Best of 2009: chroniques d’une mort annoncée 3ème partie…

Troisième partie de la retro 2009 de notre Footballologue et ses billets sur l’avenir du football moderne,  les deux premières parties sont ici et


L’ère aristocratique

Si cette oligarchie footballistique s’est forgée sur une base ploutocratique, il est intéressant d’observer qu’elle légitime aujourd’hui sa position par l’excellence de son niveau, gouvernement des meilleurs, véritable aristocratie du ballon rond. La faillite financière d’un oligarque l’éliminerait du pouvoir, quand un aristocrate, même désargenté, appartiendra toujours aux « meilleurs. » Comment expliquer que les propriétaires de ces « grands clubs » ne se débarrassent pas de ces poids morts si ce n’est qu’à moyen court terme, ces franchises vont rapporter ? Encore faut-il réduire la « glorieuse incertitude du sport » à l’extrême…en le transformant en spectacle, en Illusion.

En effet, Wenger l’a rappelé, une Super Ligue européenne est « inéluctable. » (1) Les efforts de l’UEFA pour conserver sa mainmise sur le « produit football » sont condamnés à l’échec. Les expressions « dopage financier » et « fair play financier » énoncées par Platini et Thiriez sont autant de concepts vains destinés à sauver leur position quand le processus engagé dans les années 90 n’a d’autre finalité que d’importer en Europe le mode de fonctionnement des compétitions américaines. Les grandes équipes sont devenues des « grands clubs » sélectionnés sur des critères financiers, véritables « franchises footballistiques » à l’image des franchises américaines. Quand Abramovich préfère Chelsea à Manchester, c’est pour acheter une franchise estampillée London, Gillett sacrifie Montreal et la NHL pour Liverpool, tandis que l’Abu Dhabi Group s’accapare la marque Manchester via City…mais personne ne sauve aujourd’hui Newcastle ou n’investit dans Nottingham Forrest, pourtant double vainqueur de la Ligue des Champions en 1979  et 1980.

L’incertitude sportive entravant le développement économique est désormais un frein insupportable et la pression économique mise en avant par Wenger pour justifier l’inéluctabilité du projet est sur le point de faire exploser le système UEFA. Le manager d’Arsenal n’a d’ailleurs rien d’un prophète, puisque chaque année nombre de cabinets de consulting rendent leur rapport sur la faisabilité d’une Super Ligue européenne, dont Deloitte & Touche, partenaire d’Arsenal dans le montage financier de la Sevco1260, (voir deuxième partie)

Dans cette atmosphère, la politique inflationniste de Pérez s’apparente à la politique d’augmentation des loyers ayant poussé les gens vers l’achat immobilier. Fin des années 90, la location a été rendue impopulaire du fait de l’inflation délirante des loyers…de ce fait, devenir propriétaire semblait être une solution « raisonnable », avec les conséquences que l’on connaît. Ce phénomène a été voulu politiquement par des gouvernements soucieux de renforcer un électorat majoritairement propriétaire. Quand Pérez fait exploser les tarifs, il met un coup de pression précipitant les clubs dans le rouge et rendant le projet de Super Ligue, et les rentes économiques régulières qui en découlent, « inéluctable » puisque « raisonnable. » « L’assainissement des fondements financiers de notre football », cheval de bataille de Platini est en marche…nul besoin pour l’UEFA de s’arracher le pied.

