Caen-Nancy (1-0) : La Chardon à Cran Académie en deuil.

Marcel Picon a perdu fougue et illusions, mais a gagné la compassion de certains. Ce n’est pas dit qu’il se mette à aimer qui que ce soit pour autant.

 

Salut tristes ladres,

Eh bien nous y voilà jusqu’au cou. La crise. La déchéance. Le trop-plein de turlute. On a dépassé le stade de la dépression nerveuse pour entrer dans la mort clinique cérébrale. Le choc thermique qui dévide le siphon. La grande aspiration par le vide stellaire qui extrait chaque micron cube de matière du cerveau. Rien qu’on puisse faire : l’ASNL rend con. On se désintéresse de sa vie comme on se détourne de toute prudence quand on voit les commentaires imbéciles pleuvoir sur un enfant qui tweete comme un enfant. Olala je me mouille. Mais je vous encule, tous tas de donneurs de leçon, je suis en catatonie, et personne ne le voit. La Tourette, c’est une maladie, vous savez.

Pour me soigner de la crise, un éminent spécialiste de la défaite (rennais), m’a conseillé de sociabiliser. C’est bien connu : les Bretons sont plus habiles pour se faire des amis, fût-ce au prix d’une cuite à vous en faire oublier le prénom des dits amis, que pour remporter des matchs de foot. Sauf contre nous. N’ayant trouvé d’humains à la hauteur de mon désespoir, j’ai décidé d’explorer le monde animal à la recherche d’un alter-ego facile à étrangler en cas d’incompatibilité d’humeur. J’ai donc domestiqué un rat sauvage, que j’ai appelé Moncef Zerkrat.

Je vous vois venir avec l’ambiguïté malsaine qu’il y a à donner un nom à consonance arabe à un rat, alors pour couper court à toute accusation débile, je le précise pour ceux du fond : je déteste tout et tout le monde, quelle qu’en soit la couleur et l’origine, et aucune des petites valeurs stupides sur lesquelles repose la société occidentale ne trouve grâce à mes yeux. Prénom, visage, couleur de peau, sexe, âge, mignonitude, niveau de vie, etc. : nous sommes tous les enfants de la connerie fondamentale et de la même soupe primordiale constituée à 100% de moisissure. Alors qu’on ne me parle pas de valeurs.

Mon rat a pour l’instant réussi à me dissuader de me suicider : il promène ses petites patte crispées partout sur moi et vient trimballer son museau busqué croquignolet sur le col de ma bouteille de gnôle. Il repart d’un pas dégingandé, comme un petit dandy à quatre pattes, se fracasse gentiment contre une plinthe qui traîne, et va vomir sa pitance dans la discrétion ancestrale des anciens maîtres de la terre. Attentif, je lui fournis gîte et couvert dans mon carton, mais je le laisse quand même chier où il veut, car après tout, chacun a droit à son petit Versailles. Je suis tellement aux petits soins pour Moncef que j’en oublierais presque qu’on a joué à Caen un « match à 6 points ».

LES BONHOMMES.

Pablo n’a toujours pas de moyens, mais continue à avoir des idées.

En cage, la grosse braguette de Sergeï Chernique, mentalement stable malgré les viols successifs qu’il a subis récemment. Il parvient désormais à s’attacher lui-même sa boule dans la bouche derrière la tête avec les gants, ce qui n’est pas un mince exploit.

Pour défendre ce brave soldat de la souffrance, Geoffraie Cuffaut prend place dans le couloir droit, Modou Diagne et Tobias Badila dans l’axe, et Faitout Maouassa dans le couloir gauche dont Vincent Muratori est injustement privé suite à une suspension inique.

Au milieu, le Ped joue en sentinelle, derrière Dialo Guidileye le Guide et Julien Cétout, capitaine prudence de cette équipe aux abois.

En « attaque », Antony Robic fait son retour dans le couloir droit suite à l’opération d’ablation fessière (on lui en enlève 6 kgs de chaque côté) d’Issiar Dia, Loïc Puyo le poulet atomique des favelas d’Orléans fait lui aussi son retour à gauche à gauche à gauche, et le transfuge qatari oui-mais-non Christophe Mandanne occupe l’axe.

Moncef Zerkrat aime bien cette compo, il la trouve à son goût. Il grignote même un bout de feuille de match que j’ai recopiée sur du papier journal, mais je pense que c’est surtout parce que ça sent encore le poisson qu’il a servi à emballer.

LE MATCH.

