Le Havre-OM (1-3) : La Canebière Académie récolte
Il ne peut plus rien nous arriver d’affreux, maintenant.

Aïoli les sapiens,
A l’heure où la Ligain décerne ses trophées, notre choix pour l’entraîneur de l’année sera dicté par les sages préceptes de Louis Nicollin : « Je ne vois pas ce qu’il a de plus. Il a gagné des titres mais il avait de la came. Les grands entraîneurs sont ceux qui gagnent des titres avec des demi-bons. » (ce brave Loulou avait complété sa pensée par des termes qui ne sont plus guère publiables de nos jours, on vous laissera compulser les archives du comité de vigilance médiatique).
Selon cette analyse, comment ne pas tresser des louanges à Roberto De Zerbi, qui valide un podium une journée à l’avance en ayant repris en main un effectif bancal au possible, lesté notamment d’une défense de tanches comme l’on en a rarement aperçu même aux moments les plus sombres de notre histoire. Le plus grand de ses exploits restera d’avoir sur conserver un groupe soudé malgré l’avalanche de buts encaissés tous plus stupidement les uns que les autres, une période d’enculeries arbitrales venues du multivers et notre propre tendance à l’autodestruction matérialisée par quelques claques infâmes. On disait ainsi qu’un OM second du championnat serait une incongruité autant qu’une publicité peu flatteuse pour le niveau de notre championnat. Sans renier cette position, on constatera cependant que nos rivaux n’avaient finalement rien à nous envier en termes d’inconstance et de propension au sabordage. Les naufrages de Nice et Lille lors de cette journée décisive nous montrent ainsi que nous n’avons rien volé.
Vu d’où l’on partait, la satisfaction est donc totale, mais ne doit pas nous faire oublier que 2025 représentera une nouvelle année sans titre. De plus, la nouvelle formule de Ligue des Champions ne permettant pas le reversement en Ligue Europa, nos ambitions européennes de l’an prochain se limiteront sans doute à encaisser l’argent tout en nous faisant poncer le cul semaine après semaine. La situation de l’OM est un peu celle de ces jeux de rôle où, paladin de niveau II dont l’inventaire se limite à un slip en mouflon et un couteau à beurre, tu es obligé de passer un mois à te faire exploser contre le dragon mortel des ténèbres uniquement pour gagner de l’XP.
Dans cette construction à long terme, on saura gré à l’émotif Roberto De Zerbi de ne pas péter un câble en fin de saison et de rester à l’OM au lieu de se retirer dans un monastère à Mallemort, et au duo Longoria-Benatia de mettre à profit les ressources obtenues pour consolider ce qui doit l’être au lieu de rase-board tout l’effectif. Alors nous pourrons enfin nous consacrer à la quête qui nous anime depuis plusieurs années : enchaîner enfin deux putains de saisons correctes.
Les Longorious Basterds
Rulli
Murillo – Balerdi – Cornelius – Garcia (Merlin, 75e)
Højbjerg – Rongier– Rabiot
Greenwood (honte à nous, Ramos, 88e)– Gouiri– Rowe (Luis Henrique, 62e)
Bennacer et Kondogbia blessés, Cornelius fait son retour en défense centrale. Devant, Rowe est préféré à Luis Henrique.
Le match
Le temps qu’Højbjerg se remette de son décalage horaire avec la Normandie (à l’heure d’été, celui-ci n’est pourtant que de 25 ans par rapport aux pays civilisés), et l’OM peut enfin mettre le pied sur la balle. Au bout de dix minutes, un extérieur du pied dimitripayesque de Greenwood (honte à nous) est téléguidé sur la tête de Rabiot, dont la tentative finit sur la barre.
Inattentif, ce même Rabiot voit ensuite sa passe décisive pour Gouiri invalidée à cause d’un bête hors-jeu. Sans infliger une pression démesurée aux Havrais, l’OM monopolise le ballon et se procure des occasions à intervalles réguliers : Greenwood (honte à nous) tente ainsi un premier enroulé de peu hors du cadre, puis un second paré par une RAIE de Gorgelin. Rowe puis Rongier voient ensuite leurs tentavives contrées, avant que Rabiot, lancé par Rowe, ne puisse que tirer sur le gardien en angle fermé.
