Ès LE PARADIS RECONQUIS

12

Dans les vestiaires de Biélorussie-France, comme si vous y étiez

Personnages.
Didier Deschamps, sélectionneur de l’équipe de France de football
Éric Abidal, défenseur à bout de souffle
Dimitri Payet, ailier fantomatique
Mathieu Valbuena, petit grand meneur de jeu
Paul Pogba, le Giresse blanc
Mickaël Landreau, animateur
Franck Ribéry, milieu offensif pénitent
Patrice Évra, most wanted full-back
Olivier Giroud, attaquant ne misant pas tout sur le physique
Blaise Matuidi, marathonien
Samir Nasri, milieu de terrain rebelle
Les treize autres joueurs de l’équipe de France de football

SCÈNE UNE

Dans le vestiaire de l’équipe de France, à la mi-temps d’un match de qualification pour la Coupe du Monde FIFA Coca-Cola 2014 qui se tiendra au Brésil. Une équipe de France sous pression est menée au score contre la Biélorussie, suite à une grossière faute de main de leur capitaine.

Tous, sauf le capitaine de l’équipe.

DESCHAMPS
Si loin est le Brésil, terre de notre sport !
Qui n’accablera pas notre funeste sort ?
Le vent de renouveau suivant Espagne-France
Désormais nous colporte une odeur assez rance ;
Mes apôtres basaient sur mon passé leur foi,
Mais depuis cet été, rien n’est pire que moi.
Tout le monde vantait ma carrière épiphane
Et comme pour Laurent, leur espoir tôt se fane !
Un point pris à Madrid, on tutoyait le ciel,
Trois défaites plus tard, le peuple épand son fiel !
On s’échine à prouver à coups de statistiques
Qu’on a toujours fait mieux que sous mes plans tactiques.
On nous ressuscitait ainsi que le phénix,
À la place renaît la horde des footix !
Porter le maillot bleu ne se fait qu’à grand-peine…
(scrutant le vestiaire) Quelqu’un peut-il me dire où est le capitaine ?

ABIDAL
Notre chef est en proie à ses faibles boyaux
Qui semblent lui souffrir leurs caprices royaux ;
Dompter son cul foireux impose telle garde
Qu’il ne peut plus défendre alors qu’on le canarde !
Le désordre infernal subi par son rectum
Fait écho au chaos frappant notre fatum…

DESCHAMPS
L’Équipe aurait titré ici : « comme un symbole ! »
Ils ne méritent pas de nous pareille obole,
Tâchons de leur cacher son mal intestinal
Ou l’on sera raillé en cas de match anal…
On nous traite en démons dans leur honteux bréviaire
Qui toujours nous promet la cendre et la poussière !
Qu’importe, si la presse a ses propres enjeux,
On peut, par la victoire, allumer de nos vœux
L’esprit patriotique éteint par ce vampire
Et freiner sa fureur qui sans relâche empire.
Son empire est très lâche : un succès suffira,
Mettons-y la manière, et il nous ralliera !
Mais en cas de défaite, on renonce aux barrages,
Échec qui nous renvoie aux plus antiques âges…

PAYET
Désireux de porter mon équipe en sauveur,
La hâte et les enjeux servent ma défaveur !
J’ai pourtant le talent pour nettoyer la cage,
Mais vous ne m’aidez pas à tromper leur marquage !

VALBUENA
À trop les observer, on les laisse attaquer,
Ne soyons pas surpris de nous faire niquer.
Nous voyons-nous trop beaux ? Nous croyons-nous esthètes ?
Devrait-on insuffler plus d’audace en nos têtes ?

POGBA
Mon aisance superbe agit comme un scorbut,
Gênant nos actions et détournant du but.
Si mon jeu, comme nous, s’éprend d’une chimère,
Pourra-t-on du football fouler la Terre-Mère ?

ABIDAL
Mes pairs, tout est perdu ! Adieu le Mondial,
On n’aura pas de prime après ce flop total !
Adieu tous les canons qui parsèment leurs plages,
Je me voyais déjà ôter leurs pucelages…

LANDREAU
Pour disputer le sacre aux hôtes du Brésil,
Qui pensait franchement qu’on avait le profil ?
Maint nation connaît rarement la défaite
Et mène une existence immuable et parfaite :
Le Brésil, tout en haut, car cinq fois étoilé,
Onze éternel qui peut en tous temps exceller ;
L’Italie appartient à ce cercle sectaire,
Dangereuse y compris quand trop vite on l’enterre ;
Les Allemands, enfin, imitent ces séjours,
Selon une légende ils gagneraient toujours.
Sous cette sphère astrale, un monde de bassesse,
De passage et de mort tient notre équipe en laisse !
Certes, du Ciel suivant la verticalité
Peut venir jusqu’à nous l’astrale qualité,
Jusqu’à sanctifier l’union bigarrée
Qui jadis composait notre équipe titrée,
Mais notre ample inconstance en a sonné le glas
Et on n’a plus revu de si brillants éclats !
En ce moment, au sein du monde sublunaire
La Grâce d’au-delà est pour le peuple ibère ;
Bien qu’on pût les bouger, couteau entre les dents,
Notre heur semble aujourd’hui né d’heureux accidents.
Et si on renonçait d’emblée à l’empyrée ?
Que par un insuccès mourait cette vesprée ?

