Analyse socio-quasi-logique de Bordeaux et du Dugashow


Au royaume des aveugles sourds tétraplégiques enrhumés, Véronique Genest aurait peut-être sa chance…en France, Bordeaux et Lens sont champions. Et si Julie Madrange semble condamnée au conditionnel à perpétuité, l’unanimité avec laquelle médias et spécialologues ont célébré les deux champions laisse aussi perplexe qu’un 4-1 « logique mais sévère » (sic) entre le champion et un promu. L’atmosphère quasi prophétique dans laquelle Bordeaux s’est emparée du titre de L1 aux dépens d’une équipe de l’OM abandonnée de ses dirigeants interpelle autant qu’un Dugarry propulsé « meilleur consultant de L1. » Alertés par Horsjeu.net, des écoliers de Chicago avancent quelques hypothèses…


Ainsi, Robert King Merton, accompagné de son camarade William Isaac Thomas, livre une analyse. Selon Thomas, le sujet nomme « réalité » sa perception du réel, pliant ainsi le réel à sa vision toute subjective. « Nous vivons d’hypothèses » nous dit-il, vraies ou fausses, qui motivent nos actions et finissent donc par s’inscrire dans la réalité des événements.  Peu importe si, objectivement (rationnellement ?), Lyon est plus fort (meilleur effectif, entraîneur de qualité, installations performantes, puissance financière et poids politique auprès des institutions), c’est la perception de cette puissance qui détermine les actions et donc le devenir réel. L’histoire de la Coupe de France et de ses « petits poucets » illustre tout autant que l’épisode de David contre Goliath cette idée. Demandez aux Rennais. L’individu se nourrit de symbolique, somme de représentations, d’ « hypothèses », et, qui parvient à s’emparer de ces représentations s’empare du sujet. L’appropriation de ces représentations est le cœur du système des « démocraties de consommation », comme l’ont bien compris Edward Bernays, père fondateur du marketing et de la manipulation de masse, idole de Goebbels, ou encore Noam Chomsky, incontournable délateur de ce système…et pierre angulaire des rhétoriques de dragouilleurs estudiantins dans les facs de sciences humaines. A l’été 2008, l’unanimité voulait Lyon défait et voyait Lens « faire l’ascenseur. » Durant la saison, Lens fut plus que moyen face à des adversaires « victimes expiatoires » tandis que Dugarry et consorts élisaient Bordeaux champion de France, trop contents de célébrer le « Président » et l’ « Héritier » dans une entreprise aux forts relents nostalgiques.  Il serait donc possible de « fabriquer » l’avenir en s’appropriant les représentations présentes des acteurs.
Mais s’approprier les représentations, manipuler l’opinion selon l’hypothèse du « théorème de Thomas » devenu loi, ne rend pas le discours proposé vrai ou légitime. Lens a été champion de L2 mais d’aucuns s’accordent sur le fait que ce fut « logique » mais laborieux (cf Yoyo des Experts NPDC, dont la pertinence Sang et Or s’inscrit jusque dans la chair…) Le résultat est obtenu, la « logique » respectée, mais le discours reste honnête. A contrario, le barnum canal-prussien de dimanche, couronné d’un énième DugaShow girondophile aussi grossier que les traits de Gourcuff sont fins (Oh ! Yohann… entends-tu au loin l’appelle du Marais…?) dépasse ce stade.
De son Chicago de travail, Merton y voit l’illustration de son concept de « prophétie autoréalisatrice » : « – C’est, au début, une définition fausse de la situation qui provoque un comportement qui fait que cette définition initialement fausse devient vraie. » Lyon a été « hypothétiquement » déclaré « affaibli » dès le début de la saison sur on ne sait quels critères mais aux représentations de tout le monde, et, très vite, les dithyrambes se sont installés en Gironde auprès du « Président » et du « phénomène. » Il n’est pas question de remettre en question le travail de Blanc ou les qualités de Gourcuff, simplement de comprendre comment tout travail critique sur cette équipe est de suite devenu impossible. A Bordeaux la certitude, aux autres les doutes.
