Angers-OM (0-2) : La Canebière Académie ne pardonne pas

Aïoli les sapiens,

L’heure est grave.

L’équipe

Mandanda
Sakai (Lopez, 46e) – Kamara – Caleta-Car – Amavi
Rongier– Strootman – Sanson
Sarr– Benedetto (Alvaro, 63e) – Payet (Radonjic, 79e)

Eh bien nous allons ici faire simple : rien ne change par rapport à vendredi dernier. Seul Alvaro, de retour de suspension, reprend place dans le groupe et sur le banc.


Le match

Premier point positif, les joueurs semblent bien avoir pris conscience qu’on ne pouvait pas affronter le sympathique Stade brestois tous les jours. L’art pour l’art, les une-deux sur les six-mètres, les ballons offerts à 25 mètres, tout ça c’est fini. Ici c’est l’austère Maine-et-Loire, son passé médiéval, son catholicisme, et surtout son équipe qu’il est notoirement casse-couilles d’affronter.

Par conséquent, notre pressing sur les premières relances ne dure pas plus de 5 minutes, avant un repli stratégique défini sous le nom de « démerdez-vous avec le ballon, on vous attend ». En toute honnêteté, au début la pertinence de la tactique ne saute pas aux yeux. C’est particulièrement le cas au quart d’heure, lorsque Capelle enclenche le slipomètre d’une tête magistralement sortie par Mandanda.


L’OM n’est pas parti pour empiler les occasions ce soir, aussi les coups de pieds arrêtés prennent-ils une importance cruciale, fût-ce un bête coup-franc obtenu à 45 mètres des buts. Pénétré de l’importance de son geste à venir, Dimitri Payet se concentre et visualise longuement le point de la surface où il s’apprête à déposer la balle… et, pendant que les Angevins se placent, délivre une passe à ras de terre de gros chacal pour Sanson, parti côté opposé. Sans marquage, Morgan empoche le butin une main dans le slip (0-1, 17e).

Cette filouterie valide notre tactique de la tarentule (« si t’es surpris elle t’inocule ») : notre équipe rentre illico dans son terrier, d’où elle sort épisodiquement pour tenter d’achever la bête. L’OM est certes dominé, mais les milieux savent ne pas se livrer et, appuyés par une défense d’une extrême concentration, parviennent à compliquer la vie aux Angevins. Nous tirons quelques flèches en contre côté gauche : servi par Sanson, Rongier tire de peu à côté, avant que Benedetto n’échoue sur le gardien après une percée similaire d’Amavi. Côté droit, le jeu est moins direct : Sakai et Sarr bloquent une attaque et sortent le ballon de belle manière, de si belle manière que l’action se poursuit par des passes redoublées entre les deux. L’entente entre les deux compères est si fluide que 10 secondes plus tard, Sakai se retrouve lancé dans la surface de réparation comme un crétin des Basse-Alpes place Beauvau, c’est-à-dire sans que personne n’ait rien vu venir ni compris au pourquoi du comment. Le défenseur angevin Romain Thomas se prend alors les pieds dans le Nippon, ce qui n’est pas une contrepèterie mais bien une faute passible d’un pénalty. Sakai retombe mal et se fracasse l’épaule, contraint de serrer les dents jusqu’à la pause. Payet, lui, transforme la sanction d’un placide contre-pied (0-2, 41e).


Tombé au combat, Hiroki ne revient pas des vestiaires : Sarr recule d’un cran, Payet passe à droite et Maxime Lopez fait son entrée à gauche. Nos joueurs ne dévient pas de la stratégie initiale : que les Angevins sachent à leur tour ce que cela fait, d’affronter une équipe pénible. Les noir-et-blanc dominent, mais ne parviennent pas à trouver la faille : le milieu verrouille l’axe, les centres sont gagnés par Mandanda ou par nos défenseurs. Bref, nous nous délectons de voir les Angevins en chier de l’exacte manière dont nous avions pris l’habitude d’en chier chez eux les années précédentes. Seul bémol, l’efficacité clinique de la première période ne perdure pas. Payet à la première passe et Sanson d’une lumineuse talonnade nous procurent un début d’orgasme, que Benedetto ainsi lancé seul au but ne peut que concrétiser. Hélas, Dario est tellement concentré sur son duel avec le gardien qu’il n’anticipe pas le retour du défenseur et se voit taclé au dernier moment.

