, Sophie se risqua à lever une paupière et reprit la conversation.

– Un séminaire détox ? C’est ça, ces Horsjeuïades dont tu m’as parlé ?, se renseigna-t-elle auprès de l’Editeur.

Eh oui ! Dans trois semaines, on part tous faire du team building à Noirmoutier !

– Euh… c’est ma rubrique, les anglicismes à la con, je te rappelle…

– Non mais vraiment, je t’assure ! 0% alcool, 100% randonnées à vélo. On y va, on prend le bon air marin, et on revient les poumons et le foie à neuf pour tout péter une année de plus !

– Bah ça, si je m’attendais. Et je suis invitée aussi, alors ?

– Bien sûr !, s’enthousiasma l’Editeur ! Tous les collaborateurs y seront !

– Tous ? Même Guy Môquet ?

Un blanc se fit dans la conversation. Cifert et l’Editeur échangèrent un regard. Louis s’appliqua à prendre l’air le plus badin possible :

Eh ben, il a l’air de t’intriguer, notre stagiaire ! A chaque fois que tu me vois, tu ne me parles que de lui !

– Boh c’est pas ça, mais le pauvre, il a l’air d’habiter H24 dans votre immeuble, il est tout blafard, il parle à personne. Heureusement que je suis pas de la direction du travail, des fois je penserais que vous le séquestrez. Je veux dire, là où j’ai bossé chez Trombino, quand on fait du team building, comme tu dis Eddy, on n’oublie personne en route. C’est juste que ça m’étonnait.

– Oui mais, heu… hésita l’Editeur… Tu sais, Guy, comme je te l’ai dit, on l’a recueilli dans la rue, c’est un ancien SDF un peu autiste. Faut qu’on fasse gaffe quand on le sort.

– Non mais ça va, Noirmoutier c’est pas la jungle de béton et d’acier non plus, vous avez peur de quoi ? Qu’il agresse sexuellement une lycéenne ? Vous avez au moins un quart de vos académiciens qui ont déjà été condamnés pour ça, alors…

– Dis, Madame la défenseuse des opprimés, s’impatienta Cifert, tu es nouvelle ici alors je te rappelle qu’il y a des procédures que tu ne connais peut-être pas encore.

– Bon, bon, moi ce que j’en dis… enfin, déjà qu’il vient jamais au pub, je m’étonnais qu’on ne le sorte pas, c’est tout…

– Ouais, ben mêle-toi plutôt de ce qui te regarde au lieu de vouloir faire ta loi.

C’est bon, c’est bon, on se détend, intervint l’Editeur. Allez, je vais y aller… ça te dit de venir manger à la maison ce soir, Sophie ?

– Bah attends, je suis trempée, faut que je passe chez moi prendre une douche.

Ok, alors à très vite, Sophie, s’empressa Cifert. Nous on doit rester encore cinq minutes avec Eddy pour discut…

– Ah bah non, Sophie, tu vas pas faire le détour par le 18e, viens, tu prendras ta douche chez moi, coupa l’Editeur en se levant, tandis que son second se prenait la tête dans les mains.

Ah, bon OK, alors. Allez, bisous, Louis… et ne bois pas trop pour oublier cette défaite à West Brom, hein, salua Sophie, recevant en retour un doigt d’honneur à moitié sincère.

***

Les deux amants étaient allongés, en sous-vêtements. Tournant le dos à l’Editeur, Sophie Taillandier faisait rouler ses fesses contre lui pour mieux le sentir la désirer. Pourtant, la manière dont il lui malaxait le sein tenait surtout de la boule anti-stress : aucun doute, sa fougue habituelle laissait place à une inhabituelle contrariété.

Tu es soucieux, Eddy ?

– Je pense à notre Guy.

– Ah ben merci, ça fait plaisir. Tu veux que je nous arrange un plan à trois ?

– Ah ah, t’es conne… Non, c’est ce dont on a parlé tout à l’heure au pub, j’y tiens à ce gosse. Je sais pas trop quoi faire avec lui.

– Ca te tracasse tant que ça, là, maintenant ? Sophie ponctua sa remarque d’une roulade de fesse plus marquée.