Comme souvent l’OM atteint la pause sur une impression mitigée : la domination existe, les occasions surviennent, mais notre équipe ne paraît pas réellement se faire violence pour marquer à tout prix ce but si précieux. En revanche, les bonnes nouvelles nous parviennent des autres terrains, où il s’avère qu’à l’exception de Monaco tous nos rivaux font absolument n’importe quoi.
A l’exception d’une faute de gros naïf de Balerdi, la reprise se déroule intégralement dans le camp havrais, où l’OM multiplie les tentatives. Ayant eux-mêmes grand besoin d’une victoire pour leur maintien, les Havrais doivent se contenter d’écoper, contrant nos tirs par des tacles toujours plus déespérer. C’est une passe tranchante d’Højbjerg qui finit par fissurer le bloc normand : lancé en profondeur, Gouiri part ajuster le gardien une main dans le slip (0-1, 56e).
Le temps pour les Olympiens de passer à deux doigts de leur traditionnelle égalisation d’abrutis (une tête juste à côté d’un joueur lâché par Murillo), et l’OM repart de l’avant avec un très bel enroulé de Rowe, de peu hors cadre.
S’ensuit une interruption d’une demi-heure, due à des supporters havrais tenant visiblement à montrer qu’ils peuvent être aussi demeurés que ceux de n’importe quel autre club de Ligue 1. Dans un premier temps, l’élan marseillais ne semble pas brisé, puisque Balerdi manque une occasion de 2-0 sur corner, avant que le nouvel entrant Luis Henrique ne se fasse un petit plaisir perso, hélas hors cadre.
Sur une relance havraise anodine, le pressing olympien se désorganise un tout petit peu. Cela suffit aux Havrais pour lancer leur ailier droit, l’occasion pour nous de constater qu’Ulisses Garcia est comme un vieux smartphone : dès que la batterie descend en-dessous de 40%, il peut s’éteindre à tout moment. Le décalage est fait, que seul une défense de la dernière chance de Murillo pourrait récupérer : peine perdue, l’hippopotacle du panaméen anéantit bien Soumaré, mais sans l’empêcher d’avoir glissé le ballon au fond. A la rigueur, on peut presque s’estimer heureux dans l’affaire d’encaisser une égalisation simple plutôt qu’un pénalty assorti d’une expulsion (1-1, 66e). D’un match géré à sa main, l’OM passe ainsi en slipomètre de niveau urgence écarlate en cinq minutes, surtout quand un tir dévié de Pembélé finit au ras du poteau.
Alors que les matchs sont achevés sur tous les autres terrains, l’enjeu qui s’impose alors aux deux équipes redéfinit la notion de « cul entre deux chaises » : vu ce qu’il y a à gagner ou à perdre, c’est carrément entre Pomègues et Ratonneau qu’on a le tafanari en équilibre. Pour faire simple, alors que le Havre voit se préciser la menace stéphanoise, il se confirme pour nous que Strasbourg, Nice et Lille ont définitivement et conjointement fait de la merde. Pour Le Havre comme pour nous, une victoire représenterait le jackpot absolu, une défaite la promesse de produire des litres d’huile à la dernière journée, et un match nul… eh bien un résultat passable mais frustrant.
Dans ce contexte, il fallait bien pouvoir compter sur un footballeur qui sait prendre ses responsabilitéqs (et vous noterez bien que l’on dit « un footballeur » et pas un « homme »). Dès la réception d’une transversale de Luis Henrique, Mason Greenwood (car c’est de lui qu’il s’agit, honte à nous) se saisit de la balle dans l’intention explicite d’aller visser une sacoche au fond de la mère à Gorgelin. Le temps de se recentrer en laissant ses défenseurs à deux mètres, notre attaquant tient son engagement et expédie une patate estampillée « Champions League » (1-2, 85e).
