Slovaquie / URSS (2-1) – La Krasnaiya Akademiya repart au turbin

Salut vous autres,

Je sais que l’équipe de la Mère patrie soviétique vous avait manqué. Ne jouez pas les blasé.e.s, vos yeux brillants de joie naïve et belle ne mentent pas. Ça vous avait manqué, de voir les camarades de l’Est défendre l’honneur des prolétaires de tous pays, pourfendant le blocquéquipe bourgeois en arborant fièrement le rouge du sang versé par la plèbe. Ça vous avait manqué, de voir Aleksandr cavaler sur tout le terrain, mèche au vent, Artyom jouer des coudes avec les cervicales des défenseurs, Stanislas friser sa moustache, Iouri rouler sa bosse et le poids des ans sur son côté, Mario s’intégrer comme un bon immigré.

Faut dire qu’on vous en a privé, ces temps derniers. On a pas eu droit l’an dernier à notre Euro anniversaire, pour les soixante ans du premier sacre soviétique. Et donc, on a pas eu droit à la cinquième finale pour nos camarades d’outre-Rideau de fer (mais oui mais oui, la cinquième, voyez plutôt). Qu’à cela ne tienne, il y a toujours des dates à fêter quand il s’agit de révolution prolétarienne : les 150 ans de la Commune de Paris feront une très belle occasion de faire la bringue en même temps que le coup de poing antifasciste pendant cet Euro 2020+1.

 

Gianni Infantino déboulonné par l’Armée rouge (2022, colorisé)

 

En attendant cette jolie échéance, on n’a même pas encore joué la compèt’ continentale qu’il faut déjà se préparer à sa grande sœur mondiale. Ce serait moi tout ce tintouin serait déjà réglé par un bon vieux boycott des familles, ça nous éviterait des purges du type de celles que nous sert la Dèche depuis quelques temps. Mais bon, une bonne partie du fouteballe mondial a l’air d’attendre d’être éliminé sportivement avant de pondre son communiqué larmoyant condamnant les conditions de travail inhumaines du pays hôte, et annonçant que, bien sûr, même si on avait été qualifiés, on y serait pas allés, non mais, voyons, pour qui nous prenez-vous.

Côté ruskof aussi, on attendra donc probablement de savoir qui se sortira de la poule avant de commencer à pointer du doigt les infâmes esclavagistes. Une poule de qualification qui sent bon l’ancien monde avec ses miettes d’anciens pays socialos que sont la Croatie, la Slovénie, la Slovaquie et la Russie. Un bon gros melting pot explosif entre Slaves, donc, arbitré par deux îles méditerranéennes, Chypre et Malte. Ces dernières ont déjà bien joué leur rôle d’empêcheuses de tourner en rond, grapillant quelques points aux dépens des Slovaques et des Slovènes, dans un groupe qui s’annonçait déjà tellement ouvert que même Rocco nagerait dedans.

 


LA RENCONTRE


 

Pour ce triptyque printanier inaugural de la phase de qualification, la Sbornaïa commençait idéalement son parcours par un succès sans histoire à Malte (3-1), avant une victoire un peu plus étriquée, à Sotchi, face au bel homme Ilicic et ses copains slovènes (2-1). C’est donc en position de force, en tête du groupe, que les Popofs se présentaient à Trnava, ancien centre industriel de la défunte Tchécoslovaquie, pour y défier des Slovaques moribonds : Skriniar et sa clique ont en effet perdu de précieux points à leur entrée en lice en concédant le nul lors de leur déplacement à Chypre (0-0), et à domicile face à Malte (2-2, les coéquipiers de Teddy Teuma, l’ancien du Red Star (j’l’aimions bien, ce p’tit gars), ayant même mené 2-0 avant d’être rejoints au score).

