Vitinha et Fábio Vieira, reflet contemporain de ce qui s’avère être, au final, intemporel.

Une fois n’est pas coutume et vu l’actualité de la braderie chez les Dragons, Rémy Martins qui avait participé au podcast nous a traduit son article sur la doublette Vitinha/Viera qui devrait briller en premier League.

Il ne peut y avoir une négation du collectif lorsque l’on parle de football. Il découle de son règlement et sert de pilier pour conceptualiser ce que l’on cherche à mettre en place sur le terrain. Le collectif, le groupe en général, suggère des interactions, des associations. Au sein de celles-ci, les avantages qui proviennent de l’origine socio-affective entre deux joueurs (voire plus) peuvent être mis en exergue.

L’histoire du football l’a toujours démontré et il en existe plusieurs exemples de références explicites :

Pelé et Coutinho, Eusebio et Coluna, Di Stéfano et Puskas, Maldini et Nesta, Messi et Daniel Alves, Ronaldo et Benzema, Xavi et Iniesta, Falcao et Hulk, Cancelo et Bernardo, Kane et Fils, … (nous n’essaierons pas d’être exhaustif).

Pour certains de ces noms, ne faire référence qu’au duo est même réducteur car ils ont bonifié toute personne à qui ils ont pu être associés, mais l’aspect didactique et illustratif des exemples nominatifs me paraît pertinente.

Aujourd’hui, cet héritage continue d’être assumé par des joueurs dont le talent, la sensibilité, l’imagination et la mémoire s’expriment non seulement de manière individuelle mais aussi en partenariat. C’est l’harmonie de talents complémentaires qui jouent et comprennent le jeu de la même manière, malgré leurs caractéristiques différentes, comme si cela était spontané, sans avoir besoin d’être raisonné.

Ici, nous tâcherons de distinguer le duo portugais de Porto qui fait écho à ces références historiques du football mondial qui ont en commun le lien avec les valeurs esthétiques de ce sport : création, pensée et assistance permanente.

Fábio Vieira et Vitinha. Vitinha et Fábio Vieira.

On ne cherche pas à donner naissance à une complicité entre deux joueurs. Celle-ci apparaît d’elle même. Les débuts de l’harmonie footballistique entre Vitor Ferreira, alias Vitinha, et Fábio Vieira (génération 2000) ont eu lieu dès la période formatrice et s’est exacerbée lorsqu’en terme de compétitivité à l’échelle nationale, ils ont atteint le plus haut niveau. Le contexte n’était pas idéal du fait de la défiance endémique, de la plupart des clubs au Portugal, vis à vis des joueurs issus de la formation et illustrée par des arguments qui conduisent à une dualité de critères d’évaluation des joueurs (malhonnêteté intellectuelle) : « manque de maturité » et « trop jeune ».

Cependant, même à l’heure où la subjectivité propre à chacun, lors de l’appréciation de leurs qualités, est de plus en plus méprisée, le talent incontestable, quant à lui, induit l’autosuffisance et ne dépend pas que des statistiques. En fait, le talent ne se mesure pas par les chiffres. Ces derniers doivent être considérés comme un complément d’information et non l’ensemble de celle-ci. Au final, même les plus méfiants ont dû abdiquer de leurs préjugés et leur offrir le protagonisme escompté (bien que celui-ci n’ait pas été aussi important pour les deux). En effet, seul Vitinha a fini par jouer un rôle de prépondérance maximale cette saison. La saison s’est achevée et le duo a, à maintes reprises, mis en lumière des habiletés tactico-techniques de grande qualité.

« Aujourd’hui, on parle beaucoup de physique, de statistiques, de technologie, et la vérité est que l’essentiel est ailleurs. » Jorge Sampaoli.

La différence suggérée par leurs caractéristiques respectives, leurs fonctions et leurs positionnement sur le terrain clarifie encore plus la singularité de cette associations au sein d’un groupe de travail. Cette connexion entre les deux induit une différence de protagonisme qui vise à harmoniser les talents au sein d’une même conception du jeu.

