EA Guingamp-AC Ajaccio (2-2) : la 106 est morte, mais au moins on a vu le Roudourou

Attention, ce compte-rendu est long. Très long.

Ce déplacement à Guingamp a commencé plus tôt que prévu. Avec la situation actuelle et les matchs à huis clos, l’organisation au dernier moment est vivement déconseillée. Mais l’organisation, ce n’est pas mon fort (Nelson). La demande d’accréditation auprès de l’EAG (je suis journaliste) est faite le jeudi, la réponse n’arrive que le vendredi et elle est n’est pas concluante. Non pas que Guingamp refuse, mais un à cause d’un quiproquo. Il m’est demandé une autorisation de la LFP, que je n’ai pas. Et il est trop tard pour la demander. Dimanche, vingt-quatre heures avant le match, dans un geste de désespoir, je tweete. Et cela va faire son petit effet. Grâce à la mobilisation des internautes, l’équipe de communication de l’EAG est mise au courant de ma situation. Le CM de l’EAG me contacte, me dit qu’il va tenter de convaincre son supérieur. Qui m’appelle dans la foulée. Au final, mon accréditation est acceptée, à condition de ne pas filmer. AUCUN PROBLÈME ! Merci à tout le monde !

Mais la joie est de courte durée. Une heure plus tard, je prends ma voiture pour faire ce que j’ai à faire. Le compteur de la 106 affiche environ 80 km/h. Il fait nuit. J’habite à la campagne. Subitement, un sanglier qui me semble immense apparaît devant moi. Il est trop tard pour freiner. Le choc est inévitable. Et violent. Je parviens à maintenir le cap et mon bolide se stoppe au milieu de la route. Le bébé et ma copine, assis derrière, poussent un cri. Mais tout va bien. Personne n’est blessé. Ouf. Je sors de la voiture et je ne peux que constater l’étendue des dégâts. Le pare-choc entier est glissé sous la roue avant-droite. Le radiateur est enfoncé, l’huile moteur a déjà créé une flaque sur le bitume. Les phares sont explosés. Pfiou. Une voiture s’arrête, puis deux. Les automobilistes m’aident à pousser ma 106 sur le bas-côté. Maintenant qu’on est en sécurité, on va voir la bête. La cause de ce malheureux accident. Le sanglier est énorme. Le chasseur qui s’est arrêté m’aider lance : « wow, il fait au moins 100, 120 kg ». Bien sûr, il fallait qu’il traverse à ce moment-là. Pas une seconde plus tôt, ni une seconde plus tard. Maintenant. Pas de chance. Mais j’ai peut-être la raison de ce crash : il y a quelques temps, mon « sent-bon » floqué « Increvable » accroché à mon rétro intérieur s’est cassé. Ma voiture n’était plus protégée. CQFD. (En fait non, c’est juste un coup de malchance énorme).

Je ne vais pas vous raconter ma vie en détails plus longtemps mais mon père est venu tracter la 106, qui est au chaud chez lui. En attente d’un diagnostic. C’est ainsi, percutée par un sanglier, que l’histoire de la 106, mise en circulation en 1994, prend fin. Ou presque. Comme dit sur Twitter, je vais faire de mon mieux pour la faire réparer, dans les limites du raisonnable. J’avais fait un crédit pour remplacer la voiture de Madame : il va falloir acheter une voiture neuve et une nouvelle 106. J’ai eu cette voiture en 2011, après l’obtention de mon permis de conduire. Elle était ma première, et ma seule, voiture. On en a vécu des choses ensemble. Des déplacements. Beaucoup de déplacements. 90% de mes 160 et quelques déplacements ont été faits dans ce véhicule. J’ai fait mes calculs : j’ai passé 1500 heures environ le cul sur le siège rien que pour faire les déplacements pour suivre l’ACA. Ce qui fait 65 jours, soit plus de deux mois. J’ai en mangé des clémentines sur ce siège. J’en ai bu des Red Bull sur ce siège. J’ai écouté des heures et des heures de musique sur ce siège. J’en ai poussé des insultes sur ce siège. J’en ai baisé des meufs sur ce siège. J’ai passé des nuits sur ce siège (même si je l’avais fait changé lors d’un contrôle technique récent, mais vous avez compris l’idée). Bref, je pourrais y passer des heures.