Nous voila ici dans ce que Baudrillard appelle la « réalité intégrale », définie comme « le règne de la virtualité intégrale. » Dans un premier temps, je fais croire quelque chose tant et si bien que cela finit par arriver (Lens), mais dans un deuxième, j’affirme que parce que c’est arrivé il ne pouvait en être autrement et que ma croyance dit la réalité (Bordeaux est la meilleure équipe). Collez une étiquette « sexy » sur Véronique Genest, faites des cochonneries avec (fermez les yeux, « nous vivons d’hypothèses », loi de Thomas), vos amis se fouteront toujours de votre gueule pour vous être, au mieux, «  tapé Julie Lescaut », au pire, « tapé la grosse de la pub Madrange », au plus musulman, « commis le péché de fornication avec un jambon. »
Le même mécanisme opère dans le domaine religieux :
–    J’y crois donc Dieu existe (loi de Thomas)…donc ma croyance est la Réalité ? version « light »
–    J’y crois donc Dieu existe (loi de Thomas)…donc ma croyance est la Réalité…
…donc tu as tort –> version « croisée » ou « Djihad » (au choix, liste non exhaustive)
Plus efficace que la vérité, dont tout le monde sait pour avoir lu Montaigne qu’elle est relative, la réalité passe elle pour être unique donc irréfutable. Lorsqu’au tournant des années 80, le néo-libéralisme s’installe aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, le mécanisme faisant d’une croyance la « réalité » passe du domaine politico-religieux à la sphère politico-économique, s’appuyant sur la croissance comme passerelle. L’étiquette « néo-libérale » – l’« ordre de la consommation » dixit Baudrillard – est ainsi fermement apposée sur la réalité des démocraties afin que l’autre marque, le communisme soviétique, ne puisse l’en décoller pour s’y substituer.
– je croîs donc je suis libre (libéralité de choisir le produits consommés = preuve de liberté…)…donc ma société de consommation est La Réalité.
Un discours hypothétique, virtuel, prétendant « dire le vrai » devient dès lors « discours de réalité », au point que Margaret Thatcher, justifiant sa politique de restructuration plus que brutale pour la working class anglaise, affirme qu’ « il n’y a pas d’autre alternative »…sans parler de L’heure de vérité (« heure de réalisme économique ») de Laurent Fabius, jeune ministre d’un socialisme français récemment converti au néo-libéralisme
Toute cette digressite aigue illustre les mécanismes permettant à une ou plusieurs personnes de faire advenir une action réellement, tandis qu’elle n’était initialement que croyance tant et si bien que cette véridiction fusionne avec le réel jusqu’à devenir la réalité. Et Dugarry dans tout cela ?
Dugarry, tel un Jacques Marseille néo-girondin, fait de son avis discours de réalité, au même titre que ces conversations de comptoirs intimant à l’autre d’« être réaliste » en guise d’argument d’autorité invalidant toute tentative critique. Or, nous savons – surtout depuis cette nuit avec Véronique Genest – que « nous vivons d’hypothèses », que celles-ci sont un enjeu de pouvoir fondamental puisque permettant de maîtriser le devenir, et qu’une telle unanimité dans la célébration du jeu bordelais mérite la proposition d’un discours critique extérieur.
