L’apprenti footballologue analyse Vénézuela-Argentine (1-0)

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Le gamin en a encore pondu une belle.

Vénézuela :

Argentine :

Est-ce que créer est aussi facile que sublimer ? C’est un débat qui peut paraître compliqué, mais qui a une réponse assez rapide à trouver en football. Non, il est beaucoup plus ardu d’être un créateur qu’un détonateur. La raison est simple : on crée pour quelqu’un, pour son équipe toute entière finalement, tandis qu’on peut seul sublimer une création antérieure, quelle soit individuelle ou collective. On pourrait résumer la notion de création au rôle de ceux qu’on nomme milieux créateurs, mais ce serait un raccourci grave. Il faut en effet que ce régulateur de jeu soit abreuvé en ballon, propres si possibles, pour qu’ensuite il puisse les distribuer. Le reste n’est plus vraiment de son ressort, une fois la balle transmise, c’est aux autres de se débrouiller pour transformer les ouvertures en passes décisives. C’est justement ce rôle que tiennent les éléments chargés de déstabiliser une défense, les accélérateurs de particule. Débarrassés du rôle parfois ingrat qui consiste à récupérer ou à fluidifier le jeu, ils peuvent jouer sur certains éléments clés : vitesse, dribble, qualité de frappe.

Lionel Messi, puisque cette introduction amène à lui, pourrait peut-être occuper les deux rôles. A la fois buteurs et passeur, il possède des statistiques exceptionnelles en club qu’il n’arrive pas à transposer en équipe nationale. Souvent expliqué de manière simpliste, le phénomène se doit d’être resitué dans un contexte global, encore une fois flagrant lors de ce duel face au Vénézuela.

A Barcelone, ses passes décisives ne sont pas celles d’un Juan Roman Riquelme, l’une des figures emblématiques du meneur de jeu dans son expression la plus récente. Quand JRR fait naître le décalage par la passe, Messi commence toujours par une prise de balle rapide et technique, permettant souvent de mettre un ou deux joueurs dans le vent sur les premiers appuis. Dès lors, il est relativement aisé de distribuer le jeu quand les solutions nées de ce trou dans le premier rideau se font multiples. Sans nier une vision du jeu au-dessus de la moyenne, ce n’est d’ailleurs pas le débat, force est de constater qu’il profite souvent de qualités déséquilibrantes pour la faire parler. Inutile de revenir sur la capacité à finir les actions, simplement rappeler qu’il est plus facile de dribbler jusqu’au but quand on part des 30m que quand on part du milieu de terrain.

Dans ce match comme dans beaucoup d’autres, l’Argentine a manqué de beaucoup de choses, d’envie et/ou de jus en fin de partie d’ailleurs, mais surtout d’un organisateur. Xavi est un nom qui revient de suite quand on pense à Messi, mais celui du Gerrard des bonnes années résonne également, surtout aux oreilles d’un Mascherano associé à … Sosa. Difficile de lutter face à Rincon et Lucena quand on ne se repose que sur ces deux hommes pour contrôler le jeu, surtout quand on sait qu’aucun des deux Vénézueliens n’est le meneur de jeu que pourrait bloquer Maské. Individuellement, Rincon a littéralement éteint un Sosa dont on peut légitimement se demander s’il a déjà été allumé.

Sur les ailes, Rojo et Zabaleta ont essayé de jouer leur rôle, sans réellement qu’on puisse comprendre l’intérêt de faire évoluer deux latéraux si haut quand on joue avec un seul vrai attaquant de pointe. Pire, leur positionnement très avancé les a amené à se retrouver très proches de Di Maria et Messi, voulus ailiers-attaquants censés repiquer dans l’axe. Une place qu’ils ont tous les deux occupée pendant des années, mais qu’ils ont dû oublier pendant une partie du match. La faute à qui ? A mon ami Sosa (et de facto à Sabella) incapable d’être l’élément qui lie la défense à l’attaque. Banega, resté sur le banc pour passer à trois joueurs dans l’axe défensif, aura apprécié. Tout comme il aura apprécié l’effet de l’ajout d’un troisième défenseur pour contrer le duo Fedor-Rondon. Au lieu de prendre de vitesse deux joueurs sur les longs ballons de contre-attaque rapide, Rondon aura passé sa rencontre à en prendre de vitesse trois. Pas sûr toutefois que ridiculiser Burdisso, Demichelis et Otamendi soit une performance si impressionnante.

Obligés de soutenir le milieu de terrain axial, sous peine de ne jamais voir le ballon arriver jusqu’à eux, Messi et Di Maria ont une nouvelle fois symbolisé le mal argentin. L’un n’est pas capable de prendre le jeu à son compte, surtout avec uniquement deux autres joueurs capables d’être dangereux devant, et l’autre a toutes les qualités de l’ailier mais aucune quand il s’agit de jouer en passes courtes et de donner le tempo au jeu. Un vrai manque de polyvalence en ce qui concerne le Madrilène, contrairement à Arango, qui peut à la fois jouer sur l’aile et dans l’axe, adaptant son jeu aux besoins de son équipe.

Sublimer, c’est profiter d’un acquis pour le rendre encore meilleur, seulement il n’y a personne pour réellement donner une identité de jeu à la sélection argentine, ni même pour en être le leader sur le terrain. Et c’est bien le problème de ces grands joueurs de club qui arrivent en équipe nationale avec tout le poids d’un pays sur leurs épaules : ils ne sont que le rouage d’un système forcément au point dans leur club, puisque répété au quotidien, mais souvent défaillant en sélection, sauf à ne sélectionner que des joueurs évoluant dans un même système de jeu et partageant une même philosophie. Reste la possibilité pour un sélectionneur de composer une équipe à son image, mais il faut alors bâtir dans la durée, un loisir peu souvent accordé.

Le danger multiple, notion déjà évoquée lors d’anciennes analyses, ne peut avoir lieu que quand une formation est suffisamment bien en place pour posséder une multiplicité de solutions. Sans quoi on donne la balle à un danger X clairement identifié, qui sera de toute manière attendu par plusieurs gardes du corps, parfois à hauteur de cheville. Ce danger multiple, c’est celui qui naît dès que le Vénézuela à un coup de pied arrêté. Tout sauf une nouveauté (voir analyse précédente)Arango au coup franc, Andujar à la parade. Arango au corner, Amorebieta plie l’affaire. La binationalité fait gagner, l’Argentine cherche son taulier.

Moments forts.

L’Apprenti Footballologue.

5 thoughts on “L’apprenti footballologue analyse Vénézuela-Argentine (1-0)

  1. les moments fort d’une rencontre sans le but ni la seconde periode ? comme un sein ball d’apprenti ?

  2. Zabaleta et Rojos dans un 3-4-3 quand on connait les qualités offensives du premier… Délirant. Un Sosa, qui est un joueur de côté, placé aux cotés de Mascherano… Une défense avec Demichelis…

    Mon dieu…

  3. Euuuhhh El Kun y El Flaco ?

    D’accord avec toi Michel, le problème de l’Argentine, c’est qu’elle n’a pas de coach… C’en est affligeant…

  4. Kun est blessé. Pastore a joué 5 minutes…

    Je suis pas encore défintif avec Sabella, son 4-4-2 contre le Chili avait été plutôt bon meme si sur le long terme ça me parait impossible parce que l’Argentine n’a pas de vrais joueurs de côté.

    Je pense que tant que l’Argentine n’aura pas un grand n°10, elle ne pourra rien faire.

    La dernière belle équipe est celle de Pekerman, tant dans le jeu avec un toque génial (cf l’action contre la Serbie) et Riquelme aux manettes.

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