Cruel pour notre avant-centre, Benedetto sort dans la foulée de ce raté, remplacé par Alvaro Gonzalez. Une rétractation gonadique digne des pires heures de Rudi Dehors ? Nenni. Un changement défensif de Villas-Boas, c’est ce que les biologistes appellent une apoptose : la mort cellulaire ordonnée, programmée, qui permet à l’organisme de se réorganiser et de poursuivre ses activités sereinement. Alors qu’un changement défensif de Rudi Garcia, c’était la nécrose : la cellule infectée panique, éclate en éjectant des détritus partout autour d’elle et contamine tout le reste jusqu’à la gangrène.

Bref, Dario part se consoler sur le banc, Alvaro intègre une défense maintenue à 4 unités, ce qui permet à Kamara et par répercussion Strootman, Sanson et Payet de se décaler un cran plus haut. Néanmoins, les joueurs de l’OM ont beau sembler confiants, des années de désillusions ont trop maltraité nos sphincters pour que ceux-ci ne frémissent pas à l’évocation de cette balle de 0-3 manquée.


Pourtant, à l’exception d’un coup-franc bêtement concédé par Caleta-Car et traduit par une frappe de peu hors-cadre, l’OM se tient à son plan sans s’affoler un seul instant. Nos joueurs ne tentent pas grand chose offensivement, mais laissent volontairement leurs adversaires s’épuiser, sans autres résultats que des centres repoussés sans émoi.

Le Radonjic nouveau entre pour achever la bête, et commence par une passe pleine d’une inédite lucidité vers Sanson. Morgan, voit malheureusement son tir raser le poteau. Juste après, Amavi voit son centre trouver le Radonjic nouveau seul aux 6 mètres (nous répétons ici l’épithète « nouveau » non pour évoquer le raté monumental de Nemanja, assez classique, mais bien pour signaler le fait que pour une fois, personne n’a aussitôt songé à insulter ses aïeules sur huit générations).

Alors que le SCO n’en finit plus d’expirer, nous manquons encore d’inscrire ce troisième but : d’abord par un tir au-dessus de Kamara au terme d’un beau mouvement Amavi-Radonjic-Rongier, et enfin par une combinaison Sanson-Radonjic qui voit interceptée de justesse sa passe pour Lopez.


Quatre jours après avoir sauté à la gorge des idéalistes Brestois pendant 90 minutes, l’OM s’est mué en tueur de sang froid pour repousser ses suivants immédiats au classement. De multiples visages pour une maîtrise constante, et des circonstances qui nous sourient invariablement après tant d’années passées au pain noir ; nous ne savons pas pour combien de temps le football a fait son retour à Marseille, ce qui rend d’autant plus impératif de profiter de chacun de ces instants.


Les notes

Mandanda (4/5) : Décisif, serein, patron dans sa surface, bref : une deuxième jeunesse. Pour situer l’ampleur du renouveau, c’est un peu comme si en 2019 Renaud se remettait à chanter « Où c’est que j’ai mis mon flingue » en restant crédible.

Sakai (3+/5) : Du tréfonds du Japon ancien, le dit des Heike Monogatari, transporté par le luth des moines aveugles, a soufflé ses mille histoires aux enfants de l’Empire. S’ouvrant au vaste monde, ils ont emporté avec eux ces contes, et c’est ainsi qu’Hiroki-san nous raconte chaque soir le dit des combattants ivres.

