NÎMES – METZ (0 – 1) : LA METZ QUE UN CLUB ACADÉMIE DONNE SON 10e COURS (Saison 3).

Tous les étudiants de l’amphithéâtre Carlo MOLINARI se tournèrent vers le projecteur qui venait de s’allumer :

– Je commence le cours tout de suite, alors on la ferme, on regarde le mur et pour la première de l’année, j’ai décidé d’intituler ce cours : « Metz – Nîmes : Epilogue de la désillusion du 18 mai 1952 ».


– Qui peut me dire qui est ce grand homme ? Méfiez-vous des réponses débiles, au cas où vous ne le savez pas encore, ma patience est faible et mes punitions violentes.

La main de Gauthier s’éleva :

Michel Sardou, Monsieur ?

Le professeur LeGrasAuLly se projeta immédiatement les deux poings en avant vers le visage de Gauthier. Une fois l’élève couché au sol, il reprit :

– Ce que vous admirez là n’est autre que le visage de Tadeusz (Thadée) Cisowski. Grand joueur de l’équipe de France dans les années 50, et tout aussi grand pendant les cinq années où il porta le maillot grenat. Entre 1947 et 1952, il inscrivit 74 buts toutes compétitions au cours de 127 matchs. A noter qu’il a à son palmarès le record de triplés inscrits en première division française ainsi que d’être le dernier joueur à avoir inscrit 5 buts en équipe de France lors du même match. Cela vous laisse imaginer la paire de couilles du mec…

Silence dans la salle, les élèves en pleine projection mentale…

– Mais si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que son histoire est intimement liée au match qui s’est déroulé le dimanche 1er novembre 2020 au stade des Costières de Nîmes. Ce jour, n’est autre que la première étape vers la réalisation d’un rêve inachevé un jour de dimanche 18 mai 1952. Qui peut me dire ce qui s’est passé le 18 mai 1952 ?

Toutes les têtes se tournèrent immédiatement vers le corps immobile de Gauthier. Silence…


– Mais qu’est-ce que l’on vous a bien appris à l’école ? Merde, quoi… Sérieusement, si vous ne voulez rien branler, foutez le camp en socio ou en géologie quoi ! Devenez dermatologue ! Je m’en fous, mais tirez-vous !

– … Ma mère est dermatologue, lança Candice.

– UNE BELLE SALOPE DONC ! J’en ai connu des arnaqueurs de la merdouilles, des sales petites crapules de fond de chiennes, de voyous de fond de cuvette, des escrocs, brigands et racailles sans vergogne qui vous dépouillent sans honneur, mais des enflures comme des dermatologues : JAMAIS ! Les mecs font médecine pour ensuite s’encanailler à traiter l’organe le plus insignifiant du corps humain ? Vraiment ? Un seul diagnostic pour tout : le soleil ! LE PUTAIN DE SOLEIL ! Alors tu rentres chez toi et tu vas te cacher avec ton poil dans la main héréditaire ! Toi et ta mère, si je vous croise à nouveau dans la rue, je vous envoie direct sur le soleil à coup de pompes dans le cul, C’EST CLAIR ÇA ?

Candice, les yeux humides, commença à ranger ses affaires. Mais lorsqu’elle surprit du coin de l’œil le professeur LeGrasAuLly s’élancer sur elle les deux poings en avant, elle abandonna tout pour se ruer aussitôt vers la sortie en criant comme une démente.

– Maintenant que l’on est entre gens bien : poursuivons. Mais avant de revenir au 18 mai 1952, laissez-moi vous reposer le contexte…


Pardon pour la vanne de merde, j’ai perdu un pari. Bref, nous sommes en 1951 – à une époque où le championnat de France de première division ne compte encore que 18 équipes. Nîmes, a été promu l’an dernier. Après, une courte année en deuxième division, le FC Metz revient pour la saison 1951-1952, et il revient très fort. Car après quatre journées seulement, il se retrouve à la tête du championnat après avoir battu Rennes 4-0 avec un doublé du fameux Thadée Cisowki. A cette époque, Thadée est vraiment un monstre. Il fait pleurer toutes les défenses, il venait d’en claquer 23 en deuxième division, et la seule manière de l’arrêter sera littéralement de lui fracturer les tibias… Avouez que vous bandez là !


Silence turgescent dans l’amphi.

– Le 2 décembre 1951, le Nîmes Olympiques recevra le FC Metz pour la 16e journée mais surtout pour la première fois de leur histoire. En effet, c’est un évènement inédit car jamais ces deux équipes ne s’étaient affrontés. Autant dire que tout le monde espérait voir s’écrire ce jour-là un bout de légende. La tension était palpable. Et c’est au cours d’un match fermé, que les deux équipes se quitteront sur un bon gros 0-0 des familles.

