OM-Le Havre (3-0) : La Canebière Académie se donne de l’air
C’est bien aussi, quand il ne se passe rien.

Aïoli les sapiens,
Rendons-nous compte que cette saison, aucun match ne s’est déroulé comme prévu, sans aucune anicroche (à part celui contre le PSG, diront les mauvais esprits). Aussi, quand un promu se présente au Vélodrome et prend son 3-0 sans broncher, nous voici comme Anton Ego retrouvant le goût de la ratatouille. Cette saveur oubliée nous laisse muets d’émerveillement.
Les Longorious Basterds
Lopez
Clauss – Mbemba (Nadir, 88e) – Balerdi – Murillo
Rongier– Ounahi (Kondogbia, 74e)
Ndiaye (Meïté, 88e) – Harit (Vitinha, 79e) – Sarr (Soglo, 88e)
Aubameyang
Renan Lodi est suspendu, ce qui maintient Murillo au poste de titulaire. Forfaits, Gigot et Veretout sont remplacés par Balerdi et Ounahi, tandis que Kondogbia fait son retour sur le banc après une longue blessure.
Le match
Aussi sanguin soit-il, Gattuso a constaté que se ruer sur l’adversaire la bave aux lèvres en faisant « AAAAARGH » n’était pas forcément l’approche idéale d’un match de football. En tout cas pour des joueurs qui ne sont pas Gennaro Gattuso. L’OM entame donc ce match en bon gestionnaire, sur un rythme tout à fait compatible avec l’horaire post-prandial de la rencontre. Comme contre Brighton jeudi, nous assistons à l’observation de deux blocquéquipes peu enclins au pressing tout-terrain, concentrant leurs efforts sur les ballons de transition qui peuvent traîner ça et là.
L’OM quadrille et verrouille, attendant un bon quart d’heure avant de lancer une offensive digne de ce nom : Rongier récupère un ballon haut qu’il transmet à Ndiaye. Inspiré des demis de mêlée filous qui se sont succédé récemment sur la même pelouse, Illiman tente alors un départ au ras qui surprend trois défenseurs, avant un centre élégamment dévié par Sangante dans son propre but (1-0, 18e). Le Havre n’a pas encore eu le temps de se rendre compte que l’OM avait enfin attaqué les choses sérieuses, que nous revoici en train de jouer une transition rapide. Les Havrais ayant déjà grillé tous leurs jokers arbitraux dans le domaine du pétage illicite de contre-attaques, ils sont bien obligés cette fois-ci de laisser partir Harit plein axe. Face à la défense, Amine délivre un amour de passe en profondeur pour Aubameyang, qui conclut d’un piqué en une touche non moins délicieux (2-0, 21e).
Si le scénario ressemble à celui de jeudi, l’OM n’a pas eu à puiser dans ses réserves pour éclater des Havrais bien tendres et naïfs. On saluera ainsi ce gros nounours de Ndiaye (le leur, pas le nôtre), déjà averti pour un authentique placage sur Harit et qui récidive d’un croc-en-jambe sur Sarr magnifique de débilité, sous les yeux de l’arbitre : à compter de la 40e minute, Le Havre joue à dix.
Depuis le début de saison, un tel déroulement de match nous amène à méditer deux options à la pause : allons-nous tout foirer à cause de l’arbitre, d’une malchance surréaliste, ou d’un de ces accès de mongolisme que nous manifestons à intervalles réguliers comme d’autres font des retours de paludisme ?
Eh bien le plus surprenant, dans cette rencontre, c’est qu’absolument rien de tout cela ne vient perturber le déroulement de ce match, qui se poursuit en seconde période dans une sérénité rarement ressentie jusqu’ici. De deux tacles autoritaires, Mbemba et Balerdi stoppent les seules incursions havraises et proclament que le jour n’est pas à la déconne. Même l’occasion manquée par Ndiaye, qui tire de près sur le gardien à la réception d’un centre idéal de Sarr, ne nous insuffle guère de doute. N’insuffle guère de doute aux joueurs, je veux dire, du côté des supporters, bien sûr qu’à ce moment-là chacun s’est écrié « et voilà, mon vier, il a raté le 3-0 à dix minutes de la fin, et maintenant c’est foutu, on va prendre deux buts, les cyprès vont cramer, on va descendre en Ligue 2, ah bah non, tiens, on continue à attaquer ».
L’OM gère le match à sa main, et qui dit « équipe dominatrice » dit « Rongier arrête de faire le fantôme ». En net regain de forme ce dimanche, le Rongieur bénéficie d’une remise de Vitinha pour lancer Aumabeyang en profondeur. Jean-Bite évite la sortie du gardien mais, emporté par son élan, est entraîné vers la sortie de but. C’est alors que notre attaquant a une inspiration géniale, qui consiste en une talonnade en déséquilibre qui recentre la balle pour Sarr, seul au second poteau (3-0, 84e). Ce genre de victoire, c’est comme de la pluie en octobre : ça devrait être normal, mais on a tellement déconné qu’on finit par trouver ça extraordinaire.
