La Tuicacadémie t’emmène en promenade à Ploiesti

Une belle promenade géographico-footbllistique

De retour d’une dizaine de jours au pays, je rédige enfin l’article que j’avais prévu de composer sur place, en live, mais dont j’ai seulement eu le temps de prendre quelques notes. La faute au rythme de vie dans la campagne roumaine, fait d’aléas et d’imprévus, une bête malade, un ami qui a besoin d’aide et qui prévient à la dernière minute, un problème mécanique sur la vieille Punto, j’en passe et probablement des meilleures. Néanmoins, cette expérience aura été une nouvelle fois très riche à tout point de vue et m’aura permis de rajouter de nouvelles émotions pour définir le terme « relativité ».

A mon retour en France, j’apprends que des amis roumains installés depuis 2 ans dans mon voisinage, un couple avec deux jeunes enfants, vont nous quitter pour l’Allemagne. Après 8 ans en Grèce, 2 ans en France et une nouvelle aventure qui s’annonce outre-rhin, je remarque que le jeune Alexandru, 6 ans à peine, va connaître son troisième pays sans avoir eu l’opportunité de vivre dans le sien. Comme le grand Virgil Gheorghiu, qui aimait répéter que le peuple roumain était un peuple condamné à l’exil, j’ai mis en branle la gamberge, la situation de mes amis me touchant énormément.
Le peuple roumain est un peuple fier, très attaché à sa terre et sa patrie. Mais, l’Histoire le démontre, que ce soit par exemple lors de la seconde guerre mondiale, où les changements rapides de politique ont condamné à l’exil des millions de personnes (juifs pendant la domination allemande, « bourgeois » ou assimilés lors de l’arrivée des soviétiques), ou encore lors de « la période communiste » sous Ceaucescu, qui poussait le peuple, du moins les plus courageux d’entre eux, à fuir le pays en quête d’une vie, si ce n’est meilleure, qui permettait d’entrevoir du bout des doigts la liberté. Sans oublier les précédentes guerres, contre les Austro-Hongrois ou encore les Turcs, qui, malgré une abnégation sans faille, ne réussirent jamais à conquérir le pays.

Pour en revenir à mes amis, leur exil n’est plus vraiment dicté par des raisons politiques, mais par une logique économique, terreur moderne. Ils ne cherchent qu’à travailler pour vivre, tout simplement, mais ces deux dernières années de quasi-esclavage dans notre cher pays (travail difficile dans le bâtiment, sept jours sur sept pour un salaire vraiment dérisoire), les poussent aujourd’hui à chercher un nouvel eldorado. Je suis tristesse.

Trève de bavardage, fermons la parenthèse. Suite au brillant point musical sur le championnat de l’ami Tristan en début de semaine, je vais consacrer ma tribune à Ploiesti et son club phare le Petrolul.

 

Ploiesti, Cât de frumos poate fi un oras urât?

Ploiesti

Comment une ville moche peut-elle être aussi belle ? Cette maxime très populaire à Ploiesti montre tous les paradoxes de cette importante cité, à la fois industrielle et culturelle. Fondée au XVIème siècle, la ville est située dans le département Prahova à une cinquantaine de kilomètres au nord de Bucarest et à même distance au sud de Brasov, ville médiévale des Carpates.
Ploiesti connut d’ailleurs son développement le plus important au XIXème lors de la construction de la route reliant Bucarest à Brasov, en étant une halte très appréciée des divers marchands ambulants.

A Ploiesti, on a des idées, mais aussi du pétrole. D’importants gisements d’or noir ont été découverts au début du XXème siècle dans les environs de la ville et ont été rapidement exploités. Aujourd’hui, le pétrole se fait plus rare. Il subvient à peine à la consommation locale mais les trois grandes raffineries de la ville tournent toujours plein pot. Malgré cet aspect pétrolifère local, le prix de l’essence est, comme partout en Roumanie, très élevé à la pompe. Les mêmes prix qu’en Europe occidentale, pour un salaire moyen quatre fois plus faible.

L’industrie du pétrole est toujours la principale source d’emploi à Ploiesti. D’autres grands groupes ont également implantés des usines dans la zone, mais leur avenir en Roumanie est plutôt incertain (Unilever, British American Tobacco, Coca Cola, Efes Pilsen…etc…)
L’autre aspect qui fait l’atout de Ploiesti, outre ses nombreuses basiliques et son style architectural très « roumain », mélange d’orthodoxie et de communisme, est sa grande richesse culturelle. Celle-ci est principalement axée sur la littérature, célébrant les nombreux poètes et écrivains originaires de la ville : le très respecté Ion Luca Caragiale ou encore le complexe Nichita Stanescu, pour ne citer que les plus connus. Des festivals littéraires sont organisés, de nombreux bouquinistes de plein air proposent des œuvres anciennes à des prix dérisoires et les musées exposent documents et œuvres d’art d’époque.
La ville contient deux autres importants musées, celui du pétrole, bien évidemment, qui retrace toute l’histoire de cette industrie (notamment les bombardements alliés en 1943 qui visaient ce point très stratégique aux mains de l’Allemagne) mais également un superbe musée de l’horlogerie, avec des pièces rares et uniques, le tout commenté par un guide passionné.