La grande claaaasse ! Vite les scribes, les biographes : notez tout ça !


– Malgré tout, il naîtra après ce match, le début d’une frustration dans le cœur de notre Thadée-grenade. C’était un homme, un vrai, un enfant de la mine, lui-même y est descendu. L’adversité, il connait. Déjà à cette époque, le football est une échappatoire. Répéter les efforts, il connait. L’endurance face à l’adversité, il connaît. Pardonner par contre… Oublier… Faire taire son esprit revanchard… ça jamais ! Plutôt mourir ! Après tout, il est polonais de naissance.

– Monsieur, ce n’est pas raciste ça ?

– Si, pourquoi ?

– …

– On est d’accord. On avance un peu dans le temps et sautons jusqu’à la 32e journée. Le FC Metz vient de faire match nul contre le Fc Sochaux-Montbéliard. A ce stade, le club au graoully est classé 5e, à seulement trois petits points du 3e. Inespéré pour une équipe qui la saison dernière encore jouait en deuxième division. Le match suivant est donc capital si on veut espérer encore accrocher le podium car, je le rappelle, le championnat s’arrête à la 34e journée. Et c’est donc, vous l’aurez deviné, lors de cette 33e journée, ce fameux ennemi que notre club doit vaincre. Un adversaire arborant comme nous une mascotte reptilienne et pleines de dents. Le dragon des airs contre le dragon de l’eau, le Graoully contre… ?

Silence.

– Contre ? …

Silence toujours.

– Non sérieusement ? Vous en êtes là ? C’est ça le niveau universitaire de nos jours ? Putain de merde quoi ! Ok, posez vos stylos, je change de diapos, et on va tout reprendre à zéro ! Prononcez bien chaque syllabe sinon je vous jure que j’étrangle de mes mains celui qui ne le fait pas !

Le regard dément et le verbe glaciale du professeur LeGrasAuLly, ne donna à aucun élève l’envie de désobéir… C’est donc très docilement, que tous les étudiants répétèrent en cœur…

– Allez, on commence par un facile… La… ?


– LA… POU… LE.
– C’est bien. On continue. Là, c’est … LE… ?


– LE… LA… PIN.
– Très bien…


– LE… PI… GEON.


– L’… OIE.


– LE… CA… NARD.


– LE… CRO…CO… DILE.
– Vous voyez quand vous voulez ?

Quelques larmes coulèrent sur le visage de certains étudiants. Mais en silence.

– Maintenant que les bases sont acquises et bien acquises, et avant de finir l’histoire avec cette confrontation légendaire du 18 mai 1952, évoquons le match du 01 novembre 2020. Et je préfère vous prévenir tout de suite qu’au vu de ce qui va suivre, vous pouvez me trouver dur au vu du résultat, de notre bonne place dans le classement, du beau jeu démontré par l’équipe jusque-là. Mais c’est juste parce que je ne suis pas de cette race de pustules humaines qui envoie valdinguer ses mules à chaque victoire et qui hulule à chaque défaite. Je suis constant dans mon analyse comme dans mon intransigeance. C’est pourquoi je suis ici et vos daronnes à l’abri.


– Oui, j’ai une diapo pour ça aussi. Mais passons au match…
Alors autant la première mi-temps était franchement excellente. Pas la plus aboutie, je vous le concède, mais techniquement très propre. Autant la deuxième ressemblait à une chevauchée folle de gazelles pourchassé par le lion Nîmois.


– Allez, on se remet doucement de ce montage moisi, et on enchaîne. Les grenats couvraient le terrain dans un 4-2-3-1 logique pour une équipe de Metz qui arrivait en favori et donc amené à jouer la possession. Très vite, on a eu de bonnes séquences. De bonnes passes. Presque le double de l’adversaire. Un très bon taux de réussite. En somme : la main dans le slip et le majeur entre les fesses de l’adversaire…

Pas le temps pour les élèves de se demander si un professeur d’université pouvait se permettre de parler ainsi que le cours continuait :

– Mais ce que j’ai surtout apprécié, c’est le pressing. LE PRESSING PUTAIN ! Qu’est-ce que c’est bon de revoir notre équipe collée à chaque joueur ! Du coup, il y avait toujours une jambe ou un pied qui gênait les relances adverses. Des années que je voyais Metz évoluer comme si on était à dix. C’est simple : on avait l’impression qu’il manquait constamment un joueur quelque part ! Soit parce que deux joueurs couvraient la même zone sans discussion ni réflexion, soit parce qu’un joueur ne faisait pas le repli défensif suffisant (comme Cohade en seconde mi-temps). Et par repli j’entends aller sur le joueur et tenter de lui prendre la balle, hein ?

