Montpellier-Nîmes (0-1) : La Crocro Académie donne de l’amour

De l’amour, de la passion, de la sueur. En un mot, du Nîmes Olympique.

La confession

Il y avait plusieurs façons d’aborder ce match, et plusieurs façons d’aborder cette académie. L’alcool ingurgité pour fêter la victoire a nécessité une diète de plusieurs jours, le temps nécessaire pour que votre académicien reprenne ses esprits et remette en route ce qui reste de son foie et de son système digestif. L’euphorie à peine retombée, que dire ?

D’abord, vous confesser une chose. Je n’ai pas vu le match. Je vous jure. En w.e en Normandie chez un pote avec femme et enfant, avec un horaire de match merdique à 13h : autant dire coincé dans un monde hostile, avec une possibilité de visionnage serein voisine de zéro. Un derby, ça se regarde intensément, vous en conviendrez. L’état de nerfs dans lequel je me trouvais la matin couplé à la perspective de devoir regarder le match en loucedé ou en suivant les notifications L’Equipe, vous imaginez le tableau. Je décidai alors que ça suffisait, que je n’allais pas subir outre mesure, et que j’allais me faire violence, pour sauvegarder ma santé mentale autant que ma respectabilité sociale et ma vie familiale, et acceptai la proposition de mon pote d’aller taper la balle en vrai à partir de 13h. C’est donc par la pensée que je soutenais mes gars des Costières dans leur quête de la suprématie régionale. Arrivé sur le terrain froid et humide de Normandie qui devait accueillir ma frustration passagère, premier signe du destin : l’un des gars conviés au match de l’aprem ressemblait à s’y méprendre à Jérôme Arpinon. Deuxième signe : je démarrais par un but, chanceux et esthétiquement atroce, mais peu importe, un derby ça se gagne. Le résultat me tomba dessus par texto, alors que je crachais mes poumons dans l’herbe. Texto d’une concision cinglante envoyé par un pote supporter du MHSC (car oui j’en ai un, il en faut toujours, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes, comme disait l’autre) : « Une purge qui finit comme ça, merci bien. » J’en demandais plus avant de me lâcher sur le chambrage, pour enfin recevoir la confirmation tant attendue : « 0-1 pour Nîmes, but à la 85e ». Le ciel normand se souviendra sans doute longtemps des hurlements de joie de votre académicien.

Quand vint le soir, je célébrai la victoire au pastis, partagé entre la tristesse de ne pas pouvoir me rendre à la Bastide pour faire la bringue et la douce euphorie de penser au NO si loin de chez moi, sous la pluie, dans une ville où personne n’était capable de dire qui était Renaud Ripart. Afin de renforcer l’euphorie, j’ai renforcé la consommation de pastis, et la suite se perd un peu dans un souvenir flou.

Le plaisir

Que dire ensuite ? Beaucoup, en réalité. Loin de moi l’idée de vous abreuver de sarcasmes, moqueries ou insultes en pagaille, après tout il ne s’agit que d’une victoire à l’arrache dans un match de foot assez tristounet, disputé dans une Mosson vide. Mais tout de même. Cette victoire, c’est d’abord le vrai retour de Nîmes en Ligue 1. Les défaites à Montpellier les années précédentes nous avaient fait mal : la première était une vraie branlée, la deuxième une petite défaite pas forcément méritée. Dans les deux cas, le spectre du complexe d’infériorité nous guettait, attisé par les remarques toujours tout en nuance des Pailladins, toujours enclins à se voir infiniment plus beaux qu’ils ne sont. Je sais qu’il s’agit là d’un reproche qu’ils nous renvoient souvent. Peut-être s’agit-il d’une tendance languedocienne communément partagée, pourquoi pas. Entre les deux, il y avait certes eu ce match aux Costières et ce but de Landre, mais le plaisir nous avait été confisqué par l’égalisation de cette immense tête de bite d’Andy l’Algérien. La Covid nous a ensuite privés du match retour au printemps dernier, alors que les Costières n’attendaient que ça… Il nous a fallu être patients. T’inquiète que la patience, on connaît.

Parlons un peu de plaisir. Un plaisir qui se traduit par un retour de karma mérité. On mangeait notre pain noir depuis un certain temps, il fallait bien que la chance tourne à un moment. Le karma aura pris avec ce match le visage de Téji Savanier, prostré à la fin du match dans son immonde liquette rose.

D’une certaine façon, cette victoire est aussi une façon d’enfin évacuer la tristesse occasionnée par son départ chez le grand rival, car elle prouve que le NO n’est et ne sera jamais le club d’un seul joueur, que l’institution demeurera malgré les départs des uns et des autres.