Enfin, pour l’anecdote, la ville héberge un des clubs les plus titrés du basket-ball roumain, le CSU Asesoft Ploiesti.

Ploiesti, comme tous les villes roumaines, a énormément évolué ces dix dernières années. Contrairement à la campagne qui a su, par obligation économique et sociale, garder ses aspects traditionnels, les citadins ont adopté tous les standards occidentaux. Néanmoins, il est très agréable de s’y balader, le poids de son histoire et la richesse de sa culture se ressentant presque à chaque coin de rue.

 

Doar Petrolul

FC_Petrolul

Seulement le Petrolul… Comment ne pas évoquer Ploiesti sans y consacrer un chapitre à son club de football, inscrit dans la légende du football roumain.
Je ne vais pas insulter votre intelligence en vous expliquant d’où le club tire son nom. Si vraiment vous vous posez la question, soit vous êtes con comme un manche, soit vous êtes pris en flagrant délit de lecture d’un chapitre sur deux. Le Petrolul, c’est le Qatar du pauvre.

Fondé en 1924 sous le nom de Juventus Bucarest, l’équipe a gardé un surnom datant de cette époque : les loups jaunes. Actuellement, le surnom le plus utilisé pour les joueurs est Gazarii. Ce vieux terme, né lors des débuts de l’activité pétrolière à Ploiesti peut être approximativement traduit par « vendeurs d’essence » ou « vendeurs de produits pétroliers ». Vous avez le droit de vous moquer.

Le club a beaucoup changé de nom durant la première moitié du 20ème siècle, comme il était d’usage durant cette période. Son nom définitif de FC Petrolul Ploiesti a été adopté en 1957. Durant une seule saison, 1992/1993, le club a été simplement appelé FC Ploiesti, car les sociétés pétrolières avaient temporairement arrêté de le financer, pour des raisons de politique à la tête du club.

Le club a remporté 4 titres de champion. Le premier en 1930, sous le nom de Juventus Bucarest, est anecdotique et même parfois oublié dans les historiques du Petrolul. Les 3 suivants, par contre, font toujours la fierté de la ville: 1958, 1959 et 1966.
L’âge d’or du club se situe vraiment entre 1957 et 1967, une décennie qui l’aura vu participer à de nombreuses reprises aux coupes européennes. Malheureusement sans grandes performances notables, excepté un quart de finale de la Coupe des Villes de Foire lors de la saison 1962-1963, où le club fut sorti par Ferencvaros. En 1966, ils sortent avec les honneurs de la coupe des champions face à Liverpool. Après une défaite 0-2 là-bas, les loups jaunes l’emportent 3-1 à domicile, ce qui induira un match d’appui au Heysel à Bruxelles qui se soldera par une nouvelle défaite 0-2. L’exploit était si proche…

Après de longues années de disette, néanmoins ponctuées par une deuxième victoire en coupe en 1995 (après celle de 1963), le club tente de se restructurer au milieu des années 2000, alors qu’il végéte en 2ème division. Les efforts entrepris commencent à porter leurs fruits. Cette saison, sous la houlette de l’ex latéral droit international Cosmin Contra, l’équipe lutte pour les places européennes.
Contra a bien négocié son passage du terrain au banc de touche. Il a construit une équipe solide qui s’appuie avant tout sur un jeu collectif très agréable, avec comme cadres le duo du milieu Mustivar-Boudjemaa, très à l’aise, ainsi que la paire d’attaquants Hamza-Bokila, très prolifiques. Le tout entouré par le jeune international Grozav, talentueux mais immature. Le club ne cracherait pas sur le pognon qu’engendrerait sa vente. Contra a d’ailleurs déclaré: « Grozav partira dans le club qui lâchera les 3 millions de sa clause ».

petrolul-ploiesti-este-prima-semifinalista-a-cupei-romaniei-dupa-2-1-cu-concordia-chiajna-180326Jeremy Bokila et Ovidiu Hoban

Le latéral droit haitien Alcenat a également une très grosse cote. Le président de la LFP roumaine a mouillé son slip la semaine dernière en disant que c’était une perle rare et que s’il signait au Steaua il vaudrait 10 millions d’un coup d’un seul. C’est effectivement un excellent joueur, mais il est difficile de se faire un vrai jugement en seulement 10 matches joués, la plupart contre des équipes de seconde zone.

Un retour en Europe est néanmoins envisageable pour le Petrolul même si la lutte s’annonce serrée. En cas d’échec, les supporteurs craignent un pillage de leurs meilleurs éléments cet été, ce qui risque malheureusement de se produire également en cas de qualification en Europa League.

Enfin, le Petrolul est en demi-finale de Coupe. Il y affrontera en match aller-retour Otelul Galati avant de rencontrer pour une éventuelle finale le vainqueur de CFR Cluj / Astra Giurgiu. L’élimination précoce de l’ogre Steaua a vraiment ouvert le tableau. Tous les espoirs sont donc permis.

