Qarabag-OM (0-3) : La Canebière Académie dégoûte

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Où l’on apprend que les Azerbaïdjanais sont des gens charmants, quand ils ne pilotent pas un char.

Aïoli les sapiens,

On le sait, il n’existe rien de mieux que le football pour divertir la population de ses petits problèmes quotidiens. Dans ce monde qui nous plonge dans une situation d’angoisse quotidienne et permanente, notre OM intervient deux fois par semaine, pour nous ménager une parenthèse enchantée. Pendant deux heures, il n’est plus question de se ronger les sangs à cause du terrorisme, de flipper notre race à propos du changement climatique, d’angoisser à propos de la pandémie ou de passer des nuits blanches à cause de la guerre en Ukraine. Nous n’allons pas jusqu’à parler de deux heures d’émotions positives, ce serait trop réclamer à notre OM, mais dans une telle actualité, un moment passé à n’avoir peur que du ridicule s’avère presque reposant.

Parce que oui, nous nous connaissons trop bien pour savoir qu’une victoire 3-1 à l’aller contre l’une des équipes les plus faibles du plateau ne nous garantit en rien la qualification. Les déclarations d’avant match de l’entraîneur et des joueurs écartent cependant tout risque d’excès de confiance pour laisser la place à la crainte inverse : que l’on passe 90 minutes à jouer la trouille au slip.


Les Longorious Basterds

Mandanda
Rongier– Saliba – Caleta-Car – Luan Peres
Guendouzi – Kamara – Gueye (Lirola, 82e)
Dieng (De La Fuente, 82e) – Payet (Harit, 82e)  – Bakambu (Ünder, 59e)

À force de recevoir claque sur claque, Sampaoli cesse les fantaisies tactiques et aligne sinon l’équipe-type, du moins un ensemble cohérent et solide. Mandanda garde les buts, Kamara joue en centralinelle, et Gueye est aligné à la place de Gerson. Même la mise à l’écart de Milik paraît procéder d’un choix réfléchi plutôt que d’une lutte entre têtes de con : autour de Payet, Dieng et Bakambu sont ainsi chargés de prendre la profondeur, les Azerbaïdjanais s’étant montrés plutôt généreux en termes d’espaces laissés à l’adversaire.


Le match

Face à une équipe de Qarabag ayant clairement annoncé son intention d’attaquer sans relâche notre défense, on aurait pu supposer qu’un club de rang supérieur se serait immédiatement attaché à les calmer à coups de confiscation de balle et de  mise en coupe réglée du milieu de terrain. Pourtant, comme aux plus belles heures de Villas-Boas, l’équipe se place d’entrée en mode « caca-culotte » et accepte de souffrir bien plus que de raison. Pour une fois, après dix minutes parfaitement inquiétantes, le signal « mes couilles, maintenant » n’est pas délivré par Guendouzi mais par Gueye. Le champion d’Afrique se met à récupérer, obtenir des coups-francs et se projeter dans la surface adverse. Sans forcer, l’équipe remonte d’un cran, et Dimitri peut lancer Pape une nouvelle fois dans la surface. Dans un angle impossible, Gueye ferme les yeux et tire de toutes ses forces à ras-de-terre, la passoire servant de gardien faisant le reste. Certes, ce tir-croisé-second-poteau-rentrant s’avère un tantinet chanceux, mais il confirme ce que l’on peut reprocher à l’OM depuis de longs mois : pour prétendre à bénéficier de gros coups de moules, encore faut-il tenter sa chance (0-1, 12e).

Surtout, ce but montre que l’OM n’a pas vraiment à forcer son talent pour jouer dans le camp adverse et mettre la défense au supplice. Tout est donc réuni pour que nous produisions nos interminables séquences de possession, d’autant qu’avec désormais trois buts d’avance nous n’avons plus vraiment besoin de marquer.


Et, comme d’habitude, nous faisons tout l’inverse de ce qu’il faut faire : alors que Qarabag ne se décourage pas et repart de l’avant, nous sommes proprement infoutus de conserver la balle et la sortir de notre camp. Les joueurs semblent avoir interprété la consigne « jeu de transition et contre-attaques rapides » comme signifiant « je passe mon temps à balancer des patates à la gacha empega ». Il faut nous faire à l’idée que cette saison notre jeu sera sans nuance : soit nos joueurs tripotent le ballon un quart d’heure avant de lâcher une passe latérale après huit touches de balle, soit ils tentent la déviation de l’espace en première intention alors que le premier partenaire est à vingt mètres.

S’ensuivent donc 20 minutes de castapiane totale en mode « perte de balle, centre, corner » (ce qui n’est pas exagéré : mon carnet de notes évoque la séquence aux 20e, 22e, 23e et 26e minutes). Les planètes s’alignent pour un fist en bonne et due forme : c’est précisément ce jour où la VAR n’est pas opérationnelle et où l’arbitre est hypermétrope, que Wadji nous réédite la main de Vata à la réception d’un centre. Ce but honteux est pourtant validé, et les protestations de nos joueurs n’ont pour seul effet que de faire tomber les cartons jaunes. Obnubilés par le scandale, nos joueurs semblent oublier qu’ils conservent alors deux buts d’avance, au risque de sortir totalement du match.