Pendant la guerre des Heike et des Gengi, il advint qu’un bataillon comptât dans ses rangs deux guerriers particulièrement mal considérés. L’un, homme de devoir sans relief, l’autre, combattant sans rigueur, faisaient le désespoir de leurs supérieurs : « les temps sont durs et nous sommes bien obligés de les envoyer au front, mais comment ces incapables pourraient-ils un jour percer quelque ligne adverse ? » Ne manquant pourtant pas de courage, les deux guerriers se désolaient d’un tel manque de confiance, et pourtant, il leur fallait bien se rendre à l’évidence : si chacun autour d’eux respectait leur ardeur, tous riaient cependant de leur maladresse.

Le premier homme se souvint alors d’une tactique découverte jadis dans le lointain pays de Chine, et nommée « la boxe de l’homme ivre ». « Notre tort est peut-être de chercher à faire comme tout le monde, suggéra-t-il à son compère. Plutôt que de masquer notre maladresse, surjouons-la donc, et proposons à nos adversaires quelque chose qu’il ne leur a jamais été donné de rencontrer ! »

Dès la bataille suivante, alors que tous les soldats montaient à l’assaut en hurlant, épées, en main, les deux amis mirent leur plan à exécution. Sautant sur un pied, jonglant, se portant l’un l’autre, ils semblèrent exécuter un numéro de cirque en plein combat. Dans les rangs ennemis, certains se trouvèrent décontenancés, d’autres ne prêtèrent aucune attention aux deux pitres, tant et si bien que ceux-ci parvinrent à l’orée du camp adverse sans avoir été entravés par qui que ce soit. Au dernier moment, un général ennemi prit conscience que les deux énergumènes attaquaient ses portes et les abattit ; trop tard, la brèche était faite, et l’armée s’y engouffra, victorieuse grâce à l’improbable sacrifice de ses deux modestes soldats.

Et c’est ainsi que, de semaine en semaine, Hiroki-san applique l’attitude des combattants ivres et, une fois trouvé le partenaire idéal, remonte avec lui tout le terrain à l’incrédulité générale puis se fait exploser sitôt arrivé à sa cible.


Lopez (46e, 3/5) : Fondu dans un collectif dévoué à faire tomber les joueurs du SCO dans la dépression, et donc dans un contexte peu propice aux coups d’éclat.

Kamara (3+/5) : Un retard à l’allumage dont n’ont pas profité les Angevins : on ne part pas chasser le crocodile quand celui-ci a fini sa sieste.

Caleta-Car (4-/5) : Un match de dirigeant chinois : au tout début on fait mine de vaciller un peu devant la contestation, histoire de bien montrer qu’on est un peu démocrate quand même, et puis quand les opposants sont bien fatigués on envoie les chars parce qu’il ne faut pas trop déconner avec l’ordre non plus.

Amavi (3/5) : Il atteint son nirvana à lui, cet équilibre résultant du détachement total de toute passion humaine, c’est-à-dire en l’occurrence cette note de 3/5 qui sanctionne un match sans erreur honteuse ni coup d’éclat. Juste un bon match, quoi. Cool. Tranquille. Apaisé. Enfin.

Strootman (3/5) : Aussi peu sexy qu’une étude d’urbanisme intitulée « analyse du risque inondation au regard des enjeux urbanistiques du développement communal en Provence ». Et comme une telle étude, tant qu’on l’a ce serait particulièrement idiot de ne pas s’en servir. Ça rend quand même de fiers services, parfois. 

Sanson (4/5) : Combatif, agile, rusé et plein de sang-froid. Lisez ces qualificatifs. Vérifiez en début de ligne le nom auquel ils se rapportent. Convenez que Villas-Boas est un magicien.


Rongier (4/5) : Contrôler son ballon 10 cm trop loin quand Valentin Rongier est dans les parages, c’est comme lâcher la main de sa sœur dans une soirée médecine.

Sarr (3+/5) : A l’image de Jordan Amavi, un sérieux et une sobriété qui font le désespoir de l’académicien autant que le bonheur du supporter.