RIBÉRY
Peut-on y réfléchir vraiment ce soir qu’on perd
Alors que vous m’ayez parmi vous votre pair ?
Cette année a prouvé par beaucoup de trophées
Que je suis de l’exploit des plus grands coryphées !
Je dois me confirmer la course au Ballon d’Or
En montrant à les gens mes vertus de cador ;
Si ce match qu’on essuie un échec péremptoire,
Comment peux-je espérer gagner cette victoire ?
Ce match on doit marquer et le score inverser
Pour effacer le doute à me récompenser !

ÉVRA, la poitrine altière,
Alors qu’un Dieu sur Terre inspirât un chanoine
Qu’un siège au sein du Ciel était le lieu idoine
De notre astre, au lieu d’être à un centre damné,
Ainsi, par un Français le Mondial est né,
Reliant notre essence à la Coupe du Monde
Et, en outre, expliquant notre histoire féconde :
Par-delà un écu en bronze mérité
Fontaine et son record visent l’éternité ;
À Guadalaraja se suspendit toute âme,
S’est joué à Séville un grandiose drame !
La décennie après, nous n’étions qu’en sommeil ;
Le pays aux couleurs cyan, albâtre et vermeil
Prit au meilleur instant son dû titre de prince :
Sous le joug de Jacquet, la France en sa province
Clôt le siècle, imposant sa loi tout azimut,
Affermissant son sacre à son millième but !
Le Brésil, haut gradé dans la voûte étoilée
Ne connaît face à nous que l’amère taulée !
Qui, avec la Coupe, a d’aussi profonds liens,
Sinon les Allemands ou les Brésiliens ?
Nous tous participons à une même ronde,
Nous tous pouvons prétendre à la Coupe du Monde !
Avec de tels talents, un si beau réservoir,
On ne va pas subir ces vils faire-valoir !
On reconnaît en Paul un albescent Giresse,
Tandis que Raphaël nous remplit d’allégresse.
Assignant Franck au front pour guider nos assauts,
Sous-estimer la France échoirait aux plus sots !
Qui est plus légitime à joindre la grand-messe
Et bercer le public de merveilleuse ivresse ?
Allez ! Les prétendants ne font guère florès,
C’est à nous d’épaissir notre dû palmarès !
(élevant la voix) Matons ces bolcheviks !

GIROUD, à gorge déployée
Mettons-leur la raclée !

MATUIDI, à pleins poumons
Le feu est ravivé !

RIBÉRY, le front haut
La routourne est tournée !

TOUS SAUF NASRI
Le jour de gloire arrive ! Ainsi rêvent les Bleus !
Dès demain se tairont les esprits captieux !
Résumant en deux mots la savante argutie :
On enterre Knysna en Biélorussie !

NASRI, sortant de son mutisme
Cessez donc de vanter ce diseur de phébus
Qui, s’il était si saint, serait sorti du bus !
Et si nous étions faits d’une chair satanique ?
Pensez ! On est rivaux d’un football magnifique !
Tuant le romantisme à travers Sócrates,
Sommes-nous de l’Olympe, ou prédicants d’Hadès ?
On reçut notre sacre en jouant la défense,
Peut-on imaginer aux dieux plus grande offense ?
La presse a pour seul vœu notre chute en enfer,
N’est-ce pas ce qu’on veut d’un serf de Lucifer ?

DESCHAMPS
Samir ! T’écoutes-tu prononcer tel blasphème ?
Soigne ton attitude, ou t’attend l’anathème…

NASRI, bas
Fi ! Qu’ai-je à redouter ? Je suis un grand espoir,
Il serait embêté par mon poste à pourvoir…

Quatre créatures ailées apparaissent au-dessus du groupe tricolore.

 

SCÈNE DEUX
Les mêmes, les Vertus.

 

LA PRUDENCE
Écoute-nous, Patrice, ô esprit chrysostome :
Maints experts attendront ta réplique à leur Somme.
Ne fais aucun honneur aux hommes imparfaits,
D’eux ne dépendront pas ta gloire ni ta paix.

LA TEMPÉRANCE
Un labeur inédit rythmera ton année,
Suis-le sans cesse, et tais ta verve spontanée.
Que de tes actions, ils jugent bien ou mal,
Si tu sers le pays, tout n’est-il pas égal ?

LA FORCE
Loin de prendre le mal dicté par leur cohorte
Que pour un son volage et que le vent emporte,
Puise en ces mots la force utile à ton dessein,
Après tes matchs d’élite ils donneront blanc-seing.

LA JUSTICE
Avec ta sapience et ton expérience,
Tu feras au public une neuve alliance.
En capitaine inné et guerrier sur le pré,
Tu as tout pour cueillir le succès désiré.