« A Bordeaux, vraiment, ya la se-rénne-té. Déjà, avec Alain Juppé comme maire, tu peux pas faire mieux. Les mecs, on dirait qui vont à l’église tous les dimanche, y sont sains, complètement sains… »
Yoyo,  Expert NPDC
Yoyo, tout en rendant hommage au « meilleur d’entre nous », symbole d’une prophétie cette fois-ci autodestructrice que je nous épargne puisque nous nous en sommes tous épargnés, souligne un trait de caractère de cette équipe. C’est « serein », tranquille, propre, tous bien rasés, bien dégagés derrière les oreilles, sauf Cavenaghi…peut-être une raison de ses difficultés à convaincre son immaculé d’entraîneur. Tout à l’image de Blanc, du blanc, même les noirs ne sont pas vraiment noirs, sauf Diarra, mais il n’a pas le droit de toucher le ballon, juste le récupérer et le donner tout de suite… Là où la majeure partie des joueurs de L1 libèrent (-se débarrassent-) le ballon le plus vite possible comme ils le voient faire chez les grands en semaine – oubliant le fait que jouer vite implique une condition physique, des aptitudes techniques et une compétence tactique qu’ils n’ont pas -, les bordelais ont cette vertu de ne pas se prendre pour ce qu’ils ne sont pas. Aussi, est-ce lent…très lent…très très lent…donc la plupart du temps stérile. S’il n’avait trépassé, sans doute Aujourd’hui Sport braverait-il le sur-moi Comitéen dans un « Bordeaux tire à Blanc » si explicite. Car si les girondins n’étaient pas aussi propres, on pourrait penser qu’ils sont vieux…
Face à un promu lensois tétanisé pour causes de prophétie autoréalisatrice sus évoquée,  une mi-temps à 1-1, moins de tirs que leur adversaire et une statistique surréaliste : 4 X 40 ballons touchés par les quatre arrières. On fait tourner, au moins ce n’est pas perdu, et sur un malentendu on peut toujours marquer. Le malentendu s’appelle Wendel sur une audace tactique  à vous décoiffer un Juppé…Wendel permute avec Plasil, Diarra récupère et relance, les lensois (word refusant le mot propose notamment « lentilles », appelés « cailloux » en argot et « lentigines » qui sont des …« taches solaires »…sans doute un coup des supporters du PSG), Runje en tête, oublient qu’un gaucher à droite ça tire et but. Et on repart pour une séance de passes entre les quatre arrières face à un Eduardo impuissant tant ses coéquipiers sont eunuques (ou énucléés…) jusqu’à cette audace du remuant brésilien qui s’excentre côté droit. Les grabataires bordelais sont aussi déstabilisés que sur n’importe quelle phase arrêtée et c’est l’entracte au DugaShow. 1-1. Mais qualité de son défaut, défaut de ses qualités, Bordeaux ne s’agite pas pour autant. Lents certes, mais c’est en face qu’on se fait dessus, tant ce « jeu à la bordelaise » fruit d’un « collectif bien rodé » illuminé d’un « Gourcuff, ce génie » est une « machine à gagner » redoutable…enfin, surtout redoutée. Lens panique et sur un malentendu « se met » un but de Gourcuff. Le meneur bordelais, narcisse médusé en première mi-temps, allume la tête d’un Demont encore debout quand ses coéquipiers ont cru voir Dieu. 2-1. Et on repart pour une séance de gymnastique douce jusqu’à ce but sur coup franc refusé pour cause de prophétie autoréalisatrice. Le reste, une variante tactique dite « de Ligue des Champions », un 451 dans lequel Gourcuff joue avant-centre, Chamakh décroche sur toute la ligne offensive, et Fernando mène le jeu du rond central…beaucoup plus intéressant, sauf que Chamakh veut partir et que Fernando n’est pas retenu. Quoiqu’il en soit, Lens refuse toujours de presser plus haut avec trois joueurs afin de casser l’apathie bordelaise, allant même jusqu’à s’effondrer sous l’impulsion de Fernando et d’un Chamakh rageur. 4-1, le champion donne la leçon au promu, l’euphorie peut continuer sur le plateau de canal, la « gourcuffolie » de battre son plein. Pendant ce temps, Gervais Martel fatalise le 2-2 refusé en promettant de « jouer toute la saison comme cela », soit une tactique craintive née du traumatisme de la descente…et originellement destinée à « faire l’ascenseur. » Score « logique » puisqu’il faut « être réaliste. » Prophétie autoréalisatrice…

L'ancien

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