Non parce que la technique de juste se positionner près d’un joueur et se faire surprendre lorsque l’adversaire lui fait la passe, on la connaît. On la connaît tellement à Metz, qu’on appelle ça très justement « la spéciale Doukouré ».

Là c’était fin, c’était beau. Comme dans un beau resto. Un endroit classe où on dresse la nappe. C’est quoi le rapport avec la nappe, me direz-vous ? Je ne sais plus, je m’embrouille dans mes métaphores. Allez, hop, un montage Paint moisi le temps que je m’y retrouve dans mes fiches…


– Pour ce qui est du but, franchement, je n’ai rien compris. Maïga a couru dans une espèce de diagonale du vide comme sur Fifa. Personne pour l’arrêter. Tous statiques comme des plots. Puis Super Maïga a mis Gueye-pard dans la profondeur qui s’y est engouffré. Le goal adverse s’était avancé en laissant tout le flanc gauche ouvert. But. Si on était dans un pays slave, j’aurais été persuadé de corruption. Mais nous ne sommes pas en slavie. Juste en Ligue 1. Et ce but, c’est un but Ligue 1… Et des gens ont payé UN MILLIARD le bourzin.


– Ahhh ! je viens de comprendre le « Gueye-pard » ! Haha ! s’exclama Alexandre.

Le professeur LeGrasAuLly gifla Alexandre.

– Et on arrive à la deuxième mi-temps. Un carnage footballistique. Une ménagerie tactique. Un dépotoir pathétique de long ballon devant et de fautes tragiques. On a passé les 45 dernières minutes en apnée dans nos trente derniers mètres avec nos milieux quasiment sur la même ligne que nos défenseurs. Mais bon, on a tenu la baraque. Et c’est tout ce qui compte. Parce que lorsqu’on regarde le match, au final Nîmes n’a eu que très peu d’occasions franche sur ce match. Metz a été gauche, en repli, mais au final, c’est solide. Et il faut les honorer pour ça. Et en plus, on s’en fout en soit, ce match était anecdotique. Seule la victoire contre Nîmes était importante. Car c’était un match pour l’histoire… Et voici pourquoi…


18 mai 1952 :
Le match commence fort, et bien… 8e minutes, Marcel Rouvière ouvre le score pour Nîmes. 21e égalisation messine du fameux Levy Nino. On se quitte là à la mi-temps. A ce moment-là, le LOSC 3e est en train de gagner contre Nice. Metz est obligé de gagner s’il veut garder une petite chance. Metz pousse, mais forcément, Metz laisse des espaces et c’est Nîmes qui en profite avec André Schwager à la 55e. Le dragon est touché, mais la bête continue de se battre et rend coup pour coup. A la pointe, c’est Thadée qui exprime le mieux cette rage.


– Ce jour-là, les défenseurs de Nîmes résisteront. Le goal des crocos ne se prendra pas d’autre but. Thadée sera dévasté. Lui, l’enfant qui a grandi en Lorraine. L’enfant qui avait redressé la tête de tout un peuple grenat après sa descente en deuxième division. Le gosse de mineur. Le gosse devenu mineur lui-même. On dit que nous les lorrains, naissons avec la main noire du bassin houiller. Ce jour-là, c’est le cœur de Thadée qui s’assombrit à jamais.

Il quitta le club l’année suivante pour signer en au Racing. Il ne reviendra jamais à Metz. Il s’éteindra le 24 février 2005 à Mâcon.

Dans son cœur, il avait un dernier rêve : vaincre Nîmes et finir sur le podium de la première division de football français avec Metz. Ce jour-là, Metz a vaincu. Aujourd’hui, Metz est 7e, à 4 points de la 3e place. On a vaincu Nîmes… Et si on allait chercher cette 3e place ?

Le cours est terminé.


2ème Rang: Heliodoro Delgado, Henri Burda, Claude Dosdat, Raphaël Jurilli, François Remetter, Raymond Battiston
1er Rang: Sylvain Canova, René Fuchs, Thadée Cisowski, Kasimir Hnatow, Nino Lévy

LeGrasAuLLy

6 commentaires

  1. Tu fais vraiment un prof laxiste ! Pourquoi gentiment frapper ces élèves indisciplinés ? Alors qu’avec tes talents en MS Paint, tu pourrais ruiner leur vie en diffusant quelque photomontage scabreux…
    LBA

  2. 9 mois d’attente depuis le dernier cours pour enfin redécouvrir notre professeur préféré après Tryphon.
    J’ai cru à un premier cours sans gifle mais heureusement le dénommé Alexandre a sauvé la partie/patrie… un peu comme le vôtre d’ailleurs qui a effectué 2-3 arrêts salvateurs au milieu de toute cette « ménagerie tactique ».
    J’attends le prochain cours après votre défaite à venir contre l’ogre bourguignon ..la moutarde devrait monter au nez du professeur.

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