Parlons ensuite de justice. Justice qu’on puisse un peu chambrer nos voisins du 34, qui ont eu de belles années pour nous mettre le nez dans notre caca. Revenons au passage sur quelques contre-vérités énoncées ces derniers jours par les commentateurs abrutis qui ont répété à l’envie que le NO n’avait plus gagné un derby depuis 1992, ou je ne sais quelle connerie, oubliant au passage les derbys disputés en ligue 2 en 2008-2009, le nul ramené de la Mosson et la victoire aux Costières avec les buts de Jonathan Ayité et Jean-Jacques Mandrichi. Le lobby pailladin tente de faire oublier ses années de galère, mais après tout, on s’en tape. En tout cas, on s’en tape maintenant.

Parlons encore d’amour. Amour pour ce club, amour éternel  pour son histoire bancale et ses errements, pour son amateurisme légendaire qui nous a tant tapé sur les nerfs. Au sortir du mercato qui s’annonce certainement comme le meilleur de l’histoire du club, avec une structure qui commence enfin à ressembler à quelque chose de professionnel, même s’il faut attendre avant de hurler au génie et de mettre une statue de Reda Hammache à côté de celle de Nimeño II.

Alors, sans plus tarder, rendons hommage à nos héros d’un jour.  

Les bogosses

Etant donné l’absence de visionnage explicité plus haut, je ne vais pas m’abaisser à donner des notes artificielles à nos héros. L’ensemble des artistes de cette performance se verront donc attribuer la note de 30/5, symbole d’une fierté gardoise retrouvée.

30/5 pour Baptiste Reynet, qui, malgré sa calvitie naissante, commence à gagner en présence virile dans nos buts jusqu’à nous faire progressivement oublier Paulo ;

30/5 pour notre charnière 100% pur bœuf composée d’Anthony Briançon et Loïck Landre, qui se sont partagés les carcasses encore fumantes de Laborde et Delort, avec mention spéciale à notre capitaine qui aura su faire oublier ses déclarations un peu mollassonnes d’avant-match ;

30/5 pour nos latéraux véloces et stylés Birger Meling et Patrick Burner, a.k.a « le nazi et le couillu », montrant chacun dans leur style tout le bien qu’on peut penser des Scandinaves travailleurs et des grands blacks costauds, et qui ont abattu un immense travail de harcèlement et de pressing ;

30/5 pour notre immense bel homme d’Amérique du Sud, le technique et puissant Andrès Adrian Cubas, « El Grande Cubitas de la Concha de tu Madre », qui a mis Savanier dans la poche arrière de son slip et a donné le tempo du combat de l’après-midi, récupérant les ballons les plus merdiques pour en faire du miel argentin ;

30/5 pour notre paire de relayeurs composée de Lucas Deaux et Lamine Fomba, qui ont fait oublier leurs errements en se mettant minable au pressing, en contrant les ballons chauds et en lançant les contre-attaques, mention spéciale à la géniale talonnade de notre hipster local sur l’action du but ;

30/5 pour notre ailier droit made in Algeria Zinedine Ferhat, qui a su se mettre au diapason défensif tout en étant suffisamment disponible pour faire peser une menace constante ;

30/5 pour notre jeunot Kevin Denkey, toujours là, en progression notable, qui a joué le rôle de premier harceleur et a largement abattu sa part, malgré une partie frustrante ;

Et 30/5 pour son remplaçant Nolan Roux, juste parce qu’il était là ;

Et enfin et surtout 30/5 pour le grand, l’immense, le colossal Renaud Ripart, capable de jouer latéral, ailier, faux ou vrai 9 et même gardien s’il le fallait, capable de donner son corps à la science pour le NO, capable de courir trois marathons et d’encore aller s’arracher pour planter le but de la gagne sous le nez d’Omlin et Pedro Mendes avant d’aller faire le torero sous la banderole des Armata. Renaud Ripartinho des Costières, notre chèvre locale devenue berger, le berger devenu légende. On t’aime.  

On revient pour la réception du PSG, mais on s’en fout, on a déjà réussi notre saison. La bise à Téji et ALLEZ ROUGES !!!!

Karoud Fider

3 commentaires

  1. Cette photo de Ripart à la fin de l’article, je la veux en 4×3 dans mon salon même si ça déborde sur le plafond et le sol, je la veux imprimée sur mes draps, sur mes rideaux et sur mes serviettes de toilette, je la veux projetée tous les soirs sur chaque monument nîmois jusqu’à la fin des temps.

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