AC Milan – Inter Milan (2-3) : La Rossonera Accademia de retour raconte le derby

Cinq victoires d’affilées, aucune défaite en championnat depuis décembre, c’est en ce soir de derby que le Milan doit montrer à l’Italie et à l’Europe qu’il sera bien de retour, l’an prochain, le mardi et le mercredi soir sur vos petits écrans.

Il en a joué Rino des derbys, plus d’un, il en a gagné aussi, plus d’un, mais autour de lui … ça ressemblait quand même à autre chose que ce soir. Les Musacchio, Calhanoglu et compagnie auraient coupé les citrons de Stam et de Kakà, préparé les chewing-gum de Cafu, et chauffé les places des sièges sans nul doute confortables de San Siro. Une autre époque.

Par chance, l’Inter aussi n’est plus l’Inter d’antan, un Icardi au placard, une élimination en Europa Ligue il y a quatre jours, c’est le moment pour Rino d’appuyer là où ça fait mal, de les bouffer dans l’envie et au physique, à défaut d’avoir des Pirlo et des Seedorf pour caresser le ballon.


La composition :

Composition attendue avec une équipe qui tourne bien, des joueurs en forme et une défense qui n’encaisse que très peu de but …

Bakayoko, Kessie pour défendre au milieu ça en impose physiquement, le petit Paqueta et les deux ailiers ça doit en imposer techniquement. Enfin Piatek … le bomber, doit continuer son bon travail des derniers matchs, à savoir marquer sur chacun de ses tirs. Enfin, dans l’idéal.


Le Match :

Un idéal qui vire au cauchemar dès la 2e minute, dans un San Siro des grands soirs … la Curva Sud n’a pas encore remballé son tifo que Vecino profite des défenseurs milanistes qui se regardent, ne sachant pas quand ni comment intervenir … Déjà 0-1 et la folie du derby ne fait que commencer.

On parlait d’une envie, d’un physique à imposer de la part des rossoneri, impulsés par un Gattuso sur le banc (qui mange bien depuis sa retraite de joueur), … mais ce sont les cugini interistes qui pressent très haut, qui remportent tous les duels et qui sont toujours les premiers à mettre la tête sur les ballons aériens. Milan pensait sans doute attendre des intersites cramés par l’Europa League et leurs soucis internes, c’est pourtant le club rouge et noir qui se fait marcher dessus pendant quasiment toute la 1e mi-temps. Les centres de Suso et Calhanoglu trouvent les cranes lisses de Skriniar et De Vrij, Piatek fait son petit jogging du dimanche, sans toucher le moindre ballon puisqu’il n’est jamais servi dans de bonnes conditions, même par Paqueta qui, ce soir, décide de jouer un peu tout seul.

0-1 à la mi-temps, pas cher payé puisque les interistes ont eu plusieurs occasions de doubler voire tripler la mise, dans une ambiance de dingue, confrontant Curve Nord et Sud, et les 80 000 autres tifosi, tous atteints d’une furie comme on la connait les soirs de derbys italiens.

Après une bonne soufflante (on l’imagine) de Gattuso, dont Paqueta fera les frais, au profit de Castillejo, Milan reprend le match en attaquant, l’Inter presse toujours haut et se produit encore les meilleures occasions qui poussent Donnarumma (très bon encore ce soir) à s’envoler … et chercher le ballon dans ses filets après un nouveau duel aérien gagné par De Vrij sur corner … 0-2. Le match peut reprendre un rythme normal … mais Bakayoko réduit le score cinq minutes plus tard grâce à un duel aérien ENFIN gagné, le stade s’enflamme, les fumigènes et les bombas commencent et ne s’arrêteront qu’au coup de sifflet final (1-2). Le rythme du match est complètement dingue, et Gattuso en profite pour faire un second changement, pour faire rentrer le chouchou de San Siro, Cutrone, pour Rodriguez, changement très offensif, pour faire plier le rival.

Les occasions se succèdent sur les deux buts, et c’est le moment choisi par Castillejo pour laisser trainer sa patte folle et donner un pénalty aux interistes … au plus mauvais moment puisque Milan, offensif depuis la réduction du score, semblait pousser les nerazurri dans leur camp. Lautaro Martinez transforme, 1-3 déjà, après seulement 20min en 2e période.

Kessie sort, se prend la tête avec Biglia sur le banc, et Conti (latéral) prend son poste à droite, Calabria passe à gauche, bref le 11 est remanié. Quatre minutes plus tard, un corner joué à deux avec Suso permet à Musacchio de reprendre comme un acharné dans le but d’Handanovic, 2-3. L’ambiance est folle, le rythme est toujours aussi intense, le jeu n’est pas léché mais toutes les occasions sont dangereuses et peuvent renverser le cours du match.

Le dernier quart d’heure est aussi bouillant en tribunes que sur le terrain, les fumigènes sont toujours là, et les joueurs toujours au combat. Cutrone et Piatek ont pas grand-chose à se mettre sous la dent.

Pour ne pas refroidir l’atmostphère, Conti fraichement entré en jeu délivre un tacle glissé qui, à vitesse réelle, semble ruiner la cheville de Lautaro Martinez, le rouge semble le minimum, mais l’arbitre revient sur sa décision à la VAR et change la couleur de son carton et en un simple avertissement. Incroyable décision, le tacle était énorme.