Non… non, en effet, convint l’Editeur en l’embrassant. Sa compagne ôta sa bouche de la sienne puis, lui tournant de nouveau le dos, descendit lentement ses lèvres le long de son corps. Parvenue à son boxer-short elle délivra l’animal, qui contredisait l’assertion selon laquelle l’Editeur et Thierry Henry n’avaient rien en commun. Sophie savait que dans quelques instants, ce membre arracherait de ses entrailles des cris de jouissance : l’inéluctable étant en route, il n’y avait rien de mal à le faire précéder d’un instant de douceur. Ses mains se firent alors velours pour prodiguer de délicats va-et-vient. Tout aussi tendres se firent ses lèvres et sa langue, effleurant leur proie pour l’apprivoiser, avant de l’engloutir.

Un soupir de l’Editeur confirma son entrée dans la félicité. Les épais cheveux de son amante retombaient sur son visage affairé, qu’ils masquaient entièrement ; il ne voyait de la scène que ce rideau brun qui montait et descendait pendant que son propre bassin, hors de contrôle, suivait le rythme. Chaque élan qui traversait ses reins lui semblait alléger un peu plus le fardeau des doutes, des tensions et des responsabilités qui faisaient son quotidien : ce soir, l’Editeur déciderait d’être simplement heureux. Il caressa le dos de Sophie, mais elle ne se retourna pas. Sans un regard, suçant et massant toujours, elle se contenta de lui tapoter cette main venue s’égarer au mauvais endroit. L’Editeur saisit le message, et fit glisser ses doigts sur le dos de Sophie, au creux de ses reins, puis contourna ses fesses pour s’immiscer dans sa culotte blanche.

La manière dont le sexe de Sophie se frotta, par réflexe, l’invita à ne plus tergiverser. Trois doigts répondirent à l’invitation, approuvés par un gémissement. Sa compagne prit une forte inspiration, et depuis sa chatte ainsi pénétrée, son corps ondula pour répercuter la vague qui s’emparait d’elle ; au bout du voyage, sa bouche et ses mains se firent plus vigoureuses pour aimer l’Editeur. Laissant échapper un cri, il fit naviguer ses doigts un peu plus vite, et chacun se mit à entraîner l’autre dans ce mouvement perpétuel. Tordue par le plaisir, Sophie mettait un point d’honneur à ne pas abandonner sa tâche et suçait l’éditeur de plus en plus frénétiquement. Lui, proche du paradis, sentit son esprit s’effilocher ; avant de se laisser partir en râles, il rassembla les dernières paroles intelligibles qui lui vinrent à l’idée :

Oh, Sophie… Oh oui… Tu n’as rien vu… Noirmoutier… Oh, Noirmoutier… Nous irons tous à Noirmoutier, mon amour.

***

L’Editeur a-t-il raison de faire confiance à Sophie Taillandier? Et de porter des boxer-shorts ? Superacad va-t-il pouvoir quitter le HorsJeu Building ? Vous le saurez en retrouvant le prochain épisode de Superacad contre Menesis.

Rappel des épisodes précédents : prologue (l’infirmier)ép. 1 (le pub et la vidéo)ép. 2 (les flics et les clowns)ép. 3 (le lieutenant Taillandier et le chien)ép. 4 (Horsjeu Média, l’Editeur, les gnomes numériques) ép. 5 (Les Gnomes, le Cérébranle, le premier combat avec l’Ennemi)ép. 6 (l’institut médico-légal) – ép. 7 (l’interrogatoire et les scientifiques)ép.8 (le flash-back par les agents du nettoiement)ép.9 l’infiltration de Sophie et la tragédie de Pieryvandré.

Gervais Marvel Entertainment, Inc.

Editeurs de Superacad, le premier super-héros du football anal.

7 Comments

  1. Et coucher avec les suspects, je ne vous apprendrez rien en vous disant que c’est pas très casher sur les bords.

    Apprendrez ???

  2. Noirmoutier…. Nan mais des fois, faut vraiment que vous alliez mal…

  3. J’avais pas lu depuis très longtemps un truc aussi excitant que Superacad à Noirmoutier.
    Pascal va morfler.

  4. Le nouveau personnage Jimmy Grolyonnet m’a l’air particulièrement sympatique et alerte. C’est mon nouveau favori, depuis que j’ai appris que Louis Cifert était un peu Nîmois sur les bords.

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