Le meurtrier est dans le 11 de départ : Episode 3

Chlorophylle se réunit.

Si vous avez manqué le premier chapitre, c’est par ici. Et le deuxième, c’est par là.
Sinon, ben vous pouvez lire librement la suite. Remarquez vous pouvez aussi lire la suite sans avoir lu le début, mais vous n’allez pas tout comprendre…

Assis dans sa voiture, le commissaire Chlorophylle perd son regard à travers le pare-brise, la main posée sur la poignée de la portière. Il a arrêté son geste en revoyant comme dans un flash cette scène invraisemblable d’un footballeur célèbre abattu d’une balle en pleine tête dans le centre d’entraînement de son club. La presse s’est déjà emparée de l’affaire et parle évidemment de la course-poursuite entre Chokapic et la police, les différents journalistes se demandant si le Croate était considéré comme un suspect dans l’affaire Marmelade. Certains pointent le peu d’éléments récoltés par Chlorophylle et son équipe depuis deux semaines, et ne se gênent pas pour échafauder leurs propres théories. Garé sur le parking du commissariat, Gary Chlorophylle réalise qu’il est désormais coincé entre la pagaille que mettent les médias dans cette affaire et la pression exercée par sa hiérarchie, incarnée malheureusement par cet incapable de Chandelier, elle-même pressée par le ministère de trouver le meurtrier de l’attaquant vedette du club le plus important du pays, et surtout de l’équipe nationale.

En entrant dans son bureau, le commissaire ne daigne même pas regarder la montagne de messages laissés par une des secrétaires attachées au service. Il n’a pas envie de trier les multiples témoignages de citoyens recueillis par cette fichue ligne verte mise en place à l’initiative de Chandelier, qui n’avait d’ailleurs apportée que son lot d’illuminés et autres farceurs. Il se souvient d’une vieille dame qui affirmait avoir vu Marmelade jouer dans son jardin avec Kiki, son caniche, et que le footballeur, mort tout de même une semaine auparavant, portait le scaphandre de son mari, pécheur de moules en eaux troubles. Ou encore de cet homme, qui s’était avéré être un habitué des services psychiatriques de la ville, s’étant présenté comme la réincarnation de Josh Marmelade, l’arrière-grand-père de Bruce, et assurant qu’il pouvait communiquer avec son descendant. Les collègues de Chlorophylle se réunissent souvent pour échanger les anecdotes hilarantes à propos de ces appels, ce qui a le don d’agacer au plus haut point le commissaire. Nous perdons un temps fou avec ces conneries, se dit-il en posant ses pieds sur son bureau et en s’allumant une cigarette. Fumer est interdit dans les locaux depuis presque un an et demi, mais il n’en a jamais tenu compte et ne se gène jamais pour outrepasser ce qui est pourtant une loi que lui, représentant de l’ordre, doit normalement faire respecter. L’ironie le fait sourire à chaque fois qu’il s’inonde de nicotine, les pieds posés sur son bureau, regardant par la fenêtre l’avancement du chantier derrière le commissariat. Un centre commercial va bientôt remplacer ce manège incessant de grues et autres tractopelles.  Le bitume envahit tout, pense t-il, avant je me baladais dans ce parc en regardant les jolies fesses des joggeuses, demain ce sera les grosses miches des femmes au foyer qui traînent leurs mioches hors du rayon jeux vidéo.

Il soupire à cette idée terrible de ne plus jamais voir de fesses de joggeuse et retire ses pieds du bureau, emportant avec lui un dossier. Celui-ci s’ouvre sur le sol et laisse s’échapper tous les papiers le contenant. Il laisse éclater un juron et écrase sa cigarette pour pouvoir se pencher et ramasser les feuilles. Il s’agit du dossier de l’affaire Marmelade. Il ne ramasse rien mais dispose plutôt toutes les photos de la scène de crime par terre et se lève, comme pour avoir une vue d’ensemble, sans savoir vraiment si cela lui sera d’une quelconque utilité.

Marmelade avait été retrouvé allongé sur le dos à même la grande table de son salon. Il avait reçu une dizaine de coups de couteau au niveau de l’abdomen et s’était vidé de son sang, ce qui avait entraîné sa mort. C’était sa femme de ménage qui l’avait découvert et avait prévenu aussitôt la police. Plusieurs choses avaient frappé les enquêteurs lorsqu’ils étaient arrivés sur place. Tout d’abord, l’absence la plus totale de traces de sang, alors que les blessures suggéraient donc un saignement extrêmement conséquent.  Le corps était en plus de cela parfaitement propre et l’autopsie avait révélé plus tard que celui-ci avait été lavé à l’eau froide, ce qui avait également provoqué la coagulation du sang dans  les plaies. Il avait donc été déshabillé puis rhabillé post-mortem. Phlip Jambonneau, le médecin-légiste le plus compétent des services de police, avait estimé que la mort remontait à la veille et que le couteau utilisé était un modèle utilisé généralement pour chasser. En analysant le sang de Marmelade, on avait découvert la présence d’une forte dose d’un calmant, et, après une examen minutieux du corps, un petit trou de la taille d’une seringue au niveau de l’épaule droite.

Se repassant tous les éléments relatifs au corps et à la scène de crime, Chlorophylle cherche à découvrir le petit détail qui lui avait échappé au début et qui pourrait bien faire basculer l’enquête. Rien pour l’instant ne mène à un suspect, aucun indice n’ayant été retrouvé. Il ne peut se baser que sur son intuition pour continuer à essayer d’avancer. Il y a désormais un autre élément à prendre en compte, un nouveau mystère à élucider : le meurtre de Chokapic. Pourquoi s’était-il enfui ? Chlorophylle voulait simplement vérifier à nouveau son alibi. Il avait appris que le Croate s’était brouillé avec Marmelade lors de l’entraînement précédant la mort de l’attaquant. Ce n’était pas grand chose mais il avait voulu vérifier cette piste jusqu’au bout. Chokapic avait dans un premier temps affirmé qu’il avait passé la journée avec sa femme, mais celle-ci s’était montrée évasive et peu sûre d’elle lorsque le capitaine Robinet était allée l’interroger. Il faut que je retourne la voir, se dit Chlorophylle. C’est devenu nécessaire de toute façon depuis que son mari est mort. Il a désormais deux meurtres à résoudre, que seul le plus parfait de tous les idiots ne lierait pas entre eux.

A Suivre…

Fred Viagras

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