 

Mircea Dridea, simbolul

Né en 1937 à Ploiesti, Mircea Dridea était un pur produit du centre de formation du Petrolul, pour lequel il a signé à l’age de 15 ans. Il y fut formé par une autre légende du football roumain, Traian Ionescu, qui, en l’espace de seulement 3 ans, a construit une génération exceptionnelle de footballeurs futurs internationaux.

Dridea débutera en 1ère division en 1956 sous les ordres du mythique Ilie Oana, un des entraineurs roumains les plus respectés, qui a donné son nom au stade actuel du Petrolul. Ce premier match se terminera par une victoire 2-1 sur le terrain du Rapid.
Dridea effectuera l’intégralité de sa carrière au Petrolul, il enchantera pendant 15 saisons les supporteurs bleus et jaunes en permettant à son équipe de remporter les plus grands succès de son histoire : 3 titres de champion (1958, 1959 et 1966) et une coupe (1963).

Attaquant pur-sang, renard des surfaces, ses qualités principales étaient l’intuition, le placement, la puissance et un impressionnant jeu de tête. C’était également un excellent tireur de coups de pieds arrêtés, et surtout un coéquipier exemplaire.
Toutes ses qualités lui ont permis d’être encore aujourd’hui dans le top 10 des buteurs de l’histoire du championnat roumain avec 142 buts.

Parmi ses grands faits d’armes, on peut citer un triplé lors de la finale de coupe 1963 contre Otelul Galati (score final 6-1) et son superbe coup-franc du 3-1 à Ploiesti face à Liverpool .

492x0_Dridea002 Dridea (en blanc), en 1963

Mircea Dridea a porté à 18 reprises le maillot de la sélection nationale (pour 8 buts), dans une période pas vraiment favorable aux joueurs n’évoluant pas à Bucarest.
Lors de sa première sélection, en 1959, sous les ordres du même Ilie Oana qui l’avait fait débuté au Petrolul, il plantera un triplé en amical face à la Pologne (3-2). Il marquera également le 2ème but roumain lors d’une victoire 2-1 au Parc des Princes en 1967, pour la première de Just Fontaine sur le banc francais.
Il mettra un terme à sa carrière internationale en 1967 suite à la déroute en Suisse lors d’un match d’éliminatoires de l’Euro (1-7)
C’est en 1974, trois après sa retraite sportive, qu’il passera de l’autre côté de la barrière en devenant entraineur du Petrolul. Il le restera presque 15 ans, avant de tenter de furtifs essais ailleurs (Braila, Galati et Sportul), mais sans succès. Il intégrera ensuite le pole arbitrage de la fédération.
Aujourd’hui âgé de 86 ans, son nom est considéré à tout jamais comme le symbole du Petrolul, certains affirmant même que Mircea Dridea est un synonyme de Petrolul.

 

Doina, cantecul exilului

Afin de conclure cet article, réouvrons la parenthèse fermée précédemment, en touchant un petit mot à propos des doina, ces chants traditionnels roumains. Ce sont des chansons que l’on murmure seul, a capella ou accompagné d’un instrument, et qui célèbrent la terre et les traditions. Elles symbolisent également de manière très subtile, la mélancolie, le mal du pays. C’est un chant d’exil, lorsque la nostalgie du pays envahit le corps à en perdre tout espoir.
Une légende dit qu’à la fin des années 40, alors que les soviétiques avaient chassé des millions de personnes, on entendait de nombreuses doina dans les forêts des Carpates, des chants d’exilés qui étaient revenus clandestinement afin de contempler au loin une dernière fois leur village, leur terre…

Jean-Nicolae Surdu-Mutu

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8 thoughts on “La Tuicacadémie t’emmène en promenade à Ploiesti

  1. Une question : vous ne parlez pas du derby avec l’Astra Ploiesti. Ce club s’appelle parfois Astra GiurGiu sur certains sites. Vous pouvez nous en dire plus sur l’Astra ? C’est un club de Ploiesti ou pas ?

  2. Pour être honnete, je m’étais rendu compte quelques jours après la publication de l’article que j’avais oublié de glisser un mot sur l’Astra, obnubilé que je suis par le Petrolul. Mea culpa.

    Prochainement est prévue une interview avec un supp’ du Petrolul et je comptais réparer mon erreur à cette occasion là.

    En attendant, pour te répondre rapidement: l’Astra est un club né à Ploiesti dans les années 30 mais il a déménagé à Giurgiu (15-20 bornes au sud de Bucarest) l’année dernière. Ca reste un club « mineur », que ce soit niveau palmarès ou engouement populaire.

    Néanmoins, y’a quelques anecdotes sympas en lien avec le Petrolul, je consacrerai donc un chapitre à l’Astra dans l’article de l’interview (d’ici 1 à 2 semaines probablement)

  3. Ok, super, ils font quand même une belle saison l’Astra, si je me base sur le classement.

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