La semaine du rédac-chef

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Une semaine en longueur et en hauteurs

stagiautis

Dimanche

J’ai fait une boulette la veille. J’ai révélé à quelqu’un qu’un de mes potes se tapait l’ex-femme d’un de ses potes à lui. Le gars était sympa. Il était venu dîner avec nous parce qu’il ne voulait pas rester enfermé chez lui à encaisser la triste nouvelle qu’est la disparition d’un proche. Il s’agissait dans ce cas-précis de son voisin, sorte de grand père anar célibataire, qui l’aidait énormément dans sa lutte contre l’ennui du quotidien de l’actif trentenaire. La tristesse aidant, les consommations de whisky aussi, il en devint pathétiquement drôle et touchant en même temps.
Après avoir reconnu ensemble que Pierre Desproges avait bien raison d’avoir dit un jour que l’humour était la politesse du désespoir, après une pinte de whisky aussi, nous sommes passés à d’autres sujets moins sérieux et c’est là que j’ai lâché l’information comme on peut lâcher son premier pet sonore chez un copain. Détendu. A la fraîche. Mais dans la chaleur de l’amitié alcoolisée.

Mon pote apparemment m’en veut pas. Sa meuf m’en veut pas trop. Le constat du dimanche matin était donc : « tant qu’à lâcher l’information, tu l’as lâchée à la bonne personne. »
J’ai été rassuré de savoir que même bourré, j’arrivais à garder mon sens du goût. J’ai pu disputer les prolongations le dimanche soir la conscience sereine.

Lundi

En rentrant du bar, j’ai trouvé une idée de chanson, genre rock çai-fran indépendant des années 90. J’avais trouvé le refrain à base d’ « enculés » assez rapidement et avais noté quelques idées avant de me coucher.
Après mon réveil et ma cafetière matinale, aux toilettes donc, je me suis repenché sur mon projet et constatai même que j’avais une certaine inspiration. J’allais dénoncer dans ce texte les non-fumeurs, cette sale race de collabo.
Soucieux d’être dans les meilleures conditions pour laisser l’inspiration se concrétiser en réelle action, j’ai attaqué le 2e couplet après m’être roulé un pet’ (j’avais réussi à pécho une dépanne samedi soir).
J’ai terminé le 3e couplet avant même d’entamer la 2e moitié de mon pétard. Dans celui-ci, je dis que la weed est la meilleure réponse à la guerre.
J’avais pensé initialement à tenter de faire une instru à base de samples de pink floyd et d’Edwyn Collins, mais n’ayant pas trop l’énergie pour me lancer sur un projet de plusieurs semaines, je me suis vite retourné vers le stock d’instru disponible de mon DJ secret.
J’ai enregistré 4 prises, j’ai mixé, réécrit un peu, refait une prise. Et j’étais content.
J’ai écouté une fois, puis deux, puis trois je crois, et j’étais encore plus content.
Quand je suis revenu à mon ordi après ma sieste post-branlette, tout avait déjà été mis en ligne par le service rédaction ou les rédacteurs eux-mêmes.
J’ai lu ce qu’on publie du coup avec mon café post-sieste post-branlette. Et j’ai trouvé ça bien. J’aime beaucoup ce que vous faites aussi.


Mardi

J’ai trouvé ma chanson à mon réveil aussi belle que la veille. Je ne peux en dire autant de n’importe quelle connasse. Me demandant si ce n’était pas la meilleure que j’avais faite, je l’ai envoyée à quelques personnes qui étaient susceptibles de pouvoir juger. Et j’ai eu deux retours.
1) ‘Tu vas un peu dans tous les sens, on a du mal à te suivre’ m’a dit un pote qui devait manquer de hauteur.
2) ) ‘On devrait penser à un clip’ m’a répondu un autre, réalisateur à ses heures, et qui a de très bonnes idées. Parfois en tous cas.
Je pense que là, il a raison. Emettre des sons ne suffit pas à être entendu par cette jeunesse 2.0. Il faut également qu’elle nous regarde. Et je préfère d’ailleurs voir les choses en grand quand j’arrive à m’élever moi-même. Mais je trouve ça étrange de me rendre compte que je suis presque en train de faire de la musique pour les autres.

Je suis parti pour un verre, mais rempli plusieurs fois, avec un ex-compagnon d’aventure. L’Erasmussisme. Cette année de nos vies où on se découvre homme tellement notre rythme de cuite nous étonne.
L’Erasmussisme, c’est la coupe du monde de l’étudiant alcoolique. Tu représentes ta ville, ton université, ton championnat en même temps dans une grande compétition centrée sur les teufs et les rencontres avec ou face à l’autochtone.
Moi, j’étais un peu le Manu Petit de ma compagnie. Non pas que c’était des champions du monde à mes côtés, mais que j’avais beau être collectif et volontaire quand il s’agissait de jouer en équipe, et bien que j’arrivais moi aussi à les mettre au fond lors de grands rendez-vous, je restais un peu à part du reste du groupe.
Lui était content de pouvoir quelque fois parler à un mec qui comprenais que l’on puisse se sentir un peu coupable d’être resté 5 jours à Budapest sans avoir vu autre chose que des bars et des boites. Donc on s’entendait bien. Un peu comme Manu le grand avec le roi David. Je ne peux pas le comparer avec Thierry Henry parce qu’il n’est pas du genre à vouloir se mettre en avant à tout prix.