Encore une fois rien que pour mes déplacements, la 106 a parcouru environ 120 000 km, soit trois fois le tour de la planète. Et il fallait qu’elle meure percutée par un cochon poilu putain. Allez, dernier chiffre : je l’ai eu à 104 000 km, elle en a aujourd’hui 353 730. Dans l’urgence, j’ai dû emprunter un autre bolide familial : la C1 de mon père, 308 000 km au compteur, pour pouvoir faire le déplacement à Guingamp.

Le départ se fait lundi midi. Le GPS indique six heures de route et un peu plus de 600 km. Le trajet se fait sans aucun souci. Quelques petites courses au Carrefour de Guingamp et me voici devant le stade. Le très sympathique media manager de l’EAG vient me chercher avec mon accréditation et je prends place dans la tribune de presse. Et putain, le Roudourou : quel stade ! Les sièges aux trois couleurs de l’EAG sont un plus non négligeable, la pelouse est parfaite, la vue impeccable. Personnellement, je suis au bout de la tribune de presse, non loin des observateurs, notamment l’un du Stade Rennais. Place au match.

Pour cette rencontre, Olivier Pantaloni a dû faire sans sa charnière titulaire, Cédric Avinel et Joris Sainati étant suspendus. Dans l’axe, c’est donc les latéraux Kalulu et Diallo. Youssouf est à droite, Huard à gauche. Devant, la paire de 6 est habituelle : Laçi et Coutadeur. Barreto est ailier gauche, Nouri ailier droit. En pointe, on retrouve Moussiti-Oko et Courtet.

Le banc acéiste ? Il est jeune, très jeune. Le plus vieux n’est autre que François-Joseph Sollacaro, 26 ans. Obissa a 20 ans, Marchetti a 23 ans, Mattoir a 20 ans, Elisor a 21 ans, El Idrissy a 21 ans et le petit nouveau Mala Baro, un milieu défensif de la réserve a également 20 ans.

L’ACA est entreprenant en ce début de match. Et même si la possession est guingampaise, ce sont les Acéistes qui se montrent les plus dangereux. À la 9e minute, Moussiti-Oko, visiblement crocheté par Niakaté, s’écroule dans la surface. L’arbitre porte son sifflet à la bouche… mais ne siffle pas !

Du côté acéiste, on voit du mouvement. Moussiti-Oko fait du bon travail dos au but, détournant les ballons de la tête et obtenant des fautes. Quand ce n’est pas lui qui va au charbon, c’est Courtet. À la 16e minute, ce dernier se procure une occasion, à la suite d’une mauvaise relance de la défense bretonne. Mais c’est à côté. Ce n’est que partie remise. Cinq minutes plus tard, Youssouf est magnifiquement lancé dans la profondeur. Il centre, le ballon est repoussé, il revient sur Moussiti-Oko, puis sur Laçi, qui décale sur Nouri aux 7 mètres. Il enroule sa frappe et BUT ! Sur cette action ajaccienne, on a vu du dépassement de fonction, de la projection, de la justesse technique, (de la chance) et du mouvement. Sur l’action, Nouri et Barreto venaient de permuter. Le premier est à la conclusion, le second à l’origine. Youssouf montait pratiquement pour la première fois et Laçi s’est projeté dans la surface. Parfait.

Le match à huis clos permet de tout entendre. C’est d’ailleurs le seul avantage des huis clos. Des « STOP ! », des « MONTE », des « HEY MONSIEUR L’ARBITRE », des « OH LA CHATTE QU’IL A ! », sont lancés. Un brouhaha de consignes que l’on peut entendre en D4 de district. Sauf que là, sur le terrain, les joueurs ne sont pas des peintres et ils ne vont pas s’enfiler des Heineken dégueulasses et chaudes comme la pisse après la douche. Ou avant la douche, pour certains bouchers du dimanche.