Castillejo et Cutrone auront encore chacun une occasion dans les six minutes d’arrêt de jeu, mais l’Inter remporte bien ce derby et passe seul 3e au classement de Serie A, dans un match importantissime pour la qualif en LDC.


Le Pagelle : 

Donnarumma 3/5 : Pas possible de lui mettre plus quand on s’en prend trois dans la musette, mais rassurant dans les airs et décisif sur les tirs cadrés interistes. Né en 1999, il a quand même + de 150 matchs au compteur … et son niveau actuel est irréprochable.

Calabria 2/5 : A changé de côté en cours de match, mais a fait le sale boulot, pour contrer Perisic et Politano, … sans trop de succès.

Musacchio 3/5 : Malgré l’erreur du début de match dans la surface qui coute le but il s’est très bien repris, en marquant mais aussi en s’imposant plusieurs fois. Un peu tendre s’il y a LDC l’an prochain mais Dio Mio, si ça permet de ne pas retrouver Zapata …

Romagnoli 3/5 : Comme Musacchio, il a eu beaucoup de travail dans sa surface et l’a même pas trop mal fait si on excepte le premier but concédé. Près de 200 matchs de Serie A à 24 ans, capitaine de l’AC Milan et numéro 13 de Nesta sur le dos … ça en fait de la pression sur les épaules.

Rodriguez 2/5 : S’est fait bouffer sur son côté, comme Calabria, mais a accumulé les erreurs techniques … Gattuso l’a sorti pour Cutrone à l’heure de jeu pour lui éviter un calvaire supplémentaire.

Kessie 1/5 : On attend beaucoup plus de lui dans ces matchs. Déjà contre Sassuolo, la SPAL ou Frosinone, on le voit nonchalant, jouer facile … et déjà là ça nous emmerde. Mais dans un derby, faut se sortir les doigts Frank. Et pas s’engueuler avec le banc quand on sort.

Bakayoko 4/5 : A bossé quasiment pour deux dans l’entrejeu, a marqué, a gagné beaucoup de duels. Improbable quand on pense à son début de saison mais Bakayoko et l’homme fort du renouveau milaniste.

Paqueta 2/5 : Assez discret, s’est fait étouffer par le pressing interiste, sorti à la mi-temps. On va mettre ça sur le compte du bizutage, parce qu’en vrai, il a vraiment du ballon.

Suso 3/5 : Toujours présent dans ces matchs là et même s’il abuse de sa feinte de frappe du droit, centre pied gauche, il est sans cesse dangereux. Que 25 ans le petit Suso, que 25 ans et déjà pas mal de responsabilités sur ses épaules à lui aussi.

Calhanoglu 3/5 : C’est un joueur qui m’exaspère. Je le dis. Capable de rater le plus simple et de réussir un tir en lucarne cinq minutes après. Le pire comme le meilleur. Très protégé par Gattuso, en général et ce soir, il a joué tout le match pour un rendement moyen mais intéressant, les actions venaient beaucoup de ses pieds.

Piatek 2/5 : On attend clairement plus de lui dans ces matchs importants. Bien sur, c’est pas le moment de retourner sa veste ni de lui tailler un costard, et bien sur il aura d’autres opportunités de se montrer face à de gros adversaires. On l’attendra là aussi. Pas seulement contre le Genoa et Empoli.


Note Artistique de l’Equipe : 3/5.

3/5 pour un derby perdu, je vous vois déjà ici insulter mon optimisme. C’était un match fou, dans son déroulement, dans son rythme incroyable mis de la première à la dernière minute, dans son ambiance mise par les tifosi, dans ses retournements de situation (trois appels à la VAR, un but finalement accordé, un penalty, un carton rouge transformé en jaune, …).

Très très plaisant à suivre, ce derby a tenu toutes ses promesses.

Le résultat est logique pour l’Inter qui mérite sa victoire, tant par sa hargne que par les occasions procurées.
Pour Milan, il va falloir s’accrocher au classement pour la qualification en LDC, à seulement quatre points de plus que la Roma 5e, il reste huit matchs à jouer (dont la Juve et la Lazio) et rien n’est encore fait …

Dans ce match, les limites du jeu de Gattuso se sont dévoilées elles aussi, c’est le cas depuis plusieurs semaines, Milan gagne en jouant mal, ça suffit parfois, mais contre des équipes qui te rentrent dedans, ça fait tout drôle. Attention à la suite parce que la qualif en LDC est importantissime pour les finances du club (investissement massif en vue et en projection de cette qualification) mais aussi pour l’aspect sportif … Voir Milan se faire éliminer en poules d’Europa League (ou pire, par Arsenal l’an dernier) n’est pas quelque chose d’habituel, ni pour les tifosi, ni pour les footeux à travers le monde.

A la direction rossonera de faire le boulot (ciao Leo e Paolo), à Gattuso d’appliquer les directives, mais la petite musique du mardi et du mercredi soir manque à beaucoup de monde, et les tifosi milanistes la connaissent plutôt bien. Tâchons de la réécouter bientôt.

Franco Baresilles

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