-5 Les vaillantes troupes du géranal Correa nous apparraissent toutes de blanc vêtues, comme un petit Real Madrid de pacotille. Mais de Roi, il n’y a pas à Nancy : on lui a coupé la tête depuis bien longtemps et on l’a remplacé par un gros Stan qui pointe du doigt la vaillance de ses joueurs, très loin là-haut, où le soleil ne se couche jamais.

-1 Le tifo « Bouffons les » des supporters caenniens est simple mais efficace : aussi inspiré qu’un bandeau de BFMTV, sans les fautes d’orthographe. On leur souhaite, bien sûr, une excellente indigestion.

Réprimera-t-on notre envie de corriger le message en « Bouffons, vous » ?

1 Caengagement.

3 Pedretti prend d’emblée un jaune, histoire de signifier à ses adversaires et coéquipiers quel doit être le niveau d’engagement du match.

7 On se bat à grand coup de rien au milieu de terrain, on dirait une campagne présidentielle. Oui, je compare, tel un analyste footballistique, je m’en fous. J’ai beau ne pas avoir été formé chez TF1, je pense rester humain, quelque part entre le pantalon et les basques.

9 Caen se procure une première grosse occasion grâce à alignement digne de Nasser (pas celui du PSG bande d’incultes) de notre défense. Ça passe de peu à côté.

11 Seul à 11 mètres, Rodelin reprend un centre venu de la droite. Il a tout le temps, grâce au marquage en forme de papier calque de notre défense, mais Chernik est présent pour capter.

13 Mandanne est sifflé pour une faute que l’arbitre est allé chercher dans l’imaginaire de Dino Buzzati. Je jalouse son inventivité. Enculé.

15 Faute d’un Nançois sur le grand et regretté Julien Féret. Mais bon, c’est pour la cause. Faudra quand même qu’on m’explique comment il a pu quitter Nancy (qu’on quitte Rennes, ça je peux le concevoir) pour aller s’enterrer dans un club avec aussi peu de couilles que Caen. Je dois être un ingrat.

18 Pedretti, infidèle à son habitude, salope un coup-franc lointain en pratiquant une transversale peu inspirée, qui est interceptée. Notre équipe, à l’image de son leader technique, respire la confiance.

23 Contre mené gros ventre à terre par Robic, qui trouve le Guide en embuscade aux 16 mètres, pour un tir scélérat. C’est contré en corner, qui ne donne évidemment rien.

24 But pour l’amicale des pêcheurs de cageots de la rade de Caen. Comble de la honte, c’est d’une touche que vient le pion. À la poursuite de Rodelin, Maouassa trébuche sur une motte et se pète la gueule, Diagne prend un grand pont et Chernik un petit pont. Mon rat quitte mes genoux pour aller déféquer dans un coin. 1-0.

31 Féret s’infiltre et transmet à un de ses coéquipiers rayés dans l’axe. Chernik sauve encore les meubles. Et sur le corner qui suit, le sauvetage est encore de Chernik, qui ne va quand même pas pouvoir tenir sa grosse lance à incendie à une main et sortir tout le monde de l’immeuble en flamme de l’autre encore longtemps.

34 Loïc Puyo est un hommage permanent et vivant aux acrobaties du cirque de Pékin. Son refus de jouer dans les pieds en fait un homme de spectacle, malheureusement toujours pas un footballeur…

41 Nancy est tellement inoffensif que quand on fait tourner le ballon en espérant trouver la faille, on dirait que c’est Caen qui le fait tourner.

43 Jaune pour le Guide, qui a rapproché Malebranque du sol dont il ne s’éloigne jamais vraiment. Ce dernier sort, blessé. C’est ballot.

46 854è faute subie par Mandanne, qui paye cher le fait d’avoir joué en Bretagne. Même l’arbitre lui fait payer.

47 Puyo tente une reprise aussi soudaine que travaillée sur un ballon évidemment aérien, mais ce gros mort de Vercoutre la sort.

Mi-temps. Moncef Zerkrat en a déjà assez de ce match, ce qui apaise mon désarroi. C’est presque comme si je me sentais moins seul. Avoir un bon copain…du coup je le serre contre moi, en essayant d’éviter de lui faire une Lennie Small. Et je lui tends une goutte de gin au bout du doigt, qu’il picore goulûment. Il me ressemble de plus en plus. Surtout quand il se fait dessus en titubant.