C’est alors que De Zerbi entreprend un choix dont les conséquences auraient largement pu altérer la tonalité joviale de cette académie. Greenwood (honte à nous) sort au profit de Luiz Felipe Ramos, dans une inédite rétracation gonadique à faire jouir Rudi Garcia. Arrive ce qui doit arriver : sur sa première action, le nouvel entrant couvre le hors-jeu de deux mètres et offre aux Havrais une occasion royale d’égaliser. Lancé face à Rulli, Soumaré échoue sur notre gardien, mais le ballon revient sur Mwanga seul à six mètres de la cage vide. Vide ? Non ! Rompant avec des semaines passées à voir nos défenseurs regarder les actions de but en geignant « maiiiiis-euuuh », Cornelius se lève l’âme et sort un tacle aussi autoritaire que salvateur, le genre de geste que l’on peut considérer, à l’instar du but de Greenwood (honte à nous), comme déterminant pour qui souhaite gagner à haut niveau.
Cela n’empêche pas le temps additionnel de rimer avec « grosse cagarelle » : l’OM ne presse plus du tout au milieu et se contente d’attendre en défense, attitude suicidaire quand on sait ladite défense capable de se faire surprendre en profondeur par Gérard Larcher. Comme d’habitude, les craintes tiennent moins au potentiel de viers marins des Havrais qu’à nos propres limites défensives. La vigilance de Rulli suffit néanmoins à contenir la menace, avant que nos adversaires ne nous fassent la gentillesse d’exloser tout seuls : sur le dernier dégagement de Geronimo, Sanganté degueule la balle sous la pressio de Luis Henrique : à l’affût, Gouiri conclut l’affaire d’un petit extérieur (1-3, 99e).
Les joueurs
Rulli (3+/5) : Son début de match a paru se ressentir de sa cagade lilloise. Mais l’important était de répondre présent dans le « money time », et c’est peu dire que pour Pablo Longoria l’expression portait particulièrement bien son nom.
Murillo (2/5) : Le genre de slip en mouflon évoqué en introduction : ça tient chaud en demi-saison, mais ça risque de faire juste quand l’an prochain il faudra aller tondre la Reine des Neiges en plein blizzard.
Balerdi (3/5) : Ne s’est pas risqué à faire un match d’esthète et a tapé tout ce qui passait à sa portée.
Cornelius (4/5) : Quand soudain, à la 33e journée, l’un de nos défenseurs acquiert enfin la compétence « instinct de survie » lui permettant de s’arracher pour éviter un but. Autant dire que sans son geste de la 90e minute, toutes les pharmacies de la ville passaient la semaine en rupture de stock sur les anxiolytiques.
Garcia (2/5) : L’équivalent de ces fidèles équipiers cyclistes qui se vident les tripes à emmener le peloton à 35 km/h dans la première moitié Ventoux, avant de finir la seconde moitié en rampant dès qu’ils ont pompé tous leurs glucides. Sauf que les cyclistes, ils ont une oreillette pour avertir leur directeur sportif quand ils sont à deux doigts de décéder.
Merlin (75e) : C’est quand même dommage qu’il ait fallu attendre que Garcia soit sur la bande d’arrêt d’urgence avec les warnings et le capot ouvert pour avoir l’idée de le remplacer.
Rongier (3+/5) : Un honnête broyage « grosse mouture » du milieu de terrain havrais, méprisé par les sophistiqués mais qui ravit l’organisme de l’honnête homme.
Højbjerg (4-/5) : Un début de match délicat avant la reprise en main habituelle, à une variante près : au lieu de mettre les mains sur les hanches en disant « bon », il a fixé Sangante en déclarant « Omae wa mou shindeiru ». Le reste, c’est que du classique, ATATATATA, le ballon qui traverse en dispersant des petits bouts de défenseur partout et Gouiri qui part marquer le but, la routine.
Rabiot (3+/5) : Il aura manqué l’efficacité à la finition, mais dans la mesure où ceux qui sont payés pour s’en sont chargés, on n’en voudra pas au Duc de s’être très bien accommodé du basique.
Greenwood (honte à nous, 4/5) : Au cas où l’on n’avait pas encore compris que la réussite dans le football et la morale faisaient mauvais ménage, le nouvel exploit décisif de l’Anglais en aura apporté la meilleure illustration.