Payet (4/5) : Vous nous excuserez de ne pas prendre part à vos débats sur Sadio Mané et Lionel Messi, n’est-ce pas, nous ici avons des sujets d’enthousiasme plus exigeants.

Radonjic (79e) : Heureusement qu’il a fait n’importe quoi à un moment, on aurait failli ne pas le reconnaître.

Benedetto (1+/5) : Aïe. Alors que notre collectif se montrait admirablement huilé, Dario est le seul à être apparu franchement à côté de ses pompes, en témoignent ces quelques ballons perdus et surtout ce face-à-face gâché. Il ne te reste plus qu’à éclater du Girondin et nous te pardonnerons tout.

Alvaro (63e, 3+/5) : Entré pour jouer le rôle d’anti-spam sur chaque centre adverse.  « Le centre que vous voulez recevoir est classé comme indésirable, voulez-vous l’afficher tout de même ? Si oui, prouvez que vous n’êtes pas un robot en cochant cette case. Cliquez sur toutes les images de voiture. Vous en avez oublié une, cliquez maintenant sur toutes les images représentant un arbre. Calculez 7865*618. Réécrivez le code illisible ci-contre. Vous n’avez pas respecté les majuscules à « xBztfTrgn », réécrivez-le. Code accepté, voulez-vous toujours recevoir ce centre ? Trop tard, votre session a expiré, cassez-vous. »


L’invité zoologique : Rachid Aliouette

Petit oiseau mignon et élégant, l’alouette finit traditionnellement plumée jusqu’au croupion, ce qui en fait une invitée particulièrement appropriée pour évoquer avec nous notre adversaire du soir.

– Les autres : Un peu moins d’adresse, un peu moins de physique, un peu moins de concentration… bref un peu moins de tout par rapport à nous, et notamment de points.

– Le classement : C’est donc bien un adversaire direct, quoiqu’inhabituel, que nous reléguons ici à 7 points. Notre poursuivant immédiat devient Bordeaux, qu’il nous reviendra donc de tenir à distance pas plus tard que ce dimanche.

– Les boutons : as-tu seulement remarqué les boutons qui figurent sous cette académie et qui t’invitent à nous donner respectivement de tes mots et de tes sous. Vois comme ils sont beaux, attrayants et doux au cliquer.

– Les réseaux : Ton dromadaire blatère également sur Facebook et Twitter. Et sur Instagram aussi, tiens, mais voyez ça avec notre chargée de communication, moi je sais pas comment ça marche. Anthony Ch. remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,
Blaah.

Blaah

Dromadaire zoophilologue et pertuisien. Idéal féminin : à mi-chemin entre Scarlett Johansson et Maryse Joissains.

11 commentaires

  1. Mais où se sont donc envolées COUILLES ?!!

    Que le lapin reste en grève éternelle !

    ALLéL’OhèmEU

  2. Mais quelle connaissance encyclopédique de la mort cellulaire mon cher Camélidé !!
    J’en suis tout bouleversifié.

  3. Mais alors, la classe à la Villasse-Boasse, c’est d’avoir des simili-baguouzes en simili-argent à l’auriculaire et des simili-tatouages simili-tribaux sur le poignet ? Vous êtes sûr ?

  4. Quelle akad !
    Un bijou.
    Coeur avé les doigts et larme a l’oeil.
    De toutes beautés

  5. Je suis allé à Angers quelque fois. Pour une formation sur la fonction publique. On mangeait des légumes à midi, le soir je faisais du footing autour du lac de Maine avant d’aller boire un demi de bière pas trop forte au centre ville. Je me sentais bien. J’avais envie de voter Juppé.

    • Putain, oui, meilleure cantine du monde l’Enact. Toi aussi t’as dormi au couvent parce qu’il y avait plus de chambre sur place ?

  6. Je ne cesse de me délecter de ces histoires de Japon ancien. Merci je les nems beaucoup.

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