On a eu donc l’occasion de boire enfin notre premier verre depuis notre retour sur terre. On a parlé drogue assez rapidement, et il m’a même avoué au bout d’un moment qu’il avait pris une fois de l’héroïne. C’était involontaire. Il croyait qu’on lui tendait de la cocaïne et il s’était retrouvé peu après transformé en canapé. Une expérience unique.
La descente a en revanche été très difficile, et ça lui a fait dire : « plus jamais ! » (même si c’était bien au début).
Donc vous voyez, c’est safe. Alors pourquoi personne ne m’écoute quand je dis : « abonnez-vous que je puisse goûter l’héroïne » ?

Au terme du 3e apéro de la journée,  Je me suis dis que je devrais peut-être essayer le même slogan avec l’opium, que je n’ai jamais goûté non plus.
Une fois dans mon lit après toutes ces réflexions et cette dure journée de doute, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire horsjeu.net. J’ai trouvé que cette interview de Pippo Russo était particulièrement réussie et pouvait même nous permettre d’affirmer qu’on était un site utile.

Mercredi

Après la publication du lien de la 2e partie de l’interview de Pippo Russo, j’ai envoyé le lien à mon contact de sofoot.com pour lui montrer qu’on faisait des trucs vachement mieux qu’eux alors qu’on avait beaucoup moins d’argent. Mais il n’a pas été d’accord quand je les ai traités de « cocaïnomanes de gauche ». Il m’a en fait confirmé que malgré le style hype qu’ils se donnent, ce sont des mecs normaux qui préférent boire une pinte au bar comme nous tous. Je l’ai trouvé assez émouvant dans sa plaidoirie, alors je ne l’ai pas traité de collabo.
J’ai ensuite réécouté ma chanson et je l’ai trouvé moins bien. Je trouvais que c’était partir sur de bien mauvaises bases. Je suis retourné me coucher.
Je voulais écrire un article sur les Van Nobel, comme une façon de passer le relais à la cérémonie de remise des prix où ils s’étaient tous faits très beaux, mais je n’ai pas trouvé la force d’être drôle à l’écrit. Il faudrait que je demande au stagiaire autiste de faire le récapitulatif. Il m’avait dit qu’il ferait celui de l’an dernier, mais il a finalement préféré se consacrer à WC14 en moins d’une heure, le film de la coupe du monde d’horsjeu.net qu’on offre à tous nos abonnés.
J’ai commencé à réfléchir à un clip de mon côté, et en remettant le casque dans mes oreilles, j’ai apprécié de nouveau l’œuvre de ma semaine. J’avais repris un peu de hauteur depuis son exploration matinale, et c’est évident que ça a joué.

Je suis reparti boire des coups avec des gens, dans l’espoir que ça me permettra de rencontrer quelqu’un qui pourrait me mener un jour à un travail rémunéré.
Je me suis finalement endormi devant la cérémonie des Van Nobel, lors de l’un de ces temps de parole confisqués par le monsieur avec un nœud papillon.
Jeudi

J’avais un planning bien plus chargé que d’habitude puisque je devais aller me faire présenter les vœux de GDF vers 18h30 et tourner vers 20h/20h30 les dernières scènes du film horsjeu.net qui devait sortir il y a quelques mois.
Pour aller à ces vœux de GDF, je devais rejoindre un pote et y aller en scooter.
On devait ensuite passer chez lui pour récupérer une caméra et des micros sans lesquels, il aurait été difficile de tourner quoi que ce soit.
Manque de chance, mon poto devait également se rendre au pot de départ de son supérieur hiérarchique qu’il apprécie particulièrement. Ce qui ne rendait plus possible d’arriver avant 21h30 chez l’éditeur.
Manque de compétences cérébrales, je n’ai pas pensé à prendre mon téléphone portable avec moi, pensant inconsciemment que mon exceptionnelle ponctualité au premier rendez-vous serait de toute façon suffisante.
Manque d’intérêts, GDF nous a forcés à les écouter avant de pouvoir accéder au buffet. J’ai bien tenté de voir après cette épreuve si mes compagnons de galère auditive étaient susceptibles de me donner des pistes intéressantes pour pouvoir payer le gaz chez moi un jour, mais sur le coup, je n’y croyais plus moi-même.
Manque donc de ponctualité sur mon propre retard au final.

Ça n’a pas plus à l’Editeur, qui n’était pas content de nous avoir attendus plus de 3h et qui s’estimait trop bourré du coup pour pouvoir tourner.
Et moi je considère que quand on fait un site de foot anarcho-punk, on fait pas sa mijaurée à exiger des autres de la ponctualité.
L’Editeur n’était pas content quand même, parce qu’en plus il trouvait les raisons justifiant notre retard, à savoir, qu’on s’était laissé déborder par l’apéro, très mauvaises.
Moi je les trouvais totalement dans le ton horsjeu justement.
Cela dit, je ne peux en vouloir à l’Editeur de s’emmêler un peu les pinceaux avec toutes ses progénitures et ses différentes vies.

J’ai quand même pu tourner deux scènes essentielles au montage final avant de sauter dans le dernier métro. Un polonais y fumait un gros pet de beu en buvant une maxi navigator, ce qui incommodait fortement ma voisine. Je n’ai pas trouvé l’amour nécessaire pour faire écouter ma chanson à l’un ou à l’autre dans l’espoir que ça les réconcilie pour toujours.

Vendredi

En réfléchissant à ma semaine du rédac-chef, je me suis rendu compte que je n’avais pris aucune bonne résolution hebdomadaire, et qu’aucune de celles que j’ai prises depuis le début de l’année n’a même été inconsciemment appliquée.
Je me sens un peu sale. Laissez-moi tranquille s’il vous plait.

 

3 réflexions sur «La semaine du rédac-chef»

  1. Le rédac-chef n’est jamais malade ? Pas forcément une grippe mais le sida ou autre ?

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