Par Porthos Molise, en direct de l’Olympic.

Avec les camarades de la section, on avait décidé que trop c’était trop et que le patronat méritait une leçon. Voilà qu’on devait poser obligatoirement nos RTT durant les vacances de la Toussaint et en plus on nous forçait à signer un papier comme quoi qu’on renonçait aux fractionnements de nos jours de congés restants ? Non mais dans quel monde vuitton ?

Ajoutez à ça qu’on se tapait notre troisième année de non-augmentation systématique sous prétexte de crise et qu’il fallait travailler plus pour gagner pareil. Et que pendant ce temps, Madame Michu l’actionnaire principale s’enfilait les petits fours à Saint-Barth’ en se faisant dorer la clochette par des éphèbes en moule-bite (vu à la TV).

Si au moins on avait des tickets repas pour acheter nos sandwich au pâté ? Mais j’t’en fous.

La journée s’annonçait donc chargée avec les réunions de comité et autres assemblées consultatives à deux tours à la proportionnelle absolue représentatives de que dalle. D’autant que les vacances scolaires venaient de commencer et qu’avec les camarades de la section il fallait organiser la grève… Comme si on avait que ça à faire. Moi dans ces cas-là en général, je propose l’Action Directe, à base de barils d’essence enflammés et de poings dans la gueule. Mais un vote étant un vote, les camarades ne m’ont pas suivi dans le durcissement du conflit et je pouvait remettre au placard mes envies de meurtre de lendemains qui chantent. C’est que je suis un garçon censé, toujours à l’écoute de mon prochain.

Pour la peine et pour m’éviter des complications à mon ulcère, je décidais unilatéralement de me mettre en arrêt maladie et qu’ils se démerdent tous seuls avec leur lutte des classes à la con. De toute façon c’était dit, je démissionnais. Dans le cul, le trou de la sécu.

A chaque chose malheur est bon, comme je n’avais plus à m’emmerder avec ces histoires de tracts et d’occupation des locaux d’entreprise, j’avais quartier libre pour préparer méthodiquement le match de Coupe de France du week-end… Et il en fallait de l’entraînement. Avec le match de Gambardella programmé en entrée, on partait pour une belle après-midi de football et d’alcool, pas forcément dans cet ordre de priorité.

La semaine précédente, le couperet était tombé mal aiguisé comme un cri de ralliement aux oreilles d’un sourd. L’adversaire du Red Star au sixième tour de la Coupe de France serait le FC Mantois, club d’une ville sujette à caution parentale nommée Mantes-la-Jolie. Je ne sais pas si c’est une ville vraiment jolie sachant que je n’y ai jamais mis les pieds, n’étant pas assez hallal pour marcher dans ses rues. Il paraîtrait néanmoins qu’il y aurait là-bas un val qualifié de « fourré » dans les environs, je n’ose imaginer ce qu’on y fourre. Et à la limite, je ne veux pas savoir.

Ceci dit, on pouvait s’attendre à une belle bataille rangée entre caillera de bonnes familles. Les petiots de U19 (prononcer U19) lanceraient le bal contre leurs homologues mantois (hasard du tirage au sort) à 15h. Les papas prendrait le relais à 18h.

Ainsi donc, j’arrive à l’Olympic la mine défaite, travaillée par une semaine de combat social et une cuite au Boulaouane de la veille au soir, et je décide d’attaquer doucement à la bière, histoire de me remettre proprement. La journée sera longue.

Le public est disparate et le climat chafouin en cet après-midi d’octobre. Les gamins qui font bien plus que leur âge (rapport aux muscles que je n’ai pas, d’après mon conseiller en balle au pied (1) se la joue comme Cheik Yassine, tétraplégie en moins. Le match est équilibré et notre petit gardien râblé épate la galerie par quelques sorties judicieuses et rassurantes. Je me dis que faut qu’il grandisse un peu et après on pourra le mettre dans les cages des seniors. De toute façon, ça peut pas être pire que notre gardien titulaire.
La mi-temps est l’occasion pour nouzautres supporters de se rassasier d’un bon sandwich merguez agrémenté de ses quelques frites recuite au jus de gras. Au passage, je saluerai le professionnalisme des joueurs de Mantes qui viennent se sustenter à la buvette d’un bon sandwich prolétarien (2). C’est pour nous l’occasion d’échanger distraitement sur la situation géopolitique des Yvelines et de fourrer quelques pilules qui font dormir dans leurs bières sans alcool.

