Thriller

En 1960, Josef Mengele rejoint le Brésil où seule la mort le trouvera en 1979. Beppo disparaît dans d’étranges circonstances, laissant derrière lui un petit Wolfgang Gerhardt Junior, fruit d’une relation synallagmatique à caractère sexuel contractée avec Klaus « Gretchen » Barbie, sa si vicieuse avoueuse. Incapable de s’en occuper, Barbie laisse le petit chevaucher l’Amazone dans son landau, ne doutant un seul instant que les crocodiles ne le déchiquettent.

Pourtant, vous connaissez l’histoire, et après avoir conduit le peuple élu en terre d’Israël, Wolfi entre à l’université où sa soif de connaissance et son désintérêt pour les plaisirs de la chair lui valent le surnom de Faust. Etudiant brillantissime, Faust débarque à Madrid dans le cadre d’un échange universitaire.

Immortel de jeunesse, fort de ses connaissances, le mengelo-barbien débarque dans la capitale ibérique résolu à faire or le plomb qu’il a dans la tête. Toutefois, la société savante, rompue aux dangers de ce désir nomade menant droit à la Sodome barcelonaise, confie à Méphisto Pérez, prince en BTP, le soin de loger le jeune homme dans de somptueux appartements. Alchimiste, certes, mais mention néo-libérale, promotion Paolo Coelho. Mais, étranger au pouvoir de l’avoir, esclave du désir d’être, Faust délaisse le matériel pour les matériaux dont sont faits pipes et joins. L’Ange Déchu a beau prévenir le néo-Ange des Culs que plus d’un plombier s’est fait dépouiller sur la rambla barcelonaise par un Mickael Jackson guatémaltèque en mode Thriller sous prétexte de pipe à « faïve yuroz »… Faust n’en a cure. Comment « domestiquer » le désir d’un jeune homme ?

Le prince en BTP est également maître de la « Ilusion », art de transformer les rêves en or. Les côtes bétonnées, les villes dortoirs construites autour de Madrid, sont autant de murs sur lesquels se projettent les rêves expropriés de ses victimes. Si l’individu ne désire pas ce qu’il ne peut s’offrir, alors, il faudra lui donner l’Ilusion qu’il le possède déjà…pour que la perte de cette Ilusion lui soit insupportable au point de saigner au pacte. Ainsi en sera-t-il du jeune Faust. De mur, l’écran de télévision fera office. Si les individus sont prévenus depuis MacLuhan que le « médium est le message », c’est-à-dire que l’appareil de télé, producteur d’ondes alpha, inhibe les mécanismes d’individuation en plongeant le téléspectateur dans une transe hypnotique propice au contrôle des instincts grégaires (1)…tout le monde s’en fout. Capter le désir d’être, le brancher sur le désir d’avoir (parfois même au nom du désir d’être : « plomberie publicitaire »), voila ce qui teinte le Rubicon. Faust fait de football religion… Méphisto Pérez s’empare donc du Real Madrid, historique « machine à Ilusion » (Franco s’en servait en son temps), pour mieux vendre une vie de gloire, de luxe, d’argent, de corps parfaits…du plastic financé à crédit sur le dos des emprunts immobiliers contractés par des expropriés d’avance. Car il n’est pas question de mécénat ni même d’évergétisme : le recrutement du Real Madrid est financé par des prêts à hauteur de 250 millions d’euros, au détriment de l’appareil productif et des particuliers. (2) Matérialiser leur rêve devenu vôtre au prix de votre vie.

« Vous n’avez qu’un mot à dire. Réponse garantie sous 3 heures !…après « examen » de votre dossier. » Faust n’y résiste pas. Il ne possède rien ? Prêt NINJA ! (No Income, No asset = pas de revenu ni d’apport.) Comme des millions d’autres, il signe, sédentarisant son désir, l’offrant à un marché du travail fait désormais de devoirs et de soumission, servitude volontaire fille d’une existence hypothéquée…prix d’un sommeil dont le rêve est fourni. Idéologie anthropophage du marché du travail (« l’auto entreprise » ou comment mettre l’individu en concurrence en substituant au code du travail le droit des entreprises), et désormais autophagie réclamée par le spectaculaire intégré (3). Le rêve du néo libéralisme est devenu votre destin…et cette Ilusion vous a pris en viager.

– « Seul, je saurai qu’un créancier rôde autour de mon âme » se plaint pourtant un Faust précarisé mais pourtant pas débile…

– « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? » répond Medefophélès (4)…

« Demande à Georges Besse ! » devrait-il lui répondre, s’il n’était occupé à chercher le moyen de rejoindre Cristiano Ronaldo et consorts de l’autre côté de l’écran… (5)

1.  http://www.dailymotion.com/video/xa809x_le-tube-influence-de-lecran-sur-le_tech
(À partir de la 12ème minute) Notez que ces quelques minutes vous dispense de toutes les « idéologises » de Jacques Marseille, et consorts postulant le libre arbitre du citoyen-consommateur.

2.  http://www.rue89.com/ibere-espace/2009/08/20/madrid-un-projet-de-logements-victime-de-cristiano-ronaldo

3.  http://fr.wikipedia.org/wiki/Guy_Debord

4. Laurence Parisot, présidente du Mouvement Des Entreprises de France, au Figaro Economie, le 30 août. Faites un tour sur MEDEF TV…on apprécie l’hommage à Michel Foucault dans un atelier baptisé « surveiller et punir. »

5. Georges Besse (1927-1986) fut nommé par le général De Gaule pour doter la France de l’arme nucléaire et développer un programme de nucléaire civil. Il fut assassiné le 17 novembre 1986 par le groupe Action directe (commando Pierre Overney, du nom du militant maoïste tué par un vigile de Renault).

Sources :

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2334/articles/a406284-le_conquistador_du_foot.html

http://www.monde-diplomatique.fr/2007/09/LORDON/15074

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/03/FILOCHE/15663

La crise vue d’Espagne, Monde Diplomatique, Juillet 2009.

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/04/CHOLLET/15818

L'ancien

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