ÉVRA
Quel est ce magnifique éclat couvrant ma tête ?
Pourquoi me ceindre ainsi, séraphique quartette ?
Vos ailes de lumière imitant des lauriers
Ne craignent-elles pas mes péchés orduriers ?

LE CHŒUR DES VERTUS
Ainsi qu’est attiré tout être vers son Père,
Une force invincible amène à la lumière
Les Vertus, fiers substrats que le Ciel insuffla
Dont l’ouvrage est d’axer l’astre à l’ultime éclat.
Quittant notre métier, ralliant l’antipode,
On vient pour t’éclairer, ô émouvant rhapsode
Dont l’esprit charitable avoua les travers
Et le cœur abîmé révéla le revers.
On ne s’y trompe pas, en regardant ton âme,
On voit le luminaire agissant en dictame
À même d’effacer la constante noirceur
Dont le rappel têtu nuit à votre bonheur.
L’archange Saint Michel conduira vos tirages
Pour un groupe facile et de cléments barrages.
Une fois acculés et couverts de crachats,
Une victoire épique obtiendra vos rachats.
Après être passé sous les fourches caudines
Les foudres de jadis paraîtront anodines,
Car vos prédicateurs, votre chute annonçant,
Retourneront contre eux un peuple très changeant.
Aidés par le bon sort, portés par l’euphorie,
Vous marquerez la fin d’une ère endolorie.
Les journaux s’abstiendront de raviver Knysna
Et vous effacerez un honteux sixtennat.
Se dressant sur la voie allant au toit du monde,
Vous aurez à tuer la crainte bête immonde.
L’exploit est attendu, car il y a trente ans,
Saint Michel par deux fois souffrit ces Allemands.
Ce jour derrière vous se tiendra la planète,
Voulant vous voir trancher la vouivre et sa tête,
Car à chaque enculade, elle était dans le coup.
Alors, tenez-vous prêts à lui tordre le cou !

RIBÉRY
J’écoute à très grand mal le langage des anges,
On aspire, je crois, de sortir à nos fanges ?
D’après cette saison je suis le plus meilleur,
Qui, si je n’entends rien, vaincra notre malheur ?
Pourquoi ces mots savants qui font qu’on se méprendre ?
Je suis un cérébral qui j’aime bien comprendre :
En gros, on doit gagner pour nous se requinquer ?
A-t-on quelqu’un ici qui peut-il m’expliquer ?

ÉVRA
Plus que jamais il semble ardu qu’on me remplace :
Je dois tous nous tirer hors de cette mélasse.

DESCHAMPS
Ton charisme éclatant éblouit tes rivaux
Tel le soleil ardent des longs jours estivaux.
Au diable les haters attendant ta sentence,
Tu survivras à tous en équipe de France !
Sur ces francs compliments s’achève la mi-temps,
Faisons vite la peau de ces intermittents.

Ils sortent tous.

Delphine, la muse poétesse.

12 thoughts on “Ès LE PARADIS RECONQUIS

  1. Delphine tu es née où et quand? Je voudrais dresser ton horoscope pour voir nos compatibilités. Notamment savoir si tu suces.

    À part ça, si la transmutation des éléments précédant le speech de Landreau, du Feu (leadership, égoïsme) à la Terre (matérialisme, luxure), représentée par Payet/Valbuena/Pogba/Abidal est volontaire, alors c’est très bon. Et après avoir maté vite fait leurs signes astrologiques sur wiki, ça a l’air voulu.

  2. Prenez ça Ménès et Riolo, Evra parle mieux que vous ne le ferez jamais ! Sinon, les Vertus, elles sont bonnes ou pas ?

  3. @Editeur: Vous auriez pu vous retenir, c’est vulgaire.

    @Nostradanus: Arrière! Allez-vous en, mage!

    @Gwen: Je le ferai après mes poèmes sur Varane, Zidane, Trezeguet, Griezmann, la Coupe du Monde 2002, Brésil-Allemagne, le football vrai… Voici pour vous occuper, en attendant:

    Ô Gwen, conteur coquin à l’âme guingampaise,
    Il me tarde d’un jour voir ton sexe balaise:
    Il se dit de ton vit que sa taille atteignait
    Une telle grosseur que l’on le dépeignait
    Avec sa hampe droite, et sa couleur rougie
    Crachant son jus partout, au cours de quelque orgie
    Comme le membre en rut d’un cheval de labour,
    Capable sans repos de bander nuit et jour!

  4. Magique. Je ris et je pleure à la fois. Je pleure de rire, quoi.

    J’ai beaucoup aimé la dernière intervention de Ribéry et le passage sous les fourches de Claudine pour qui les foutres sont anodines.

  5. « le passage sous les fourches de Claudine pour qui les foutres sont anodines. »

    Cannot unsee it.

    On reconnaît le don de clairvoyance de Padls. Et pourtant, il voit moins de choses que nous tous dans ses propres dessins.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.