Horsjeu.net et la Reds Academy vous ont habitué au strass et aux Dimitri paillettes de la Premier League et de la Ligue des Champions. Et bien cette semaine, et comme c’est la mode il faut un peu le dire, on a décidé d’aller goûter aux charmes des divisions inférieures, celles de la boue et de l’amitié, celles qui font le #FootballVrai.

Rendez-vous est donc pris avec un petit club inconnu du nord de l’Angleterre : Liverpool. Cette ville portuaire se trouve à l’embouchure de la Mersey, un fleuve marron et  puissant comme un début de colique frénétique. Entre d’immenses rangées de maisons en briques rouges, je rejoins enfin Brandon Rodgers, l’entraineur général. Il a l’air jovial mais me précise que non, lui c’est Brendan, pas Brandon. Il le « répète tous les temps », dit-il en s’esclaffant, la tête en arrière. Je remarque qu’on pourrait garer un Airbus A380 dans sa narine gauche.

« C’est bien qu’un grand média s’intéresse enfin à nous. Le football, c’est sur nos terrains pourris qu’il est né. On voit toujours les danseuses de Ligue 1 ou de Premier League à la TV, mais la passion, c’est nous qui l’avons. Ah c’est sur on fait pas des ronds de jambes comme Cristiano, mais nous, on y va au mastic. Tu vois le grand Skrtel là-bas ? Il y a de deux ans, il n’avait jamais touché un ballon de foot, il était boucher à l’abattoir principal. Maintenant que je l’ai pris sous mon aile, il est titulaire à tous les matchs. Bon, il a encore des carences mais il se débrouille pas mal. »

Tout de suite, je me rends compte que Rodgers est une personnalité un peu à part.
«  Là, on part en Bulgarie pour affronter Ludogorets. Pour nous, c’est le match de l’année. Franchement c’est bien que tu sois venu. C’est sûr qu’on a la pression, mais les mecs seront motivés. »

Les joueurs arrivent un à un au point de RDV, en face du pub délabré qui sert de point de rencontre aux supporters. D’ailleurs, il en sort quelque uns beuglant des chants incompréhensibles.
« Non, ça ce sont les joueurs » me précise Rodgers.
Enfin pas tous. Tout le monde cherche Coutinho, le petit milieu immigré qui est introuvable.
« Comme sur le terrain » me précise Rodgers. « D’ailleurs, s’il n’est pas là à 15h10, on file sans lui. Marre »

Quelques minutes plus tard, tout le monde est arrivé.
« Il était encore en train de se branler dans les chiottes » me précise Rodgers en parlant de Coutinho. Le jeune semble obsédé. Il y a des traitements pour ça, mais je préfère ne rien dire.
Les joueurs se répartissent dans les voitures.
« C’est toujours moi qui doit prendre la mienne râle Steven, le capitaine. Fais chier à la fin, j’ai même pas enlevé les sièges auto des gamins. »
Et oui, à Liverpool, pas de minibus, pas de voyage en car, encore moins en avion. Les joueurs prennent leur voiture personnelle pour se rendre au match. Les plus vieux ont les plus grandes voitures alors que les étudiants ont hérité des voitures usées de leurs parents. C’est le cas du jeune Raheem qui circule en Clio 1. Fort heureusement, il ne la prendra pas pour rejoindre Razgrad, la ville des Ludogorets. 3 000 kilomètres quand même.

Je me retrouve donc en voiture avec le coach et quelques joueurs dont Coutinho, Sterling et le gardien, Mignolet. Il semble triste. Limite dépressif.
Les canettes de bière tiède circulent entre les sièges mais l’ambiance est plutôt bonne. Sterling a amené le dernier calendrier Pirelli, le coach des mouchoirs et toutes les pies qui trainaient chez lui. Personne ne parle du match ni de la tactique à adopter. Les blagues grivoises s’enchainent jusqu’à ce que Rodgers gueule un bon coup.
« Tu peux pas attendre d’être sorti de la bagnole pour te branler putain !! »
Coutinho remonte son froc tout en continuant à jeter des regards en coin au calendrier Pirelli.

« Il n’y a déjà plus rien à manger ? » demande Sterling.
« Who ate all the pies ? » questionne Rodgers. « Est-ce que Wayne Ronney est ici ? ».
Rires gras. L’ambiance est bonne dans l’équipe malgré les résultats décevant, tant en championnat qu’en coupe.