Vient la deuxième mi-temps pour les gamins. La match se termine par un but de Fofana (Red Star) à la 90ème : un 1-0, espérons-le de bonne augure pour la suite. Nous nous en retournons à l’Olympic, histoire de réchauffer l’ivresse de la veille.

Vient le match tant attendu, et c’est là que mes notes vont servir à quelque chose, vu que je ne me souviens de rien, la faute à la tournée du patron.
L’arbitre est à chier, dixit mes premières notes griffonnées. Le match est plus que rugueux, esprit foot2rue tout ça. Les Mantois confondent tacles à retardement et coups de pieds dans la gueule (et inversement) sous le regard impavide de l’arbitre aux abonnés absents. Le sponsor du FC Mantois doit avoir un rapport avec un certain clown vendeur de hamburger, rapports à leurs couleurs chatoyantes rouges et jaunes ou alors est-ce une référence au sang de leurs ennemis et à l’or de leurs gourmettes ? Pas de trace de chiasse au cul malgré les frites avariées de Mouloud, notre cuistot en chef. Z’ont l’estomac solide, ces gaillard.

La feuille de match :

  • Gagnier, nouvelle recrue, est remplaçant pour sa première.
  • Gorgelin dans les buts, on respire un peu.
  • Touati et Allegro sont au repos.
  • Doumbia est titulaire.
  • Dieye revient de suspension.

Au début, clairement on en chie. Les Mantois ont plus d’envie que nous, le schéma de jeu est toujours aussi foutraque. Les supporters font la grève des chants, une première pour la saison. Comme entendu au comptoir de l’Olympic « on a pas envie d’se bouger l’cul pour des mecs qui se bougent pas le cul ». Dont acte.

On leur donnent des coups francs, on fait des passes de merde, histoire de se foutre la pression tout seul… Bref, comme à l’accoutumée, on a cette dégueulasse impression de voir des mecs qui ne comprennent pas ce qu’ils foutent là… Et on se dit qu’on va s’en prendre quatre dans la vue avant la mi-temps. Heureusement que l’équipe en face c’est du CFA, hein ?!

Comme l’arbitre ne fait pas son boulot, forcément ça chauffe au milieu de terrain, et suite à un énième tacle à retardement (on est à la 30ème, un truc comme ça), les mecs commencent à se taper gentiment.
Face à la pression, le Redstarman a tendance à se dégonfler rapidement, mais allez savoir, esprit de quartier ou quoi, les provocations des Mantois finissent par les faire sortir de leurréserve. Les mecs se décident enfin à jouer. Les mecs provoquent, poussent le cornichons et lancent la banane à l’assaut de la surface adverse. Du jeu, putain.

A la 41ème, Malfleury nous claque son but de toute beauté… A moins que ce soit Marlet ? Ah oui, c’est ça. 1-0 pour le Red Star, t’entends ? Hon ! Cinq minutes plus tard, Gorgelin nous sauve de l’égalisation en effectuant une sortie de ouf malade version Schumacher et fusille le n°7 adverse qui réfléchira à deux fois avant de ressortir de sa cité ! Quand on se rappelle les sorties pataudes de Meïte, on se dit qu’on tient peut-être là notre gardien ? Enfin, j’espère.

La mi-temps joyeuse arrive et le pastis coule à flot. Encore 45 minutes de vessies contractées et le Red Star pourra continuer sa route à la poursuite de la 6ème. On peut toujours rêver.
Malheureusement, la 2ème mi-temps ne commence pas comme finit la 1ère. On se fait bouger comme des pucelles au milieu de terrain. Marlet, d’abord omniprésent à l’image de ses matchs précédent, disparaît complètement de la surface au retour des vestiaires. Sur deux caviars de Malfleury, il rate complètement la balle, va perdre la ballon ici et là. Bref, il n’y est plus.