En effet, en se livrant à un périlleux exercice de prospective, faute d’accès aux rapports Deloitte, il est possible d’imaginer un système dans lequel aucune sanction sportive n’empêchera la rente annuelle (plus de qualification mais un « ticket » délivré aux plus riches.) De plus, les transferts pourraient s’équilibrer : des « drafts » nationales alimentant les franchises en joueurs nationaux, tandis que, passé un certain âge, le système de transferts rémunérés entrerait en vigueur mais dans un système clos, les flux financiers restant dans l’ « entre soi » de la Super Ligue (système de rééquilibrage déjà officieusement en vigueur en Italie, où des transferts sont sur évalués pour permettre à certains clubs de rééquilibrer leurs comptes…Moratti, président de l‘Inter est un grand mécène pour l’ensemble du Calcio.) De plus, ce système faciliterait l’adoption du quota de joueurs nationaux dans les équipes, mesure chère à Blatter (président de la FIFA), qui répondrait à un Lula écoeuré par le niveau du championnat brésilien, et dont tout le monde se féliciterait, Platini compris. Bref, variations sur le thème des syndicats de joueurs aux Etats-Unis, avec une dimension internationale en sus. (2)

Quoiqu’il en soit, les déclarations de Thiriez illustrent bien cette idée que l’oligarchie fut tolérée tant qu’elle restait sous tutelle de l’UEFA et des ligues nationales : « Il faut une DNCG européenne sinon ce seront toujours les mêmes qui gagneront et la Ligue des Champions sera dévalorisée. » Jetez un œil en (3) et vous aurez compris que le vers est dans le fruit depuis les années 80 et que la position de Thiriez est absurde. L’expression « Big 4 » ne désigne pas simplement des « grands noms » du football britannique, mais surtout le cercle économico-sportif « vertueux » qui veut que ces clubs se soient systématiquement qualifiés pour la Ligue des Champions depuis 2002, récupérant la rente financière leur permettant de monopoliser les meilleurs joueurs, donc de garantir la pérennité des résultats. Du reste, Sepp Blatter, président d’une FIFA aux comptes toujours plus opaques (détournements de fonds liés à un « système Blatter » ? (4)), ne s’émeut pas de la politique de Pérez, estimant au contraire, que cette transaction prouve « la bonne santé du marché du football. » La conversion de Thiriez ne saurait tarder, sous peine de devoir retourner faire du théâtre en képi. Platini, en première ligne, fait mine de tripoter ses pieds.

(1) «Quand on regarde les choses actuelles, pour certains clubs, l’argent venant de la Ligue des Champions ne suffira bientôt plus. Je ne suis pas sûr à 100 % d’avoir raison mais je sens que certaines voix poussent vers une Ligue européenne, en particulier si les règles deviennent trop restrictives pour les gros clubs».
«L’Euro League se déroulerait en milieu de semaine et le championnat national le week-end. Cela signifie que les clubs auront deux équipes».
Arsène Wenger

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/National_Football_League

(3) Ligues européennes : vainqueurs depuis 2002

Ligue 1 : OL (7) et Bordeaux (1)

Premier League depuis 1992 : MU (5), Chelsea (2), Arsenal (2)

Liga : Barcelone (3), Real Madrid (3), Valence (2)

Lega calcio: Inter (4), Milan (1), Juventus (1)

Bundes Liga: Borussia (1), Bayern Munich (4), Suttgart (1), Wolfsburg (1), Werder Breme (1)

Ere divise (PB): Eindhoven (5), Ajax (2), Alkmaar (1)

Liga Sagres (Portugal): Porto (6), Benfica (1), Sporting (1)

Super lig (Turquie): Be?ikta? (2), Galatasaray (3), Fenerbahçe (4)

Ligue des Champions depuis 2001

Vainqueurs : Bayern (1), Porto (1), Liverpool (1), Real Madrid (1), MU (2), Barcelone (2), Milan AC (2)

Finalistes : Valence (1), Leverkusen (1), Monaco (1), Juventus (1), Milan (1), Liverpool (1), Chelsea (1), Arsenal (1), MU (1)

9 finales :
Angleterre = 7 participations
Espagne = 4 participations
Italie = 4 participations
Allemagne = 2 participations
France = 1 participation
Portugal = 1 participation

Si l’on ressert sur les 5 dernières années, seuls Barcelone et Milan viennent déranger les clubs anglais.

(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Sepp_Blatter

L'ancien

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