La deuxième partie de la première période est plutôt guingampaise. Mais à la pause, le score est bien de 1-0 pour l’ACA, grâce à une efficacité hors du commun : un but en deux tirs cadrés. Cela avait été la même chose à Rodez. Au retour des vestiaires, l’EAG semble plus entreprenant. Et rapidement, Yannick Gomis égalise, poussant au fond des filets une frappe sur le poteau de Rodelin.

Ça me fait chier mais quitte à ce qu’un Guingampais marque, autant que ce soit Gomis : je l’ai à MPG. À la 54e minute, soit cinq minutes après l’égalisation, l’ACA repasse devant au score. Excentré sur la gauche, Mickaël Barreto brosse parfaitement son coup franc qui atterrit sur la tête de Bevic Moussiti-Oko, qui catapulte le ballon dans les buts de Basilio. C’est le premier but de l’ancien Manceau à l’ACA, et j’en suis doublement ravi : je l’ai également à MPG. Bevic Moussiti-Oko est costaud, mais Bevic Moussiti-Oko sait aussi faire des saltos. Outre son but, on aura assisté au meilleur match de Moussiti-Oko sous le maillot acéiste, avec beaucoup de travail dos au but, des fautes obtenues (aucun joueur de Ligue 2 n’avait obtenu autant de fautes – 8 – sur un seul match cette saison), des déviations précieuses. Un gros travail de fond qui est récompensé par un but : espérons que cela lui donne définitivement confiance. Fatigué, il cédera sa place à la 77e minute, perclus de crampes.

Le match est plus ouvert, les équipes laissent plus d’espaces. Et l’ACA retrouve son (beau) jeu qui avait fait des ravages la saison dernière et qui avait valu à Olivier Pantaloni le trophée du meilleur entraîneur du championnat. On retrouve énormément de mouvements offensifs, ce qui nous avait cruellement manqué en début de saison. Tour à tour, Barreto et Nouri se recentrent dans l’axe, Courtet ou Moussiti-Oko se décalant sur un tour, créant ainsi… des décalages intéressants.

Courtet bute sur les pieds de Basilio à la 64e minute et dans la foulée, Nouri voit sa tête passer au dessus. Six minutes plus tard : QUELLE ACTION ! Je ne sais plus ce qu’il s’est passé mais dans mes notes j’ai écrit « QUELLE ACTION », donc je vous l’écrit ici. Plus tard, Vincent Marchetti passera très près du 3-1, puis à la 83e minute, Basilio stoppera deux tentatives ajacciennes avec les pieds. Le commentateur radio guingampais pas loin de moi est en pleine déprime. Mais il explosera de joie un peu plus tard. À la 92e minute, Lloyd Palun égalise de près dans la surface, poussant un ballon de la tête après une remise d’un Breton hors-jeu. Ironie de l’histoire : Lloyd Palun devait signer à l’ACA l’été dernier… On peut regretter nos occasions ratées.

Mais dans l’ensemble, le bilan est bon pour l’ACA. Prendre un point à Guingamp est un résultat plus qu’honorable. Les hommes d’Olivier Pantaloni ont renoué avec du jeu léché, Kalulu a fait un excellent match en défense centrale, le secteur offensif s’est montré remuant et les attaquants ont abattu un travail monstre. Les voyants sont au vert pour l’ACA, qui grimpera vite au classement en montrant un tel visage dans les matchs à venir. L’optimisme est de mise, même si le nul peut être rageant, avec une égalisation dans le temps additionnel… comme la saison dernière.

Qui dit huis clos, dit buvettes fermées. Alors qu’en tribune de presse à Rodez, les journalistes avaient eu droit à une bouteille d’eau, ici, nous n’aurons rien. Mais ce n’est pas grave : le bel accueil de l’équipe de communication de l’EAG me suffit. Merci à eux d’avoir rendu ce déplacement possible ! Pour la bouffe, on se rattrapera plus tard, à 5h du matin, sur une aire d’autoroute. Avant une sieste emmitouflé dans un sac de couchage dans la C1 glacée, j’ai pu déguster un peu d’andouille de Guéméné dans du pain de grande surface à 50 centimes. M’engueulez pas, il n’y avait plus que ça au Carrefour de Guingamp à 19h30. On accompagne ça d’une bière bio bretonne et d’une crêpe pure beurre et le tour est joué.