Enfin, nous voilà à Razgrad. Je crois avec chopé des escarres au cul. Il reste deux heures avant le match à peine, tout juste le temps pour les joueurs de boire une bière et pour Coutinho de disparaître dans les toilettes avec le calendrier.
Les joueurs sont maintenant installés dans les vestiaires vétustes de Ludogorets,  après être allés reconnaitre la pelouse. Le stade est grand par rapport à ceux qu’ils fréquentent d’habitude, mais la pelouse est bosselée, et ça ils sont habitués.
Brendan Rodgers entame un discours d’avant-match, à l’anglaise, sans parler de tactique et en mettant l’accent sur l’engagement et la passion.
«  Bon les gars, on ne va se mentir, c’est un gros match. Personne ne nous attend mais on va leur montrer qui on est ! Rappelez-vous d’où on vient putain ! Certains ont posé des jours de congés pour être là aujourd’hui, d’autres ont fait de l’intérim de nuit pour pouvoir se payer le voyage et la nuit d’hôtel ce soir. Markovic il a emballé les cadeaux de noël à la sortie des supermarchés pour pouvoir se payer ses crampons. »
Les joueurs sont en transe, les larmes aux bords yeux.
« Oui en face c’est des pros, ils s’entrainent plus que nous mais c’est rien que des Bulgares. Pas sur que leur hygiène de vie soit meilleure que la nôtre. Leur hygiène tout court non plus. »
Personne n’a saisi la blague, alors Rodgers continue.
« Ils sont comme nous. Ils ont deux bras, deux jambes. Si on donne tout, on peut ramener au moins le nul. On va leur marcher dessus, leur faire bouffer leurs dents, on va prendre leurs tibias et en faire du lait en poudre pour la gamine à Skrtel ! »
Les Reds comme on appelle les joueurs de Liverpool, sont dans un autre monde. Ils boivent les paroles du coach comme les pintes du O’Reilly.
Rodgers donne la composition de l’équipe et les joueurs se lèvent pour aller s’échauffer, la mâchoire serrée et le regard fixe. Ils sont prêts au combat, le genre de fights qui sont le quotidien des footballeurs des divisions inférieurs.

Le XI : Mignolet, Manquillo, Skrtel, Toure, Johnson, Lucas, Allen, Henderson, Gerrard, Sterling, Lambert
Les remplaçants : Jones, Lovren, Coutinho, Moreno, Lallana, Borini, Can.

Le match commence et j’ai pris place sur le bord du terrain. Les joueurs sont tétanisés par l’enjeu. Ils dégagent tellement de peur que je pourrais la toucher.
Dès la 2ème minute c’est le drame. Ludogorets fait parler sa vitesse côté gauche et toute la défense se replie de manière désordonnée. Kolo Touré dégage le ballon comme il peut mais il revient sur un milieu bulgare qui frappe fort. Le ballon rebondit juste devant Mignolet qui prend le ballon en pleine mâchoire. L’attaquant bulgare Abalov a suivi et marque de près.

« C’est pas de sa faute à Mignolet » me confie Alberto Moreno, un remplaçant. « Il est pas gardien en vrai. Il est pas footballeur non plus, mais c’est le fils de la maîtresse du président. Il nous l’a imposé mais c’est pas grave, il est gentil. Et puis tu sais à notre niveau, on trouve jamais de gardien alors on met le plus nul aux cages. »
Lovren, un autre remplaçant, me glisse à l’oreille. « Tu vas voir le coach maintenant. C’est un génie du football. Il va tout changer tactiquement et on va égaliser. C’est un génie, un futur Mourinho ».

En effet, Rodgers ne tarde pas à se faire entendre.
« Oh putain les gars oh ! Putain ! Oh les gars ! »
Je reste un peu perplexe pour tout vous dire mais à ma grande surprise, ça marche ! Sur un long ballon devant aérien, la grand avant-centre Rickie Lambert pousse les défenseurs à la faute et égalise tout en puissance et en volonté.

« Oh hé les gars putain ! » réagit Rodgers. Je crois qu’il veut les féliciter mais c’est assez étrange.

Un supporter Bulgare m’explique dans un anglais vacillant que le gardien de Ludogorets n’est pas dans son assiette aujourd’hui. Il a peur de devoir partir pendant le match car une de ses vaches est sur le point de vêler.