Alors que la catastrophe se profile, un homme se dresse contre l’injustice. Gourban Gourbanov, entraîneur de son état, appelle son attaquant et lui conseille d’avouer sa faute auprès de l’arbitre. Comme dirait Valérie Boyer, ça ne nous rend pas le Haut-Karabagh mais c’est quand même un beau geste. Le but annulé, la physionomie du match reste inchangée si ce n’est que Qarabag nous menace désormais aussi sur coup-franc, histoire de varier les plaisirs.


Pas davantage de changement à la reprise, Caleta-Car devant encore tacler de justesse un ballon que s’apprêtait à reprendre un adversaire. L’idée de tenter de conserver la balle ne semble même pas effleurer nos Olympiens qui, à l’heureuse exception de nos défenseurs centraux, sont systématiquement bouffés dans les duels. Cette peur permanente est d’autant plus ahurissante qu’il nous suffirait d’arriver la balle dans les vingt mètres adverses pour créer du danger, comme en témoignent ces deux défenseurs qui ne trouvent rien de mieux à faire que de se tacler l’un l’autre devant Dieng. Dans une réalité alternative, nous serions déjà en train de mener 4-0 en faisant tourner la balle, mais comme toute la société l’OM est résignée à l’idéologie macroniste : toute idée d’un futur heureux est forcément un rêve irréaliste, la vraie vie raisonnable c’est de travailler et souffrir.

Dès lors, même avec une demi-heure restant à jouer, nos trois buts d’avance semblent bien maigres tant il est certain qu’une réduction du score donnerait le signal de la panique absolue. Alors que les corners et les tirs non cadrés se succèdent, nos pertes de balle de plus en plus basses ajoutent à l’inquiétude. C’est alors que, presque par hasard, Payet se trouve en situation de transmettre à Guendouzi inexplicablement seul à l’entrée de la surface. Mattéo prend tout le temps pour adresser un tir à peu près aussi dégueulasse que d’habitude, mais suffisamment flottant pour surprendre le stassi en face, qui encaisse presque au milieu de la cage comme le premier Yohann Pelé venu (0-2, 77e). Une nouvelle fois, face à un tel témoignage de la faiblesse défensive adverse, la peur qui a saisi notre équipe pendant tout le match paraît aussi disproportionnée qu’irrationnelle.


Toujours est-il que ce second but a fait fuir le Ronquinquant – je ne sais pas si je vous ai dejà parlé du Ronquinquant, c’est un monstre qui se cache le jour, sort la nuit pour hanter tes pires cauchemars et vient le matin laver la rue avec ses fesses ; je le sais, c’est Dromadine qui me l’a dit. Les adversaires écœurés par notre réalisme d’escrocs, nous pouvons enfin faire circuler la balle de manière détendue. Les entrants Ünder, De La Fuente et Harit en profitent pour essayer de se faire plaisir et, finalement, Cengiz trouve Konrad dans le dos de la défense ; d’un petit piqué, De La Fuente rend le score encore plus flatteur (0-3, 91e).

Nous achevons donc le match le devoir dûment accompli, mais en ayaént vécu des émotions hautement dispensables. De quoi éteindre la télévision à coups de boule en entendant les commentateurs parler d’un blocquéquipe qui privilégie la sécurité.

Heureusement qu’on a privilégié la sécurité défensive, qu’est-ce que ça aurait été sinon.



Nous avons ainsi assisté au grand retour du football-Flubupte de Villas-Boas, ce style qui consiste à refuser de prendre son destin en mains pour s’en remettre à un sort qu’on espère favorable. Si hier soir les dés n’avaient pas tiré le sort rarissime « adversaire honnête » pour contrer le sort « fist arbitral » de valeur six-jetons, Vladimir Poutine ne serait sans doute pas la première personne à qui on aurait envie de botter le cul ce matin


Les joueurs

Mandanda (4/5) : Pas d’arrêt excessivement difficile (ses parades les plus spectaculaires ont été réalisées face à des attaquants hors-jeu, comme à sa plus belle heure), mais une assurance totale sous la mitraille.

Rongier (3-/5) : Au vu du nombre de ballons centrés depuis la droite, on peut imaginer que le match du Rongieur n’a pas été aussi parfait qu’il aurait pu l’être. Ceci dit, on mettra surtout ces actions sur le compte de la fébrilité collective : le offensives adverses n’auraient jamais dû pouvoir se créer, mais puisqu’elles l’ont été on peut reconnaître l’ardeur de Valentin à les contrer.

Saliba (3/5) : C’est ça l’avantage de la résignation : si l’on se fait une fois pour toutes à l’idée que l’on va en chier pendant longtemps, on n’est pas déçus et on peut assumer sa charge le cœur léger (idéologie de droite, on vous dit).