Je n’allais pas vous laisser sans vous faire le topo sur les chiottes de Roudourou. J’en ai trouvé d’ouvertes après le match, sous la tribune de presse. Le premier défaut ? Il n’y a pas de lumière, mais on peut expliquer cela par le fait que le match devait être à huis clos : inutile d’allumer l’électricité si ton stade n’accueille personne. Les chiottes sont grandes, l’odeur est neutre, les normes sanitaires sont respectées avec de la rubalise installée sur une pissotière sur deux. Il y a du PQ, de l’eau, du savon, des serviettes pour s’essuyer les mains, deux cabines fermées, des galets de désinfection ont été récemment installés dans les pissotières. Deuxième erreur : il y a des toilettes turques. Note : 4/5.

Avant de reprendre la route, certains joueurs de l’ACA m’ont interpellé. Gédéon Kalulu me lancera un « Wesh, bien ou quoi ? », Riad Nouri un « mais qu’est-ce que tu fais là, tu as pu voir le match ? Je croyais que c’était à huis clos » dans un sourire. D’autres demanderont des nouvelles de ma voiture. Ironique, Vincent Marchetti me demandera « comment elle va ta titine ? ».

Le retour se fera tranquillement, avec toutefois une appréhension : chaque forme au bord de la route me faisait penser à un sanglier.

Ces moments de solitude intense, seul dans la voiture au retour de ton déplacement, la nuit… Ces moments où tu débriefes le match dans ta tête, dans une voiture surchauffée, en écoutant la musique que tu aimes, je veux les vivre éternellement. Je ne veux pas qu’ils s’arrêtent (même s’ils ont déjà pris un sacré coup) à cause d’un mec qui a mangé un pangolin. On se retrouve très vite pour de nouvelles aventures. Au volant d’une Peugeot 106 bien connue, on l’espère.

Perfettu

PS : je vais vous raconter le rêve que j’ai fait quelques jours avant mon déplacement à Guingamp. C’est gênant, mais il faut que je l’écrive quelque part pour ne pas oublier. Et puis peu de lecteurs liront mon compte-rendu jusque là, donc je prends peu de risques. Si vous avez lu ce rêve, faites-le moi savoir en commentaires ou sur Twitter, en écrivant « t’es vraiment un malade ».

Alors ce rêve, le voici : j’étais à côté du Stade de France – qui n’était pas vraiment le Stade de France – qui accueillait un match de l’ACA, à huis clos malheureusement. Mais, pour cette rencontre, les supporters du Toulouse FC étaient invités : ils pouvaient voir les 15 premières minutes du match en dégustant un cocktail. J’avais réussi à m’immiscer dans le stade, me mêlant aux Toulousains pour apercevoir une partie de la pelouse (on était placé sous les travées du stade). Après plusieurs minutes, je me retourne et je vois un stadier, un sacré balèze d’Afrique noire : il est à poil, à quatre pattes et il traîne son immense bite (d’au moins un mètre) sur le sol, avec des mouvements répétés. Ses collègues stadiers viennent vite le chercher, mais le mal psychologique est fait pour les supporters présents. De mon côté, je profite de ce branle-bas de combat pour me diriger vers la tribune officielle : je grimpe sur le mur et je rejoins le carré VIP du stade, d’où je peux regarder la fin du match. J’y retrouvais d’ailleurs des collègues d’I Sanguinari. Au coup de sifflet final, j’ai juste le temps de tourner la tête une seconde, je me retourne vers la pelouse et là, le match de foot est devenu… un match de rugby. Fin.

Perfettu Erignacci De l'Aiacciu

4 commentaires

  1. Je ne sais pas ce qu’en pense le Profezeur Zigmonde mais, effectivement, il fallait garder trace d’un rêve pareil.
    En espérant que la 106 sortira vite du coma…

  2. Si chaque joueur du groupe pro de l’ACA lâche 200 balles (pas grand-chose pour eux), y’aurait largement les fonds pour ressusciter la Mythique 106. #JDCJDR #Revive106

  3. J’ai bien aimé l’épisode de la saucisse de Toulouse vers la fin…

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