46 Nancy engage, ce qui démine intégralement les plages du débarquement.

50 Caen essaye de jouer avec les mains. Cela ne passe pas pour l’instant aux yeux de l’arbitre, mais on les sent à court d’idées.

51 Maouassa s’adonne à un tacle de gamin par derrière. On va finir à 8.

56 Les espaces dans l’axe semblent inspirés par les grandes plaines américaines. Gageons qu’avec les cerveaux qui y galopent depuis le début du match, on devrait y trouver du pétrole avant d’y voir un but.

60 Koura l’insipide remplace Antony Grobic.

61 Illustration immédiate de son titre, grâce à cette passe parfaite de Pedretti dans l’axe, sur laquelle Koura (l’insipide, donc), pourtant parfaitement seul, rate son contrôle et rend gentiment le ballon à la défense.

62 Caen n’est plus du tout mais alors plus du tout dangereux. Ils trouvent d’ailleurs le moyen de foutre des têtes faciles à côté, après quoi ils se replient dare-dare en défense, la peur au ventre. Moncef Zerkrat couine des encouragements aux chardons.

64 Cétout imite ses gentils adversaires en plaçant parfaitement sa tête hors de portée de la cage, alors que la grosse gueule béante de Vercoutre ne demandait qu’à encaisser.

66 Delplace prend un jaune accompagné du décompte de l’arbitre pour bien signifier au commentateur qu’il est autorisé à prononcer la locution « pour l’ensemble de son œuvre », ce que nous ne ferons pas.

68 Les Caenniens font des fautes pour passer le temps. Nouveau carton.

70 Le Guide est rappelé sur le banc par Pablo, qui envoie Dia au combat.

72 3è jaune contre Caen en peu de temps, signe que non, ça va, on gère. Cette fois c’est (tête de) Seube, qui a attaqué Pedretti notre ballon de plomb à nous avec une ponceuse, l’infâme. Sur le coup-franc qui suit, Badila tente l’égalisation mais c’est contré, puis sorti par Vercoutre. SORTI PAR VERCOUTRE.

75 Et encore cette pelure intersidérale pour dévier un centre-tir de Cuffaut.

77 Dans un moment d’égarement, Bessat retrouve des réflexes de footballeur, et décoche un missile que Chernik capte à une main (l’autre était de toute façon attachée dans son dos avec une lanière de cuir clouté).

79 Maouassa plaque Rodelin, dans le respect des belles traditions de l’ovalie. Excédé par cette insulte au football, l’arbitre lui adresse un deuxième jaune parfaitement justifié, et lui signifie de rentrer au vestiaire pour reprendre les rudiments depuis le début.

80 Rot de l’Ain tente encore, sur le coup-franc. Chernik s’allonge et lui fait le yeux doux, mais c’est surtout pour sortir la balle. Non, pas de son cul, malsains personnages.

84 Centre de Koura pour la tête de Dia, qui se fait sèchement rudoyer. L’arbitre siffle, mais pas un penalty. Il a donc sifflé un contact rugueux, violent, dangereux sur un de nos joueurs, dans la surface adverse, mais c’était pour le protéger. L’empêcher de faire une connerie au relevé, certainement. Enculé, va.

86 Pablo tente le tout pour le tout puissant, en faisant entrer Youssouf Hadji à la place de Modou Diagne.

Ce n’est pas suivi d’un quelconque effet, car la défaite s’impose à nous une nouvelle fois.

 

LES NOTES.

Chernik 3/5 Un match comme d’habitude sérieux jusque dans le défonçage anal hebdomadaire qu’il subit au contact de ces petits Français férus de soumission et de cravache.

Cuffaut 3/5 Son grand coffre compense sa grande bêtise, et il semble même qu’il acquière un peu de ballon, avec le temps. Non, ce n’est pas une fourgonnette de police.

Diagne 3/5 Minidou est ce genre de joueur agaçant sur lequel il n’y rien à dire, qu’on note au pif et qu’on oublie une fois parti. On lui souhaite un prompt retour de l’autre côté de l’insignifiance, du coup.

Badila 2/5 Difficile adaptation au poste en formation accélérée, mais j’y crois. Si Pablo y croit, j’y crois.

Maouassa 1/5 Ah cette saloperie de « métier qui rentre ». Tu peux montrer de belles promesses avec tes pointes de vitesse dignes de l’ekranoplane, ça n’excusera pas ton tacle de demeuré congénital, petit, ni ton manque de concentration sur le but.