Caleta-Car (3/5) : Même note que William mais dans un style nettement plus haut en couleur. Certains ratés de Duje ont ainsi fait monter le slipomètre bien haut, mais ils ont été compensés par des interventions décisives. Le résultat est au rendez-vous, donc ça passe.

Luan Peres (1/5) : Luan Peres en latéral gauche à chaque match, c’est comme un foie d’alcoolique : pendant longtemps il ne dit rien et fait genre que tout va bien, mais à partir du jour où il décompense c’est brutal.

Kamara (4/5) : On a tellement subi que son rôle hybride s’est simplifié en « parapluie anti-aérien dans la surface ». Boubacar s’est montré infaillible pour repousser tout ce qui ressemblait à un centre, certes au sacrifice de sa présence au milieu.

Guendouzi (3/5) : Lorsqu’il est en forme, Mattéo promet l’enfer métaphoriquement, à coup de tacles, charges et raids balle au pied. Comme ce n’était visiblement pas le cas hier, c’est au premier degré qu’il a promis l’enfer au tricheur s’il ne se dénonçait pas. Le pire, c’est que cela a fonctionné, comme quoi en cas d’injustice il n’est pas toujours perdant de gueuler comme des putois au lieu de fermer sa gueule et aller poser sagement le ballon dans le rond central. Dieu semble avoir apprécié en tout cas, puisqu’en récompense il a aidé ses légendaires pieds de plâtre face au but à trouver le chemin des filets.

Gueye (4-/5) : De longues minutes de « rien », mais dans la mesure où l’essentiel du résultat s’est joué sur ses séquences de « quelque chose », on jugera la performance très passable. Après tout, on a suffisamment et légitimement chouiné sur notre manque de réalisme pour ne pas apprécier de vrais bons matchs d’escrocs.

Lirola (82e) : Alors qu’en latéral droit Rongier s’est fadé des attaques à n’en plus finir, Pol est entré après la bagarre pour ne trouver face à lui que des Azerbaïdjanais écœurés qui lui ont dit « boarf, on n’a pu’ envie ».

Payet (2+/5) : Dimitri qui finit à deux passes décisives sans faire d’efforts, on connaissait déjà. Mais Dimitri qui finit à deux passes décisives sans même chercher à le vouloir, là on a passé un cap.

Harit (82e) : Profite de la capitulation adverse pour essayer de se mettre en valeur.

Dieng (2-/5) : Des efforts défensifs bonifiés par le fait qu’il ne défend pas trop « comme un attaquant », c’est-à-dire qu’il tacle proprement en évitant les grosses fautes de benêt. Une fois qu’on a dit cela, on se retrouve comme le prof qui a mis des bons points pour l’encre et se trouve en peine de trouver d’autres éléments positifs dans la copie.

De La Fuente (82e) : Se fait un petit plaisir avec son joli premier but en pro, en espérant que cette réussite l’aide à retrouver le fil de sa saison.

Bakambu (1/5) : Sampaoli l’imaginait sans doute en flèche lancée depuis notre base arrière dans le dos de la défense. Dans les faits, ladite base arrière se trouvant sous pression n’a pas été foutue de lancer quoi que ce soit et Cédric s’est montré aussi adapté au match que Christophe Castaner au Collège de France.

Ünder (59e, 3+/5) : Peu en vue avant le deuxième but, il s’illustre une fois que le match devient facile. On ne va pas lui reprocher pour autant sa belle passe décisive pour Konrad.


L’invité zoologique : Ibrahima Wadjirafe

La girafe est cet animal au cou démesuré, ce qui lui permet notamment de convertir en but des centres trois fois trop hauts. Puisque selon l’arbitre de la rencontre c’est donc bien une girafe qui a marqué le but de Qarabag, autant la conserver parmi nous pour livrer ses observations :

– Les autres : Le jour où ils auront un gardien et une défense à la hauteur du jeu qu’ils produisent, ils emmerderont plus d’un club européen.

Coming next : Le tirage au sort nous offre donc le FC Bâle au tour suivant : pas l’équipe la plus manche du plateau, mais une rencontre qui reste on ne put plus jouable. Toutes nos pensées à Fernando Nandrolonas ou Roland Gromerdier qui auraient préféré nous voir tomber contre la Roma de leur Jouzé favori. En dehors de cela, nous jouons dimanche à Troyes, avant d’entamer une séquence a priori plus relevée (Monaco, Brest et Nice à l’affiche en mars).

Les rappels : les dernières publications ayant été perturbées par la maintenance du site (probablement retardée par les hackers russes, voici les académies que tu as peut être ratées : l’aller contre Qarabag et la défaite anale contre Clermont. Le webhamster nous a promis que Horsjeu (mâtin ! quel site !) retrouverait son iconique « .net » dès que possible.

– Les réseaux : ton dromadaire préféré blatère sur Facebook, sur Instagram et sur Twitter. Diego Aïoli remporte le concours zoologique.


Bises massilianales,

Blaah.

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