Best of 2009: chroniques d’une mort annoncée, 2ème partie

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Fin de la décennie 2000 : saturation du modèle

« Fair play » financier…concept intéressant qui faisait pourtant rire lorsque Guy Roux en parlait à la fin des années 90. Le pseudo pingre auxerrois aurait-il contaminé l’Europe du football ? Un survol rapide du modèle économique mis en place au début de ce siècle révèle plutôt son essoufflement. La constitution de l’oligopole repose en effet sur la capacité du modèle à trouver toujours plus d’argent…or les mécanismes sont aujourd’hui arrivés à saturation.

– Les revenus issus du sponsoring tendent à baisser et surtout à se concentrer sur les « grands clubs. » En Angleterre, 62 des 75 millions d’euros collectés via le sponsoring sont dévolus au Big Four auxquels s’ajoutent Tottenham et Manchester City. De plus, certaines législations nationales interdisent les marques d’alcool ou de paris sportifs sur internet (n’est-ce pas Iolaus ?), principaux sponsors du sport professionnel.

– L’entrée en bourse, arlésienne longtemps présentée comme la panacée, s’avère très peu rentable pour les actionnaires (en 2007, l’OL lève 93,5 millions d’euros avec une action à 24,50 euros…estimée aujourd’hui à 7,50 euros), et les clubs ayant franchi le pas se sont parfois mis dans des situations délicates (Borussia Dortmund.) L’inflation constante du secteur ainsi que l’incertitude planant sur la réussite du projet sportif rendent le placement risqué à court terme. Pour le moment, l’actionnaire ne gagne pas d’argent avec le football, en témoigne un Georges Gillett vendant 80% de ses parts dans le club de NHL de Montréal pour éponger les dettes de Liverpool (409 millions d’euros.)

– La billetterie représente un poste important mais aux capacités limitées. L’augmentation constante des prix dans les enceintes des « grands clubs » a eu pour effet d’expulser le supporter « popu » pour amener une clientèle classe moyenne supérieure, plus familiale et surtout plus fortunée. La plupart des problèmes liés aux supporters sont réglés par l’augmentation des tarifs, politique mise en place en Angleterre et qui s’étend désormais à toute l’Europe. Les tensions récurrentes entre la direction et les clubs de supporters marseillais, gérant eux-mêmes la billetterie des virages, peuvent être comprises dans ce sens. « Lisser » le public afin de générer toujours plus de recettes, garantir la sécurité des spectateurs, travailler l’image du football afin de toucher un public plus fortuné, Canal + y a contribué, et un magazine comme So Foot, Telerama footballistique, en est la conséquence au même titre que ce site. Mais tous ces efforts sont vains si les clubs ne possèdent pas leur stade. Un Barcelone-Lyon rapporte cinq fois plus qu’un Lyon-Barcelone, et l’on comprend Aulas obsédé par son OL-land à 400 millions d’euros. Propriétaire du stade signifie que le club dispose d’un outil générant plus de recettes sportives mais également capable d’accueillir spectacles, meetings, centres commerciaux et autres…sur le modèle de l’Emirates pour Arsenal (1,5 millions d’euros de billetterie par match), ou encore de l’Allianz Arena à Munich.

– Les droits télé, sacro sainte manne financière sans laquelle ce système n’aurait pu voir le jour, semblent avoir atteint leur plafond. En France, ils s’élèvent à 668 millions d’euros par an versés par Canal + (460) et Orange (208…le match à 21h le samedi.) 494 millions sont destinés à la Ligue 1 : 12 millions de fixe pour chaque club, puis une répartition tenant compte des résultats et de l’attractivité. Ainsi, l’OM a perçu 47 millions, l’OL 43, Bordeaux (pourtant champion) 41…quand les 17 autres se partagent les 123 millions restant. La télévision a donc élu ses « grands clubs »…pour les autres, il va falloir batailler. La renégociation prévue pour 2012 s’annonce déjà serrée.

– Dans ce contexte, les transferts sont la variable d’ajustement des budgets. Le président Legarda du Mans l’a encore affirmé auprès de supporters agacés de voir partir les meilleurs joueurs : équilibrer le budget signifie vendre les meilleurs et recruter « malin » (comprenez jeune et pas cher.) Le Milan AC, endetté, a semble-t-il vendu Kaka tout en recrutant peu afin d’équilibrer ses comptes. Le joueur est un « actif financier » dont le club peut se séparer afin d’équilibrer sa ligne de compte annuelle. Le problème étant que le prix dépend du marché et des performances…ainsi Platini et la plupart des managers ont-ils pu accuser Perez d’avoir « fossé la mercato » en pratiquant une politique de prix en dehors des « réalités du marché. »

– Nouveauté et non des moindres, la crise financière oblige les gouvernements à communiquer sur cette bulle spéculative qu’est le football, multipliant les indignations face aux volumes des transactions voire même les limitant par lois et décrets. .
Ainsi, l’Angleterre de Gordon Brown envisage de porter à 50% la taxe sur les revenus supérieurs à 166 000 euros et de surveiller les paradis fiscaux tels que l’île de Jersey (Arsenal versait une partie des salaires via Sevco 1260, société domiciliée à Jersey…donc exonérée de taxes.) La Premier League deviendrait donc financièrement moins attractive d’autant plus qu’il est question de généraliser le « salary cap » (masse salariale des clubs limitée à 75% de leur budget), déjà en cours en D4 et D3, prévu en D2 pour la saison 2010-2011… sans compter la dévaluation récente de la livre.

Concernant la France, dont « tout le monde » s’accorde à dire que les taxes empêchent de s’aligner sur les salaires : l’imposition française s’élève à 38,4%, quand l’Italie, l’Allemagne et l’Angleterre tournent autour de 45%.
Dans ce contexte, l’Espagne reste seule l’Eldorado du footballeur, Zapatero s’en tenant à l’indignation formelle tandis que la loi dite « Beckham », visant à attirer dans le pays des « cerveaux » en leur garantissant une quasi exonération fiscale – et dont le Spice Boy fut un des premiers bénéficiaires – reste en vigueur. Dernière précision concernant les droits à l’image, toujours mentionnés lors des transferts au Real Madrid : lorsque le « généreux » joueur « accepte de céder » une partie de ses droits à l’image au Real, il permet au club de récupérer une partie des produits dérivés, mais aussi de reverser à celui-ci, en échappant à toute imposition, une somme équivalent à 30% de ses revenus mensuels.

Sponsoring, billetterie, droits télé, transferts, « montages financiers »… la machine à cash semble arrivée aux limites du possible, en témoignent les déficits cumulés des clubs de Premier League (4 milliards d’euros), de Liga (3,5), à côté desquels les 100 millions de la Ligue 1 font figure de gestion vertueuse. Lorsque le FC Barcelone réalise un exploit sans précédent en remportant toutes les compétitions dans lesquelles il est engagé, il réalise un bénéfice annuel de…10 millions d’euros….et achète dans la foulée Ibrahimovic 45 millions. Dans ce contexte, l’indignation  déclenchée par la politique inflationniste de Pérez semble justifiée et la prince du BTP fait figure de doux dingue mégalomane…ou de grand stratège…

Demain, le footballologue nous explique son concept d’aristocratie footballistique

L'ancien

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