Ramos (88e) : Revoyons les images de liesse en fin de rencontre, les fumigènes à Marignane et toutes cette sorte de choses. Revoyons maintenant le choix de De Zerbi de faire entrer Ramos et la manière de défendre d’icelui dès sa première action. Imaginons enfin un univers parallèle où Cornelius n’aurait pas sauvé le but et constatons à quel point le geste défensif du Canadien a proprement SAUVE LE CUL de De Zerbi et Ramos auprès de la presse et des supporters cette semaine. A quoi ça tient, le foot…
Rowe (3/5) : Match mitigé, entre une bonne volonté et une capacité de percussion constantes, et le sentiment finalement que Jonathan aurait pu jouer huit jours d’affilée de la sorte sans produire un geste réellement décisif.
Luis Henrique (62e, 3/5) : A l’inverse de Rowe, il boucle la boucle en revenant aux standards de son début de saison, à savoir une impression de ne rien branler mais d’être présent où il faut et quand il faut pour faire marquer son équipe.
Gouiri (4+/5) : Après plusieurs saisons passées à vouloir être nos jumeaux ratés, les Rennais ont décidé d’être directement nos vassaux, pour eux ça ne change pas grand-chose au classement et c’est plus valorisant. Donc, les gars, merci pour le transfert d’Amine, merci pour avoir fait perdre Nice. Vous serez gentils de rester concentrés et de bien vous laisser uriner dessus samedi prochain pour ne pas gâcher notre fête, après tout ce sera aussi un peu la vôtre.
L’invité zoologique : Lombric Nego
Faisant partie du sous-peuple de l’humus, le lombric est méconnu des créatures plus évoluées mais ne leur est pas moins indispensable. Les éleveurs de volaille le savent bien : il est impossible de bien grandir sans picorer des lombrics, c’est ce que l’on appelle la phase de poules.
- Les autres : J’aime bien les victimes qui savent rester à leur place, maintien ou pas maintien.
- Le classement : Eh bien seul Monaco a gagné parmi nos rivaux, ce qui nous assure de finir soit deuxièmes soit troisièmes. Dans l’histoire, si Nice ou Lille ont eu comme nous leurs moments de lose, on ne peut que tirer notre chapeau pour avoir réussi à se caguer tous les deux en même temps au moment crucial. Saluons également les lyonnais qui, du secteur administratif au secteur sportif, font en cette fin de saison tout le nécessaire pour gagner le droit de jouer d’autres derbys contre Saint-Etienne l’an prochain.
- Coming next : Une seule consigne pour conserver la seconde place : ne pas faire moins bien contre Rennes que les Monégasques à Lens. Plus généralement, il serait de bon ton de battre les Rennais et d’éviter de poser une regrettable crotte de nez sur cette jolie fin de saison.
- Les réseaux : ton dromadaire blatère surFacebook et BlueSky. Didier A. remporte le concours zoologique.
- Le message : L’Etablissement français du sang nous alerte d’une situation relativement moche sur le plan des stocks de produits sanguins, notamment en Provence. Alors si tu le peux, va donc sur http://dondesang.efs.sante.fr t’inscrire pour une collecte de sang, de plasma ou de plaquettes : ça ne coûte rien à part un peu de temps, l’accueil est ultra-sympathique et surtout ça sauve des vies !
Bises massilianales,
Blaah
Bravo !
Lecture toujours aussi réjouissante!
Ne pas oublier Strasbourg qui était aussi au niveau de Lille et de Nice – qu’il s’agisse de la performance du soir ou des points (avant ou, du coup, après le match)!
Et on va croiser les doigts pour enfin avoir un peu de continuité. Si Longoria pouvait taper dans l’enveloppe Champions League pour garder Rabiot, voire Greenwood (c’est pas avec les 50% dûs à Manchester qu’on va faire une plus value terrible et qu’on sera en mesure de recruter un animateur offensif de ce niveau, tout manque de constance qu’il ait), et trouver des copains pour Balerdi, ça serait un bon début.
Merci ! On a apprécié aussi la relance laser de Balerdi pour Højbjerg sur le premier but : adversaires aspirés au pressing et deux lignes cassées d’un coup. C’est beau quand ça marche !