Pedretti 3/5 Même s’il a du mal à démarrer les matchs, il faut qu’il joue, partout et tout le temps.

Cétout 2/5 On a Aït-Bennasser et Marchetti, soit deux mecs dont Julien Cétout n’atteindra jamais le quart de la technique, et on se retrouve avec son sourire niais, sa bonne humeur et ses pertes de balles. Que ne comprends-je pas qui échappe à ma sapience, sa mère la pute ?

Guidileye 2/5 Ses projections vers l’avant ont toujours l’air fripon du camion fou qui arrive devant l’école à la sortie des classes, mais le reste prête moins à rire.

Robic 2/5 Ah pour cacher le ballon derrière sa bedaine et soigner sa note de conservation de balle, il est là. Pour en faire quelque chose avec ses pieds gourds ensuite, il n’ y a plus grand monde.

Puyo 2/5 Fidèle à sa vision toute personnelle et aérienne du foot, il a refusé de jouer le moindre ballon dans les pieds, et n’a fait que tenter des dribbles à base de sombrero et de trivelas. Mais il nous a tout de même fait vibrer avec cette reprise proche de rentrer, si un Vercoutre apprivoisé n’avait pas décidé de jouer le match de sa vie contre nous.

Mandanne 1/5 Une allégorie vivante courant toute penaude sur un terrain de football de l’absence chronique de couille.

REMPLAÇANTS.

Koura NN Rien, mais de type général.

Dia NN Entrée pleine d’envie, comme d’habitude, et de n’importe quoi comme assez souvent.

Hadji NN L’Éternel court toujours, d’autant plus dans le vide en ce moment, mais toujours avec le même entrain. Il est de ceux qui nous font aimer le football, la larme à l’œil, en se disant qu’il le planterait ce putain de but, avec une équipe autour de lui.

NOTE ARTISTIQUE DE L’ÉQUIPE : 2/5.

J’ai posé les yeux sur Moncef Zerkrat à la fin du match. Il dormait paisiblement. J’ai envié cette tranquillité un instant, puis je me suis rappelé que lui ne connaîtrait jamais la joie surplombant toutes les autres de prononcer le nom de Pablo Correa. J’ai séché une larme qui coulait insolemment, et j’ai un peu secoué la bouteille pour en extirper la dernière goutte. Il était peut-être temps d’imiter Moncef.

La nuit fut un long tunnel de souffrance traversé au pas de course par un troupeau emballé de terreurs nocturnes. Je rêvai que chaque mot que j’écrivais contenait une faute d’orthographe tout en devenant un top tweet ; que Jean-Michel Aulas devenait community manager de l’ASNL ; que Jorge Sampaoli me fessait rudement en hurlant avec son accent sud américain JE NE SUIS PAS PABLO. Une boule de haine suppurait dans ma gorge à chaque éveil. Je me suis retourné 858 fois sur ma paillasse en espérant trouver le sommeil, jusqu’à ce qu’une envie subite me commande de tripoter avec les doigts cette molasse pendeloque qui ne me sert habituellement qu’à compisser mes contemporains – sans le moindre succès, bien entendu : j’ai même arrêté, car je n’étais plus sûr de l’effet que je souhaitais produire.

Au milieu de la sombre nuit noire impénétranale, j’ai voulu taquiner un peu Moncef pour tromper l’angoisse existentielle qui m’étranglait. Lui parler du match à venir face à Toulouse, ou des deux autres matchs à domicile qui allaient venir incessamment, et qu’il allait falloir gagner. De l’espoir qui subsistait malgré ce changement d’intensité dans le regard de Pablo depuis quelques temps. Du fait que peut-être, dans ma folie, je devais plus croire en Pablo que lui-même. De mon désir chaque jour plus ardent de lui dire, de lui crier JE CROIS EN TOI MON PETIT CHAUVE. Moncef n’écoutait pas, cet ingrat. Il ne respirait plus depuis quelques temps. Du coup je l’ai bouffé, couilles comprises.

Marcel Picon.

Marcel Picon

Ras le cul de toutes ces conneries.

5 commentaires

  1. Pourriez’ vou me procurer un autographe de Luis Suarez lorsque vous reviendrez de Catatonie ? C’est pour une aventure managérianale.

    JcePC.

  2. C’est poignant. Le désespoir qui transpire de cette académie est si palpable qu’il en deviendrait presque sensible. Courage, camarade. Encore quelques mois et vous pourrez enfin écraser à nouveau la Division 2 ! #JeCroisEnMarcel

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