Desperate PSG

 

Prologue
(prononcé par une voix-off grave et féminine comme un centre de Bernard Mendy)

Nombreuses comme les enfants de Philippe de Villiers furent les années de tumulte. Régulières comme les hystéries de Larqué furent les crises de novembre. De classements pathétiques en Mateja Kezman, la souffrance frappait Paris. Mais …ce temps-là où les âmes les plus charitables proposaient d’euthanasier le PSG à peu de frais et à coups de marteau-piqueur sur la tête, semblait révolu peu à peu.

En effet, le Paris Saint Germain menait enfin une vie paisible dans son quartier résidentiel, avec son petit parc et ses petits princes. Le club finissait même par se plaire au sein de cette Ligue 1 pamplemousse acheté/1 pamplemousse gratuit.

Les joueurs aimaient Antoine. Antoine aimait ses joueurs. Sauf ceux qui étaient des enc…euh, Antoine aimait ses joueurs. Sébastien aimait Robin. Robin avait réussi à débarrasser le PSG des ses amants-là, qui tuaient parfois à coups de tout ce qu’il leur passait entre les mains. Même Luis l’avait mise en veilleuse sur son éternel et prophétique retour « un jour ». Alors, ce PSG-là vivotait des jours heureux avec les moyens du bord de mer, qu’on appelait Mathieu. « On a l’effectif pour finir champion d’automne en 2017 », clamait il y a encore peu Antoine, le kanak qu’a la gnaque pour peu que Nêne arrête de l’énerver. C’était une autre époque…

Au PSG, ça allait vraiment mieux…

 

…même si, esseulé à la pointe de l’attaque, Guillaume Hoarau était régulièrement pris entre les défenseurs adverses

 

Mais un jour, cette paisible vie bourgeoise allait soudain basculer dans l’inconnu[1]…

(Musique dramatique. Suivie d’une musique encore plus dramatique. Puis silence angoissant.)

 

Episode 1 : l’annonce faite à Paris

23h17. Quartier général de la CLA[2], Langley, Ile de France.

(Prendre la première à droite en sortant de Jouy-en-Josas…juste après Bourg-la-Reine. Comme un symbole.)

Il fait sombre et humide ce soir-là, dans ce bureau insonorisé au sous-sol du Camp des Loges et Alentours. Sébastien Bazin préside avec une aisance toute prête à enfin prendre les voiles. Il se tient raide et droit comme un Hoarau, l’œil grave et la mine sérieuse, malgré la présence d’Alain Roche sur sa droite qui joue avec une cassette VHS secam estampillée « à vendre, une affaire en or ! » dans une main, tandis que de l’autre il fait tourner une pastèque qu’il observe avec fierté. Robin Leproux n’est pas encore assis. Il est légèrement nerveux. Alain Roche continue de jouer avec sa pastèque.

« Robin, ils ont acheté. C’est fini. Tout à l’heure, j’ai une dernière visioconférence avec les qataris. Alain s’il te plaît, arrête de jouer avec cette pastèque, ça m’énerve. Le PSG entre dans une autre galaxie. Galaxie lointaine, très lointaine du budget estimé du Valenciennes Football Club ou même de Colony Capital. »

« Ouais, mais moi avec tout ce que j’ai fait de bien, je reste patron, non ? », demande Robin, un poil inquiet.

« Leonardo va te remplacer, Robin, c’est acté. Antoine est au Qatar en ce moment même… Alain, arrête avec la pastèque bon sang! L’Equipe a déjà mis sous presse et Gilles Verdez, tout en maudissant des capitaux arabes suspects, a secrètement joui sur RTL deux fois dans la même soirée, soit une augmentation de 100% sur les deux dernières années. Demain, ce sera annoncé officiellement. »

Le regard vide, Robin répond mécaniquement :

« M’en fous moi. Parce que tu vois – purée Alain, vraiment, arrête de jouer avec cette pastèque – je suis dirigeant, je dirige. J’ai dirigé RTL, tu vois le truc. Même qatarien à diriger, ça me pose pas de problème, je trouve un truc. Tranquille. »

« Non, Robin, je t’explique… »

A ce moment précis et avec une vivacité surprenante pour un fruit de sa corpulence, la pastèque glisse des mains d’Alain et se fracasse au sol comme un vulgaire Valbuena de Monoprix, éclaboussant largement les deux autres d’une multitude de morceaux rougeâtres et gluants comme certains maillots « third », que l’on ne nommera pas ici par pudeur. Furieux et empastéqués jusqu’au cou, Robin et Sébastien commencent par engueuler dans une cacophonie sans nom ce maladroit désormais à terre, qui se protège vainement en brassant l’air de ses petits bras musclés. Soudain, au milieu de ces grondements, le petit Alain hurle de toutes ses forces:

« Maaiis heeuuuu hée ooh! C’est pas de ma faute. C’est toi Séb, qui m’a dit qu’on avait une visioconférence ! »

Stoppés net dans leur élan, Sébastien et Robin se regardent ahuris. Puis, d’une seule voix, se tournant à nouveau vers Alain :

« Euh…et alors?? »

« Ben et alors j’ai recruté un téléfax pour pouvoir suivre la visioconférence », lâche-t-il, non sans fierté, « bon…sauf que maintenant, il est tout cassé mon téléfax. C’est un agent officiel de téléfax qui me l’a vendu. »

Devant l’air abasourdi des deux autres et voyant venir le coup, Alain tient à préciser :

« Nan mais je suis pas né de la dernière pluie non plus, hein : avant d’acheter, le gars m’avait montré une vidéo du téléfax en action, lors d’une visioconférence de presse en 4-4-2. »

Devant l’air pour le moins dubitatif de ses interlocuteurs, Alain poursuit, mais moins assuré :

« Euh, franchement… ça m’avait l’air de la grosse qualité. Ok je dis pas, 3 millions c’est un peu cher, mais c’est un investissement : ça peut servir à plusieurs visioconférences et pas qu’une seule fois comme Souza ou Everton… Vous pensez que je peux me faire rembourser ou alors on s’en fout maintenant qu’y a les qataris ? »

Le silence suivant ces propos d’Alain Roche était encore d’Alain Roche.