Les joueurs
Lopez (3/5) : N’a pas vu un attaquant à moins de deux mètres, et a pu savourer les « oooooh » encourageants mais tout de même un peu vexants du public et des commentateurs lorsqu’il a bloqué un tir au premier poteau.
Clauss (3/5) : Propre, efficace, rien qui dépasse, rein à redire, le gendre idéal en dimanche chez Belle-Maman.
Mbemba (4/5) : De retour au meilleur de sa forme, Chaussette Mbemba a livré un match en pantoufles. [calembour by courtesy of Dromadine, 2023]
Nadir (88e) : Bilal méritait en effet une entrée plus sympa que contre le PSG.
Balerdi (4/5) : Autant, il a trouvé en Gattuso son père de substitution, ce rude mais aimant patriarche prompt au coup de pied au cul autant qu’aux câlins virils, cette figure qui lui manquait pour s’entendre dire « arrête de de branler le cerveau, aie confiance et tacle, et tu seras un homme, mon fils ».
Murillo (3-/5) : Le joueur-mastectomie par excellence : il est là pour la sécurité, pas pour la branlette espagnole.
Rongier (4/5) :Dans un milieu collectivement mieux tenu que sous Marcelino, le Rongieur a pu retrouver ses fameuses projections vers l’avant, dont deux sont à l’origine de nos buts. Point négatif : même lui commence à rigoler de ses frappes avant même d’avoir armé son tir.
Ounahi (3-/5) : Il a signé la feuille de présence.
Kondogbia (74e) : Une entrée bien moellon bien béton pour finir de décourager les Normands.
Ndiaye (3+/5) : Tu nous remets la même en concrétisant tes occasions, et on pourra commencer à envisager des relations basées sur la sympathie.
Meïté (88e) : Pas plus de fausse note que les autres.
Harit (4/5) : Inarrêtable, sauf à user de méthodes de contention certifiées « code de déontologie de la bavure policière ». Une fois les Havrais contraints de le laisser évoluer sous peine de voir tout leur effectif averti au bout d’un quart d’heure, Amine a pu organiser le jeu, percuter et distribuer les caviars à sa guise. Seul inconvénient : ces hautes performances lui valent de nombreux gros plans, qui nous rappelle hélas que Horsjeu n’a pas actualisé depuis longtemps son XI historique des joueurs à mauvaise peau.
Vitinha (79e) : figure sur la photo du troisième but pour sa remise initiale à Rongier.
Sarr (4/5) : Un peu délaissé par ses coéquipiers qui préféraient se faire des mamours côté droit, Ismaïla n’a pas perdu sa journée pour autant : provocations balle au pied, expulsion provoquée, troisième but marqué, c’est pas non plus ce qu’on appelle tenir la chandelle.
Soglo, 88e : Vedette du tout début de saison, c’est bien de constater de Gattuso ne l’oublie pas.
Aubameyang (4/5) : Eh ben voilà quand tu veux, Jean-Bite (ça te dérange pas que je continue à t’appeler Jean-Bite ? Ca a l’air de te réussir). Le petit piqué sans contrôle une main dans le slip, la talonnade géniale venue de nulle part pour le troisième but : si Aubame était en plein doute, ça ne s’est pas trop remarqué.
L’invité zoologique : Arthur Desmas Des Pyrénées
Le desman des Pyrénées est un petit mammifère de la famille des taupes, menacé d’extinction. Si l’on ajoute à ce portrait son surnom de « rat-trompette », il est d’autant plus difficile de prendre cet animal au sérieux, malgré son aspect patrimonial indéniable. Le desman est donc l’invité approprié pour évoquer ce match contre le club doyen, que l’on est d’autant plus enclins à protéger qu’il ne fait chier personne.
- Les autres : des bons gros naïfs, qui nous laissent les piétiner avant de finir par se saborder tout seuls : c’est vraiment le meilleur pour la confiance.
- Le classement :Nous atteignons la trêve à une sixième place, sur laquelle nous n’oserions trop cracher compte tenu des turbulences que nous avons traversées. Tout ce qui peut nous permettre de travailler au moins quinze jours sans psychodrame, on le prend.
- Coming next : profitons bien de ces deux semaines, car au retour nous enchaînerons Nice, Lyon, Lille et Lens, avec une double confrontation contre Athènes au milieu.
- Le replay : fi des académies de victoires trop tranquilles ? Heureusement, l’OM a pensé aux puristes et nous a offert jeudi un match bien bordélique comme on les aime.
- Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Liki Nyh remporte le concours zoologique.
Bises massilianales,
Blaah