La Penn Ar Bed Académie se déclare

J’ai écris cela il y a quelques mois, à l’époque on ne savait pas, on ne sait toujours pas. Le ton est un peu direct, personnel. Trop certainement, alors qu’on ne se connait pas. Cette saison a été compliquée pour tous, j’ai été moins présent par la force des chose. Mais je ne pouvais manquer ce rendez vous.

Récemment, au détour de quelques bières, on m’a posé une question sur mes relations sentimentales.

Après les évidentes, et avant celles que j’ai oubliées ou que j’essaye d’oublier, s’est imposée une évidence.

Parce que si on enlève mes amis, ma famille, tu es en vérité ma plus longue relation continue actuelle.

Si certains joueurs m’ont clairement offert des impacts émotifs plus intenses, d’autres ont pu influencer ma façon de voir le football, m’ont fait rêver ou rendu presque amoureux comme Gabriel Heinze. Mais ce ne sont que des coups de cœur, des amours de vacances, des histoires sans lendemain.
L’homme de ma vie footballistique, à l’approche d’une trentaine déjà installée au niveau capillaire bien que non encore validée par l’état civil, c’est
toi. Monsieur Bruno Grougi.

Non ce n’est pas que de la passion, c’est aussi du désarroi, de l’incompréhension, des bouderies (les miennes ; Bruno, toi, n’es pas de ce genre), un faux départ dans la Normandie que tu aimes tant. À Caen, ton club formateur qui t’a chassé et s’est moqué de toi après t’avoir fait la cour au sortir d’une saison réussie.

Des péripéties et autant d’amour à chaque fois que tu t’approches du ballon pour un coup-franc ou un corner. Même lorsqu’en manque totale de confiance tu n’y arrives pas et que ta balle s’élève à 40 cm de la pelouse de Le Blé. Même lorsque tu ne cadres pas ce penalty de la victoire contre Toulouse, certainement impressionné par les talents d’Ali Ahamada. Je ne t’en ai pas voulu, j’avais de la peine, je savais que ça te ferait autant, si ce n’est plus de mal qu’à nous. À peine a-t-on lâché des « putain, Bruno » lorsque tu ratais. Oui, on t’appelle Bruno, ou Brun’, on pourrait t’appeler Monsieur Grougi, ce serait légitime, mais je pense que tu serais gêné.

Les fois suivantes, c’était reparti. Que ce soit Oscar ou Benoît à tes côtés, pour te rassurer avant de t’élancer, ou quand tu te dirigeais pour tirer un coup de pied de coin, les tribunes y allaient. Au son de Bru-No-Bru-No, ou de Grou-Gi-Grou-Gi selon les préférences, on y croyait. On y croit.

Tu es le premier qui me vient à l’esprit si on me demande de citer un joueur de foot, que ce soit pour une raison sérieuse ou une blague. Tu n’es pourtant pas celui que je coucherais en priorité sur une feuille de match. Il faut reconnaître que tu n’es plus aussi décisif, vif, efficace, mais les efforts sont toujours là.

Malheureusement mal formé, mal utilisé, mal placé. Ton destin footballistique s’en est trouvé perturbé. Milieu défensif ? Jamais. Meneur de jeu ? Certainement pas. Milieu latéral ? À part Alex Dupont, je ne vois pas qui aurait pu penser te mettre un jour sur le côté.

J’aurais voulu te voir évoluer plus haut, entre les 10 et les 25 m chez l’adversaire. Être là, pouvoir exploiter ton sens du but. Hors du jeu, hors du temps, à contre-sens. Pouvoir surprendre le défenseur qui s’imagine que tu ne représentes pas de danger, que là où tu es, la balle n’arrivera jamais. Et puis, ce rebond étrange, ce tibia qui envoie la sphère vers des zones inconnues. Inconnues de tous, ou presque. Puisque tu aurais pu être là, la balle le sait, elle aussi aurait évidemment aimé venir te voir. Tapis dans l’ombre, les tresses à peine visibles au milieu d’une surface qui apparaît pourtant si vide, si grande, et ton pied droit n’aurait pas tremblé, les filets si.

Et ça aurait nourri ta confiance, celle qui t’a quitté lâchement. Celle qui te permettait d’inspirer la crainte. Celle qui dissuadait le défenseur adverse de faire faute sur un brestois à moins de 35m de son but pour ne pas voir sa lucarne violée dans la minute suivante. Elle est partie, nous abandonnant tous en même temps que toi, emportant bien plus avec elle que les différentes ex-femmes de Paul McCartney et Michael Jordan réunies.

Les éducateurs, les entraîneurs en ont décidé autrement. Milieu tu es, les tâches ingrates tu ne les réussis pas vraiment, tu essayes, on t’applaudis, on t’encourage. Chaque duel de la tête que tu as remporté a été pour moi aussi beau qu’un de tes buts. Chaque tacle en retard, maladroit, a provoqué un moment d’attente insoutenable, un pincement au cœur. Est ce que l’homme au sifflet qui ne te comprend pas va te sanctionner ? Va-t-il prendre le risque de mettre ta présence sur le gazon en suspens parce qu’on a décidé que tu devais empêcher des joueurs qui font trois fois ton gabarit de percuter plein axe ?

Certes tu n’es pas Zidane, Müller, ou Jaouad Zaïri, mais tu es un bon footballeur, un beau footballeur. Quelqu’un qu’on est heureux de voir, et heureux de nous voir. Et qu’on aimerait voir rester. Toujours souriant, toujours volontaire, qui ne baissera pas la tête et adressera un signe de la main à ceux qui t’interpellent à la fin d’un match de Coupe de France compliqué dans le froid choletais.

Donc je te remercie. Merci pour ces années passées ensemble sans que je ne t’aie une seule fois adressé la parole directement. Merci pour celles qui vont suivre, même si elles t’éloigneront de plus en plus de la pelouse de Le Blé (pour rejoindre l’encadrement?) ou de mes streamings dégueulasses pour te voir évoluer de Gaston-Petit, à Gaston-Gérard en passant par René-Gaillard et Geoffroy Guichard.

Tu es une partie de mon Football.

Mèch.

Mèch Tuyot

Plus à l'Ouest qu'Alex Dupont Stade Brestois Vive le Leon Libre.

4 commentaires

  1. Merci d’écrire ce que je ressens et que je ne peux pas exprimer étant à jeun. Et quand je suis bourré ma femme en a marre de m’entendre parler toujours de Bruno, de Grougi et même de Bruno Grougi. Bruno, ne nous quitte pas, ne nous quitte pas, je veux encore voir ton sourire illuminer mes soirées franciscaines. Bruno, ne nous quitte pas.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.