Le genre d’image What the Fuck qu’on ne peut voir que dans le #FootballVrai

Par contre son défenseur central, Moti, est une légende locale. Il aura bientôt une tribune à son nom. Si j’ai bien compris, c’est parce qu’il va la construire lui-même. Il est maçon.

J’aimerais dire qu’il y’a eu des une-deux ou n’importe quel enchainement, mais non. Il y’a bien eu Mignolet qui a raté une sortie aérienne, ça a eu le mérite de faire sourire tout le monde sur le banc. Quand tout à coup.

« YEEEEEEEEES ! »
A la 33ème minute, explosion de joie sur le banc de Liverpool. Non, les Reds n’ont pas marqué. Mignolet vient de capter un ballon sur un coup-franc dangereux. Les remplaçants se congratulent et se prennent dans les bras.

« YEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEESSS »
37ème minute. Cette fois les Reds ont bien marqué par Jordan Henderson sur un bon centre de Sterling, même si la défense Bulgare n’est pas exempte de tout reproche.
« On lé tien l’essploit coach ! on lé tien ! » Kolo, le grand noir de la défense centrale est galvanisé et vient partager sa joie avec les remplaçants.
« Lui c’est un phénomène » me précise Moreno. «  Il est mage. Il découpe des bouts de papiers de 3 cm sur 5 et les mets dans la boîte aux lettres de gens. Il propose de réparer votre ordinateur par la pensée, ou de rendre amoureuse votre ex petite amie. Ca lui prend beaucoup de temps mais tout le monde l’adore. »

La mi-temps est atteinte sur ce score de 1-2, certes un peu flatteur pour Liverpool, mais les Bulgares n’ont pas montré grand-chose non plus.

Dans les vestiaires, Rodgers prend les choses en main. « Bon les gars, vous êtes pas Maradona. En face, c’est pas Zidane. On va pas se faire chier. Quand on le ballon, on le fait tourner derrière puis on le fout loin devant en espérant qu’ils fassent une connerie. Si on peut les contrer, on la met dans la course pour Sterling, c’est le seul qui court vite chez nous. »

Il prend également Mignolet en aparté. « Le ballon tu peux l’attraper avec les mains, tu sais. »

La deuxième mi-temps reprend. On se fait insulter en Bulgare mais ça va, on ne comprend rien.

Liverpool tient bon et Sterling n’est pas loin de marquer un nouveau but.

A la 80ème, Rodgers se décide enfin à faire un changement. Sterling étant fatigué, il décide de se tourner vers le banc, plus précisément vers Coutinho.

Il se ravise finalement est fait rentrer le défenseur Moreno à la place de l’ailier.

85ème minute, les parents des joueurs de Liverpool qui ont fait le déplacement commencent à crier « C’EST FINI MONSIEUR l’ARBITRE ! C’EST FINI ! »

Les Reds tiennent bon jusqu’à la 87è, sur une action un peu confuse, Liverpool concède l’égalisation sur coup de pied arrêté. Rageant.

2-2 score final ici à Razgrad. Les joueurs de Liverpool se congratulent. Ils ont réalisé l’exploit ! Eux aussi, auront une belle histoire à raconter plus tard à leurs petits-enfants.

Les réactions d’après match

Rickie Lambert : « Je suis très content d’avoir marqué, ça signifie beaucoup pour moi. »*

Le mot de la fin pour Rodgers : « Nous avons montré des qualités mentales exceptionnelles. C’est un bon résultat malgré le but encaissé en fin de match. On a fait taire les critiques. On voulait gagner mais ce qui compte, c’est qu’on a montré sur le terrain. »*

 

Voilà, je ne rentre pas avec les joueurs de Liverpool, direction les locaux d’Horsjeu.net sur les Champs-Elysées. Je suis crevé mais heureux d’avoir pu corriger l’image de ces footballeurs du dimanche, qui ont certes des chasubles qui puent, mais qui ont la même passion que les pros.

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* Citations very dick

6 thoughts on “Horsjeu – On était à Ludogorets – Liverpool !

  1. Putain j’ai bien fais de pas troller jeudi et je comprend mieux ton amour soudain du synthétique…
    Merveilleux ce voyage au coeur des petits!

  2. Eh oui, c’est aussi ça, le football. Merci à ces amateurs passionnés qui nous rappellent que le foot est d’abord un jeu…

  3. Bravo. On reconnaît bien dans la description des us et coutumes des joueurs de Liverpool, la simplicité provinciale, le goût de l’authentique et l’amour du lisier, cher également à nos petits bretons.

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