Pour ce choc entre Slaves du Centre et Slaves de l’Est, ce bon vieux Stan Tchertchessov reconduit le même onze que lors du mâche précédent face aux Slaves du Sud (vous suivez ?). Et si quelques cadres de l’épopée du Mondial 2018 sont toujours là – tels les good cop/bad cop Golovine et Dziouba devant, Mario Fernandes le Peaky Blinder des favelas moscovites sur le côté droit, et ce bon vieux Iouri Jirkov toujours au rendez-vous sur l’aile gauche malgré ses 137 ans – le renouvellement amorcé pendant les qualifications à l’Euro se poursuit : en défense, après les retraites internationales des deux piliers (un peu branlants sur la fin, certes) Akinfeïev et Ignachevitch, Guilherme-aux-mains-moites avait été placé dans les cages, avant de se voir définitivement chiper la place depuis peu par le plus tout jeune Chounine (y aurait-il pénurie de jeunes espoirs au poste de gardien dans la patrie de Lev Yachine ?), tandis que s’est installée pour de bon la charnière centrale Djikiya-Semionov.

Au milieu, les deux Zénitois Ozdoïev et Kouziaïev, déjà dans le groupe depuis quelques temps, ont peu à peu installé leurs brosses à dents dans la salle de bains du onze type, tandis qu’un nouveau venu a fait son apparition cette année sur le flanc droit de l’attaque, en la personne du jeune lokomotiviste Jemaletdinov (à vos souhaits). Et puis, Fiodor Koudriachov est toujours là, mais ça, c’est un peu comme les giboulées de mars : c’est pas agréable mais on est habitué. L’hégémonie du Zenit, double champion en titre et actuellement en tête du championnat, se ressent donc aussi en sélection, avec quatre représentants dans le onze de départ, tandis que les quatre grands clubs moscovites y placent chacun un de leurs protégés.

 

Voilà le bazar

 

BREF, c’est parti pour le show, le stade est pas très chaud parce que vide, mais les joueurs le sont, eux, avec une occasion de part et d’autre d’entrée de jeu. Cependant, le soufflé retombe vite, et les vingt premières minutes sont douloureuses à regarder. Les grands frères soviétiques prennent peu à peu l’ascendant sur les cadets slovaques, sans pour autant se montrer très dangereux, et la tendance s’inverse après la demi-heure : les Slaves du Centre poussent un peu plus, et sur un corner à cinq minutes de la pause, Fernandes et Djikiya se font prendre au jeu de jambes de Skriniar et se lancent tous les deux dans une valse maladroite tandis que l’intériste se libère astucieusement du marquage et place une tête smashée dans le petit filet opposé, 1-0.

Le mâche reprend sur les mêmes bases en début de seconde période, les Slovaques continuant à mettre la pression sur la défense rouge. Le jeu est hâché par les petites fautes, tout ce beau monde s’emplafonnant gaiement à la slave. Mais les Ruskofs se remettent progressivement dans le sens de la marche : à vingt minutes du terme, sur une belle combinaison amorcée par Golovine, Dziouba est trouvé au point de pénalty et, en pivot dos au but, met Kouziaïev en position de frappe à l’entrée de la surface. Le tir du Tatar est repoussé par le goal adverse dans les pieds de Fernandes qui traînait par là et égalise à bout portant, 1-1. Sauf que dans la foulée, sur une action slovaque assez anodine, Robert Mak (que l’on surnomme Bébert le mac dans son tieks) contourne la défense des Rouges depuis le côté gauche, se recentre et place une frappe croisée à ras de terre qui prend Chounine à contre-pied, 2-1.

Malgré les têtes rageuses du colosse Dziouba dans les dernières minutes, la Sbornaïa ne parviendra pas à revenir, et concède donc sa première défaite dans cette phase éliminatoire. Les Rouges rentrent de ce voyage chez leurs ex-copains tchécoslovaques en abandonnant la première place du groupe à leurs ex-pas-copains croates. Mais la suite de ces qualifications attendront, place désormais à l’Europe pour le premier mâche de poule, le 12 juin prochain à Leningrad, face aux terrrrRRrribles Belgiquiens. En espérant que le public et le soleil seront de la fête. C’est plus gai.