Vitinha est un milieu dit de contrôle, d’association et de patience. C’est le cerveau de la première phase de construction et le responsable de la sélection du circuit préférentiel pour pouvoir progresser, ensemble, dans des zones plus avancées. C’est celui qui rapproche la ligne antérieure de la ligne postérieure et hiérarchise les « hauteurs », en matière de positionnement, de chacun au sein du collectif. Il permet de un accommodement positionnel et permet l’émergence d’un contexte propice à la sécurisation de la possession qui, par conséquent, doit permettre d’éviter de la perdre dans les zones dites « à risque ». En d’autres terme, il met un point d’honneur à effectuer le meilleur départ possible (première phase de construction) afin que la progression et son dénouement en soient favorisés. Il est de ceux qui cherche, de manière permanente, à donner un sens à travers la passe. S’il choisit de latéraliser, c’est pour trouver, a posteriori, la passe verticale qui casse les lignes. Il essaie toujours de servir le joueur qui se trouve dans les meilleures conditions pour donner une suite favorable au déroulement de l’action. Enfin, il montre une grande capacité à lire et interpréter les différents moments d’un match.

Fábio, quant à lui, assume un rôle de diversion dans la première phase de construction. Plus à l’aise en tant qu’axial décalé sur la droite afin de pouvoir rentrer sur son pied fort, il essaie de profiter du contexte inhérent aux fixations qui empêchent le pressing adverse, et il participe constamment afin d’être le joueur libre. Par conséquent, il est protagoniste, comme peu d’autres, dans la zone de définition où celui qui exécute doit être rapide. Et quand je parle de vitesse, il faut bien le comprendre. Ici, on se réfère à la façon dont il parvient à résoudre les problèmes émanant de situations spécifiques, avant les autres, sans perdre en précision (le malentendu à ce sujet est récurrent). Il profite de l’astuce et d’artifices, par les feintes, pour assujettir et subjuguer. Il a la capacité de s’arrêter et de déséquilibrer, par la suite, par le changement de rythme. Au moment de la prise de décision, il exhibe une créativité on ne peut plus évidente, où les sens sont stimulés et où l’instinct le distingue de ses pairs (importance de l’intuition, et de la stimulation du cerveau). Il ne tombe pas dans l’hystérie et la frénésie inhérente à la cohabitation avec la promiscuité propre à la pression adverse. Savoir décider et agir sur ces moments de tension palpable, sans réticence des espaces courts est la grande qualité distinctive des joueurs aux qualités inhabituelles.

Chacun d’eux travaille avec le même objectif : chercher à créer la supériorité dans leurs secteurs respectifs. Ils ne tombent pas dans l’attentisme, pouvant être assimilé à un placement préfixé par un schéma tactique qui limiterait leurs possibilités de mise en valeur de leurs qualités respectives. Ainsi, ils sont maîtres universels de leurs zones respectives et constituent la pierre angulaire de l’interconnexion entre celles-ci. Ils proscrivent l’anarchie et favorisent la connexion du collectif dans son exhaustivité.

De même, ils se bonifient alors que d’autres ont tendance à se neutraliser et finissent par être nuisibles à l’ensemble d’un collectif. Ils donnent ce sentiment de pouvoir se trouver les yeux fermés. « L’esprit amateur » inhérent au « jouer pour le plaisir », qui se reflète dans leur football, rivalise avec la rigidité de la plupart des idées contemporaines liées au football.

En définitive, comme j’ai pu l’écrire sur Twitter, je perçois ce duo Vitinha et Fábio Vieira comme l’antithèse de l’organisation de la société contemporaine où « travail » et « plaisir » sont encore, unanimement, séparés. Au sein d’un football où les aspects athlétiques sont de plus en plus privilégiés, ils incitent au respect du dit « sport roi ». En définitive, nous ne pouvons qu’être reconnaissants à l’égard de ces joueurs suggérant un effet cathartique puisqu’ils permettent non seulement de remplir les stades mais aussi de rivaliser avec le désormais traditionnel « gagner quoi qu’il en coûte ».

Rémy Martins

L’article en VO : ici

Le compte Twitter de Rémy

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