 

Un peu plus tôt dans la soirée, dans les bureaux du journal l’Equipe, réunion stratégique de la rédaction. Sont présents Damien Degorre mais pas trop, Jérôme Touboul de glace et Vincent Duluc la plus fine des plumes, le meilleur d’entre eux[3].

« Ouf, les gars, on a eu chaud ! », commence Jérôme Touboul à la vanille. « Si les qataris et Leonardo ils y seraient pas arrivés du ciel là, je voyais déjà un début de saison sans rien. Genre un mercato plat, une équipe qui tourne correctement et surtout personne qu’on pourrait pourrir, pfff… »

« Ah ouais, si ça se trouve on aurait même été obligé d’annuler la crise de novembre.», renchérit dans l’approbation générale Duluc le littéraire, avant de poursuivre : « Bon alors dans l’édition de demain on confirme toute l’info comme suit. Les qataris aux poches pleines: ok. Leonardo : ok mais avec la classe en plus. Pastore : arrivée imminente incessamment sous peu comme un symbole du siècle qui témoigne de l’Histoire en marche que voici s’avancer. »

Impressionnés par tant de lyrisme, ses collègues applaudissent bruyamment. Flatté, mais feignant de les ignorer, Vincent l’artiste poursuit :

« Jérôme, dis-nous quels sont les axes stratégiques à suivre dans les prochains jours et les prochaines semaines. »

« Alors, c’est très simple, on a deux axes. D’abord : spéculation à mort sur les transferts. Et là, lâchez-vous les gars, ne reculez devant rien, c’est open bar. Je veux une annonce spectaculaire tous les jours. Messi, Cristiano Ronaldo, Mourinho ou Barack Obama, ils vont tous y passer ! »

Alléchés par cette perspective, tous les participants à la réunion affichent un coulis de bave suspendu aux commissures des lèvres assoiffées. Sans prendre la peine de s’essuyer, Jérôme Touboul au caramel poursuit :

« Deuxième axe : le PSG maintenant c’est génial et Leonardo c’est franchement top la classe. Il est d’accord, je lui ai demandé, il vient de se faire livrer des chemises neuves en plus. »

« Je me demande si c’est tenable pour nous d’être sympa sur le long terme… », fait remarquer Damien Degorre l’ambiance.

« C’est clair. », approuve Jérôme Touboul de chocolat mais avec une paille, « On ne peut pas complimenter Leonardo a vitam et s’taire nem là. Ouais enfin un truc chinois. Encenser Leonardo et compagnie, ça va une semaine ou deux, mais il va falloir assez vite trouver des problèmes en vue d’une prochaine crise, surtout si le PSG se met à gagner. Il nous faut une stratégie alternative… »

 

Quelle sera la stratégie du journal L’Equipe ? Comment se passera l’arrivée officielle des Qataris, de Leonardo et de Pastore ? Qu’adviendra-t-il du PSG ? Quand est-ce qu’on mange ?

Débuts de réponse dans l’épisode 2 de Desperate PSG : « L’arrivée »

 

(Communiqué officiel de l’Editeur Belhomme : horsjeu.net se réserve le droit d’annuler ce feuilleton si l’audimat n’est pas au rendez-vous et de licencier sans préavis le partenaire particulier Barnabé la Plume)

 


[1] Oui, dans l’inconnu. On bascule toujours dans l’inconnu ou dans le fascisme. Or je ne vois pas le rapport avec le fascisme ici. Donc cessez de m’interrompre.

[2] Camp des Loges et Alentours

[3] Source: milieux autorisés.

—————-

17 thoughts on “Desperate PSG

  1. La prochaine stratégie ? Mais c’est tout con : Nenê et Ménez ! (Saupoudré d’un peu de Luyindula)

  2. Luyundula va-t-il recevoir son costume du PSG dans le prochain épisode ? Comment Léonardo définit-il le rôle de Roche ? Sans déc, y a trop de vraies questions de soulevées là. Il ne peut pas bosser à l’Equipe désolé.

  3. Ou puis-je rencontrer Alain Roche que je lui vende une VHS et une pastèque ?

    Verra-t-on des négociations avec Sadran ? Saka Tiéné ? L’Equipe conserver une Une « La crise est là » dans un placard avec une photo d’islamiste mort pour illustrer le PQSG ?

  4. Quelle belle prose. Je like +1 et google +1 … Enfin si j’avais les comptes idoines, je n’hésiterai pas un seul instant. A quand le prochain épisode ? Bravo !

  5. quel style… quel talent… vivement le prochain épisode… très bien la photo de hoarau… bravo !

  6. Moké, le seul marseillais qui ne tourne pas autour du pot. « Droit au cul » (ou dans le cas de Ribéry ça serait plutôt droit au pute…) Comme un sein bol?

    Au fait Moké, tu n’as plus de blog?? Ca fait un bail que j’avais arrêté de suivre HJ régulièrement et là il faut que je rattrape le temps perdu.

    Sinon, bel article. J’attends la suite avec impatience.

  7. Salut c’est moi l’audimat. Je suis au rendez-vous. Il se pourrait que je prenne du poid pour le prochain épisode.

    Analement votre.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.