 


LE SOVIET CONFIANT MAIS PAS TROP


 

Anton Chounine (2/5) : Après avoir régulièrement ciré pendant près de quinze ans le banc de touche de la sélection, le portier du Dynamo – club de la flicaille moscovite – et ses 34 ans bien tassés goûtent enfin aux joies de la titularisation, faute de voir Lev Yachine miraculeusement ressuscité par les scientifiques russes (dont on connaît pourtant le savoir-faire en matière de sport). C’était pas bien folichon, mais s’il nous débarrasse de Guilherme et de ses dégagements en corner, tout le monde s’en portera bien mieux.

Mário Fernandes (1+/5) : En l’absence de son copain Guillaume dans les bois, Mario est redevenu le migrant préféré de toutes les Russies. Responsable mais pas coupable sur les deux buts slovaques, il a cependant su se muer en buteur opportuniste pour l’égalisation. Pas encore de déchéance de nationalité pour lui, donc.

Andreï Semionov & Gueorgui Djikiya (2/5) : La charnière préférée du Stan ne respire pas toujours la confiance sous le pressing adverse, mais écoutez, on fait aussi avec ce qu’on a, hein.

Fiodor Koudriachov (2/5) : Tranquillement, l’air de rien, sans que personne n’y prenne garde, Fiodor et son crâne d’œuf sont en train de faire leur nid sur le côté gauche de la défense russe. Et le pire c’est qu’il n’y a pas grand chose à y redire.

Daler Kouziaïev (2/5) : Remplaçant pendant le Mondial, le milieu tatar prend ses marques en sélection, et sa belle activité fait du bien par où ça passe.

Magomed Ozdoïev (2/5) : Le premier joueur ingouche de l’équipe de fédération de Russie, comme son partenaire du milieu, grappille lui aussi les sélections depuis le Mondial, dans un registre légèrement plus défensif. La connexion caucasienne a de beaux jours devant elle.

Aleksandr Golovine (2+/5) : Comme souvent, le petit génie de Sibérie a été à l’origine de la plupart des rares bonnes séquences offensives russes, mais la réussite lui a manqué. Pas grave p’tit chou, on se revoit en juin pour tout casser.

Rifat Jemaletdinov (1/5) : Il y a plein de jeux de mots à faire sur ce combo nom-prénom, mais c’est bien le seul point positif qu’on retiendra de la performance du petit nouveau.

Remplacé à la 58e par Alekseï Mirantchouk, qui a laissé son frère jumeau Anton au placard pour aller tâter de la balle à Bergame et en sélection.

Iouri Jirkov (1/5) : Il va falloir penser à soigner ce vilain dos bossu, dites donc.

Remplacé à la mi-temps par Andreï Mostovoï, Sibérien du Zenit pas bien convaincant puisqu’il a été remplacé dès la 65e par Aleksandr Sobolev : un jeune avant-centre spartakiste à la coiffure ringarde qui, en bon disciple dzioubiste, marche dans les traces de géant de son illustre aîné en plaçant ses grands arpions dans le buffet d’adversaires qui lui arrivent au nombril.

 

 

Artyom Dziouba (2+/5) : Répondant toujours présent lorsqu’il s’agit de mettre une défense adverse sous pression, le golem du Zenit n’a malheureusement jamais été en mesure de régler proprement la mire sur les quelques ballons offensifs parvenus jusqu’à lui. Décisif cependant par son jeu dos au but sur l’action de l’égalisation.

 

Sitôt la parenthèse soviétique achevée, faut déjà repartir se farcir la Porte de Saint-Cloud,

J’vous jure, académicien c’est pas une vie,

La bise trotskanale,

Georges Trottais

Georges Trottais

L’homme le plus (lutte des) classe(s) du monde.

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