Sa disparition permet de mettre en lumière le jeu de Bezouien, à la limite de l’escroquerie. Doumbia, pas à la fête est remplacé par Ribadeira. Y’a du changement aussi en défense, histoire de calmer le jeu qui ne ressemble plus à rien. Heureusement pour nous, les Mantois sont aux abois, physiquement ruinés et en retards systématiques sur tous les tacles.

Après quelques attentats, l’arbitre décide finalement d’en expulser un… A moins que je confonde avec le match des U19 ? Merde oui, j’ai l’esprit embrouillé.

Quoiqu’il en soit, Mantes ne se montrera plus guère dangereux, juste un peu pour permettre à Gorgelin quelques sorties acrobatiques de toute beauté. Les deux buts de Bezouien dans les arrêts de jeu seront anecdotiques.

Victoire 3-0 guère rassurante du Red Star, mais on va pas jouer la fine bouche, et c’est quand même plus joyeux de boire pour fêter une victoire que de boire pour oublier la défaite.

(1) Plutôt métèque mais avisé, de bonne facture.
(2) Merguez, ketchup et moutarde.

 

Les gentils garçons :

Gorgelin (4/5) : Énorme. On a eu sérieusement chaud aux cul et le lyonnais a excellé dans son rôle de couche confiance. Toujours présent sur les coups de pieds arrêtés, solide dans ses sorties (et il le fallait). Le meilleur joueur sur le terrain.

Cerielo (1/5) : A son actif, quelques belles montées. Mais s’est foiré trop de fois sur trop de ballons simples, mettant en danger la défense pour rien.

Clément (2/5) : Comme un pet de femme, inodore et incolore.

Abissonono (2/5): Le patron de la défense… à l’image de sa défense.

Kébé (2/5) : A souffert sur son côté, s’est fait bougé et a tenté de bouger. S’est pris un carton sur un tacle sale après un énième enrhumage, remplacé par Ben Djemia (non noté) à la, heu… 75ème ?

Dieye (3/5) : De retour de suspension. A été au four et au moulin, pas forcément avec réussite (ni classe), mais bon.

Guyon (3/5) : Dans Kick and Rush, le Kick c’est lui (on cherche toujours le Rush).

Beziouen (1/5) : Il a marqué deux buts ? Ouais. Et il a que 1/5 ? Re-ouais. Il n’a servi à rien pendant tout le match, a perdu un nombre incalculable de ballon sur ses tricotages d’adolescent ouaich ma gueule, dont un qui aurait pu nous coûter bonbon. A marqué à la 92ème et à la 94ème alors que le match était plié et se prend pour Inzaghi. Bordel !

Doumbia (2/5) : Y’a du mieux. Même si j’avoue avoir un malin plaisir à le pourrir, je reconnais qu’il a fait deux/trois beaux mouvements qui aurait pu amener du but. Malheureusement, ça ne fait pas un match . Comme toujours, il est remplacé à la 60ème, cette fois par Ribadeira (non noté).

Malfleury (4/5) : Un bon gars, présent sur toute la partie. C’est lui qui amène le premier but à Steevy. Pendant tout le match, il chercha un penalty que jamais il ne trouva.

Marlet (3/5) : La note est pour son but et sa première mi-temps parce qu’après il a complètement disparu de la circulation, cramé qu’il était. Une deuxième mi-temps insipide, remplacé par Cé Ougnia (non noté) à la 80ème.

 

Les voyous :

Mais que fait la Police ? Non, sans dec’, parce qu’on a eu chaud au uc’…

 

Et sinon ?

En cadeau, le film du match et un petite interview « A partir de là je crois que bon » des entraîneurs :

Et puis les jeunes, parce que les erreurs payent.

2 thoughts on “La Jules Rimet Académie : 6ème tour Coupe de France, Red Star-FC Mantois (3-0)

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